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Pornographie en ligne : des risques préoccupants pour les adolescents

 

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Sandrine Charnier, Université de Lorraine; Joëlle Lebreuilly, Université de Lorraine et Martine Batt, Université de Lorraine

Pour la première fois dans l'histoire parlementaire, un rapport d'information du Sénat se penche sur les pratiques de l'industrie pornographique. Il a été présenté le 28 septembre par les sénatrices Alexandra Borchio-Fontimp (Les Républicains), Laurence Cohen (communiste), Laurence Rossignol (socialiste) et Annick Billon (Union centriste), avec l'objectif de provoquer un « électrochoc » en France et d'en faire une « priorité» dans le débat public. Parmi les nombreuses recommandations figure la place croissante qu'a pris la pornographie auprès des plus jeunes, sachant que les enfants «seront confrontés, au cours de leur minorité, volontairement ou non, de façon répétée, intensive ou épisodique, à du contenu pornographique violent».

L’adolescence est une période de bouleversements et de maturations physiques, biologiques et psychiques. Pour les jeunes, Internet va alors sembler un lieu privilégié pour chercher des informations et partager des questionnements, les confrontant seuls aux dangers et aux risques de cette utilisation.

Un adolescent sur cinq serait concerné par un de ces risques : cyberharcèlement, contact avec des inconnus, utilisation de sexting et usage de la pornographie.

La confrontation avec la pornographie en ligne est un risque qui questionne. En effet, le nombre de sites de cet ordre s’est multiplié de manière exponentielle : en 2007, il existait déjà plus de 4 millions de sites d’ordre pornographique sur Internet et, souvent, il suffit de valider « être majeur » ou « avoir plus de 18 ans » pour y accéder.

L’usage de la pornographie en ligne par les adolescents, à un moment crucial de leur développement, amène à s’interroger sur les conséquences d’un point de vue comportemental, sexuel et psychologique.

Quels sont les facteurs qui peuvent expliquer que certains adolescents sont plus vulnérables que d’autres ?

Plus d’adolescents exposés que d’adolescentes

La confrontation à du contenu pornographique en ligne peut être accidentelle, résultant notamment de fenêtres « pop-up » qui s’ouvrent lors de recherche d’informations sur la santé ou sur des thèmes pouvant avoir ou non un caractère sexuel ou de mails non désirés. Une étude de 2017 a estimé qu’un adolescent sur cinq aurait été ainsi exposé à du matériel pornographique de manière accidentelle.

Une autre étude en France a montré que 58 % des garçons et 45 % des filles avaient vu leur première image pornographique avant l’âge de 13 ans.

La confrontation à du contenu pornographique peut être accidentelle, due notamment à l’ouverture de fenêtres « pop-up ». Shutterstock

L’exposition peut également être intentionnelle : les études estiment que plus de la moitié des adolescents consultent régulièrement des sites pornographiques en ligne. Ces consultations volontaires relèvent principalement de trois raisons : la recherche d’informations d’ordre sexuel, la mise en connexion avec quelqu’un, et le divertissement ou l’excitation sexuelle.

les chercheurs Jochen Peter et Patti Valkenburg ont pu noter en 2016 que les adolescents concernés étaient plus souvent des garçons, dans un stade de puberté précoce, à la recherche de sensations et qui rencontraient des difficultés relationnelles dans leur famille.

Phénomène d’habituation

Il est difficile de déterminer les causes ou conséquences de la consultation de ce type de contenu en ligne tant les facteurs peuvent se recouper avec les conséquences. Par exemple, l’usage de la pornographie en ligne peut rentrer en conflit avec le développement psychosexuel et prédire l’incertitude sexuelle notamment chez les filles, mais aussi déclencher des symptômes dépressifs si l’exposition intentionnelle est trop précoce.

L’utilisation du matériel pornographique en ligne est liée à des comportements qualifiés d’instrumentaux ou de récréatifs, c’est-à-dire des comportements sexuels qui valorisent davantage la satisfaction du plaisir physique personnel que l’aspect affectif dans la relation.

La fréquence de son usage affecte les croyances sur le rôle des genres dans les relations sexuelles, mettant en avant des croyances stéréotypées : la notion de femme-objet sexuel dans un rôle de passivité et de soumission, et la notion de masculinité avec l’image de la domination et de l’agression.

Les études ont pu montrer que progressivement, avec l’âge et la fréquence de l’utilisation, un phénomène d’habituation se met en place amenant à explorer d’autres thèmes sexuels, voire à caractère de violence. Ainsi, il a été retrouvé un lien entre les usagers réguliers et l’utilisation de la contrainte et de l’abus dans les relations sexuelles.

La consommation de substances psychoactives ou d’alcool a été retrouvée significativement liée à l’usage de la pornographie en ligne mais aussi à la pratique du sexting. Les substances psychoactives agissent sur la sensation de désinhibition en l’accentuant, et permettent d’atténuer le ressenti des émotions comme la honte ou la culpabilité. Un phénomène d’association se met alors en place : l’usage de la pornographie en ligne ou de sexting se retrouve progressivement associé à la consommation de substances ou d’alcool, créant ainsi un [conditionnement].

L’usage de la pornographie en ligne peut déclencher des symptômes dépressifs si l’exposition intentionnelle est trop précoce.. Shutterstock

Les résultats scolaires semblent impactés par l’usage du matériel pornographique en ligne. Or, il reste difficile de dissocier l’usage de l’écran de l’usage de la pornographie en ligne. L’impact sur les performances scolaires serait sans doute directement lié à un usage excessif des écrans, qui lui-même aurait un impact sur le sommeil, les capacités d’apprentissages, d’attention et de mémorisation.

Facteurs de risques

Les études ont pu montrer que des facteurs prédisposaient à l’usage de la pornographie en ligne. Les adolescents présentant ces facteurs développent un usage plus important du matériel pornographique en ligne.

D’abord, plus l’usage d’Internet est important et plus il augmente le risque d’être confronté de manière accidentelle à des sites d’ordre pornographique. Cette augmentation va attiser la curiosité sexuelle, favoriser le développement de l’usage intentionnel et diminuer l’autorégulation. Une connexion plus rapide, un accès privé, l’usage de réseaux sociaux et de faibles règles parentales majorent cet effet.

L’adolescence est une période où le regard des pairs revêt une importance non négligeable. Faire partie d’un groupe, être reconnu et accepté par ses pairs sont des besoins qui vont influencer la prise de décision et les comportements des adolescents. Les études ont pu montrer que les adolescents perçoivent une norme sexuelle à travers le discours des pairs, norme à laquelle ils vont tenter de se conformer.

L’influence des pairs sera d’autant plus grande si l’adolescent ne dispose pas de facteur de protection et s’il est un utilisateur de réseaux sociaux, ceux-ci altérant la perception des pairs.

Le développement psychosexuel englobe plusieurs notions : le stade de puberté, l’identité sexuelle et le niveau de permissivité sexuelle. Les études ont montré que les adolescents utilisent le matériel pornographique en ligne en fonction de leur stade de puberté : ceux dont le développement pubertaire semble complet sont des utilisateurs plus fréquents comparativement à ceux se situant en début de leur développement pubertaire.

Le niveau de permissivité sexuelle (attitudes sexuelles en dehors de toute relation engagée ou amoureuse) semble prédire l’utilisation du matériel pornographique en ligne. Le niveau de permissivité sera d’autant plus important que l’adolescent n’aura pas intégré de normes sociales.

Les résultats des études du lien entre comorbidités psychiatriques et l’utilisation du matériel pornographique en ligne révèlent que les symptômes dépressifs, une faible estime de soi et de satisfaction de la vie seraient prédictifs de l’usage de la pornographie en ligne. De même, la recherche de sensations qui est un trait de personnalité retrouvé dans les comportements avec prise de risque (tels que l’usage de substance, les sports à risque…) semble aussi prédire cet usage.

L’influence de ces facteurs prédisposant à l’usage du matériel pornographique sera moindre ou au contraire accentuée selon la présence ou l’absence d’un facteur protecteur. Par exemple, le rôle des parents est primordial : des parents qui exercent un contrôle psychologique important vont accentuer l’influence des pairs alors que des parents qui privilégient la discussion vont avoir un effet inverse.

De même, les facteurs interagissent entre eux renforçant ainsi leur impact. Par exemple, un adolescent présentant des symptômes dépressifs avec une faible estime de soi et des difficultés à s’affirmer va avoir plus facilement tendance à s’isoler, à renforcer l’usage des écrans et dans ce cas être plus vulnérable aux sollicitations sexuelles sur Internet.

