Altice rachète Cablevision : l'analyse de l'Idate



La nouvelle acquisition d’Altice aux États-Unis n’est pas une surprise pour l'Idate, l'Institut qui organise chaque année à Montpellier le Digiworld Summit, grand rendez-vous de l'internet, des télécoms et de l'audiovisuel.
"Cette opération s’inscrit en effet dans un contexte où d’un côté, Cablevision était à vendre, et de l’autre, Patrick Drahi avait annoncé le souhait d’aller au-delà de Suddenlink. Une opération qui renforce l’empreinte internationale d’Altice", explique Yves Gassot, Directeur général de l'Idate, qui met en perspective cette opération :


  • Cablevision est une pépite, avec des réseaux centrés sur l’aire métropolitaine de New York et considérés comme performants (près de 1 milliard USD de Capex par an ces dernières années) pour supporter le déploiement d’offres très haut débit.
  • Cablevision (quelque 6 milliards USD de revenus) ne pouvait pas être racheté par Comcast (66 milliards USD) car l’antitrust s’est opposé en début d’année à l’acquisition de Time Warner Cable et se serait probablement opposé à toute autre proposition du leader du câble aux États-Unis; quant à TWC, il est déjà engagé dans l’acquisition de l’ensemble Charter/Brigthouse… la voie était donc assez dégagée pour Altice.
  • Cablevision a néanmoins une faiblesse un peu spécifique : il est sur des sites qui sont plutôt bien couverts par les réseaux FTTH, en particulier ceux de Verizon (FiOS). Alors que ses pairs, notamment Comcast, sont beaucoup moins confrontés à la concurrence des réseaux fibre des opérateurs télécoms.
  • Cablevision, comme les autres câblo-opérateurs, doit faire face aux coûts croissants des programmes TV. C’est d’autant plus vrai que la taille de Cablevision est modeste (3 millions de foyers abonnés et 2.6 millions pour la TV/vidéo).
  • Cablevision, toujours comme les autres câblo-opérateurs, est aussi confronté à un début de changement de consommation de la télévision. Jusqu’alors, il s’agissait de multiplier les chaînes de TV basic et premium. Le patron de Cablevision a été le premier à dire que les câblo-opérateurs devaient se préparer à un changement de business model, qu’il fallait accepter de se monétiser comme une fat pipe. Même si le cord cutting n’est pas massif, si les abonnés à Netflix gardent souvent des abonnements vidéo, le nombre de clients TV des câblo-opérateurs s’effrite. En effet, leur chiffre d’affaires TV ne représente plus aujourd’hui que 50% ou moins de leurs revenus globaux. Les revenus des accès haut débit (et maintenant surtout très haut débit) de Cablevision ont crû de plus de 10% l’année dernière ; on rappellera que HBO, le leader de la PayTV, a lancé son service de streaming (HBO Now) sur deux supports : AppleTV et Cablevision.
  • Cablevision, là aussi comme les autres câblo-opérateurs, mais en étant très en pointe, a investi massivement dans le Wi-Fi (combinant hotspots et homespots) et des offres de services voix et données sur un terminal Motorola pour ses abonnés. Il est probable qu’assez rapidement, les câblo-opérateurs compléteront cette offre à travers un accord avec Sprint ou un autre cellco pour assurer un service mobile low-cost. Enfin, au-delà des perspectives associées au quadruple play, Cablevision pourrait aussi, à l’instar de Comcast, trouver une source de revenus dans les services en direction des entreprises.

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