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Par Frédéric Salles, Président et co-fondateur de Matooma 

En 2021, le nombre total d'objets connectés utilisés atteindra les 25 milliards selon Gartner. Il est ainsi légitime de se demander quelles sont les technologies principales permettant de connecter les objets, et quelle pourrait être celle la plus adaptée pour sa solution. Un projet de vidéosurveillance par exemple n'aura absolument pas les mêmes besoins qu'un projet basé sur le relevé de température au milieu du désert. Ainsi pour trouver la meilleure connectivité pour son objet, de nombreuses questions peuvent se poser : mon objet fonctionne-t-il sur batterie ou est-il alimenté ? Mon objet restera-t-il statique ou sera-t-il mobile ?  Mon objet est-il susceptible d'être dans un endroit difficile d'accès ou enterré ? A quelle fréquence mes données doivent-elles remonter ? Etc. Voici les différentes solutions actuellement disponibles sur le marché.

Courte distance : RFID/Bluetooth/WiFi

La RFID (Radio Identification) est la technologie la plus déployée à l'heure actuelle. Elle est souvent utilisée de manière passive (induction), dans des étiquettes ou des badges, afin de récolter de la donnée. On peut aussi l'utiliser pour faire communiquer les objets connectés entre eux. Le NFC (Near Field Communication), base du paiement bancaire sans contact, est un parfait exemple pour illustrer l'utilisation de cette technologie de manière active. Son intérêt premier est la consommation électrique nulle lorsqu'un objet est en attente. En revanche, la distance de lecture reste assez courte (de quelques centimètres à quelques mètres) ce qui ne permet pas de faire communiquer des objets connectés trop éloignés entre eux (choix idéal pour le télépéage par exemple).

Le Bluetooth est une technologie assez ancienne (1994) qui s'est développée conjointement au téléphone mobile avant d'exister de façon autonome. Ses évolutions ont permis une utilisation plus large dans le domaine de l'IoT : portée allant jusqu'à 100m, débits élevés, maillage des objets, etc.

La technologie WIFI, quant à elle, permet de relier sans fil plusieurs appareils entre eux afin de faciliter la transmission de données. Elle convient par exemple pour connecter les équipements de la maison (domotique) et pour tous les accès à Internet avec un très haut débit.

Réseaux LPWAN (basse Consommation, longue portée) non cellulaires : Lora/Sigfox

L'arrivée de technologies telles que LoRa et Sigfox a donné de nouvelles perspectives au marché IoT. Malgré leurs différences de design, ces deux technologies ont des particularités d'utilisation assez similaires et ont toutes deux été pensées spécifiquement pour l'IoT. Elles font partie des acteurs à l'origine de la notion de LPWAN (Low Power Wide Area Network) et apportent une portée plus importante ainsi qu'une bonne couverture en milieu urbain, dans les endroits enterrés et semi-enterrés. L'avantage principal de ces deux technologies réside dans l'amélioration de l'autonomie des objets.

Cependant, ces technologies ne s'adaptent pas à tout type d'application. En effet, il peut exister certaines limitations en termes de temps de latence, de débit supporté, de fréquences d'envoi de message par jour ou encore une bidirectionnalité qui n'est pas toujours assurée.

Longue distance/haut débit : réseaux cellulaires 2G, 3G, 4G

La carte SIM M2M mono-opérateur ou multi-opérateur permet de répondre à de nombreuses problématiques IoT avec un spectre d'applications très large et peut parfois même être utilisée en complémentarité avec d'autres technologies telle que LoRA ou le RFID. Capable de passer par les différents réseaux GSM (2G, 3G, 4G et bientôt 5G), les objets connectés par carte SIM M2M peuvent communiquer entre eux sans limitation de distance, via différents canaux (data, voix, SMS), et avec un volume de données important (débit élevé, taille des messages illimitée). Petit bémol, les objets connectés via carte SIM peuvent avoir une autonomie plus limitée que d'autres technologies de type LPWAN et des problématiques de couverture dans les endroits enterrés.

Pour les entreprises qui souhaitent déployer leurs objets connectés à l'international, la capacité de roaming d'une carte SIM est aussi un avantage. En effet, tout comme un smartphone par exemple, l'objet s'adapte aux réseaux cellulaires existants de n'importe quel pays (en France : Bouygues, SFR, Orange) pour une connectivité optimale et donc quasi permanente.

