Imperva, société de cybersécurité qui protège les applications critiques, les API et les données, met en garde les entreprises françaises contre les coûts considérables de stockage de données et de cybersécurité liés à la conservation de données inutiles. Selon Imperva, les deux tiers des données stockées par les entreprises ne sont plus utiles ou n'ont jamais été exploitées.
La majorité des entreprises n'ont pas mis en place de stratégie de gestion du cycle de vie des données complète ou cohérente, ni de plan indiquant comment et quand détruire les différents actifs de données. Au lieu de cela, de nombreux actifs sont simplement oubliés ou ignorés. Cependant, même si ces données ne sont pas utiles aux entreprises, les cybercriminels peuvent toujours les utiliser pour commettre des vols d'identité ou de propriété intellectuelle, ou pour recueillir des renseignements sur une cible spécifique. Et même si les données sont considérées comme "sans valeur" en interne, il existe toujours un risque d'atteinte à la réputation et d'amendes réglementaires en cas de violation ou de vol.
« Il est stupéfiant de voir le nombre d'entreprises qui paient des sommes considérables pour stocker des données qu'elles n'utiliseront jamais », déclare Gerald Delplace, AVP, EMEA South, Imperva. « Ces entreprises assument des coûts et des risques importants, mais les seuls à en profiter sont les cybercriminels. C'est pourquoi toutes les entreprises devraient envisager de se mettre à la diète en matière de données ».
Plusieurs mesures peuvent être prises par les entreprises pour réduire l'empreinte de leurs données :
Élaborer une stratégie globale relative au cycle de vie des données : Avant toute collecte d'informations, les parties prenantes doivent être en mesure de répondre à des questions clés telles que : avons-nous besoin de collecter ces informations ? Comment seront-elles utilisées ? Qui y aura accès ? Combien de temps devons-nous les conserver ? Où doivent-elles être conservées ? Et quand et comment allons-nous nous en défaire ?
Habiliter un Responsable de la Protection des Données (DPO) : Actuellement, un seul actif peut être soumis à plusieurs réglementations différentes, dont certaines peuvent être en conflit direct les unes avec les autres. Ainsi, la mise en place d'un programme de destruction des données inutiles doit être effectuée avec précaution. Les entreprises ont tout intérêt à recruter un DPO expérimenté et à lui fournir les outils et les ressources nécessaires pour prendre la direction des opérations.
Détection et classification : Chaque entreprise doit procéder régulièrement à la recherche et à la classification des données afin de s'assurer que les stocks de données ne sont pas négligés, quelle que soit la valeur des données qu'ils contiennent. Une approche approfondie de la détection et de la classification peut permettre de découvrir un certain nombre de référentiels de données qui peuvent être supprimés, et d'empêcher les pirates d'utiliser les référentiels abandonnés comme base de travail pour planifier les attaques.
rrouver des solutions simples : La destruction des données est un processus complexe et continu. Les entreprises devraient saisir toutes les occasions de tirer parti des solutions les plus avantageuses, comme la suppression automatique et permanente des courriers électroniques de la corbeille après un certain nombre d'années.
« On nous dit depuis des années que les données sont le nouveau pétrole, et c'est vrai », déclare Gerald Delplace. « Mais personne ne laisserait traîner sans surveillance des litres de pétrole qu'il n'a aucunement l'intention d'utiliser. S'ils le faisaient, ce ne serait qu'une question de temps avant que cela ne leur retombe dessus - et il en va de même avec les données. Il doit y avoir un besoin clair ou une justification pour préserver une ressource de données - sinon la meilleure chose à faire est de s'en défaire ».
Par Ricardo Roman, Country Manager France & Belgique chez Infobip
À une époque dominée par l'intelligence artificielle et les technologies de pointe, les entreprises cherchent en permanence des moyens d'améliorer leur expérience client. Alors que l'IA s'intègre de plus en plus dans divers secteurs, il est essentiel de trouver un équilibre entre l'exploitation des capacités de l'IA et la préservation de la touche humaine. Adopter une approche "Human-First" dans un monde piloté par l'IA peut être la clé pour révolutionner l'expérience client, construire des relations durables et assurer un succès durable aux entreprises.
L'essor de l'IA a inauguré une nouvelle ère de l'expérience client, permettant aux entreprises de personnaliser les interactions, d'automatiser les processus et de fournir des services opportuns et pertinents. Les chatbots, les assistants virtuels et les analyses de données alimentées par l'IA ont considérablement amélioré l'efficacité et la précision du service client. Cependant, à mesure que les entreprises adoptent des solutions d'IA, le danger de perdre l'élément humain dans les interactions avec les clients devient de plus en plus évident.
Humain vs. IA : un équilibre à trouver
Dans un monde où les clients sont bombardés de réponses automatisées et d'interactions impersonnelles, les entreprises doivent donner la priorité à l'élément humain dans l'expérience client. Les représentants du service client dotés d'une intelligence émotionnelle peuvent faire preuve d'empathie, comprendre les clients et se rapprocher d'eux à un niveau plus profond, ce qui favorise la confiance et la fidélité. Une expérience véritablement personnalisée, enrichie par l'empathie, peut créer des moments mémorables pour les clients, conduisant à des relations à long terme et à un bouche-à-oreille positif. Mais si l'IA peut gérer efficacement les tâches de routine et fournir des réponses rapides, elle n'est pas sans limites. Une dépendance excessive à l'IA dans l'expérience client peut entraîner des interactions frustrantes lorsque l'IA ne parvient pas à comprendre des problèmes complexes. Les clients peuvent se sentir dévalorisés, ce qui entraîne une diminution du sentiment de loyauté. En outre, les algorithmes d'IA peuvent perpétuer par inadvertance des préjugés, créant des problèmes éthiques susceptibles de ternir la réputation d'une entreprise.
Pour parvenir à un bon équilibre entre l'IA et le contact humain, il faut adopter une approche stratégique. Les entreprises devraient envisager les étapes suivantes :
Identifier les bons points de contact avec les clients : Déterminer les domaines dans lesquels l'IA peut améliorer l'expérience client tout en réservant l'intervention humaine aux questions qui nécessitent de l'empathie et de la compréhension émotionnelle.
Responsabiliser les agents humains : Investissez dans la formation des représentants du service clientèle pour qu'ils excellent dans l'intelligence émotionnelle et la résolution de problèmes. Les agents humains devraient être équipés pour traiter des demandes complexes et faire preuve d'une véritable attention à l'égard des clients.
Intégration transparente de l'IA : Divulguez l'utilisation de l'IA aux clients, afin de garantir la transparence du processus. L'honnêteté favorise la confiance et les clients apprécient de savoir quand ils interagissent avec l'IA.
Recueillir les commentaires des clients et y donner suite : Cherchez activement à obtenir le retour d'information des clients sur leur expérience avec l'IA et les agents humains. Utilisez ces données pour apporter des améliorations et affiner l'expérience client.
Exploiter l'IA pour la personnalisation : Utiliser l'IA pour analyser les données des clients et fournir des recommandations et des offres personnalisées, afin d'améliorer la satisfaction des clients sans sacrifier la touche humaine.
L'avenir de l'expérience client centrée sur l'humain
Alors que l'IA continue d'évoluer, la notion d'expérience client "Human-First" évolue elle aussi. Les progrès futurs de l'IA pourraient permettre des interactions encore plus réalistes, ce qui rendrait de plus en plus difficile la différenciation entre l'IA et les agents humains. Par conséquent, les entreprises doivent constamment mettre l'accent sur la valeur des interactions humaines tout en récoltant les avantages de l'efficacité de l'IA.
