Avec une moyenne de 5,4/20 à un quiz dédié, les Français peinent à identifier les mécanismes de la désinformation. Une étude Ifop pour Cision met en évidence une vulnérabilité massive des Français aux fake news.
Voilà un pourcentage qui a de quoi effrayer et donne une idée de l’ampleur du phénomène : 89 % des Français se disent démunis face à la désinformation, selon une étude réalisée par l’Ifop pour Cision. L’institut a utilisé un « Quiz anti-fake news » qui met ainsi en évidence une faiblesse généralisée des Français dans leur capacité à décrypter les contenus trompeurs. La moyenne nationale s’établit à 5,4 sur 20 et seuls 1 % des répondants dépassent la note de 15/20.
Aucun segment de la population n’échappe à cette vulnérabilité : ni les catégories sociales, ni les territoires, ni les orientations politiques. L’étude souligne ainsi le caractère systémique de la désinformation, alimentée par la multiplication des sources – réseaux sociaux, contenus produits par intelligence artificielle, influenceurs – et par une circulation accélérée de l’information.
Des écarts apparaissent toutefois selon les profils. Contrairement à certaines représentations, la Gen Z enregistre les résultats les moins faibles, avec une moyenne oscillant entre 6,3 et 6,7/20. À mesure que l’âge augmente, les scores diminuent, jusqu’à 4,8/20 pour les 65 ans et plus. Une performance relative qui ne doit pas masquer un niveau globalement insuffisant.
L’impact du temps passé sur les réseaux sociaux
Le temps passé sur les réseaux sociaux constitue un facteur déterminant. Les individus y consacrant moins de deux heures par jour obtiennent une moyenne de 5,6, contre 4,9 pour ceux dépassant cinq heures quotidiennes. L’exposition prolongée semble ainsi corrélée à une moindre capacité de discernement.
Le niveau d’étude renforce ces écarts. Les titulaires d’un diplôme de deuxième ou troisième cycle atteignent 7,6/20, contre 5,3 pour les bacheliers et 4,4 pour les non-diplômés. Les cadres et professions intermédiaires supérieures obtiennent également des scores plus élevés, à 7,3/20.
La géographie sociale joue un rôle comparable. Les habitants de l’agglomération parisienne affichent une moyenne de 6,2/20, supérieure à celle des villes de province (5,3) et des zones rurales (5,1). Le niveau culmine dans les banlieues aisées (6,5), confirmant l’influence des environnements socio-économiques.
Sur le plan politique, les différences sont marquées. Les sympathisants écologistes obtiennent les meilleurs résultats (8,1/20), suivis par ceux de La France insoumise (6,3/20), tandis que les sympathisants du Rassemblement national se situent en bas de classement (4,3/20).
Les mieux notés lisent la presse
Les pratiques informationnelles apparaissent enfin comme un levier central. « S’informer sur internet et dans la presse quotidienne nationale synonyme de notes plus élevées ». Ceux qui obtiennent les meilleurs scores privilégient ces deux canaux, avec des moyennes respectives de 6,3/20 pour internet et 6/20 pour la presse écrite nationale.
L’étude met également en lumière une difficulté spécifique : l’identification des contenus générés par intelligence artificielle. Une des questions du quiz enregistre ainsi 97 % de réponses erronées ou incomplètes, révélant un niveau de confusion particulièrement élevé face aux images synthétiques.
« Ce que montre ce sondage, c’est que lutter contre la désinformation, ça s’apprend, et qu’on devrait tous s’y mettre. Personne n’est prémuni par avance », analyse Thomas Huchon, journaliste spécialiste des infox et des théories du complot. Il y a « urgence à élever les barrières de l’esprit critique pour se protéger du fléau de la désinformation », rajoute Cyndie Bettant, cheffe du projet Anti-fake news pour Cision, qui veut aussi alerte les entreprises sur le coût de la désinformation, 400 milliards dans le monde.
À quelques jours de la Semaine de la presse et des médias organisée par le CLEMI, ces résultats prennent une résonance particulière car ils soulignent l’écart persistant entre l’exposition à l’information et la capacité à l’évaluer, dans un environnement où les outils de désinformation gagnent en sophistication.