Faut-il céder à la folie du Black Friday ?

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Le Black Friday, journée de promotions importée des États-Unis il y a quelques années, est entré dans les habitudes commerciales françaises, malgré des critiques croissantes qui l’accusent de pousser à la surconsommation.

Des réductions monstres sur les téléviseurs, les ordinateurs ou l’électroménager, des rabais importants sur les vêtements ou les chaussures : le Black Friday (vendredi noir) est censé permettre au consommateur de voir la vie en rose, mais peut-être aussi aux commerçants dont certains ont vu leur chiffre d’affaires fondre avec les manifestations hebdomadaires des Gilets jaunes.

Importé des Etats-Unis (il se tient après le jour de Thanksgiving), ce grand rendez-vous commercial en boutique comme sur internet semble plébiscité par les Français. "Les trois quarts des Français (75 %) considèrent que le Black Friday est une bonne chose, contre seulement 24 % qui pensent que c’est une mauvaise chose. Les jeunes (83 %) et les femmes (81 %) sont particulièrement nombreux à porter un jugement positif, tandis que les hommes et les seniors sont plus critiques", indique un sondage BVA-Orange publié mercredi.

Économie ou environnement ?

62 % des Français comptent ainsi réaliser des achats lors du Black Friday, dont 51 % sur internet et 39 % en magasin, notamment pour faire les cadeaux de Noël dans un mois (67 %).

Mais le Black Friday est aussi accusé de porter atteinte à l’environnement, peut-être davantage encore cette année durant laquelle les marches pour le climat se sont multipliées et la conscience environnementale a gagné les esprits. De fait, la surconsommation induite par le Black Friday, l’impact sur l’environnement des milliers de colis qu’il faut livrer aux cyberacheteurs et même le poids des grandes plateformes d’e-commerce au premier rang desquelles le géant américain Amazon contre le petit commerce, font que certains appellent à la raison voire au boycott. Des groupes écologistes comme Extinction Rebellion, Youth for climate, Attac ou Alternatiba COP21 ont d’ailleurs prévu des actions un peu partout en France ce vendredi pour dénoncer "la grande braderie de la planète"

La polémique entre relance de l’économie et préservation de la planète s’est même invitée au sein du gouvernement. Lundi dernier, Elisabeth Borne, ministre de la Transiton écologique et solidaire, avait estimé qu’"on ne peut pas à la fois baisser les émissions de gaz à effet de serre et appeler à une frénésie de consommation. Il faut surtout consommer mieux", avait-elle souligné.

Une position que ne partageait pas le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, ni même le Conseil du commerce de France, qui regroupe 31 fédérations de commerçants. Il est vrai que depuis 2013 – année de sa première édition en France – la part des ventes réalisées en novembre s’est accrue de 1,6 point dans le secteur de la vente à distance, selon l’Insee. Et l’an dernier, pour la première fois, novembre a représenté la même part de ventes en volume que décembre pour ce secteur (11,0 %). La part des ventes réalisées en novembre a également fortement augmenté depuis 2013 pour les parfumeries (+ 1,5 point), les magasins d’électroménager (+ 1,5 point) et les bijouteries-horlogeries (+ 1,0 point), note l’Insee.

Dès lors la position de Mme Borne sur le Black Friday qui constitue un coup de pouce économique indéniable n’est pas du goût de tous et a même déclenché la colère du président LR de la commission des Finances à l’Assemblée nationale, l’ancien ministre du Budget Éric Woerth.

"Je pense que la ministre ferait mieux de parler d’autre chose, elle ferait mieux de se taire sur ce type de sujet, elle n’a pas à donner son opinion au consommateur. On a le droit encore en France de consommer et d’acheter ce qu’on a envie d’acheter", a-t-il assené, rejoint par sa collègue LREM Olivia Grégoire. "Les Français sont assez grands pour savoir ce qu’ils ont à faire sur ces sujets-là. À tout interdire, je ne sais pas exactement quelle civilisation on est en train de bâtir" a estimé la députée qui fut la rapporteure de la loi Pacte.

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Achats sur internet : attention aux arnaques

Faire ses achats sur internet à l’occasion du Black Friday (puis du Cyber Monday le lundi suivant pour des produits orientés high-tech et numérique) est évidemment tentant. 51 % des Français et 72 % des jeunes envisagent de passer commande chez des cybermarchands. Mais attention : la frénésie d’achat pour le Black Friday attire aussi les escrocs qui feront tout pour subtiliser les numéros de cartes bancaires.

"La saison des fêtes de fin d’année couvre traditionnellement la période allant de la fête du Thanksgiving aux Etats Unis fin novembre à la première semaine de janvier. Durant ces quelques semaines, le risque potentiel de cyber-attaques, ciblant à la fois les individus et les entreprises, est largement accru. La raison principale de cette escalade est l’augmentation massive du nombre de transactions de paiement constatée durant cette période, à la fois en ligne et dans les magasins", explique David Grout, de FireEye, société spécialisée dans la cybersécurité. "Au cours de la saison des fêtes 2019, les consommateurs peuvent s’attendre à des attaques via e-mail utilisant des leurres tels que des vœux de fin d’année et des promotions liées à des événements majeurs tels que le Black Friday. Emotet, qui a probablement été le botnet le plus prolifique en 2019, illustre cette tendance – durant la période des fêtes précédente, il a diffusé massivement des e-mails utilisant des thèmes dont Thanksgiving, Black Friday, Cyber Monday, et des leurres liés à la fête de Noël, une tactique qui devrait perdurer tout au long de la période des fêtes 2019", explique l’expert qui rajoute qu’"en plus des leurres liés à la période des fêtes, des cyber criminels tenteront probablement d’exploiter le désir des consommateurs de profiter de promotions ou de coupons de réduction en diffusant des e-mails usurpant des marques et des enseignes populaires. "Prudence donc, d’autant plus qu’une étude publiée la semaine dernière par Proofpoint, indique que 60 % des 15 plus grands sites de vente en ligne français exposent encore leurs clients à la fraude par courriels…

Pour l’UFC, des rabais en trompe-l’œil

« En seulement 5 ans, les commerçants français ont réussi à imposer le Black Friday comme l’un des principaux événements promotionnels de l’année. Mais cette opération commerciale poussée à grand renfort de publicité est-elle vraiment synonyme de bonnes affaires ? Notre étude exclusive des prix pratiqués lors de l’édition 2018 révèle que si des rabais sont au rendez-vous, ils sont loin d’être aussi importants et aussi nombreux que les marchands veulent bien le faire croire », estime l’UFC Que choisir.

L’Observatoire de l’association de consommateurs s’est penché sur les prix de 20 types de produits avant et pendant le Black Friday 2018. « Au final, deux constats s’imposent. Tout d’abord, la part de produits faisant l’objet d’une vraie promotion à l’occasion du Black Friday est faible : seulement 8,3 % des 31 603 produits suivis ont vu leur prix réellement baisser. Ensuite, l’ampleur des ristournes est plus que limitée : tous rabais confondus, les prix n’ont baissé que de 7,5 % en moyenne, soit très loin des 50, 60 voire 70 % de réduction mis en avant par les marchands. ».

« La législation sur les prix de référence est tellement souple qu’elles ont la possibilité de jouer quasiment comme bon leur semble sur les prix de référence pour afficher des rabais les plus élevés possible. Et il n’y a aucune raison pour que l’édition 2019 échappe à cette règle », estiment les auteurs de l’étude, Cyril Brosset et Grégory Caret.

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