Au-delà même de préserver la touche humaine, l’essentiel réside ailleurs. L’essentiel est dans un premier temps de définir les contours d’une relation Humain/IA encore embryonnaire et qui est surtout partie pour durer, pour pouvoir profiter pleinement des valeurs ajoutées qui découlent de cette union. Certes, les outils d’IA générative nous font gagner en productivité, mais comment mettre à profit ce gain de temps ? Comment réinventer et repenser la « Human touch » ? Pour quels nouveaux services ? Seuls le temps et la maturité du marché et des acteurs nous permettront d’y répondre dans un futur plus ou moins proche. En attendant, préserver la touche humaine reste un aspect essentiel de la construction de la confiance et de la fidélité avec les clients. Les entreprises qui privilégient les approches "Human-First", en intégrant l'IA de manière stratégique et en favorisant les interactions émotionnellement intelligentes, sont prêtes à ouvrir la voie à une énième révolution de l'expérience client. En s’appropriant les capacités de l'IA tout en préservant l'intelligence émotionnelle des agents humains, les entreprises peuvent créer une culture centrée sur le client qui les distingue dans un monde de plus en plus dominé par l'IA.
Le Groupe Iliad (maison mère du fournisseur d'accès à internet Free et de l'opérateur de téléphonie mobile Free Mobile) annonce ce mardi 26 septembre des investissements stratégiques massifs dans l’intelligence artificielle.
L'inventeur de la box internet annonce la plus grande puissance de calcul Cloud IA d’Europe déployée à date, une gamme complète d’offres Cloud IA pour les entreprises, la création d'un laboratoire d’excellence dédié à la recherche en IA, et une conférence annuelle de référence sur l’IA à Station F, l'incubateur géant de start-up, le 17 novembre prochain.
"Quand une révolution tech éclate, on veut en faire partie. Il y a 25 ans, la révolution s’appelait internet, et on était là. Aujourd’hui, elle s’appelle intelligence artificielle, et on est bien décidés à être là aussi", assure Xavier Niel, le PDG du groupe Iliad.
"Créer un champion européen de l’IA"
"Cela fait plusieurs années déjà qu’on travaille au développement d’un Cloud européen avec notre filiale Scaleway (ex-Online SAS fondé en 1999, ndlr). En la dotant d’un supercalculateur, nous voulons – et nous pouvons – créer un champion européen de l’IA. C’est une question de souveraineté : pour protéger nos données, on a besoin de plateformes implantées sur notre territoire", poursuit Xavier Niel, en phase avec la stratégie nationale IA lancée par Emmanuel Macron en 2018 et pour laquelle le gouvernement vient de mettre en place le premier comité de l’intelligence artificielle.
L'investissement d'Iliad dans l’acquisition du DGX SuperPOD équipé des systèmes NVIDIA, toute dernière génération de supercalculateur de Nvidia, "représente une première étape pour le Groupe, qui a pour ambition d’accroître à court terme la capacité de calcul disponible pour ses clients." Mais Iliad veut aussi aller au-delà pour fédérer un écosystème français de l'IA.
"Il ne suffit pas de faire émerger un champion, mais tout un écosystème français. Parce que nous voulons y contribuer, nous allons donc créer un laboratoire de recherche en IA, en y mettant les moyens et en recrutant les meilleurs chercheurs", annonce Xavier Niel. Ce laboratoire qui sera installé à Paris et présidé par le PDGF d'Iliad, est déjà doté de plus de 100 millions d’euros. Il rassemblera une équipe de chercheurs, autour d'un triple objectif : un triple objectif : "faire profiter tout l’écosystème IA (organismes publics et privés, entreprises et institutions non lucratives ) d’avancées significatives dans le développement et l’optimisation de modèles d’IA ; former une nouvelle génération de chercheurs, notamment à travers l’accueil d’étudiants en thèse CIFRE ; améliorer la compréhension des technologies d’IA par les institutions, les entreprises et le grand public à travers la transparence de sa recherche."
"Un pari un peu fou"
"On le sait : vouloir devenir un champion de l’IA, c’est un pari un peu fou. Mais après tout, c’était aussi un pari fou, il y a 25 ans, de vouloir rendre internet accessible à tous. Ça ne nous a pas vraiment freinés…", déclare Xavier Niel.
L'annonce du groupe intervient au lendemain de celle d'Amazon. Le géant américain a annoncé lundi jusqu'à 4 milliards de dollars d'investissement dans la start-up américaine d'intelligence artificielle Anthropic, qui développe un concurrent du désormais célèbre ChatGPT d'OpenAI.
L’intelligence artificielle touche de plus en plus de domaines de la vie économique et sociale. Son entrée dans le secteur de la santé a déjà bouleversé les pratiques, notamment dans la recherche médicale ou le diagnostic de pathologies, où elle apparaît comme un outil utile et parfois déterminant. Un outil qui pourrait révolutionner la santé dans les pays du Sud.
C’est la conviction de la Fondation Pierre Fabre, propriétaire des laboratoires Pierre Fabre, qui organise, jeudi 28 septembre à Lavaur, dans le Tarn, la septième édition de la Conférence annuelle de l’Observatoire de la e-Santé dans les Pays du Sud (ODESS, créé en 2016) autour de l’IA. Avec une conférence intitulée « Améliorer l’accès à la santé dans les pays du Sud : quel rôle pour l’IA ? », la Fondation a convié des experts pour répondre aux questions que soulève le déploiement de l’intelligence artificielle. L’IA peut-elle accélérer le renforcement des systèmes de santé dans les pays du Sud ? Ou, au contraire, le déploiement de ces outils ne contribue-t-il pas à renforcer les inégalités technologiques et d’accès aux soins ? Quels sont les enjeux éthiques qui sous-tendent l’utilisation de l’IA en santé et comment tendre vers des modèles inclusifs, sûrs, transparents, équitables, responsables et durables ?
Experts de Google et de l’OMS
Pour répondre à ces questions et éclairer ces sujets, les représentants de 15 pays seront réunis pour une journée d’échanges et de débats, avec des tables rondes sur l’aide au diagnostic, l’éthique et les droits humains, et des exemples concrets d’application notamment au Rwanda, en Malaisie et en Thaïlande.
Notons la présence de Peggy Bui, cheffe de projet chez Google Health, qui apportera la vision d’un géant d’internet sur le sujet qui investit tant dans des produits et services connectés au service des patients, des médecins et des chercheurs. La journée se terminera avec une intervention d’Alain Labrique, directeur du département santé digitale et innovation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
La conférence, qui bénéficie du soutien de l’Agence Française de Développement, de l’Agence Universitaire de la Francophonie, de la Fondation de l’Avenir pour la recherche médicale et du réseau asiatique d’information en santé Asia Health Information Network (AeHin), se déroulera simultanément au siège de la fondation et sur internet sur le site www.odess.io.
Quatre projets récompensés
Depuis sa création, l’Observatoire a recensé 165 initiatives, mené 46 enquêtes sur le terrain, soutenu financièrement et techniquement 34 lauréats. Cette année, la Fondation distinguera quatre nouveaux porteurs d’initiatives déjà mises en place qui améliorent l’accès à la santé des plus vulnérables, grâce au numérique.
- WEERWI au Sénégal, une application mobile innovante dédiée aux jeunes filles et femmes d’Afrique francophone dans la découverte et le suivi de leur cycle menstruel. Elle compte déjà plus de 20 000 téléchargements ;
- FETOSENSE en Inde, un dispositif médical de monitoring cardiaque du fœtus, sans fil utilisant l’IA. Il est déjà utilisé dans plus de 1000 hôpitaux en Inde.
- TÉLÉMEDKG au Kirghizistan, une plate-forme de télémédecine qui permet l'accès aux soins de santé en zone rurale; TélémedKG est déjà intégrée dans la politique nationale de santé du pays.
- RCHMIS en Ouganda, un système d’information qui améliore l’accès aux soins de santé primaires au sein des camps de réfugiés. 83 400 personnes réfugiées bénéficient déjà de cet outil.