Réseaux LPWAN (basse consommation, longue portée) cellulaires : LTE-M/NB-IoT

Le LTE-M et le NB-IoT permettent aujourd'hui de bénéficier des avantages des technologies IoT « basse consommation » (Sigfox, LoRa…) sur des zones géographiques élargies (couverture dans plus de 180 pays). S'appuyant sur l'équipement existant, ces réseaux ne nécessitent pas de déployer une infrastructure et des antennes spécifiques.  Ils auront un intérêt important pour toutes les applications métiers avec des coûts d'interventions élevés nécessitant une autonomie importante du boîtier (sans branchement secteur) et/ou avec des problématiques de couverture indoor tout en cumulant les performances associées au réseau GSM (débit, gestion du handover, accès à la voix*…)

Choisir la meilleure technologie pour connecter son objet est un choix difficile et il convient de bien mesurer les fonctionnalités et déterminants qui seront associés au projet IoT.
En effet, pour des applications dites critiques, le temps réel semble indispensable. Pour de la vidéosurveillance, les débits et les volumes de données seront très importants et incompressibles. Dans des endroits difficiles d'accès, une autonomie améliorée pourra être appréciée pour éviter des déplacements de techniciens. Chacune des technologies ayant des points forts/points faibles, il convient véritablement de se poser les bonnes questions avant de finaliser son choix.
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Par Samuel Mottet, Systems Engineer, Zerto

Les entreprises peuvent de moins en moins se permettre de perdre des données. Avec les gros titres fréquents sur les attaques de ransomware, l'hameçonnage, les fuites de données et les atteintes à la sécurité, le défi va en grandissant. La question qui se pose est la suivante : si le monde de l'informatique évolue, pourquoi le marché de la sauvegarde ne suit-il pas le mouvement ?

Sauvegarde : 1988 vs 2018


L'architecture de sauvegarde traditionnelle existe depuis l'invention de l'informatique. Elle fonctionne en copiant des données vers une autre architecture de stockage, à un moment précis. Cette opération est souvent effectuée la nuit et le plus vite possible, car elle a un impact sur le niveau de performance et sur l'infrastructure de l'environnement informatique. La sauvegarde n'a toutefois pas beaucoup changé au cours des trente dernières années et ne suit pas le rythme de l'ère digitale.

La sauvegarde a pour but de sécuriser les données pour en éviter la perte. Au fil du temps, les entreprises ont fini par se rendre compte qu'elles étaient fortement dépendantes de leurs données : de moins en moins d'entreprises sont en mesure de supporter des pertes de données quelles qu'elles soient. Une boutique en ligne ne peut pas se permettre de perdre 12 heures de données à cause d'une panne — non seulement elle perdrait douze heures de commandes et de ventes, mais sa réputation serait également impactée sur le long terme. Pour mettre ces informations en contexte, une étude récente a révélé que près de la moitié des entreprises ont subi un problème de récupération de données au cours des trois dernières années. Parmi elles, 20 % ont signalé une perte de clients, et 19 %, des dommages directs liés à la réputation de l'entreprise. Tout cela combiné peut malheureusement entraîner la fermeture/faillite d'une entreprise.


Des nouveaux business models régis par les données


De plus en plus d'organisations utilisent leurs données et ajustent leurs business models en fonction de ces données récoltées afin de générer davantage de ventes. Porsche est un bon exemple. Son objectif actuel est d'atteindre 30 % de chiffre d'affaires supplémentaire, non pas en vendant plus de voitures, mais en fournissant des services supplémentaires à partir de l'analyse des données reçues à la fois des voitures et des clients. Les clients reçoivent un abonnement d'entretien et des notifications signalant, par exemple, le besoin de remplacer les disques de frein après 5 000 kilomètres. Avec ces informations, Porsche récolte des données supplémentaires, qui peuvent à leur tour être analysées et utilisées pour générer des ventes supplémentaires.

Bien que de nombreuses entreprises deviennent de plus en plus dépendantes des données pour augmenter leurs activités, peu d'entre elles procèdent régulièrement à des audits de risques afin de s'assurer que ces données soient bien protégées. Si quelque chose devait se produire, que ce soit une panne, une attaque de ransomware ou une erreur humaine, quel serait le coût pour l'entreprise en termes de chiffre d'affaires, de fonctionnement ou d'atteinte à la réputation ? En réalité, de nombreuses organisations ne font ce calcul que lorsque le sinistre est déjà survenu, et c'est dans la majorité des cas trop tard.