Facteurs de protection

Deux facteurs de protection de l’usage de la pornographie en ligne ont été identifiés : le dialogue sur l’usage de la pornographie en ligne dans le cadre familial, et la pratique d’une religion.

Les professionnels de l’adolescence et l’entourage des adolescents partagent souvent l’inquiétude de savoir si le fait d’évoquer la problématique de la pornographie en ligne serait incitateur ou protecteur. Dans les études, il est montré qu’évoquer cet usage aurait un effet protecteur. Cette ouverture au dialogue permet aux adolescents de se sentir écoutés, pris en compte. La discussion et les échanges permettent de faire passer des informations.

Adolescents : que faut-il leur dire face au porno ? (RFI, « 7 milliards de voisins », juin 2019).

En revanche, la mise en place de pare-feu ou d’interdictions par les parents auraient un effet incitateur : braver l’interdit. Un fonctionnement familial ouvert au dialogue va protéger l’adolescent de cet usage.

La pratique d’une religion ou les croyances religieuses aurait un rôle protecteur en facilitant non seulement l’intégration des normes sociales, mais aussi la réflexion, l’autorégulation personnelle, et le contrôle social. L’adolescent se voit alors en mesure de questionner ce qu’il voit en faisant des liens avec des notions de respect, de réalité et aussi de partage.

Pour conclure, la consultation du matériel pornographique en ligne dans la période de l’adolescence est un phénomène de plus en plus précoce et important. Derrière la banalisation, peuvent se cacher des problématiques en plein développement. Prévenir l’usage permet de développer l’esprit critique des adolescents. Un programme de prévention adapté doit prendre en compte l’ensemble de ces facteurs afin d’accroître les facteurs de protection et de diminuer les facteurs à risque.The Conversation

Sandrine Charnier, Doctorante en psychologie- Psychologue clinicienne - Psychothérapeute -, Université de Lorraine; Joëlle Lebreuilly, Maîtresse de conférences en psychologie, Université de Lorraine et Martine Batt, Professeur des universités, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Numérique : la feuille de route du gouvernement détaillée lors de l'Université du Très Haut Débit à Toulouse

fibre

Alors que la fin du réseau cuivre se prépare et que de plus en plus de communes sont couvertes par la fibre optique - au 31 juin, 32 millions de locaux étaient éligibles à des offres FTTH, soit 16% de plus que l’an dernier - Jean-Noël Barrot, nouveau ministre délégué chargé de la transition numérique et des télécommunications, présentera, pour la première fois devant toute la filière, sa feuille de route du numérique pour le nouveau quinquennat à Toulouse le 5 octobre à l'occasion de l'université du THD.

Lors de la conférence annuelle de l'Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse), le 22 septembre, le ministre avait estimé que "la couverture fixe et mobile est une réussite collective" avant de rappeler les "grands enjeux" du gouvernement : "améliorer la qualité de service fibre, généralisée d'ici à 2025, réduire l'empreinte carbone du numérique."

5G, souveraineté, cybersécurité...

"Alors que le plan France Très Haut Débit se poursuit (plus de 10 millions de prises restent à construire), la filière des infrastructures numériques s’interroge et se projette déjà dans l’étape d’après, pour mieux s’y préparer : comment va-t-elle mettre en œuvre les grands chantiers que représentent la transition numérique pour des territoires connectés et durables, la complétude et la résilience des réseaux, la souveraineté numérique, etc." explique les organisateurs de l'université, la fédération InfraNum avec idealCO et l'Avicca.

Créée fin 2012 pour accompagner le Plan France Très Haut Débit, la fédération InfraNum regroupe plus de 200 entreprises représentatives de l’ensemble des métiers de la filière des Infrastructures du numérique (bureaux d’études, opérateurs, intégrateurs, équipementiers, fournisseurs de services, etc.). Plus de 1000 industriels et collectivités, venus de toute la France, participeront à l'université qui verra défilé plusieurs personnalités. Outre Jean-Noël Barrot doivent intervenir Dominique Faure, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, chargée de la Ruralité, Laure de La Raudière, présidente de l’Arcep, ou encore Christel Heydemann, directrice générale d’Orange.

Pendant deux jours, l'université va aborder tous les grands thèmes qui concernent les télécoms : la 5G dans l'industrie et les territoires ; les datacenters, la cybersécurité, les collectivités face au défi de la confiance numérique ; la fin du réseau cuivre ; l'inclusion numérique et les CivicTech ; la sobriété numérique, etc.

Inscriptions sur le site de la manifestation


Pourquoi faire s’écraser une sonde spatiale sur un astéroïde ?

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Le nanosatellite Milani imagera la lune Dimorphos et l'astéroïde Didymos dans l'infrarouge après l'impact (vue d'artiste). ESA
Par Patrick Michel, Université Côte d’Azur et Alain Herique, Université Grenoble Alpes (UGA)

À 1h14 cette nuit, la sonde DART va arriver à très grande vitesse sur Dimorphos, un petit astéroïde. Cet impact n’est pas un accident, mais bien une tentative de dévier la trajectoire d’un astéroïde… afin de savoir si nous pourrions utiliser cette méthode pour nous protéger des corps qui pourraient entrer en collision avec la Terre – un évènement très peu probable mais aux conséquences qui pourraient être désastreuses.

En effet, les missions précédentes à destination d’astéroïdes nous ont montré à quel point nos hypothèses peuvent se révéler fausses. Notre compréhension du processus d’impact repose pour l’instant sur des expériences d’impact en laboratoire sur des cibles de tailles centimétriques. Grâce aux missions DART, partie le 24 novembre 2021, et Hera, dont le lancement est prévu pour octobre 2024, nous aurons les moyens de vérifier nos modèles numériques avec des données à une échelle réellement pertinente. Ceci permettra d’utiliser ces modèles avec une fiabilité plus grande dans l’hypothèse (très peu probable) qu’un astéroïde soit en route vers la Terre. On cherche à éviter le scénario du film « Don’t look up » – qui cherche à dénoncer le déni du réchauffement climatique, mais qui montre un scénario tout à fait plausible du sujet choisi.

Jusqu’à présent, plusieurs techniques ont été proposées pour dévier un astéroïde, mais aucune n’a été testée. Détruire l’astéroïde n’est pas raisonnable en pratique, car il n’est pas possible de savoir combien de fragments seront générés, et nous risquerions de nous retrouver avec des tas de fragments qui finiraient quand même par tomber sur Terre. La méthode qui va être testée avec la mission DART de la NASA, en coopération avec la mission Hera de l’Agence spatiale européenne, s’appelle la méthode de l’« impact cinétique » : elle vise à écarter l’astéroïde de sa trajectoire initiale et à mesurer la déviation produite.

En gros, on joue au billard. Mais les astéroïdes ne sont pas des sphères dures comme les boules de billard, et nous ne savons pas comment ils réagissent aux chocs. Pour nous assurer que nous n’envoyons pas la cible sur une mauvaise trajectoire suite à l’impact, nous avons choisi de taper sur la petite lune d’un astéroïde double, qui fait à peine 160 mètres de diamètre.

Pourquoi a-t-on choisi cette lune ?

L’impact à haute vitesse va perturber la trajectoire de la « lune-astéroïde » Dimorphos autour de son corps principal appelé Didymos. La lune est beaucoup plus petite que Didymos, donc, quoiqu’il arrive, nous ne modifierons pas la trajectoire autour du Soleil du couple d’astéroïdes. Mais nous pourrons faire une mesure précise de la variation de vitesse de la lune.

De plus, Didymos passe suffisamment près de la Terre au moment de l’impact (11 millions de kilomètres) pour que les télescopes terrestres puissent mesurer le changement de la période orbitale de Dimorphos autour de son corps principal, avant et après l’impact.

Pour l’instant cette période est de 11,92 heures, et au minimum, on s’attend à un changement de 73 secondes, qui est détectable depuis la Terre. C’est un minimum, car en réalité, le changement dépend de la façon dont la lune-astéroïde va réagir à l’impact, ce qui dépend de ses propriétés physiques… que nous ne connaissons pas. La seule chose que nous connaissons pour l’instant de Dimorphos est sa taille.

DART en approche

DART va donc devoir détecter Dimorphos avec sa caméra DRACO tout en s’approchant, mesurer sa forme de façon automatique, et se guider pour rentrer en collision avec l’astéroïde. La sonde ne commencera vraiment à résoudre le corps principal (c’est-à-dire avec plus d’un pixel) que quelques heures avant l’impact, et Dimorphos lui-même une heure avant l’impact.

Image du ciel et zoom
Image de la lumière de l’astéroïde Didymos et de sa lune Dimorphos, composite de 243 images prises par la caméra de reconnaissance DRACO le 27 juillet 2022. NASA JPL DART Navigation Team

Les images de DRACO seront transmises en direct par la TV de la NASA jusqu’à 3 secondes avant l’impact, offrant ainsi au public le privilège de découvrir avec nous ce nouveau petit monde. Nous aurons ainsi des informations sur les propriétés géologiques du site de l’impact : sera-t-il plat, ou couvert de roches ou de graviers ? Y aura-t-il des pentes ?

Ces informations sont cruciales pour interpréter le résultat de l’impact et serviront de conditions initiales pour les modélisations numériques qui cherchent à simuler l’impact. Le Cubesat italien LICIACube, déployé par DART il y a quelques jours, renverra des images des premières minutes après l’impact, ce qui nous fournira des informations sur les premiers matériaux de l’astéroïde éventuellement éjectés suite à l’impact. Ensuite, les observatoires terrestres, ainsi que le James Webb Space Telescope et Hubble depuis l’espace, observeront le système double pour mesurer la différence de période orbitale.

Cela permettra de nous assurer que DART a bien tapé l’astéroïde et de quantifier une partie du résultat. Cependant, il nous manquera la mesure des propriétés du cratère produit par l’impact (sa taille, sa profondeur) et la quantité de déviation produite, qui dépend de la masse de Dimorphos que DART ne pourra pas mesurer, et qui permettrait de valider pleinement la technique. C’est le rôle de la mission Hera.

Interview dans le Journal du CNRS.

Tout ce que l’on ignore

Ce qui est totalement fascinant, c’est qu’avec nos connaissances actuelles « avant impact », c’est-à-dire ce que disent nos modélisations numériques en fonction des propriétés physiques supposées car inconnues de Dimorphos, il pourrait se passer des tas de choses.

Par exemple, si Dimorphos est une roche résistante, l’impact pourrait produire un cratère d’une dizaine de mètres de diamètre. S’il est très poreux, DART pourrait s’enfoncer comme dans une éponge, et la déviation serait minime. Et s’il est faiblement résistant, il se pourrait même qu’il n’y ait pas de cratère et que l’impact déforme complètement l’astéroïde, en produisant une plus grande déviation.

Hera entre en scène

Hera est cruciale dans ce test de déviation, pour le documenter. En effet, il faut trois choses pour vérifier la validité des modèles d’impact d’astéroïde : tout d’abord, les conditions initiales et les informations sur les premiers instants après l’impact, fournies par DART, LICIACube et les observations depuis la Terre, ensuite le résultat final détaillé concernant la taille du cratère ou la déformation de l’objet et la quantité de déviation, et enfin les propriétés physiques de l’astéroïde qui influencent le résultat de l’impact.

Hera va mesurer la masse de Dimorphos, et donc quantifier directement la quantité de déviation. Si un cratère a été produit, elle en mesurera toutes les caractéristiques. Si Dimorphos a été déformé, elle comparera cette déformation avec les images fournies par DART avant l’impact. Et surtout, elle déploiera deux Cubesats, Milani et Juventas, qui auront pour but d’étudier la composition de l’astéroïde et, pour la première fois, de caractériser sa structure interne.

Vue d’artiste du nanosatellite en approche
Le nanosatellite Juventas portant le radar JuRa en orbite autour de Didymos, vue d’artiste. ESA

Une telle mesure n’a jamais été faite directement, et tout ce que nous savons de l’intérieur de l’astéroïde provient d’interprétation ou de modélisations théoriques. Dimorphos est-il une roche monolithique ou un agrégat ? Quel est le degré d’hétérogénéité interne ? Ces informations sont cruciales car ce sont elles qui guident comment l’astéroïde réagit à un impact. Avec Hera, nous aurons ainsi une connaissance détaillée des propriétés géologiques du plus petit astéroïde jamais visité et qu’il est impossible d’obtenir autrement. Ceci a de nombreuses implications scientifiques, y compris concernant la formation des astéroïdes doubles qui représentent 16 % de la population des astéroïdes en général. Enfin, les collisions ont joué un rôle majeur dans l’histoire du système solaire : comprendre ce processus offre une contribution essentielle à la compréhension de cette histoire.

Quel est le risque qu’un astéroïde nous tombe sur la tête ?

Sur tous les astéroïdes que nous connaissons, aucun ne nous menace pour le prochain siècle au moins : l’inventaire des astéroïdes géocroiseurs plus grands qu’un kilomètre de diamètre (qui est le seuil en taille pour une catastrophe à l’échelle du globe) est quasiment complet ; et nous cherchons maintenant à faire l’inventaire de tous ceux plus grands que 140 mètres (seuil pour une catastrophe à l’échelle d’une région ou un petit pays). Nous n’en connaissons pour l’instant que 40 % et la NASA cherche à finaliser le financement d’un télescope spatial appelé NEO Surveyor qui pourrait réaliser l’inventaire en dix ans depuis l’espace.

Heureusement pour nous, la fréquence d’impact d’astéroïdes de cette taille est de 10 000 ans environ, donc la probabilité que l’un d’eux nous arrive dessus à court terme reste très faible. Certes, plus les objets sont petits, plus ils sont nombreux, donc plus les fréquences d’impact augmentent ; mais ils font également des dégâts bien plus localisés, avec une probabilité plus grande de se produire au-dessus des déserts et des océans.

Le risque d’impact d’astéroïde est donc un risque à très faible probabilité, mais aussi à haute conséquence… et dont on sait qu’il se reproduira sur le long terme.

L’idée est de pouvoir anticiper l’arrivée d’un astéroïde et d’offrir aux futures générations un plan robuste de telle sorte qu’elles n’aient pas à improviser le jour où elles y seront confrontées. Pour élaborer un plan de protection planétaire robuste, il faut prendre en compte de nombreux paramètres que DART et Hera vont permettre de préciser. Sur ces enjeux, l’Europe joue un rôle pionnier, et les discussions ont également lieu au sein de l’ONU pour élaborer une réponse coordonnée au niveau international. Le chemin est encore long, mais nous y couvrons tous les aspects, techniques, scientifiques, politiques, légaux, et de communication.

Les dinosaures auraient certainement apprécié une telle démarche !The Conversation

Patrick Michel, Astrophysicien, Directeur de Recherche au CNRS, Responsable Scientifique de la mission spatiale Hera (ESA), Université Côte d’Azur et Alain Herique, Astrophysicien, Université Grenoble Alpes (UGA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

CMA CGM relance le projet SeaOrbiter de Jacques Rougerie

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L’armateur CMA CGM (Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime) a récemment défrayé la chronique en étant avec TotalEnergies l’un des acteurs du dossier sur la surtaxation des superprofits. Une exposition qui a supplanté une autre actualité du groupe basé à Marseille : la création d’un fonds spécial Énergies doté de 1,5 milliard d’euros pour accélérer la transition énergétique du transport et de la logistique.

En 5 ans, l’objectif est d’accélérer la transition énergétique en vue d’atteindre le Net Zéro Carbone d’ici 2050. Le groupe va travailler sur quatre piliers : soutenir le développement et la production d’énergies renouvelables ; accélérer la décarbonation des terminaux portuaires, des entrepôts et des flottes de véhicules terrestres ; s’engager dans la sobriété ; et soutenir, expérimenter et lancer des projets à la pointe de l’innovation. Parmi les projets innovants, CMA-CGM va en soutenir un particulièrement remarquable : SeaOrbiter, un vaisseau d’exploration des océans et laboratoire océanographique flottant conçu par l’architecte français Jacques Rougerie. Passionné par la mer, l’espace, et les nouvelles technologies, cet académicien a conçu les premiers habitats sous-marins au début des années 1970 ; de nombreux musées et centre de la mer partout dans le monde.

12 ponts, 550 tonnes

SeaOrbiter, avec ses lignes futuristes qui rappellent le vaisseau du film Abyss ou l’imaginaire de Jules Vernes et du Nautilus de 20 000 lieues sous les mers, a été présenté en 2005. Cet étonnant vaisseau vertical de 12 ponts fait 58 mètres de haut : 27 mètres sont émergés avec au sommet un poste de pilotage. Cette partie de 6 ponts accueille les systèmes de communication et de production d’énergie (350 m2 de panneaux solaires et une éolienne), un laboratoire, une plateforme de mise à l’eau d’embarcations, des zones de stockage, médicalisée et de fitness. Dans les 31 mètres sous l’eau SeaOrbiter comprend les 6 autres ponts avec un disque habitable de 25 mètres de diamètre duquel on peut admirer les fonds marins. Les 550 tonnes de SeaOrbiter, qui accueillera de 18 à 22 personnes dériveront au gré des courants avec pour seul moteur la circulation océanique. Le futur PolarPod de Jean-Louis Etienne, relèvera du même procédé.

Il y a 6 ans, Jacques Rougerie avait mis en pause son projet faute de financements suffisants mas était resté convaincu qu’il reverrait le jour. Rodolphe Saadé, PDG de CMA-CGM, lui a donné raison pour que cet incroyable vaisseau puisse voir le jour et permette de mieux connaître les océans.

Fête de la science 2022 : le réchauffement climatique au menu de la 31e édition

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Avec les Journées du patrimoine en septembre, elle est l’un des rendez-vous préférés des Français. Lancée par Hubert Curien en 1991, la Fête de la science peaufine le programme de sa 31e édition, qui aura lieu partout en France du 7 au 17 octobre, autour d’une thématique bien d’actualité : le changement climatique. Après l’été caniculaire que nous avons vécu, la sécheresse et les orages violents – autant de signes des conséquences du réchauffement climatique – nous avons plus que jamais besoin du regard des scientifiques pour comprendre et pour agir.

En Occitanie, la Fête de la science a choisi pour parrain Christophe Cassou, climatologue, directeur de recherches au CNRS, au laboratoire Climat Environnement Couplage & Incertitude du Cerfacs à Toulouse. Vulgarisateur hors pair, mais aussi optimiste dans notre capacité à agir, il est l’un des scientifiques qui ont récemment sensibilisé certains députés aux enjeux climatiques.

15 villages des sciences

Comme chaque année, la Fête de la science se déclinera en une multitude de manifestations. « Nous avons plus de 500 rendez-vous programmés », indique Johan Langot, directeur général d’Instant Science, le pilote de la manifestation dans la région, né de la fusion de Science animation et d’A ciel ouvert.

Quinze villages des sciences vont être installés dans tous les départements d’Occitanie, celui du Tarn bénéficiant cette année de la distinction « Opération Phare » avec des animations particulières au lycée Clément de Pémille à Graulhet qui l’accueille.

Expositions, rencontres avec des scientifiques, débats, ateliers, visites de laboratoires ou d’entreprises mais aussi jeu… en ligne ou en présentiel. Car comme de nombreuses manifestations, la Fête de la science a été freinée ces deux dernières années par les contraintes imposées par l’épidémie de Covid-19. Cette année, les organisateurs espèrent renouer avec un public plus que jamais curieux et engagé.

En Occitanie, la plus vaste enquête citoyenne lancée sur l’intelligence artificielle

 

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C’est peu dire que l’intelligence artificielle (IA) est entrée dans nos vies. Pas une semaine sans qu’elle ne soit mentionnée pour évoquer telle ou telle innovation ou service dans tous les secteurs d’activité. Alors que l’investissement mondial des entreprises dans l’IA est déjà de 85 milliards de dollars selon une étude Xerfi, la France tire son épingle du jeu : elle compte parmi les 4 premiers pays au monde pour la production mondiale d’articles sur l’IA, avec la Chine, les États-Unis, et le Royaume-Uni, selon le rapport sur le sujet remis en 2018 par Cédric Vilani, qui identifiait quatre secteurs prioritaires (la santé, les transports, l’environnement et la défense).

« Construire l’intelligence artificielle de demain »

Pourtant, le grand public connaît mal tout ce que recouvre l’IA, entre algorithmes et big data, qui peut susciter des interrogations et des inquiétudes légitimes. C’est la raison pour laquelle l’institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle (ANITI) de Toulouse et Ekitia (ex Occitanie Data), association de préfiguration d’un pôle d’économie de la donnée, avec le soutien de la Région Occitanie, ont lancé hier à Toulouse une grande enquête auprès des citoyens d’Occitanie afin de « construire l’intelligence artificielle de demain. » Cette enquête à réaliser en ligne sur un site dédié (consultation-ia.fr) prend 10 minutes et s’adresse à tous, néophytes comme experts.

Les différents partenaires de la consultation

Comment vivre avec l’IA ? Comment éviter les dérives ? Que l’on soit inquiet ou enthousiaste, chacun peut exprimer son avis. Les réponses permettront de faire un état des lieux des connaissances et des opinions sur l’IA, de définir des actions de sensibilisation pertinentes par rapport aux besoins et aux attentes des citoyens pour in fine accompagner les décideurs économiques et politiques avec des recommandations pour que l’IA soit au service des citoyens dans un cadre éthique et transparent.

Cette consultation est une première et la plus vaste enquête citoyenne jamais réalisée en France auprès des citoyens sur le sujet.

Aux Etats-Unis, les dirigeants veulent aussi travailler en mode hybride

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Une  étude Morning Consult pour Zoom, réalisée auprès de 250 dirigeants américains, a démontré que ces derniers accueillent favorablement le travail en mode hybride. Les résultats indiquent également que les dirigeants préfèrent le travail hybride pour eux-mêmes et voient de nombreux avantages associés aux modèles de travail flexibles.

Le travail hybride fait dorénavant partie intégrante du monde professionnel. Dans cette étude, on y apprend que plus de 4 dirigeants sur 5 (86 %) interrogés sont d'accord avec l'affirmation « l'avenir du travail est hybride ». Cela ouvre de nombreuses perspectives pour les salariés, notamment “si ces derniers se sentent en contrôle de leur situation et peuvent équilibrer leur vie, ils seront plus heureux et plus productifs au travail", a déclaré l'un des dirigeants interrogés.

Un peu plus des deux tiers (69 %) des salariés disent qu'il est important pour eux de pouvoir choisir s'ils travaillent en présentiel, à distance ou en mode hybride. Cela concorde avec le choix des dirigeants, 90 % déclarant qu'ils préféraient un environnement de travail hybride ou à distance plutôt qu'en présentiel uniquement. Ces derniers sont près de 56 % à déclarer préférer un environnement de travail hybride, contre 35 % qui préfèrent être entièrement à distance, et seulement 9 % entièrement en présentiel.

La majorité des dirigeants interrogés a le sentiment que l’utilisation du travail à distance améliore certains facteurs clés liés au travail :

  • 71 % pensent que le travail hybride et à distance a eu un impact positif sur le bonheur des employés. Ils sont 58 % à penser que cette flexibilité au travail a permis de conserver les membres de leurs équipes.  
  • Les dirigeants pensent que des relations de travail peuvent être établies aussi bien au bureau (84 %) ou en mode hybride.
  • Les dirigeants interrogés ont classé les éléments qui ont bénéficié positivement de ce mode hybride : la productivité est le facteur le plus important (2,86/6) dans leur classement, suivie par l'augmentation de la collaboration d'équipe (3,44/6) et le maintien d'une forte culture d'entreprise (3,56/6).
  • 31 % estiment que le travail à distance a amélioré la qualité des relations avec leurs équipes directes et 54 % estiment que la qualité est restée la même.
  • 31 % pensent que le travail à distance a amélioré la qualité des liens avec la direction de l'entreprise et 55 % estiment que la qualité est restée la même.

"Au sortir de la pandémie, les salariés souhaitaient continuer à télétravailler et c’est toujours le cas, comme le montre nos études ou celles d’autres entreprises. Les équipes ont réalisé que ce mode hybride leur permet de mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle. Ils en ressentent les bienfaits", explique Charlotte Nizieux, porte-parole Zoom France.

"Cette étude récente qui ciblait des dirigeants d’entreprise nous a permis de découvrir qu’ils sont eux aussi déterminés à conserver un mode hybride pour eux et leurs équipes. Ce travail flexible permet de garder les équipes motivées au quotidien. Et c’est là que nous trouvons notre raison d’être en offrant une plateforme de communications unifiées qui permette de garder le contact en visio mais aussi par téléphone ou chat. Nos développeurs travaillent à toujours améliorer l’expérience client, et nous avons mis en place Zoom One afin de rassembler toutes nos applications dans des packages simplifiés, sécurisés et évolutifs."

Méthodologie de l’enquête. Cette enquête a été menée auprès de 250 hauts dirigeants américains, définis comme ceux ayant un titre de vice-président ou supérieur, y compris propriétaire, partenaire, président, fondateur et cofondateur. Les répondants devaient travailler dans une organisation qui fonctionnait de manière hybride ou entièrement à distance au cours des six derniers mois, et utiliser des logiciels de collaboration tels que la vidéoconférence, le chat et la messagerie, ou des webinaires. Cette enquête a été menée en ligne du 16 juin au 28 juin 2022 et du 14 juillet au 18 juillet 2022. La marge d'erreur pour l'échantillon complet est de plus ou moins 6 points de pourcentage.

Quand la réalité virtuelle révolutionne la formation incendie

VR

Toutes les deux minutes en France, un incendie se déclenche sur le lieu de travail ou à la maison. Et dans 70 % des cas, les entreprises touchées mettent la clé sous la porte dans les mois qui suivent. Afin de former massivement les premiers témoins à réagir efficacement en cas d’Incendie, La société "D’un Seul Geste", acteur technologique de référence en matière de formation en réalité virtuelle (VR) pour la prévention des risques professionnels, vient de lancer sa formation complète incendie en réalité virtuelle, avec un extincteur connecté.

Pionnière de l’immersive learning, l’entreprise déploie, depuis 2019, sa formation aux premiers secours en réalité virtuelle agréée par l’Etat. Elle a déjà séduit près de 8 000 salariés dans plus de 150 entreprises et collectivités (comme EDF, BlaBlaCar, Groupe La Poste, Paris Habitat, la Métropole du Grand Paris et la Mairie d’Aix-en-Provence… ). Et les apprenants la plébiscitent avec un taux de satisfaction de 97% à l’issue de la formation.

Deux années de R&D 

Suite à deux années de R&D (en pleine crise du COVID) et en utilisant les ingrédients qui font le succès de sa formation aux gestes de premiers secours (une durée d’une heure par personne, un cours individuel en présentiel axé sur la pratique et une immersion au plus près du réel) D’un Seul Geste lance sa formation Incendie. Les quatre fondateurs Emmanuel Bourcet, Ludovic Fagot (ancien responsable des projets VR de Dassault Aviation), Nicolas Guerchet et Bernard Périco (général, ex-commandant de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris) souhaite que chaque collaborateur soit en mesure d’intervenir efficacement en cas d’incendie.

« Former en réalité virtuelle permet de vivre très concrètement des situations telles qu’un départ de feu, une alarme incendie où l’évacuation d’un bureau par exemple. C’est la solution idéale pour transmettre des gestes et des réflexes simples pour intervenir en tant que premier témoin d’un incendie. » abonde Emmanuel Bourcet, CEO de D’un Seul Geste.

Une heure pour savoir réagir en cas d’incendie et manipuler des extincteurs

Il s’agit d’un cours individuel avec 45 min de pratique équipé d’un casque de réalité virtuelle et d’un vrai extincteur. L’apprenant apprend et évolue dans des situations réalistes d’intervention. La formation est complétée par 15 min d’échanges, avec le formateur, axés sur les équipements et les moyens d’intervention spécifiques mis en place au sein de l’entreprise.

« Notre formation, courte et en réalité virtuelle, ne connaît pas d’équivalent en France ni dans le monde. Sa durée d’une heure par personne et sa pédagogie simplifiée en font un outil de formation accessible à tous les salariés. Il n’y a pas de groupe à constituer et donc pas de désorganisation pour l’entreprise. » ajoute Emmanuel Bourcet. La formation vise à maîtriser les connaissances théoriques et pratiques relatives à la prévention et à la lutte contre les incendies. Elle délivre une attestation de formation EPI (Equipier de Première Intervention).

« Notre offre couvre désormais les premiers secours et la sécurité incendie, deux piliers de la santé et la sécurité au travail auxquels chaque collaborateur devrait pouvoir être formé. Nous souhaitons contribuer à sauver des vies en créant des formations courtes, technologiques et accessibles au plus grand nombre » conclut Emmanuel Bourcet.

Intelligence Artificielle : demain, les robots « créatifs » toucheront-ils des royalties ?

 robot

L'Intelligence Artificielle Midjourney a conçu cette oeuvre, nommée « Théâtre d'opéra spatial ». Jason M. Allen par Midjourney
Par Arnaud Billion, EM Lyon

Les avancées de la robotique et de l’informatique cognitive permettent d’envisager à très court terme une « autonomie » assez large pour les robots ayant accès à une intelligence artificielle (IA), en particulier une autonomie créative.

En effet, les IA dotées de facultés d’apprentissage contribuent, et vont contribuer toujours plus au monde des créations, y compris dans des domaines traditionnellement qualifiés d’artistiques, littéraires ou inventifs.

Ainsi, les IA se sont mises à générer des lignes de codes, et ceci correspond à une production intellectuelle, et artistique, qu’elle soit littéraire ou musicale. À titre d’exemples, on peut lire ceux donnés par le site Intelligence artificielle (qui pour le reste se complaît dans l’anthropomorphisme) : amélioration d’images à faible résolution, génération de personnages de jeux vidéo, écriture de morceaux de musique.

Il faut néanmoins encadrer de larges guillemets le mot « autonomie » : ces machines spontanément, tombent en panne ; les règles qu’elles se donnent sont purement formelles : ce ne sont que des règles de calcul, et pas des normes conçues, considérées, et admises comme lois par les agents numériques. On est ici bien loin de l’autonomie comme composante de la liberté des modernes. C’est-à-dire celle d’agents qui peuvent eux-mêmes reconfigurer leur règle d’action, parce qu’ils y comprennent quelque chose et cherchent à accomplir leur volonté propre.

Pourtant, l’illusion est tenace.

Les experts qui ont participé à ces avancées peuvent alors, bercés de représentations cybernétiques, s’identifier au docteur Frankenstein, à qui sa créature échappe en se personnifiant. Les robots dotés de fonctions d’autoapprentissage semblent capables de corriger eux-mêmes leurs erreurs et d’inventer de nouvelles solutions, de manière assez imprévisible : on se met alors à parler de créativité autonome.

Les robots corrigent bien leurs paramètres, mais seulement dans la couche haute, « logicielle » du système (autrement dit : un programme d’autoapprentissage qui s’arrête, ne se remettra pas en marche, et ne se reconfigurera pas pour éviter l’écueil à l’avenir). Deuxièmement, s’il y a production automatique de nouveaux algorithmes, cela reste une production semi-aléatoire de code logiciel : on ne disposera d’une « nouvelle solution » que dans la mesure où quelqu’un (un être humain), y trouvera intérêt, et un nouveau moyen de l’implémenter.

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Une telle explication technique, anti-anthropomorphique, ne convaincra néanmoins que les informaticiens. Le commun des mortels continuera à se demander si l’on peut parler de créativité et d’œuvre artificielle.

Or le juriste (en particulier celui qui se préoccupe de propriété intellectuelle) peut éclairer cette question de la créativité des IA. Il dispose en effet d’une référence, le droit d’auteur, longuement élaboré et démocratiquement délibéré. Sa première question sera de savoir si les productions artificielles peuvent être qualifiées « d’œuvres de l’esprit ».

Le droit d’auteur en France

Sans remonter aux origines (au moins l’imprimatur papale et les patentes royales), le développement du droit d’auteur en France est fortement lié à l’époque révolutionnaire. La propriété de l’auteur sur son œuvre est alors perçue comme « la plus sacrée, la plus légitime, la plus inattaquable, la plus personnelle de toutes ». La justification est le talent de l’écrivain et sa contribution à l’édification commune : Victor Hugo s’exclamera « l’écrivain propriétaire, c’est l’écrivain libre ! ». Ainsi, l’auteur de l’œuvre se voit reconnaître un monopole sur sa création. C’est en fait comme si les idéologies successives s’étaient emparées du droit d’auteur. L’école de Chicago saura proposer des modèles mathématiques d’optimisation de ses règles en vue de sa plus grande efficience sur le marché.

Les développements techniques et technologiques, à partir du XIXe siècle, ont ouvert la voie à un élargissement du domaine d’application du droit d’auteur : protection de l’aspect immatériel des photographies, des enregistrements audio, des œuvres cinématographiques, etc., jusqu’à trouver une application pour le programme logiciel, dont les lignes de code ne sont rien d’autre qu’un texte écrit dans un certain langage. La propriété de ce code est attribuée à la personne qui l’a écrit, comme le serait un roman, dans la mesure où ce code est original.

La production des IA, une œuvre originale ?

Nous pouvons alors ici passer le cas de la production artificielle au filtre de la notion d’œuvre originale, autour de laquelle s’articule le régime du droit d’auteur. Nous découvrirons s’il est juridiquement correct de parler d’œuvres artificielles, dont il s’agirait ensuite d’attribuer la titularité.

La jurisprudence européenne mobilise plusieurs notions et conditions autour de cette question de l’œuvre originale (l’identification précise et objective, l’absence de trop forte contrainte technique, la règle de l’effet utile, l’absence d’emprise sur les idées, etc.) L’analyse permet d’affirmer qu’elles s’articulent globalement autour d’un schème (qui s’avère être aussi une règle du Code français de la propriété intellectuelle) : celui de la conception réalisée.

Le même juge fait également droit au très central critère d’originalité. Il l’entend souvent comme la « marque de l’apport intellectuel propre à l’auteur. » Comment comprendre juridiquement l’expression ? L’apport intellectuel de l’auteur, c’est celui qu’il a pu concevoir dans son esprit créatif. Il ne fait pas que concevoir l’œuvre, il la réalise (il en fait quelque chose de concret). D’où la possibilité qu’il marque l’œuvre de son apport intellectuel propre.

La notion d’« œuvre originale » appliquée au cas artificiel

Revenons aux créations des agents numériques. Ceux-ci ne « conçoivent » rien : c’est le propre du langage informatique (un langage formel calculable) de ne véhiculer aucune signification.

Les instructions informatiques sont dénuées de sens, et le programme informatique n’est pas une pensée. Il est l’assemblage de toutes les instructions ; au mieux (lorsque le logiciel est stable et bien programmé), il fournit un ou des outputs, dont on ne peut pas dire qu’ils procèdent d’une conception… sauf à exhiber le fameux « algorithme ». Il est vrai que d’un certain point de vue, parler de l’algorithme permet de décrire la logique du code, ce qu’on cherche à faire à travers lui. Mais un programme logiciel est composé de très nombreux algorithmes qui d’ailleurs, doivent être implémentés, autant dire : dégradés en formulations de programmation.

Nous sommes ici bien éloignés du créateur humain qui a l’idée de faire œuvre, décide d’une stratégie créative, et mobilise ses idées en vue d’une création.

Dès lors qu’aucune « conception » n’est présente, la « réalisation » est celle d’autre chose. La réalisation des agents numériques, ou celle des opérateurs humains autour du système d’IA, c’est la production technique d’un output technique, à travers un process technique. Que ce dernier soit purement déterministe, ou partiellement aléatoire, ne change rien à l’affaire. Le travail créatif des programmeurs logiciel par exemple, concerne la machine productive, pas la production. Dès lors, l’output global du système ne peut juridiquement pas être appelé « œuvre de l’esprit ». Si l’on cherche des œuvres, on les trouve éventuellement au cours du processus pré-aléa. Ce sont des œuvres logicielles, autrement dit du programme capable de générer la production artificielle. On les trouve encore comme données d’entrées de tout ce processus. Mais nullement en sortie.

La production artificielle ressemble comme deux gouttes d’eau à la création humaine, mais n’a pas été produite comme une œuvre. D’ailleurs, elle est le plus souvent sérielle (comme les Mille milliards de poèmes de Raymond Queneau) : on a affaire à un très grand nombre de produits artificiels. C’est pire encore : elle est sérielle et continue ; c’est-à-dire que les outputs (dans lesquels nous reconnaissons éventuellement des œuvres) s’accumulent dans des bases de données tant que personne n’a songé à arrêter la machine.

Il n’y aurait dès lors aucun sens, économique ou juridique, à privatiser cette production à travers le droit d’auteur.

Le règne des machines à gouverner

Pourquoi persistons-nous à croire aux « robots créatifs » ? Formulons une hypothèse pour expliquer la puissance de cette illusion. Depuis au moins la période moderne, se déploient ce que l’on appelle des « machines à gouverner ».

Ce sont d’abord les lois, procédures puis tous les programmes logiciels. On peut les assimiler dans une catégorie unique, parce qu’ils contiennent tous des prescriptions formelles opérables logiquement. En effet le commandement juridique, au cours de la modernisation du droit sera toujours plus systématisé (on songe à son organisation dans des codes), formalisé exactement (ce qui fait aujourd’hui l’objet de la science dite légistique) de manière à être très bien exécuté (prépondérance du « syllogisme juridique »). Or un système d’instructions formelles calculables n’est rien d’autre qu’un programme logiciel.

Ainsi, le projet juridique moderne s’accomplit dans l’informatique ; ou encore : l’ordinateur est l’environnement de test de la modernité politique.

Le règne des machines à gouverner c’est donc le déploiement incessant depuis des siècles de ces commandements juridiques (et commandes informatiques). Ces millions de prescriptions, plus ou moins instrumentées pour être obéies, sont toujours plus efficientes dans un système (d’information) et toujours moins efficaces dans la réalité. Cette dégradation, qui est aussi celle du « gouvernement » en « gouvernance » est inévitable.

Donnons quelques raisons (techniques et non idéologiques) de l’échec annoncé des modernes, en tant qu’ils s’appuient sur la prescription légale puis informatique :

  • pour être calculée, l’instruction formelle doit être dénuée de signification ;

  • on ne dispose jamais par avance du modèle gouvernant pertinent, encore moins du modèle complet ;

  • les mécanismes qui président aux reconfigurations du système sont bien plus dépendants de contingences diverses, que d’un pur volontarisme éclairé ;

  • trop nombreuses, les prescriptions vouées à être traitées logiquement paralysent un système pris de contradictions logiques.

Nous sommes donc pris dans un système artificiel, fait de normes, de règles et de procédures, système globalement non signifiant. Sous le règne des machines à gouverner, nous perdons le sens commun, et la charge de la preuve s’est globalement renversée en faveur du modèle, contre la vie. Réduisant le territoire à la carte, le projet moderne nous a enfermé dans un monde absurde… un monde (ou plutôt sa représentation) théoriquement calculable, mais fort peu praticable. La loi, rédigée à l’avance et souvent gravée dans le silicium, ne laisse que peu de place au bien-faire en circonstance : occupé à obéir formellement (à exécuter l’instruction, si je suis un robot) je n’ai aucune opinion sur le caractère souhaitable de cette obéissance. S’il m’arrive de bonnes choses, ce n’est plus du fait d’une mobilisation vertueuse, mais seulement par hasard.

Gageons alors que les juristes trouveront un moyen de consacrer juridiquement (à travers une nouvelle série de prescriptions très formelles) les outputs de la machine.The Conversation

Arnaud Billion, Doctorant, AI/IT ethics and sustainability, EM Lyon

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Décryptage : Métavers, à l’aube d’une nouvelle économie ?

 metavers

Il est maintenant possible de promener son avatar au Metaverse Festival. Duncan Rawlinson / FlickR, CC BY-SA
Par Julien Jourdan, HEC Paris Business School

Alerte ! Depuis janvier, les prix de l’immobilier sont en chute de 85 %. Les acheteurs qui – comme le rappeur Snoop Dog – se pressaient hier pour acquérir des propriétés en vue, se sont envolés. La crise, liée aux fluctuations des cryptomonnaies, ne touche pas New York, Paris ou aucune autre ville, mais un espace virtuel, The Sandbox.

Ce monde en ligne, où marques et célébrités se pressent, fait partie d’un nouvel univers en gestation. Le métavers promet d’ajouter une troisième dimension à l’Internet. Certains y voient un cauchemar dystopique. D’autres imaginent un futur paradis entrepreneurial, à la source d’une nouvelle révolution industrielle. Mark Zuckerberg figure parmi les plus enthousiastes : Facebook, l’entreprise qu’il dirige, a entamé sa mue en Meta l’an passé et se voit en leader du secteur. À ce stade, l’économie de ce « méta-univers » en construction reste cependant davantage une promesse qu’une réalité.

L’ébauche d’une nouvelle économie virtuelle

La galaxie Meta/Facebook n’est qu’une composante de ce que pourrait devenir cet univers virtuel. Google et Microsoft, entre autres, y ont annoncé des plans d’investissement massifs. Il se murmure qu’Apple aurait aussi des projets dans ce domaine.

Les développeurs de jeux vidéo n’ont, eux, pas attendu les géants du secteur technologique : Roblox, Decentraland et Epic Games (le studio qui développe Fortnite) proposent déjà des mondes virtuels comparables à The Sandbox, où l’on peut se retrouver, créer, jouer, assister à un concert et, demain peut-être, travailler, collaborer et s’instruire. Ils s’appuient sur des « équipementiers », comme Nvidia et Unity Software, qui en développent l’infrastructure technique, matérielle et logicielle.

Mais qu’est-ce que le métavers ? Faute d’une définition qui fasse référence, on peut tenter d’en esquisser a minima les contours. Le métavers offre à ses utilisateurs une expérience incarnée, en temps réel, dans des mondes virtuels persistants en trois dimensions. Chacun de ces mondes accueille des visiteurs, habituellement représentés sous la forme d’avatars qui peuvent interagir avec d’autres participants et des intelligences artificielles.

La nature de ces mondes permet l’émergence de droits de propriété, sécurisés par des protocoles de chaînes de blocs (blockchain). On peut ainsi y acheter des objets, comme des vêtements de marques pour habiller ses avatars, des terrains pour y construire des habitations et des œuvres d’art pour les décorer. Des bureaux et espaces commerciaux y sont déjà ouverts. Les grandes marques y expérimentent de nouvelles offres. Certains estiment que ces nouveaux territoires, aussi vierges que virtuels, pourraient à terme donner naissance à une nouvelle économie dont les revenus se chiffreraient en trillions d’euros.

Une aventure aussi prometteuse qu’incertaine

Il est encore trop tôt pour accorder du crédit à ces estimations : l’économie du métavers n’a guère dépassé le stade du prototype. Le potentiel est néanmoins suffisant pour attiser toutes les convoitises. À commencer par les acteurs du capital-risque qui ont investi en 2021 plus de 10 milliards de dollars dans des entreprises du secteur.

Ce projet démiurgique suscite en effet les espoirs entrepreneuriaux les plus fous et fascine les technophiles. Les amateurs de science-fiction se souviennent toutefois que le terme « metaverse » est né en 1992 de la plume de Neal Stephenson dans un roman d’anticipation dystopique, Snow Crash. Nombreux sont ceux qui expriment la crainte de potentielles dérives et addictions. Alors qu’Internet a été pensé dès l’origine comme un réseau ouvert, le métavers émerge aujourd’hui sous la forme de mondes propriétaires qui s’autorégulent. Les modes de gouvernance de ces nouveaux espaces d’interactions sociales et d’échanges économiques restent à définir.

Il incombe aux architectes du métavers de démontrer son utilité. La tâche est d’autant plus délicate que l’expérience demeure aujourd’hui inaccessible au plus grand nombre. Il faut aujourd’hui, pour faire ses premiers « pas » dans le métavers, un casque de réalité virtuelle, aussi coûteux qu’encombrant. Un Meta Quest 2, le leader actuel du marché, coûte à ce jour autour de 450 euros. Un obstacle pratique et financier considérable pour le consommateur moyen.

D’autres pistes sont cependant explorées, comme l’interaction holographique (voir, par exemple, le projet Starline de Google). Demain, d’autres interfaces permettront peut-être d’accéder au métavers. Souvenons-nous qu’Internet a pris une autre dimension quand les écrans tactiles des smartphones ont supplanté les souris et les claviers.

D’une galaxie à l’autre

Autre obstacle de taille, les quelques mondes virtuels accessibles à ce jour sont hermétiquement clos. Un avatar Meta ne peut voyager chez Roblox – et vice versa. Pour émerger, un métavers unifié requiert une forme d’interopérabilité entre les galaxies qui le composent. L’enjeu est majeur : une paire de Nike en pixels a une tout autre valeur si votre avatar peut l’emporter d’un monde virtuel à l’autre. Nul ne sait exactement comment cela pourrait se matérialiser mais les discussions visant à définir les standards du métavers ont commencé.

À l’échelle mondiale, c’est ainsi une course à l’innovation tous azimuts qui est lancée. Malmenée par les marchés financiers, l’industrie technologique a trouvé dans le métavers un nouveau narratif de croissance. Dans les grandes entreprises, les stratèges sont sur le qui-vive, à l’affût d’opportunités nouvelles mais aussi de potentielles innovations de rupture qui pourraient bouleverser leurs métiers.

Les plus audacieux ont d’ores et déjà commencé l’exploration, participant de fait à la construction du métavers. De grands noms comme Adidas, Carrefour, Gucci et Samsung ont ainsi annoncé avoir acquis des espaces dans The Sandbox. Pour ces pionniers, l’aventure promet d’être aussi excitante qu’incertaine.The Conversation

Julien Jourdan, Professeur Associé, HEC Paris Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Des ions aux supercondensateurs : le numérique à la rescousse du stockage d’électricité

 

Pour développer les dispositifs de demain, il faut comprendre les phénomènes du stockage d'électricité aux différentes échelles. Ici, une électrode oxyde de fer/oxyde de graphène vue par microscopie. Dilek Ozgit, Department of Engineering, University of Cambridge, CC BY-NC-ND
Par Serge Abiteboul, Inria; Céline Merlet, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et Claire Mathieu, École normale supérieure (ENS) – PSL

Un nouvel « Entretien autour de l’informatique » en collaboration avec Binaire, le blog pour comprendre les enjeux du numérique.

Céline Merlet est une chimiste, chercheuse CNRS au Centre Inter-universitaire de Recherche et d’Ingénierie des Matériaux (CIRIMAT) de Toulouse. C’est une spécialiste des modèles multi-échelles destinés à décrire les matériaux de stockage d’énergie. Le stockage d’énergie (solaire ou éolienne par exemple) devient un défi scientifique majeur. Céline Merlet nous parle des supercondensateurs, une technologie pleine de promesses.


Binaire : Pourrais-tu nous raconter brièvement la carrière qui t’a conduite à être chercheuse en chimie et médaille de bronze du CNRS 2021

Céline Merlet : Au départ je n’étais pas partie pour faire de la chimie mais de la biologie. J’ai fait une prépa et je voulais devenir vétérinaire, mais pendant la prépa, je me suis rendu compte que je m’intéressais de plus en plus à la chimie. J’ai aussi fait un projet de programmation et j’y ai trouvé beaucoup de plaisir. Je suis rentrée, dans une école d’ingénieur, Chimie ParisTech. En 2e année, j’ai fait un stage de trois semaines sur la modélisation de sels fondus, des sels qui deviennent liquides à très hautes températures. J’y ai découvert la simulation numérique de phénomènes du monde réel, j’ai compris que j’avais trouvé ma voie. Après l’école de chimie, je suis retournée faire un doctorat dans ce même labo où j’avais réalisé le stage. Un postdoctorat en Angleterre, et j’ai été recrutée au CNRS en 2017.

B : Pourquoi n’es-tu pas restée en Angleterre ?

CM : Avec la difficulté d’obtenir un poste en France et le fait que j’étais bien installée en Angleterre, j’ai aussi candidaté là-bas. Mais, il y a eu le Brexit et cela a confirmé ma volonté de rentrer en France.

B : Tu es chimiste, spécialiste des systèmes de stockage électrochimique de l’énergie qui impliquent des matériaux complexes. Pourrais-tu expliquer aux lecteurs de binaire ce que cela veut dire ?

CM : Le stockage électrochimique de l’énergie concerne l’utilisation de réactions électrochimiques pour stocker de l’énergie. Les systèmes qu’on connaît qui font ça sont les batteries dans les téléphones et les ordinateurs portables, et les voitures. Les batteries utilisent des matériaux complexes avec certains éléments comme le lithium, le cobalt, et le nickel. On charge et décharge le dispositif en le connectant à un circuit électrique. Les matériaux sont modifiés au cours des charges et décharges. C’est ça qui leur permet de stocker de l’énergie.

Schéma d’un supercondensateur déchargé : pas de charges sur les électrodes, des ions entre les deux
Schéma d’un supercondensateur déchargé. Céline Merlet, Fourni par l'auteur
Schéma d’un supercondensateur chargé : il y a des charges + et -- sur les éléctrodes
Schéma d’un supercondensateur chargé. Céline Merlet, Fourni par l'auteur

Ma recherche porte sur les supercondensateurs. Dans ces systèmes-là, on a deux matériaux poreux qui sont des électrodes qu’on connecte entre elles via un circuit extérieur. Quand on charge (ou décharge), des molécules chargées vont se placer dans des trous ou au contraire en sortent. Un stockage de charge au sein du matériau en résulte. Mais d’une manière très différente de celle des batteries. Il n’y a pas de réaction chimique. C’est une simple adsorption des molécules chargées.

B : Tu travailles sur la modélisation moléculaire, en quoi est-ce que cela consiste ?

CM : J’ai parlé des deux électrodes qui sont en contact avec cette solution d’ions chargés. Souvent pour les supercondensateurs, ce sont des carbones nanoporeux. Les pores font à peu près la taille du nanomètre (1 millionième de millimètre) : c’est quelque chose qu’on ne peut pas observer à l’œil nu. Pour comprendre comment les ions entrent et sortent de ces pores de carbone, au lieu de faire des expériences physiques, des mélanges dans un laboratoire, je fais des expériences numériques, des mélanges dans l’ordinateur. J’essaie de comprendre comment les ions bougent et ce qui se passe, à une échelle qu’on ne peut pas atteindre expérimentalement.

B : Ça exige de bien comprendre les propriétés physiques ?

CM : Oui pour modéliser la trajectoire des ions, la façon dont ils se déplacent, il faut bien comprendre ce qui se passe. Quand on lance une balle, si on donne les forces qu’on applique au départ, on peut en déduire la trajectoire. Pour les ions c’est pareil. On choisit le point de départ. On sait quelles forces s’appliquent, les forces d’attraction et de répulsion. On a des contraintes comme le fait qu’une molécule ne peut pas pénétrer à l’intérieur d’une autre. Cela nous permet de calculer l’évolution du système de molécules au cours du temps. Parfois, on n’a même pas besoin de représenter ça de manière très précise. Si une modélisation même grossière est validée par des expériences, on a le résultat qu’on recherchait. Dans mon labo, le CIRIMAT, il y a principalement des expérimentateurs. Nous sommes juste 4 ou 5 théoriciens sur postes permanents. Dans mon équipe, des chercheurs travaillent directement sur des systèmes chimiques réels et on apprend beaucoup des échanges théorie/expérience.

B : Typiquement, combien d’atomes sont-ils impliqués par ces simulations ?

CM : Dans ces simulations numériques, on considère de quelques centaines à quelques milliers d’atomes. Dans une expérience réelle, c’est au moins 1024 atomes. (Un millilitre d’eau contient déjà 1022 molécules.)

B : Et malgré cela, vous arrivez à comprendre ce qui se passe pour de vrai…

CM : On utilise des astuces de simulation pour retrouver ce qui se passe dans la réalité. Une partie de mon travail consiste à développer des modèles pour faire le lien entre l’échelle moléculaire et l’échelle expérimentale. Quand on change d’échelle, ça permet d’intégrer certains éléments mais on perd d’autres informations de l’échelle moléculaire.

B : Dans ces simulations des électrodes de carbone au sein de supercondensateurs modèles en fonctionnement, quels sont les verrous que tu as dû affronter ?

CM : Au niveau moléculaire, il y a encore des progrès à faire, et des ordinateurs plus puissants pourraient aider. Les matériaux conduisent l’électricité, les modèles considèrent que les carbones sont parfaitement conducteurs, mais en réalité ils ne le sont pas. Pour une meilleure représentation, il faudrait tenir compte du caractère semi-conducteur de ces matériaux et certains chercheurs travaillent sur cet aspect en ce moment.

Pour obtenir des matériaux qui permettraient de stocker plus d’énergie, il nous faudrait mieux comprendre les propriétés microscopiques qui ont de l’influence sur ce qui nous intéresse, analyser des résultats moléculaires pour essayer d’en extraire des tendances générales. Par exemple, si on a deux liquides qui ont des ions différents, on fait des mélanges ; on peut essayer brutalement plein de mélanges et réaliser des simulations pour chacun, ou on peut en faire quelques-unes seulement et essayer de comprendre d’un mélange à un autre pourquoi le coefficient de diffusion par exemple est différent et prédire ainsi ce qui se passera pour n’importe quel mélange. Mieux on comprend ce qui se passe, moins il est nécessaire de faire des modélisations moléculaires sur un nombre massif d’exemples.

Les électrodes de carbone sont en bleu, les anions en vert et les cations en violet
Configuration extraite de la simulation d’un supercondensateur modèle par dynamique moléculaire. Les électrodes de carbone sont en bleu, les anions en vert et les cations en violet. Céline Merlet, Fourni par l'auteur

B : Tu as reçu le prix « 2021 Price Ada Lovelace » de calcul haute performance (HPC). Est-ce que tu te présentes plutôt comme chimiste, ou comme une spécialiste du HPC ?

CM : Je ne me présente pas comme une spécialiste du calcul HPC mais mes activités nécessitent un accès à des ordinateurs puissants et des compétences importantes dans ce domaine. Une partie de mon travail a consisté en des améliorations de certains programmes pour pouvoir les utiliser sur les supercalculateurs. Rendre des calculs possibles sur les supercalculateurs, cela ouvre des perspectives de recherche, et c’est une contribution en calcul HPC.

B : Quelles sont les grandes applications de ton domaine ?

CM : Concernant les supercondensateurs, c’est déjà utilisé dans les systèmes start-and-stop des voitures. C’est aussi utilisé dans les bus hybrides : on met des supercondensateurs sur le toit du bus, et à chaque fois qu’il s’arrête, on charge ces supercondensateurs et on s’en sert pour faire redémarrer le bus. On peut ainsi économiser jusqu’à 30 % de carburant. Des questions qui se posent : Est-ce qu’on pourrait stocker plus d’énergie ? Est-ce qu’on pourrait utiliser d’autres matériaux ?

Bus hybride utilisant des supercondensateurs. Muséum de Toulouse, Fourni par l'auteur

B : On sait que les batteries de nos téléphones faiblissent assez vite. Pourrait-on les remplacer par des supercondensateurs ?

CM : Si les batteries stockent plus d’énergie que les supercondensateurs, elles se dégradent davantage avec le temps. Au bout d’un moment le téléphone portable n’a plus la même autonomie que quand on a acheté le téléphone. Un supercondensateur peut être chargé et déchargé très vite un très grand nombre de fois sans qu’il soit détérioré. Pourtant, comme les quantités d’énergie qu’ils peuvent stocker sont bien plus faibles, on n’imagine pas que les supercondensateurs standards puissent remplacer les batteries. On voit plutôt les deux technologies comme complémentaires. Et puis, la limite entre supercondensateur et batterie peut être un peu floue.

B : Tu es active dans « Femmes et Sciences ». Est-ce que tu peux nous dire ce que tu y fais et pourquoi tu le fais ?

CM : J’observe qu’on est encore loin de l’égalité femme-homme. En chimie, nous avons une assez bonne représentativité des femmes. Dans mon laboratoire, qui correspond bien aux observations nationales, il y a 40 % de femmes. Mais en sciences en général, elles sont peu nombreuses.

Un but de « Femmes et Sciences » est d’inciter les jeunes, et particulièrement les filles, à s’engager dans des carrières scientifiques. Je suis au conseil d’administration, en charge du site web, et je coordonne avec d’autres personnes les activités en région toulousaine. Je suis pas mal impliquée dans les interventions avec les scolaires, dans des classes de lycée ou de collège : on parle de nos parcours ou on fait des ateliers sur les stéréotypes, de petits ateliers pour sensibiliser les jeunes aux stéréotypes, pour comprendre ce que c’est et ce que ça peut impliquer dans les choix d’orientation.

Nous avons développé en 2019 un jeu, Mendeleieva, pour la célébration des 150 ans de la classification périodique des éléments par Mendeleïev. Nous l’utilisons pour mettre en avant des femmes scientifiques historiques ou contemporaines : on a un tableau et on découvre à la fois l’utilité des éléments et les femmes scientifiques qui ont travaillé sur ces éléments. Nous sommes en train de numériser ce jeu.

L’association mène encore beaucoup d’autres actions comme des expos, des livrets, etc.

B : La programmation est un élément clé de ton travail ; est-ce que tu programmes toi-même ?

CM : J’adore programmer. Mais comme je passe pas mal de temps à faire de l’encadrement, à voyager et à participer à des réunions, j’ai moins de temps pour le faire moi-même. Je suis les doctorants qui font ça. Suivant leur compétence et leur appétence, je programme plus ou moins.

B : D’où viennent les doctorants qui passent dans ton équipe ? Sont-ils des chimistes au départ ?

CM : Ils viennent beaucoup du monde entier : Maroc, Grèce, Inde. Ils sont physiciens ou chimistes. J’ai même une étudiante en licence d’informatique en L3 qui fait un stage avec moi.

B : Est-ce que certains thèmes de recherche en informatique sont particulièrement importants pour vous ?

CM : En ce moment, on s’interroge sur ce que pourrait apporter l’apprentissage automatique à notre domaine de recherche. Par exemple, pour modéliser, on a besoin de connaître les interactions entre les particules. Des collègues essaient de voir si on pourrait faire de l’apprentissage automatique des champs de force. Nous ne sommes pas armés pour attaquer ces problèmes, alors nous collaborons avec des informaticiens.The Conversation

Serge Abiteboul, Directeur de recherche à Inria, membre de l'Académie des Sciences, Inria; Céline Merlet, Chercheuse au Centre Inter-universitaire de Recherche et d’Ingénierie des Matériaux (CIRIMAT) de Toulouse, Toulouse INP, Université Toulouse III-Paul Sabatier, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et Claire Mathieu, Directrice de recherche CNRS, Paris, École normale supérieure (ENS) – PSL

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.