La France se prépare à la cyberguerre

Carte des attaques informatiques

Des commentaires haineux qui font sans vergogne l'apologie des actes terroristes sur les réseaux sociaux. Des sites institutionnels – comme celui du Conseil général du Lot cette semaine – piratés par des groupes islamiques, eux-mêmes piratés ensuite par les Anonymous en représailles, avec peut-être un point d'orgue ce jeudi. Des attaques sur les serveurs des administrations voire de l'armée en Europe et aux États-Unis. C'est peu dire que la cyberguerre, la guerre électronique, qui a longtemps hanté l'imaginaire des adolescents geeks du monde entier, est devenue une réalité. Et plus encore une menace. Car à l'heure où nos sociétés sont hyperconnectées, où toutes nos infrastructures économiques, industrielles, énergétiques, militaires sont reliées entre elles, la vulnérabilité de nos réseaux apparaît au grand jour.

Le front des réseaux

Cette cyberguerre se mène sur plusieurs fronts. Le premier d'entre eux, particulièrement pour la lutte contre le terrorisme, concerne les appels à la haine, au jihad diffusés sur des sites web ou sur les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook, qui constituent de bien faciles portes d'entrées pour des jeunes en voie de radicalisation.

Pas étonnant, dès lors, à ce que le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, se rende «prochainement» aux États-Unis, notamment pour «sensibiliser les grands opérateurs d'Internet» à la surveillance antiterroriste. (lire ci-contre).

Mais un meilleur contrôle ou un meilleur filtrage d'internet pour contrecarrer ces propos haineux reste complexe et pourrait bien recéler plus d'inconvénients que d'avantages. Un site jihadiste bien identifié peut ainsi être une source d'informations pour les services d'écoute. Le fermer, c'est en créer bien d'autres. Et surtout cette surveillance forcément massive d'internet se fait de plus en plus sans l'aval d'un juge pour gagner en rapidité. Ce qui ne laisse d'inquiéter les défenseurs des libertés et les professionnels. L'Asic (association des services internet communautaires dont Google ou Yahoo sont membres) s'inquiète ainsi de voir l'instauration de régimes d'exception dont l'efficacité reste discutable. Entre la sécurité et la liberté numérique le chemin reste étroit.

Contrer les attaques

Le second front de la cyberguerre concerne non pas l'expression des idées mais les attaques informatiques des infrastructures, qui sont désormais prises très au sérieux. Le dernier Livre blanc de la Défense rédigé en 2013 consacre pour la première fois un très large chapitre aux cybermenaces, clairement identifiées comme une menace majeure pour la sécurité nationale. La France dispose désormais d'une doctrine offensive et défensive pour répondre aux cyberattaques et a fortement augmenté ses budgets. Et en novembre dernier, l'Agence européenne de cyber-sécurité a simulé une attaque massive dans les 29 pays membres. Ce programme «Cyber-Europe 2014» doit donner lieu à des préconisations cette année, que le cyberjihad, rend d'évidence, encore plus urgentes.

Cazeneuve : «Sensibiliser»
«Ce qui m'a frappé dimanche dernier à Paris, à l'occasion de la réunion des ministres de l'Intérieur, c'est la volonté de tous les ministres de l'Intérieur, y compris les ministres américains, qui ont toujours eu une position assez ouverte sur ces sujets-là, de faire en sorte que nous ayons un contact étroit avec Twitter, Google, et autres opérateurs, Facebook, pour dire attention, là il y a un problème particulier, il faut vous mobiliser avec nous» a souligné Bernard Cazeneuve. «Il y a un travail de sensibilisation considérable à faire.»a poursuivi le ministre de l'Intérieur.

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