Tests sur papier

L'un des principaux handicaps, en matière de reprise d'activité après sinistre et de sauvegarde, est que les tests sont souvent effectués sur papier. Effectuer un test de reprise d'activité après sinistre sur papier donne une impression de sécurité. Bien que beaucoup d'équipes informatiques considèrent que celui-ci simule efficacement la réalité, il n'en est rien. La récupération de sauvegardes incomplètes effectuées 24 heures auparavant peut prendre des heures. Les entreprises seront alors confrontées à des temps d'arrêt qu'elles ne peuvent pas se permettre, et qu'elles auraient pu éviter. Fondamentalement, les organisations doivent être en mesure de restaurer les systèmes et les données dans un délai extrêmement court.

Le futur de la sauvegarde avec la CDP


L'avenir de la sauvegarde se trouve dans la protection continue des données (CDP). La CDP est un mécanisme de protection qui consiste à capturer et à suivre en continu les modifications apportées aux données d'une entreprise et à enregistrer automatiquement chaque version créée par l'utilisateur soit localement, soit dans un référentiel de destination. Les nouvelles données sont copiées dans un fichier journalisé avec prise en compte des modifications. Grâce au suivi des blocs modifiés, l'utilisateur ou l'administrateur peut restaurer les données au point de reprise de son choix, avec une granularité remarquable.

La CDP assure une protection particulièrement efficace pour les applications métier et les données d'une entreprise. Grâce à la journalisation, toutes les modifications apportées dans un certain laps de temps sont consignées. La récupération peut ainsi se faire à n'importe quel point de reprise sur la durée couverte par le journal, avec une précision de quelques secondes. À l'inverse, la réplication incrémentielle et les snapshots entraînent des risques de perte, d'altération et d'indisponibilité des données. Ce qu'il faut aujourd'hui aux entreprises, c'est une reprise sur journal continue et précise, avec la possibilité de revenir en arrière sur quelques secondes ou plusieurs années. La présence de très nombreux points de reprise permet de limiter à quelques secondes la perte de données et réduit de façon significative l'impact des pannes et des interruptions.

Ce n'est qu'en adoptant ce type de sauvegarde que les organisations fourniront une expérience client sans faille et seront plus en phase avec l'ère digitale.
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Par Laurent Porracchia, Responsable des ventes et membre du Comité Exécutif d'Airbus CyberSecurity

Le secteur de la cybersécurité se révèle aujourd’hui porteur d’un fort paradoxe : bien repéré par l’opinion publique, il peine à trouver des professionnels aguerris. Le sujet fait pourtant la une de nos journaux : en 2018, selon une étude de F-Secure, les cyberattaques ont augmenté de 32%, et la délinquance cybernétique a coûté quelque 600 milliards de dollars, contre 445 il y a seulement 4 ans (source Allianz). À l’échelle planétaire, les cyber-incidents sont devenus les premiers risques pour les entreprises, ex-aequo avec les interruptions d’activité. Voilà pour la partie émergée de l’iceberg… Car d’un autre côté, la pénurie de main d’œuvre du secteur est criante, avec seulement 1 recrutement pourvu sur 4 émis. Selon le Fongecif, 6000 postes restent encore à pourvoir en Ile-de-France, région qui emploie 70% des 24 000 salariés recensés à l’échelle nationale… Pour l’essentiel, il s’agit de CDI à temps complet !

Une élite au sein de nos entreprises

Les besoins sont donc bien là, et les métiers suffisamment variés pour accueillir un large panel de profils. La filière cybersécurité comporte actuellement 18 métiers, qui recrutent à partir du bac + 2, et ce jusqu’au bac + 8.  Cinq types de métiers sont envisageables, de l’organisation de la sécurité et gestion des risques au conseil, du management de projet à la maintenance, sans oublier les fonctions support et la gestion d’incidents. Les besoins les plus saillants en termes de recherches concernent les consultants, les veilleurs-analystes, les chefs de projets, les architectes sécurité et les administrateurs. Les formations sont également là, qu’elles soient longues (licences professionnelles, masters… 150 au total) ou courtes (400 actuellement recensées).
Que se passe-t-il donc ? Méconnue, pâtissant sans doute de sa dimension technique, force est de constater que la cybersécurité peine à attirer à elle les jeunes ou les salariés en quête de reconversion. Question de communication assurément ; question d’image également. Il y aurait fort à dire de ce métier dont les attributs répondent tout à fait aux enjeux de notre époque. Garants de la sécurité de nos données et de nos réseaux, les « cyber agents » veillent sur nos vies. Agissant dans l’ombre, devant faire preuve tout à la fois de sang-froid, de compétences et d’esprit d’équipe, ils constituent une élite au sein de nos entreprises, au même titre que nos pompiers ou nos forces de l’ordre à l’échelle sociétale. Comment passer à côté de la noblesse de leur tâche ? Il est urgent de construire autour de la figure de ces experts un story telling à la hauteur du rôle qui est le leur au quotidien, et qui constitue la garantie même de la stabilité de notre monde.


