Apple-Google : choc de géants


Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. La preuve ? Google a dévoilé hier aux États-Unis son premier « Google Phone », baptisé Nexus One, alors qu'il avait juré ses grands dieux que commercialiser un téléphone à son nom ne l'intéressait pas… En novembre 2007, le géant d'internet expliquait, en effet, qu'il lançait son système d'exploitation gratuit pour smartphone Android mais qu'il laissait à d'autres (HTC, Samsung, Motorola, etc.) le soin de construire des « Android-phones » censés concurrencer le célèbre iPhone. Depuis, le téléphone vedette d'Apple a pris une longueur d'avance, à telle enseigne que Google a décidé de faire machine arrière avec un mobile mieux identifié, affichant fièrement sa propre marque bien que fabriqué par le Taïwanais HTC.
Si Google se lance à ce point dans la téléphonie mobile, c'est parce les enjeux de l'internet mobile sont énormes et constituent un véritable eldorado pour le secteur high tech. Le marché des téléphones mobiles classiques arrive à saturation et ce sont les téléphones intelligents (iPhone, Android-phone, Windows-Phone, Blackberry) capables de se connecter à internet qui vont tirer le marché vers le haut. « Pour Google l'enjeu sous-jacent est d'étendre aux services mobiles la position de force de l'entreprise sur la recherche et la publicité », estime Caroline Noublanche, expert chez Prylos. Refaire sur le mobile ce que Google a fait le sur les ordinateurs en contrôlant toute la chaîne : services internet (le moteur de recherche Google, l'email Gmail, etc.), le système d'exploitation Android qui fait marcher le téléphone, le téléphone lui-même et la publicité ciblée. Bref créer un vrai modèle économique… à l'instar de ce qu'a fait Apple avec l'iPhone.
Google va-t-il réussir sont pari ? Difficile à dire. Selon ceux qui ont pu l'avoir en main, le Nexus One est le meilleur téléphone Android, et peut donc rivaliser avec l'iPhone.
En tout cas Google entend bien adopter une commercialisation offensive : le Nexus One sera en vente sur internet sans abonnement pour 370 € hors frais de port. Avec les subventions des opérateurs - SFR étant le premier en lice - le prix pourrait baisser à 200 € avec abonnement.

Une bataille qui se joue sur tous les fronts


Face au géant Microsoft, son omniprésent Windows et son hégémonie pavlovienne, Apple et Google étaient comme les meilleurs amis du monde pour proposer un modèle alternatif. Les enfants terribles de la Silicon Valley fonctionnaient à l'innovation avec une joyeuse émulation, quasi bon enfant. La devise de Google n'est-elle pas « Don't be evil » (ne fais pas de mal) ? Plusieurs dirigeants de Google et d'Apple siégeaient d'ailleurs au sein des conseils d'administration des deux firmes américaines. Las, ce temps semble bel et bien terminé et les ponts quasi coupés. Apple et Google qui jouent les chassés-croisés en bourse pour savoir qui des deux aura la plus forte capitalisation - Apple en ce moment - sont entrés dans une vraie bataille frontale, sur plusieurs fronts. Sur les smartphones, Google est donc clairement parti à l'assaut de l'iPhone. « Il faudra attendre deux ans pour savoir si Google a réussi ou non son pari », estime Caroline Noublanche, expert chez Prylos. Un autre terrain de bataille : le navigateur internet. Face aux mastodontes que sont Microsoft Internet explorer et Firefox, Google a lancé Chrome (léger et très rapide) et Apple développe Safari (innovant lui aussi). Google aurait pris un léger avantage dans ce domaine.
Autre champ de bataille : le système d'exploitation des ordinateurs. Là, Apple a une longue expérience avec son Mac OS X qui bataille depuis des années avec le Windows de Microsoft. Google a récemment lancé Android OS avec une cible toutefois différente : équiper les netbook, ces mini-PC bon marché qui ont cartonné à Noël, ou bien les tablettes internet tactiles à venir. Comme par hasard, Apple doit dévoiler à la fin du mois une tablette tactile, sorte d'iPhone géant, très attendue…
Bref, après des années de guerre Apple-Microsoft, la décennie à venir pourrait bien être celle du combat Apple-Google.

0 commentaires: