Le parti des pirates à l'abordage du parlement européen


Alors que la France vient d'adopter dans la douleur la très controversée loi Hadopi et qu'en Europe, la question du téléchargement illégal sur internet donne lieu à des débats enflammés, en Suède, les «pirates» et les défenseurs des libertés individuelles ont décidé de passer à la vitesse supérieure en créant un parti politique et en se présentant aux prochaines élections européennes de juin.

Cela pourrait passer pour une blague très potache, mais le Parti pirate - «Piratpartiet» dans la langue de l'auteur de la saga littéraire Millenium- est non seulement une formation très sérieuse, mais elle commence à séduire de plus en plus de Suédois.

Le parti a été fondé en 2006 avec un objectif simple : réformer les droits de la propriété intellectuelle, abolir les brevets et renforcer les droits de la vie privée, particulièrement sur internet en diminuant la surveillance du Web.

Mouvement contestataire qui dénonce la dérive sécuritaire née après les attentats du World Trade Center à New York du 11 septembre 2001, le Parti pirate bénéficie d'un réel mouvement de sympathie en Suède et est devenue l'une des principales formation du pays. Il est vrai que la Suède, très attachée aux libertés individuelles, est la patrie du site internet «The Pirate bay» , considéré comme le plus grand site web au monde référençant des fichiers Bit-Torrents (musiques, films, etc.) dont certains sont des contrefaçons pirates d'œuvres culturelles. Les récents déboires judiciaires de ce site web accusé de favoriser le piratage ont mécaniquementpoussé vers le Parti pirate des centaines de personnes. Ainsi en 48 heures, au lendemain du procès de quatre fondateur de «The Pirate bay», le parti a reçu des milliers d'adhésion et affiche aujourd'hui 30 000 militants. «Si The Pirate Bay est Greenpeace, alors nous sommes comme le parti des Verts», expliquait récemment, Rick Falkvinge, président du PiratPartiet...

Deux partis en France

A quelques jours des élections européennes, le Parti pirate a plus que jamais le vent en poupe. Début mai, l'institut DN/Synovateu le créditait de 5% d'intentios de vite et selon une récente étude de la London School of Economics et du Trinity College de Dublin, le Parti Pirate pourrait arriver en troisième position, avec 8,5 % des voix. Le Parti disposerait alors de deux députés, quand des formations traditionnelles suédoises - Parti de Gauche, Parti du Centre, Verts, Libéraux et Démocrates Chrétiens - n'obtiendraient qu'un seul siège chacune. Un vrai séisme politique.

Le succès du Parti pirate en Suède a, en tout cas, donné des idées à d'autres. Des Partis pirates se sont ainsi créés dans une vingtaine de pays dans le monde. En France toutefois, la situation est plus compliquée puisqu'il existe un Parti pirate, affilié à son aîné suédois, et un Parti Pirate Français canal historique (PPFCH) qui a fait scission fin 2007.

Loi Hadopi : les «anti» préparent la riposte

La loi Hadopi contre le téléchargement illégal a été définitivement votée en France le 13 mai dernier mais la mobilisation des « anti » s'est remise en route de plus belle sur plusieurs fronts pour y faire barrage.

Sur internet, les appels au boycott et à l a résistance se sont ainsi multipliés. Certains proposent de « boycotter les cinémas, les CD et les DVD pendant un an » ; d'autres font circuler la liste des députés qui ont voté pour la loi afin qu'ils ne recueillent pas de suffrages aux Européennes s'ils s'y présentent. La Quadrature du Net, collectif très en pointe dans la contestation, s'est vue proposer par un vigneron du domaine de Bérénas dans le Languedoc, une cuvée Hadopi en série limitée de 1 000 bouteilles dont la vente financera le site.

Mais c'est surtout du côté politique que les choses vont se passer. Les députés PS soutenus par leurs collègues Verts et Communistes ont saisi le Conseil constitutionnel et tous les regards se tournent vers le Parlement européen. C'est là que l'eurodéputé PS Guy Bono avait déposé avec succès l'amendement interdisant la coupure de l'accès internet ; amendement mettant ainsi la France hors la loi européenne. Si Nicolas Sarkozy persistait, Guy Bono a d'ores et déjà annoncé qu'il demanderait à la Commission de saisir la Cour de justice des communautés européennes. Le piratage sur internet reste malgré tout un vrai dossier européen d'autant plus que chaque pays expérimente dans son coin : amendes en Allemagne, taxation des sites en Espagne, etc. En Suède, le débat fait rage sur la loi Ipred et le procès du site The Pirate Bay. La mobilisation des internautes est d'ailleurs parfois payante : en Nouvelle-Zélande, le gouvernement a retiré sous la pression populaire un texte similaire à celui adopté en France.

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