Le livre entame une révolution. pexels
Karen Cayrat, Université de Lorraine


La filière économique du livre constitue la première industrie culturelle de l’Hexagone. Si le marché du livre – papier et numérique – s’érode enregistrant une baisse de 3,5 % au premier trimestre d’après le tableau de bord du Livres Hebdo, les pratiques de lecture connaissent quant à elles un accroissement. Pour autant, l’apparition de l’Internet et des nouvelles technologies semble impacter et concurrencer l’imprimé. Comment expliquer la survie des livres à l’ère du numérique ?

Un héritage culturel

Si le papier renvoie à un long héritage culturel, riche de plusieurs siècles, il n’est cependant qu’un support parmi tant d’autres qui fait état de la lente évolution des usages, permet de fixer une écriture à un instant donné, et voué à s’adapter à une diffusion de plus en plus élargie.
L’imprimé s’est considérablement imposé au cours du XIXe siècle tandis que le XXe siècle lui fait connaître un certain essor grâce à l’émergence du format poche, l’attrait du public pour la littérature et l’internationalisation entreprise par les grandes maisons d’édition de l’époque.
Aujourd’hui le livre conserve un caractère symbolique ainsi qu’une autorité forte. C’est par sa publication que l’auteur advient. Son entrée dans un catalogue ou dans une collection spécifique l’inscrit dans le champ littéraire et sont pour le lecteur des marqueurs essentiels qui lui permettent d’identifier sa singularité ou d’éprouver sa notoriété et son prestige.

Le livre entame une (r)évolution

Selon Roger Chartier, spécialiste de l’histoire du livre, de l’édition et de la pratique de la lecture, le numérique constitue une révolution majeure d’une ampleur tout aussi importante que celle de l’imprimerie ou du passage du rouleau au codex.
Elle démultiplie les pratiques de lectures et ses bouleversements touchent autant la technique, le support que les usages et la perception des discours.
Alors que les Français consacrent près de 1h37 par jour à Internet et en dépit de la concurrence d’autres médias, la lecture, quel que soit son format séduirait de plus en plus. Sa pratique connaît aussi une progression notamment dans les transports en commun. Selon le baromètre sur les usages du livre numérique SOFIA/SNE/SGDL 2019, publié en mars dernier, 22 % des Français déclarent avoir lu un livre numérique, le taux le plus élevé observé au cours de ces 8 dernières années. Ce dernier favoriserait même le temps passé à lire, car 23 % des usagers liraient plus qu’avant. Le livre numérique n’est pas seulement l’apanage des jeunes, toutes les tranches d’âge sont concernées. Toujours d’après le baromètre sur les usages du livre numérique, les lecteurs ne se cantonnent pas au livre numérique.
Derrière l’ordinateur, les tablettes tactiles et les smartphones sont les supports privilégiés par les lecteurs interrogés, la liseuse quant à elle n’arrive qu’en quatrième place. Particulièrement adaptés à la mobilité, ces supports permettent d’emporter quantité d’ouvrages avec soi, pour une lecture studieuse ou de détente.
Toutefois les lecteurs ne se cantonnent pas au livre numérique, l’imprimé et les livres audio les intéressent tout autant. Il propose une lecture plus fragmentée, plus rapide qui intègre différents outils de recherche alors que le livre papier offre un confort oculaire et faciliterait la compréhension du texte.

Des technologies du livre papier

Le codex n’a rien à envier au numérique, il développe un autre rapport avec le lecteur. Jeux de textures, animations, dispositifs sonores, les éditeurs rivalisent d’ingéniosité pour maintenir en éveil les lecteurs, en particulier les plus jeunes, grâce à l’imprimé. Les pop-up books, ces livres dont les éléments se déploient en volume ou en mouvement à l’ouverture des pages, sont de plus répandus. En 2017, ils représentaient près de 10 % des livres jeunesse écoulés. Quant aux beaux livres, ils séduisent en intégrant les fac-similés de documents rares, d’archives, de manuscrits ou d’album de photographies.
Si les lecteurs restent attachés au livre papier, celui-ci devient bien plus qu’un simple support, il dépasse son rôle utilitaire pour se transfigurer en objet d’art (en témoignent les livres d’artiste, les sculptures sur livre ou en objet de collection.
Si le livre s’adapte en adoptant un format numérique (eBook, Mobi, PDF) les évolutions technologiques et l’Internet offrent aux créateurs l’opportunité de repenser leurs pratiques et de s’essayer à d’autres gestes, donnant lieu à des expériences de lectures différentes.

Une littérature numérique

Sites personnels, blogs, plates-formes en ligne, réseaux sociaux, la présence numérique des auteurs va croissant. Nombre d’entre eux investissent la Toile à des fins communicationnelles, par exemple pour valoriser et promouvoir leurs productions, ou à des fins littéraires qui leur permettent de se livrer régulièrement à de nouvelles expérimentations.
La communauté scientifique observe ainsi progressivement la constitution d’un champ, celui de la littérature numérique qui propose notamment des œuvres interactives à l’image de Déprise de Serge Bouchardon et Vincent Volckaert. Ces œuvres quelque peu méconnues du grand public et pour beaucoup élaborées dans des perspectives de recherche-création, s’inspirent du jeu vidéo et reposent sur la participation de l’internaute. Ludiques et originales, elles offrent au lecteur différents modes d’interaction avec le contenu affiché qui lui permettant de faire progresser la narration.
Poésie animée, générateur de textes, twittérature et autres formes de microblogging, la littérature numérique embrasse une multitude de formes et d’écritures. De plus en plus d’auteurs fluctuent entre publications papier et numérique, c’est le cas par exemple de François Bon qui depuis 1997 développe une plate-forme d’écriture, Le Tiers Livre. Ce site personnel, apparaît comme un espace pluriel qui rassemble les différentes pratiques de cet artiste transmédia et convie le lecteur à se perdre dans les méandres d’un labyrinthe perpétuellement enrichi à la découverte de son œuvre mais aussi entre autres de textes inédits, d’articles, de critiques, ou d’ateliers. On peut y suivre l’avancée de certains projets d’écriture qui arrivés à leur terme seront publiés en format papier.

Hors du livre, de nombreuses interactions

Outre la littérature numérique, les publications papier bénéficient également d’autres formes de littérature hors du livre. Lectures musicales, performances, spectacles, pour ne citer que ces quelques exemples, contribuent largement à véhiculer une autre image des Lettres et à attirer un public toujours plus large. En ce sens, ces formes nouvelles qui mettent en contact autrement auteurs et lecteurs participent à la fois au rayonnement, à la valorisation et ce faisant à la survie de l’imprimé.
De même, la vie littéraire, qu’elle soit portée à travers des résidences d’auteurs, des festivals et autres manifestations littéraires, dynamise et favorise les interactions entre acteurs culturels et passionnés dans l’ensemble de l’Hexagone. En témoignent le succès et la pérennité de certains salons, comme le Livre Paris, dont la 39e édition rassemblait en mars dernier plus de 160 000 visiteurs venus à la rencontre d’auteurs et d’exposants d’une cinquantaine de pays différents. Les rencontres et échanges sont aussi encouragés par les bibliothèques, clubs de lectures, boîtes à livre ou encore les applications de partage comme Booksquare ou Livres de Proches ou d’achats de livres telles que Booxup.

Des supports hybrides

À la charnière du papier et du numérique, certains projets conduits par des artistes, des éditeurs ou des entreprises cherchent à penser l’hybridation des supports. Le livre embarque alors entre ses pages de technologies et brouille les frontières entre papier/numérique comme l’illustre les catalogues de certaines marques capables d’intégrer un accès wifi ou de recharger votre smartphone. Faire apparaître ou disparaître des mots devient possible grâce aux encres thermochromiques comme le prouve le savoir-faire des éditions volumiques ou l’originalité du livre infini conçu par l’artiste Albertine Meunier dont les pages entièrement blanches ne dévoilent leur contenu qu’en les tournant.
Quel que soit son futur, le livre a donc encore de beaux jours devant lui.The Conversation

Karen Cayrat, Doctorante au CREM |SIC, Langue et Littérature françaises|Traductrice -interprète, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.