Dans Hypérion, roman de science-fiction écrit par Dan Simmons en 1989, les personnages sont connectés à un réseau d’intelligences artificielles, appelé la « datasphère ». En leur permettant d’avoir un accès instantané à toute information, le savoir est immédiatement disponible, mais la capacité à penser par soi-même est désormais perdue.
Plus de trente ans après la publication de l’ouvrage de Dan Simmons, il est possible d’envisager l’impact toujours plus croissant de l’intelligence artificielle (IA) sur nos capacités cognitives en des termes similaires. Afin de réduire ces risques, je propose ici une solution qui défend aussi bien les progrès issus de l’IA que le besoin de respecter nos capacités cognitives.
L’IA offre de nombreux avantages. Parmi eux, on peut citer les possibilités de faire progresser la justice sociale, lutter contre le racisme, améliorer la détection de certains cancers, réduire les conséquences de la crise climatique et stimuler la productivité.
Vers les premières régulations occidentales de l’IA
Malgré ces risques toujours plus croissants, il n’y a toujours pas de règles nationales ou internationales qui régulent l’IA. C’est pour cela que la proposition de la Commission européenne visant à établir une régulation des usages de l’IA est si importante.
Cette proposition de la Commission européenne, dont la dernière version a reçu l’aval et a été modifiée par les deux comités ad hoc du Parlement européen début juin 2023, se fonde sur les risques inhérents à toute utilisation de cette technologie et les classifie en trois catégories : « inacceptables », « élevés » et « autres ».
Pour les risques issus de la première catégorie, le recours à l’IA est interdit. Il s’agit des cas suivants :
La manipulation cognitivo-comportementale de personnes ou de groupes vulnérables, qui peut ou pourrait causer un dommage corporel ou cognitif.
L’exploitation des vulnérabilités d’un groupe spécifique de personnes, de sorte que l’IA puisse modifier le comportement de ces personnes et vienne causer un dommage.
Les scores sociaux : classer les individus en fonction de leur conduite et statut socio-économique.
Les systèmes d’identification biométrique en temps réel et à distance, sauf cas particulier (par exemple en cas d’attaque terroriste).
Dans cette Législation européenne portant sur l’IA, les notions de risques « inacceptables » et de dommages sont étroitement liées. Il s’agit d’un pas important et suggèrent le besoin de protéger certaines activités et des espaces physiques délimités de toute interférence de l’IA. Avec ma collègue Caitlin Mulholland, nous avons en ce sens montré comment nos droits fondamentaux et en particulier notre droit à la vie privée dépendent d’une plus forte régulation des applications de l’IA et de reconnaissance faciale.
[Plus de 85 000 lecteurs font confiance aux newsletters de The Conversation pour mieux comprendre les grands enjeux du monde. Abonnez-vous aujourd’hui]
Cela fait tout particulièrement sens en ce qui concerne le recours à l’IA en matière de décision judiciaire automatisée et de contrôle des frontières. Les débats autour de ChatGPT ont aussi soulevé des inquiétudes quant à leur incidence sur nos capacités intellectuelles.
Des sanctuaires sans IA
Tous ces cas soulèvent des interrogations quant au déploiement de l’IA à des domaines où sont en jeu nos droits fondamentaux, notre vie privée et nos capacités cognitives. Ils pointent aussi le besoin de créer des espaces où s’applique une forte régulation des activités liées à l’IA.
Il est possible définir ces espaces en empruntant un terme ancien, celui de sanctuaires. Dans son ouvrage, « L’âge du capitalisme de surveillance », Shoshana Zuboff définit le droit au sanctuaire comme remède aux excès de tout pouvoir. Les lieux sacrés, tels que les temples, les églises et les monastères permettaient en effet aux communautés persécutées d’y trouver refuge. Aujourd’hui, et afin de résister à la surveillance digitale, Zuboff actualise et réinterprète ce droit au sanctuaire par le truchement d’une forte régulation des activités digitales et cela afin que nous puissions encore profiter de l’« espace d’un refuge inviolable ».
La notion de « sanctuaires sans IA » n’implique pas une interdiction pure et simple de l’IA mais une vraie régulation des applications qui découlent de cette technologie. Dans le cas de la législation de l’Union européenne portant sur l’IA, cela reviendrait à mettre en place une définition plus précise de la notion de dommage. Pour l’instant, il n’existe pas en effet de définition claire et univoque de cette idée de dommage, ni dans la législation européenne portant sur l’IA ni entre les États membres. Comme le suggère Suzanne Vergnolle, une solution consisterait à établir des critères communs à tous les États membres afin d’identifier les types de dommages issus des pratiques manipulatrices liées à certaines applications de l’IA. En outre, les dommages fondés sur les profils raciaux et les statuts socio-économiques devraient aussi être envisagés.
La mise en place de sanctuaires sans IA signifie aussi une réglementation beaucoup plus ferme visant à nous protéger des dommages cognitifs et mentaux résultant de potentiels usages de l’IA. Un point de départ consisterait à instaurer une nouvelle génération de droits — les « neuro-droits » — qui viendraient protéger notre liberté cognitive eu égard au développement des neurotechnologies. Roberto Andorno and Marcello Ienca soutiennent ainsi que le droit à l’intégrité mentale, qui est déjà protégé par la Cour européenne des Droits de l’Homme, devrait s’appliquer au-delà des cas de maladies mentales et nous protéger face aux intrusions de l’IA.
Un manifeste des sanctuaires sans IA
Je souhaiterais défendre le droit aux « sanctuaires sans IA ». Il engloberait les articles suivants (qui sont bien entendu provisoires) :
Le droit de se retirer. Dans les domaines jugés sensibles, toute personne a le droit de se retirer d’un accompagnement basé sur l’IA, et cela pendant une durée dont elle sera libre de décider. Ce droit implique l’absence totale d’interférence de dispositif basé sur l’IA ou une interférence modérée.
Absence de sanction. Le fait de se retirer d’un dispositif d’IA n’entraînera jamais de désavantages de types économiques ou sociaux.
Le droit à la décision humaine. Tout individu a le droit à une décision finale qui soit faite par une personne humaine.
Personnes vulnérables et domaines sensibles. Les autorités publiques établiront en collaboration avec les acteurs de la société civile et de l’industrie, les domaines particulièrement sensibles (santé, éducation) et les groupes de personnes, comme les enfants, qui ne devront pas être ou être modérément exposés à des systèmes intrusifs d’IA.
Les Sanctuaires sans IA dans le monde physique
Jusqu’à présent, les espaces sans IA n’ont été que très inégalement mis en place, d’un point de vue spatial. Certains établissements scolaires en Europe et aux États-Unis ont en ce sens décidé d’exclure tout écran des salles de classe, en suivant ainsi les principes du mouvement low-tech/no tech dans le domaine de l’éducation. Il a en effet été prouvé que le recours à des supports digitaux dans le domaine de l’éducation n’est pas productif et provoque des dépendances parmi les plus jeunes. Cependant, de plus en plus d’écoles publiques, avec peu de moyens, ont tendance à faire recours aux écrans et aux outils digitaux, ce qui contribuerait à aggraver les inégalités sociales.
Même à l’extérieur d’espaces sécurisées comme les salles de cours, l’IA continue à s’étendre. Aux États-Unis, entre 2019 et 2021, une douzaine de municipalités avaient approuvé des lois interdisant le recours à la reconnaissance faciale dans le domaine du maintien de l’ordre. Depuis 2022 cependant, de nombreuses villes ont fait machine arrière afin de contrecarrer une augmentation des délits.
Même s’ils renforcent les inégalités, des systèmes de reconnaissances faciaux sont utilisés au cours de certains entretiens d’embauche. Dans la mesure où ces systèmes sont alimentés par les données des candidat·e·s qui ont réussi préalablement les processus de sélection, l’IA a tendance à sélectionner les candidat·e·s provenant d’un contexte privilégié et à exclure celles et ceux issus de milieux plus divers. De telles applications doivent être interdites.
Et malgré la future législation de l’UE portant sur l’IA, des systèmes vidéo basés sur l’IA surveilleront les spectateurs et les foules des Jeux olympiques de Paris en 2024. Cette vidéosurveillance automatisée sera en outre testée au cours de la Coupe du Monde de Rugby.
Les moteurs de recherche sur Internet guidé par l’IA doivent aussi être interdits, puisque cette technologie n’est pas encore au point. Comme le souligne Melissa Heikkiläa dans un article de 2023 de la [MIT Technology Review], « les textes générés par l’IA semblent dignes de foi et font des références, ce qui dissuade les usagers de vérifier l’information qu’ils reçoivent ». Il y a aussi une dose d’exploitation, car « les usagers sont aujourd’hui en train de tester cette technologie à titre gratuit ».
Accompagner le progrès tout en préservant nos droits
Le droit aux sanctuaires sans IA garantit le développement technologique de l’IA tout en protégeant nos capacités émotionnelles et cognitives. La possibilité d’avoir le choix se retirer de l’IA (opt out) est cruciale si nous souhaitons préserver nos capacités à apprendre, à vivre des expériences de manière autonome et à protéger notre jugement moral.
Dans le roman de Dan Simmons, l’un des protagonistes (réplique « cybride » du poète John Keat) n’est pas connecté à la DataSphère et peut donc résister aux menaces des Intelligences artificielles. Ce point est illustratif car il souligne l’importance des débats portant sur l’intromission de l’IA dans l’art, la musique, la littérature et la culture. En effet, en en plus des questions relatives à la propriété intellectuelle, ces activités sont étroitement liées à notre imagination et créativité, capacités qui forment aussi le socle de nos possibilités de résister et de penser par nous-mêmes.
Antonio Pele, Associate professor, Law School at PUC-Rio University & Marie Curie Fellow at IRIS/EHESS Paris & MSCA Fellow at the Columbia Center for Contemporary Critical Thought (CCCCT) w/ the HuDig19 Project, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières
Après les journées européennes du patrimoine, la fête de la science figure en bonne place dans l’agenda des Français. Cette année la 32e édition de cette manifestation populaire lancée en 1991 par Hubert Curien, se tient partout en France du 6 au 16 octobre et notamment en Occitanie où, du pic du Midi au CNES, du Cirad de Montpellier à l’oncopole ou à Météo-France, les lieux de sciences ne manquent pas.
Dans notre région, plus de 600 animations gratuites seront mises en place par 500 porteurs de projets sous la houlette d’Instant Science. En partenariat avec la Région Occitanie, l’association orchestre les 13 coordinations départementales qui organisent les animations, tables rondes, conférences, ateliers découverte, visites de laboratoires et rencontres avec des chercheurs pour le grand public et les scolaires. « En 2022, près de 64 000 visiteurs dont près de 29 000 scolaires et plus de 35 000 visiteurs grand public ont répondu présents en Occitanie » se félicite Johan Langot, directeur général d’Instant Science.
Cette année, le thème national tombe à pic, entre la coupe du monde de rugby qui se déroule en ce moment et les Jeux olympiques de Paris l’été prochain, puisqu’il s’agit de « Sport et science » dont les relations n’ont jamais été aussi fructueuses.
Mais comme toujours, au-delà du thème choisi, ce sont toutes les sciences qui sont à l’honneur. En Occitanie, deux opérations phare seront menées : à Carcassonne (du 5 au 7 octobre) où la cité médiévale se transformera en cité des sciences avec de nombreux intervenants dont le prix Nobel de Physique 2007, Albert Fert, et des spécialistes du climat ; et à Font-Romeu (les 6 et 7 octobre) où l’UFR STAPS est le cadre idéal pour parler sport et science.
Enfin, 14 Villages des sciences (un dans chaque département et deux en Haute-Garonne) seront le cœur battant de la Fête 2023 qui a pour ambassadrice régionale Samar Ezzina, cheffe de projet sport-santé-innovation à l’UNSLL (Union nationale sportive Léo Lagrange) et chercheuse-associée au sein du centre européen EUROMOV-DHM.
Les salariés d’Onclusive, une société française installée à La Défense, ne s’attendaient pas à devenir les acteurs du premier plan social en France provoqué par l’irruption de l’intelligence artificielle (IA) dans le monde du travail : 209 personnes vont quitter l’entreprise, qui compte aujourd’hui 383 postes, licenciés pour être remplacés par des ordinateurs dopés à l’IA… Huit postes vacants seront laissés sans remplacement et 23 « nouvelles fonctions seraient créées » selon Libération qui a révélé l’affaire la semaine dernière.
« On est tous tombés de notre chaise »
La société, longtemps connue sous le nom de Kantar et aujourd’hui propriété du fonds d’investissement américain STG, est spécialisée dans la fourniture de synthèses d’articles de presse et d’extraits audiovisuels qui sont envoyées à quelque 9 000 clients, de grands groupes privés notamment du CAC40 (Rolex, TotalEnergies, L’Oréal…) et publics (FranceTélévisions, la SNCF…) , mais aussi des ministères, le service d’information du gouvernement (SIG) ou des services publics comme Pôle Emploi, la Banque de France, etc.
Cette activité est de celles qui se prêtent parfaitement à une automatisation que peut fournir une intelligence artificielle. Surtout depuis que l’IA, ces derniers mois, a connu de spectaculaires et très médiatisées avancées, avec des outils d’intelligences artificielles génératives comme ChatGPT d’OpenAI et ses concurrents lancés par les géants d’internet comme Google ou Meta (Facebook).
Au siège d’Onclusive, à Courbevoie, on accuse le coup, les syndicats dénonçant « le premier plan social lié à l’intelligence artificielle. » « On est tous tombés de notre chaise, on ne s’attendait pas à une telle ampleur », assurait au Parisien l’un des salariés qui ont appris la nouvelle le 5 septembre par un e-mail du PDG Rob Stone, expédié depuis le siège mondial de STG à Londres.
Le PDG, qui ne parle ni de « suppressions de postes » ni de « licenciements », justifie les départs forcés par la nécessité « de devenir plus agiles et plus compétitifs » en adoptant « de nouvelles technologies et de nouveaux outils qui rationaliseront [les] opérations […] et amélioreront l’efficacité et la précision ». Et d’ajouter cyniquement que les changements permettront d’ « améliorer les carrières [des] employés » – ceux qui restent – « en leur permettant de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée. »
Le 15 septembre, le dirigeant de la filiale française vantait lui aussi « l’apport de l’intelligence artificielle ». Un apport que contestent les syndicats qui assurent que l’IA ne peut remplacer l’humain dans son filtrage et son appréciation des informations, mais aussi dans sa connaissance des clients. « C’est une mauvaise idée sociale mais c’est aussi une mauvaise idée économique », expliquait dans Libération le délégué syndical Force ouvrière.
Ce premier plan social provoqué par le recours à l’IA interroge en tout cas jusqu’au gouvernement, qui est aussi le client d’Onclusive.
16 % des emplois actuels devraient disparaître
« Le SIG […] interrogera l’entreprise sur les garanties qu’elle entend fournir pour maintenir le niveau de compétences, d’expertise et de qualité des livrables dans le cadre des marchés qui les lient à l’administration », a indiqué le SIG à Médiapart. Lundi soir, le ministre délégué chargé du Numérique Jean-Noël Barrot reconnaissait de son côté qu’« il faut se préparer à ce type de bouleversements ».
Depuis l’accélération de l’intelligence artificielle, on sait que certains métiers vont évoluer voire disparaître et que d’autres vont émerger. Un rapport publié fin mars par Goldman Sachs estimait que deux tiers des emplois actuels pourraient être menacés par l’IA en Europe. En France, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime qu’environ 16 % des emplois actuels devraient disparaître d’ici quinze à vingt ans. « Pour le moment, l’IA ne supprime pas les emplois, elle les transforme et modifie les compétences qu’ils requièrent », indique l’enquête sur les « Perspectives de l’emploi 2023 de l’OCDE : Intelligence artificielle et emploi », parue en juillet.
« L’incidence réelle de l’IA sur les travailleurs et l’organisation du travail, et la question de savoir si ses avantages l’emporteront sur les risques, dépendront également des mesures prises par les pouvoirs publics », assure l’organisation pointant là l’importance d’une régulation et d’un cadre réglementaire strict. L’Unesco sur l’école, de grands journaux américains voire les concepteurs des IA eux-mêmes ont d’ores et déjà appelé à une régulation.
Interrogé par Le Revenu, le mathématicien Cédric Villani, qui avait remis à Emmanuel Macron en 2018 un premier rapport sur la stratégie IA française, estime qu’« il faut dédramatiser. Il faut aussi apprécier lucidement les risques humains – usages mal informés ou mal intentionnés, déstabilisation d’élections, propagation du climato-scepticisme, publicité trop efficace ou encore oppression des employés… Est-ce une révolution ? Je dirais plutôt un remarquable chapitre de la révolution de l’information, qui a débuté dans les années 1950. »
(Article publié dans La Dépêche du jeudi 21 septembre 2023)
Le hasard aura voulu que l’affaire d’Onclusive tombe au moment même où le gouvernement installe le premier comité de l’intelligence artificielle. Composé d’acteurs spécialisés dans la recherche, ce comité, mis en place mardi par la Première ministre Elisabeth Borne, qui en avait pris l’engagement devant l’université du Medef, a pour objectif de « présenter des propositions concrètes d’ici six mois afin d’adapter la stratégie du gouvernement au sujet de l’intelligence artificielle. »
Coprésidé par Philippe Aghion, économiste spécialiste de l’innovation et Anne Bouverot, présidente du conseil d’administration de l’École normale supérieure (ENS), ce comité de 15 membres comprend entre autres Gilles Babinet, président du Conseil national du numérique, Luc Julia, expert en intelligence artificielle générative, Cédric O, consultant et ancien secrétaire d’État au Numérique ou encore Yann Le Cun, vice-président et Chief AI Scientist chez Meta (Facebook).
Faire de la France une championne de l'IA
« Dès 2018, la première phase de la stratégie nationale pour l’IA, lancée par le président de la République, a permis de développer une filière de rang mondial. Aujourd’hui, face à ces nouveaux défis, nous devons renforcer nos formations pour développer davantage de talents en France, investir pour favoriser l’innovation française sur la scène internationale et définir une régulation adaptée des différents secteurs pour protéger des dérives », a indiqué Matignon.
C’est qu’en cinq ans, le paysage de l’intelligence artificielle a profondément changé, la technologie s’est considérablement renforcée et les intelligences artificielles génératives – très médiatisées mais qui ne représentent qu’une partie de l’IA – ont mis sur le devant de la scène de véritables prouesses pour générer du texte, créer des images et des vidéos.
Après un rapport sur l’intelligence artificielle rédigé par le mathématicien et alors député Cédric Villani en 2018, qui a notamment lancé la création d’un réseau d’Instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle avec 1,5 milliard d’euros de crédits, Emmanuel Macron a plaidé pour développer « un écosystème d’innovations » avec des leviers de financement inclus dans le plan France 2030. « Dans le domaine de l’intelligence artificielle, je veux que la France soit championne et se positionne en pointe de cette nouvelle révolution industrielle », indiquait le président de la République en juin dernier.
Toulouse dans la course
Lancé en juin, l’appel « IA-cluster » doté de 500 millions d’euros vise à faire émerger de 5 à 10 universités et écoles en tant que leaders européens et mondiaux en intelligence artificielle. La France espère placer trois établissements dans le Top 50 mondial des universités dans le champ de l’IA, et doubler le nombre de spécialistes de haut niveau en IA (notamment ingénieurs et docteurs).
L’institut toulousain ANITI (Artificial and Natural Intelligence Toulouse Institute), qui fait partie, avec Grenoble, Nice et Paris, des quatre instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle (3IA) lancé en 2018, travaille sur deux grands secteurs stratégiques d’application de l’IA (mobilité/transport et robotique/cobotique) et a répondu à cet appel à projet.
(Article publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 21 septembre 2023)
L’intelligence artificielle (IA), les algorithmes mathématiques qui la motorisent, les progrès informatiques bâtissent déjà une révolution. Maison, transports, santé, industrie, énergie, environnement, agriculture, loisirs, etc. : pas un domaine n’échappe à l’IA. Plus que les précédentes révolutions industrielles, celle-ci soulève toutefois des questions cruciales : juridiques, éthiques, commerciales, sociétales. Et comme dans les précédentes révolutions industrielles, elle va bouleverser des métiers : certains vont disparaître, d’autres vont fortement évoluer et de nouveaux vont apparaître. Les professions administratives et juridiques, l’enseignement, les journalistes, les écrivains, les avocats, les développeurs web, les traducteurs, les communicants sont des professions qui peuvent directement souffrir de l’usage de l’IA. A contrario, de nouveaux métiers peuvent apparaître, notamment pour entraîner ou maîtriser les IA.
Inquiétude mais aussi espoir
Le licenciement des salariés d’Onclusive apparaît brutal mais reste, pour l’heure, un fait exceptionnel. « Si l’IA n’est pas associée aujourd’hui à une évolution majeure des salaires, dans un sens ou dans l’autre, sur le marché du travail, l’enquête de l’OCDE montre que deux travailleurs sur cinq dans le secteur financier et l’industrie manufacturière craignent une baisse des salaires dans leur secteur d’activité sous l’effet de l’adoption de l’IA au cours des dix prochaines années. Autre constat tout aussi intéressant : en dépit des inquiétudes largement partagées à propos de l’avenir, de nombreux répondants déclarent que l’IA a un effet positif sur la qualité des emplois. Près de deux tiers (63 %) des travailleurs déclarent que l’IA leur a permis de s’épanouir davantage au travail : en automatisant des tâches dangereuses ou fastidieuses, l’IA leur permet en effet de se concentrer sur des tâches plus complexes et intéressantes », explique l’OCDE.
Les entreprises en tout cas se préparent au fur et à mesure que l’IA se démocratise. Selon un sondage Opinionway pour Ekimetrics, 55 % d’entre elles ont ou vont avoir recours à l’IA et 79 % de leurs dirigeants jugent l’IA utile pour répondre à leurs enjeux de durabilité.
(Article publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 21 septembre 2023)
Un séisme de magnitude 6,8 a frappé le Maroc à 11km d’Adassil le vendredi 8 Septembre 2023 à 23h11 heure locale. On déplore plus de 2 000 décès et autant de blessés avec un bilan qui pourrait encore s'alourdir.
Depuis l’espace, on peut obtenir des informations cruciales pour guider les secours et l’aide humanitaire qui convoie eau et vivres, mais qui sont inaccessibles depuis le sol, en particulier en cas de catastrophes. Il s’agit de cartographier l’état des routes, des ponts, des bâtiments, et aussi – et c’est crucial ici – de repérer les populations qui tentent d’échapper aux effets de potentielles répliques en se regroupant dans des stades ou d’autres espaces ouverts.
Afin de tourner rapidement les yeux des satellites vers les régions concernées, les Nations Unies (UNITAR) ont demandé l’activation de la charte internationale « Espace et Catastrophes majeures » le samedi matin à 7h04 heure locale pour le compte de l’organisation humanitaire internationale FICR (Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge).
Dans la foulée, les satellites optiques et radar les plus appropriés de huit agences spatiales ont été programmés. Pour la France, il s’agit des satellites optiques Pléiades et Pléiades Neo (de haute et très haute résolution), qui fourniront de premières images dès demain matin, lors de leur passage au-dessus de la zone, le temps de charger le plan de vol. Des satellites radar viendront compléter les informations des satellites optiques, car ils fonctionnent aussi la nuit et à travers les nuages, et peuvent imager les glissements de terrain et les changements d’altitude, même très faibles.
Chaque année, des millions de personnes partout dans le monde sont touchées par des catastrophes, qu’elles soient d’origine naturelle (cyclone, tornade, typhon, tremblement de terre, glissement de terrain, éruption volcanique, tsunami, inondation, feu de forêt, etc.) ou humaine (pollution par hydrocarbures, explosion industrielle). L’intensité et la fréquence de ces évènements s’intensifient malheureusement avec le changement climatique, créant chaque jour un peu plus de sinistrés ou d’habitats précaires.
Anatomie d’une catastrophe
Dans le cadre de la charte internationale « Espace et catastrophes majeures », on définit une catastrophe comme un événement de grande ampleur, soudain, unique et incontrôlé, entraînant la perte de vies humaines ou des dommages aux biens et à l’environnement et nécessitant une action urgente d’acquisition et de fourniture de données.
Glissement de terrain à Munnar, en Inde. L’accès aux zones touchées est souvent difficile.Rakesh Pai/Flickr, CC BY-NC-ND
Cette charte a été créée par le Centre National d’Études Spatiales et l’Agence spatiale européenne en 1999, rejoints rapidement par l’Agence spatiale canadienne. Aujourd’hui, 17 agences spatiales membres s’unissent pour offrir gratuitement des images satellites le plus rapidement possible sur la zone sinistrée. Depuis 2000, la charte a été activée 837 fois dans plus de 134 pays. Elle est depuis complétée par des initiatives similaires (Copernicus Emergency ou Sentinel Asia).
Près des trois-quarts des activations de la charte sont dues à des phénomènes hydrométéorologiques : tempêtes, ouragans et surtout inondations qui représentent à elles seules la moitié des activations. Dans ces situations de crise imprévues, quand les sols sont endommagés ou inondés et les routes impraticables, les moyens terrestres ne permettent pas toujours d’analyser l’étendue du désastre et d’organiser au mieux les secours et l’aide humanitaire. En capturant la situation vue de l’espace, avec des satellites très haute résolution, le spatial apporte rapidement des informations cruciales.
L’ouragan Harvey a provoqué des inondations au Texas en 2018, déplaçant 30000 personnes, et nécessitant le sauvetage de 17000 personnes.Sentinel Hub/Flickr, CC BY
Dans certains cas, la charte ne peut pas être activée. Soit parce que l’objet est hors cadre de la charte (guerres et conflits armés), soit parce que l’imagerie spatiale n’est parfois pas d’un grand intérêt (canicules, épidémies), soit car les phénomènes ont une évolution lente (sècheresses) qui est incompatible avec la notion d’urgence au cœur de la mission de la charte.
Les données satellites en réponse aux crises dans le monde
Dès la survenue d’une catastrophe, les satellites sont programmés pour acquérir dans un délai très court des images au-dessus des zones impactées. Plus d’une soixantaine de satellites, optiques ou radars, sont mobilisables à toute heure.
Feux de forêt en Russie dans la région d’Irkutsk en 2017, causés par des éclairs.Sentinel Hub/Flickr, CC BY
Les images optiques sont semblables à des photos vues de l’espace, mais les images radar par exemple sont plus difficilement interprétables par les non-initiés. Ainsi, suite à la catastrophe, les informations satellites sont retravaillées pour les rendre intelligibles et y apporter de la valeur ajoutée. Elles sont par exemple transformées en cartes d’impacts ou de changements pour les secouristes, en cartes de vigilance inondations pour les populations, en cartographie des zones brûlées ou inondées avec estimation des dégâts pour les décideurs.
[Plus de 85 000 lecteurs font confiance aux newsletters de The Conversation pour mieux comprendre les grands enjeux du monde. Abonnez-vous aujourd’hui]
Le travail collaboratif entre les utilisateurs de terrain et les opérateurs satellitaires est primordial. Des progrès ont été faits grâce aux innovations des technologies d’observation de la Terre (notamment la performance des résolutions optiques – passant de 50 à 20 mètres puis à 30 centimètres actuellement) et des logiciels de traitement des données 3D, mais également grâce au développement d’outils numériques pouvant coupler données satellites et in situ. De plus, les besoins de terrain ont contribué à l’évolution des processus d’intervention de la charte en termes de délai de livraison et de qualité des produits délivrés.
La reconstruction après les catastrophes
La gestion de l’urgence est bien sûr primordiale mais il est important pour tous les pays affectés d’envisager une reconstruction et l’avenir. En effet, dans le « cycle du risque », après le sinistre et l’urgence humanitaire, le retour à la normale va ouvrir le temps de la reconstruction, de la résilience, de la prévention et de l’alerte. On ne peut prévoir les catastrophes mais on peut mieux s’y préparer, surtout dans les pays où le malheur est récurrent, avec par exemple la construction antisismique, le déplacement des zones d’habitation en lieu sûr, la sensibilisation aux gestes de survie, la création de lieux de rassemblements sécurisés, entre autres.
Plusieurs initiatives, appelées « Observatoires de la Reconstruction », ont été menées après des catastrophes d’envergure, par exemple à Haïti en 2021, ou suite à l’explosion de Beyrouth en 2019. Le but : planifier des acquisitions d’images satellites coordonnées pour permettre une évaluation détaillée et dynamique des dommages aux zones les plus touchées (bâti, routes, agriculture, forêts, etc.), suivre la planification des reconstructions, réduire les risques et enfin réaliser un suivi des changements à l’horizon de 3-4 ans.
La mort d’Evguéni Prigogine, le patron de Wagner, dans le crash aérien survenu le 23 août, n’est pas sans conséquence pour le microcosme des voenkory – littéralement « correspondants de guerre » russes – et, donc, pour l’ensemble de la propagande déployée par Moscou à propos de la guerre en Ukraine.
Le terme voenkory, désormais entré dans le langage courant, désigne des blogueurs au pedigree varié – journalistes diplômés ou non, anciens de l’armée, autodidactes, aventuriers divers… –, spécialisés dans le domaine militaire, qui écrivent au quotidien pour des médias officiels ou sur les réseaux sociaux (spécialement sur Telegram) à propos de la guerre en Ukraine, souvent depuis le théâtre des opérations. Certains d’entre eux sont très suivis et exercent une influence réelle. Ils ont en partage un nationalisme véhément et un soutien sans faille à l’invasion de l’Ukraine, qu’ils jugent souvent trop lente et mal organisée.
Des positions parfois trop belliqueuses pour le Kremlin
Dans le sillage du fameux « cuisinier de Poutine », un grand nombre des voenkory n’ont pas hésité, depuis le début de l’attaque russe en février 2022, à critiquer l’armée, le système et les élites corrompues, et à réclamer le limogeage du ministre de la Défense Sergueï Choïgou et du chef d’état-major Valéri Guerassimov.
La mort brutale du correspondant « indépendant » Vladlen Tatarsky (de son vrai nom Maxime Fomine) dans un attentat le 2 avril et l’arrestation du virulent Igor Guirkine (Strelkov) le 21 juillet avaient déjà suscité certains remous au sein du petit monde digital des voenkory, mais le crash du 23 août aura eu un impact nettement plus considérable.
Si ces propagandistes ultra-nationalistes ont pu sembler, un temps, incarner une élite militaro-impérialiste montante et susceptible de déstabiliser le pouvoir, il y a peu de doute que le sort réservé à Prigojine deux mois après sa « marche sur Moscou » a refroidi – peut-être seulement provisoirement – leur « turbo-patriotisme ».
Après le flottement observé parmi les correspondants « officiels » durant la rébellion menée par Prigogine le 24 juin, leur distanciation vis-à-vis du « traître », y compris chez ceux à qui il avait accordé de longues interviews, et enfin, le silence à l’annonce de sa mort sont révélateurs. Si les « indépendants » peuvent encore se permettre des critiques ou des railleries visant les forces armées russes, leur relative liberté à l’égard de la ligne officielle est aujourd’hui en sursis.
Telegram, un terrain d’expression privilégié
Pour comprendre l’émergence des correspondants de guerre et leur rôle dans la communication russe, il convient de dresser un tableau du champ informationnel digital en Russie.
Dès les premiers jours suivant le début de l’invasion de l’Ukraine, les points de situation télévisés énoncés par le porte-parole de l’armée russe se sont rapidement révélés être d’un autre âge (soviétique) et insuffisants pour une population connectée à 88 % et s’informant en ligne à plus de 68 % (chiffres en constante augmentation comme dans de nombreux autres pays). Le contrôle étatique sur l’information digitale, repris en main par le pouvoir au début des années 2010, à la suite des manifestations de la place Bolotnaïa à Moscou, s’est accompagné d’une volonté de faire du « Runet » (l’Internet russe), non sans difficultés techniques, un espace « nettoyé » des influences étrangères – et, principalement, américaines.
La guerre en Ukraine n’a fait que renforcer cette stratégie, avec l’interdiction de nombreuses plates-formes digitales, comme Instagram ou Meta et la valorisation de leurs versions russes telles que le réseau social VK ou encore le lancement de RuTube, une version russe de YouTube avec un projet de communication de propagande qui s’est rapidement révélé inefficace. Aujourd’hui, parmi les réseaux sociaux les plus utilisés par les Russes, WhatsApp et Telegram figurent respectivement à la première et à la deuxième place.
Les voenkory se sont « naturellement » imposés sur Telegram, où ils diffusent une propagande patriotique bien plus efficace que celle, laborieuse, mise en œuvre par l’État lui-même. Sous l’apparence d’une information « brute », venue directement depuis le terrain, souvent « indépendante », propre aux comptes personnels sur les réseaux sociaux, comme il en existe en France, les voenkory sont devenus une source d’information fondamentale à propos de ce qui se passe sur le front – tout en ne se départissant jamais d’un ultra-patriotisme conforme aux orientations générales du Kremlin.
La mise au pas des médias russes, particulièrement durant les guerres menées par la Russie post-soviétique (Tchétchénie, Géorgie) n’étant pas si loin, le phénomène « voenkor » n’est pas passé inaperçu à Moscou. Les correspondants militaires sont apparus comme étant particulièrement utiles au moment où le pays procède à une mobilisation largement impopulaire. La première rencontre de Vladimir Poutine avec certains d’entre eux se serait déroulée lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg au moins de juin 2022, l’intermédiaire n’étant autre que Margarita Simonian.
La directrice de RT depuis ses débuts, elle-même ancienne reporter de guerre en Tchétchénie, avait alors présenté « ses amis, ses collègues, ses patriotes » au chef de l’État. C’est également Simonian qui, au mois d’octobre 2022, coupera court aux rumeurs d’affaires judiciaires qui auraient été ouvertes contre certains voenkory qui seraient allés trop loin dans leurs critiques de l’armée et du commandement.
Loin d’être inquiétés par l’appareil judiciaire, certains correspondants se sont même vu remettre de prestigieuses distinctions, et les plus connus d’entre eux, tels Evguéni Poddoubny, Alexandre Sladkov, Semion Pegov (WarGonzo), Mikhaïl Zvintchouk (Rybar) et Alexandre Kots, ont été intégrés au groupe parlementaire de coordination pour « l’opération spéciale », créé par ordonnance présidentielle à la fin de l’année 2022.
Vladimir Poutine décore Semion Pegov de l’Ordre du Courage au Kremlin, 20 décembre 2022.www.kremlin.ru
Le processus d’« élitisation », si souvent employé par le pouvoir russe ou soviétique, consiste à s’assurer la loyauté d’un groupe à travers un système de récompenses, la distribution de pouvoir ou de richesses. Mais la mort de Prigojine, la mise au pas des voix discordantes au sein de l’armée et l’arrestation de Guirkine sont autant de messages qui ont rappelé aux voenkory que le patriotisme affiché ne suffit pas à protéger les élites : seule la loyauté absolue au régime et à son président garantit leur liberté et leur survie.
Si certains correspondants sont récompensés, parmi les quelque 150 comptes russes sur Telegram consacrés exclusivement à la guerre en Ukraine, la raison incombe notamment à leur notoriété dans l’espace digital, leur profession ou leur ancienneté : plus d’un million d’abonnés pour – WarGonzo, Rybar et OperaHonZ, quelques centaines de milliers pour ColonelCassad, quelques centaines seulement pour les moins connus.
[Plus de 85 000 lecteurs font confiance aux newsletters de The Conversation pour mieux comprendre les grands enjeux du monde. Abonnez-vous aujourd’hui]
Certains reporters de guerre sous contrat avec la rédaction d’un média d’État se sont souvent rendus par le passé sur d’autres fronts (Donbass avant 2022, Syrie ou Afghanistan) et ont été formés au reportage de guerre par l’Union des journalistes de Moscou (organisme agissant, entre autres, sous la tutelle du FSB et des ministères de la Défense et des Affaires étrangères). Semion Pegov, Irina Kouksenkova ou Iouri Podoliak y ont été formés avant d’être récompensés pour leur couverture de la guerre en 2022.
Mais tous ne sont pas issus de la sphère journalistique. Certains indépendants sont d’anciens membres des forces de sécurité devenus blogueurs militaires, tels Igor Guirkine (Strelkov), vétéran des guerres de Yougoslavie et de Tchétchénie. Parfois même, des adolescents sont recrutés dans les territoires occupés pour s’exercer au « vrai journalisme russe des nouvelles régions » et sont plus tard récompensés de l’Ordre du Courage au Kremlin.
Un phénomène durable
Le phénomène voenkory semble avoir gagné une certaine popularité auprès des internautes russes, mais aussi ukrainiens ou occidentaux, lesquels suivent les messages, scrutent les réactions, démasquent la désinformation, analysent les renseignements et considèrent globalement ces blogueurs comme des sources dignes d’intérêt pour ce qui est communément appelé l’OSINT (Open Source Intelligence).
Toutefois, s’il est difficile de mesurer l’impact supposé de ces comptes Telegram auprès de la population russe, au-delà du nombre d’abonnés, il conviendrait de ne pas surestimer le phénomène.
Selon les données relatives aux usages des internautes russes dont nous disposons, 39 % de la population adulte suit les actualités sur les réseaux sociaux, alors que plus de 68 %, nous l’avons dit, suit l’actualité sur Internet en général. La répression extrêmement sévère portant sur les propos anti-guerre, dans la rue mais aussi dans les mémoires des téléphones portables, qui s’est aujourd’hui étendue aux critiques visant les forces armées ou le gouvernement et à la diffusion de « fausses » informations, incite de nombreux Russes à chercher à ne laisser aucune trace sur la toile. Il est, dès lors, peu étonnant que parmi les dix premières applications téléchargées sur les portables russes figurent plusieurs logiciels VPN.
Enfin, le succès des voenkory russes dans l’information et la communication de guerre est similaire au succès des chaînes Telegram personnelles de militaires ou de journalistes occidentaux, si l’on en croit les résultats d’une recherche effectuée par l’auteure pour l’Institut méditerranéen des Sciences de l’information et de la Communication (IMSIC) auprès d’étudiants francophones interrogés durant huit mois. L’information « brute », en donnant aux récepteurs l’illusion d’être dans le feu de l’action, en dit plus que le 20h. Même si leur liberté de parole a dernièrement été nettement restreinte par le pouvoir, les voenkory ont donc encore de beaux jours devant eux.
Offres d’abonnement à la téléphonie ou à internet peu claires, faussement présentées comme limitées dans le temps mais aboutissant à des réengagements, manquements aux règles de la vente à distance, etc. Les anomalies relevées par la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) lors d’une enquête menée sur les opérateurs de téléphonie ou d’internet, qui vient d’être rendue publique, sont édifiants. Ces défauts concernent tout de même un opérateur sur quatre ; 28,6 % très exactement.
5 026 plaintes
« En 2021, les services de la DGCCRF ont comptabilisé près de 5 026 plaintes de consommateurs portant sur des entreprises de communications électroniques. Une part importante de ces plaintes portaient sur des abus concernant des modifications contractuelles et tarifaires ne pouvant être refusées par les clients. Le cadre réglementaire spécifique de l’article L. 224-33 du Code de la consommation prévoit, en effet, que, pour peu qu’elles soient claires et qu’il en soit averti au moins un mois à l’avance, un consommateur ne peut qu’accepter les modifications apportées à son contrat par son opérateur, sauf à résilier purement et simplement son contrat sans frais. Néanmoins, certains opérateurs permettent à leurs clients de refuser la modification des tarifs si cela est inscrit dans le contrat », précise le service des fraudes qui a analysé 42 sociétés.
Dans le lot ce sont souvent les petits et moyens opérateurs alternatifs - qui sous-louent le réseau des quatre grands opérateurs - qui sont épinglés. Ils « ignorent souvent un grand nombre des obligations qui incombent aux fournisseurs de communications électroniques. Les petites structures ont également des difficultés à appliquer la réglementation de la vente à distance et de la vente hors établissement commercial » indique la DGCCRF.
Cette dernière « a adressé, pour les manquements les moins graves, 7 avertissements pour rappeler la loi aux professionnels, notamment pour les manquements relatifs aux conditions générales de vente, et en particulier ceux relatifs à la vente à distance. Les pratiques commerciales trompeuses ou abusives (notamment la reconduction d’offres au-delà des délais annoncés) ont entraîné 2 injonctions administratives, 3 procès-verbaux pénaux et 1 procès-verbal administratif. »
Cette enquête de la DGCCRF, qui a été menée il y a deux ans, confirme en tout cas les récriminations récurrentes des abonnés que recueillent les associations de défense des consommateurs. Ainsi, en février dernier, à l’occasion de la publication de son Observatoire des plaintes et insatisfactions dans les télécoms, l’Association française des utilisateurs de télécommunications (Affutt) soulignait que pour le secteur fixe les problèmes de résiliation arrivaient en 3e position des plaintes. Mais c’est sur le mobile que la situation était la plus problématique.
Résiliation, facturation et vente forcée
« Résiliation, facturation et vente forcée ou dissimulée forment le tiercé de tête des motifs d’insatisfactions. À noter que les consommateurs qualifient volontiers de vente forcée les augmentations de tarifs pratiquée sous couvert de bonne affaire par les opérateurs dans la mesure où seule la résiliation est proposée en alternative sous trois mois », dénonçait l’Affutt.
Comme la DGCCRF, l’association pointait les mauvaises pratiques des opérateurs alternatifs (les MVNO) : « dans ce secteur [du mobile] le volume général des insatisfactions a poursuivi sa baisse par rapport aux années précédentes. Seuls les MVNO font figure de mauvais élèves, et leur indice de conflictualité s’envole. »
L’Affutt préconise d’en finir avec le « qui ne dit mot consent » et demandait en conclusion de son observatoire que les hausses des abonnements « soient soumises aux consommateurs en mode opt-out », c’est-à-dire que le consommateur exprime clairement son accord. On en est encore loin…
(Article publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 13 septembre 2023)
Par Bertrand Pinchon, Senior Manager Solutions Consulting chez OpenText
Si les entreprises veulent devenir des leaders dans leur domaine, elles doivent accroitre leur capacité numérique, généraliser les processus numériques et automatiser le plus d'activités possible.
La technologie est le moteur de la transformation et les entreprises donnent aujourd’hui la priorité à des projets d'automatisation intelligente autour d'initiatives stratégiques, telles que l'amélioration de l'expérience employé, clients et partenaires. Afin de déterminer quels sont les processus à automatiser pour gagner en efficacité, les entreprises s’adressent directement aux responsables métiers. Ces personnes et leurs équipes ont une connaissance approfondie de leurs principaux process et une vision précise des processus inopérants, voire obsolètes.
Les six questions pour mieux identifier les opportunités d'automatisation dans l'entreprise.
1. « Smart Automation » : qu’est-ce que c’est ?
L'automatisation des processus numériques rassemble les personnes, les processus, les applications et les informations pour rendre plus agiles les activités métiers, accélérer la transformation numérique et offrir une expérience digitale améliorée aux clients comme aux salariés. Elle présente de nombreux avantages. Par exemple, la rationalisation et l'automatisation des processus métier ouvrent la voie à une meilleure prise de décision fondée sur les données. De même, en réduisant les lacunes en matière d'information et de processus et en éliminant les tâches manuelles, la productivité des équipes augmente significativement.
2. L'automatisation est-elle bloquée dans un backlog de projets ?
Selon Forrester, un quart des entreprises attribue la lenteur des progrès de l'automatisation aux manques de compétences et d'expériences technologiques, citées comme le principal obstacle à l'adoption des technologies d'automatisation. En conséquence, les utilisateurs métiers prennent les choses en main et s'appuient sur des plateformes d'automatisation pour créer des processus automatisés et connectés ainsi que des workflows centrés sur les données, avec peu ou pas d'intervention des services informatiques. Selon Gartner, d'ici à 2024, les développeurs citoyens représenteront au moins 80 % de la base d'utilisateurs des outils low-code, contre 60 % en 2021.
3. Être piloté ou bloqué par les données ?
À combien de systèmes les collaborateurs se connectent-ils chaque jour pour trouver des informations clés ? Les solutions d'entreprise, telles que Salesforce et SAP, sont souvent au cœur des activités métiers. Cependant, les données restent toujours plus complexes et dispersées, bloquées dans des silos et déconnectées des processus métier dans leur globalité. Grâce à un système d'automatisation flexible des processus, les entreprises peuvent connecter et intégrer l'ensemble de l’information de l'entreprise, en automatisant la manière dont elles circulent entre les applications métier. Les utilisateurs peuvent travailler dans ces applications tout en accédant aux informations nécessaires dans n'importe quel autre système (ERP, ECM, etc.), quand et comme ils en ont besoin. En intégrant l'automatisation des processus dans les plateformes de gestion de contenu, les entreprises peuvent mieux utiliser les données existantes, en reliant le contenu à ces process.
4. Comment favoriser un environnement de travail plus efficace ?
Les technologies d'automatisation ne soutiennent l'innovation que si elles sont conçues pour responsabiliser les personnes et stimuler la productivité de l'ensemble de l'écosystème de l'entreprise. Grâce à l'introduction du RPA (Robotic Process Automation), les responsables opérationnels peuvent réduire les tâches répétitives, sujettes aux erreurs et chronophages, et faire de la place pour des activités plus engageantes et plus valorisantes. En outre, en faisant automatiquement apparaître les bonnes informations au bon moment, l'IA et le machine learning garantissent que les données sont présentées en fonction du contexte de l'activité et améliorent encore la productivité.
5. Quel est le degré de flexibilité de votre plateforme de Case Management ?
Les processus basés sur du Case Management, tels que les demandes de support ou les réponses aux incidents, sont intrinsèquement dynamiques et souvent ad hoc. Il reste difficile de gérer la forte croissance du volume des données entrantes et sortantes de l'organisation. En automatisant ces opérations, les entreprises peuvent mettre en place une gestion plus flexible et intelligente, accélérant les validations et augmentant la visibilité pour les différentes parties prenantes. L'intégration du Case Management, des services de gestion de contenu et d'autres applications d'entreprise offre aux collaborateurs un accès immédiat aux systèmes, aux contenus et aux personnes référentes pour prendre des décisions éclairées et accélérer les délais de traitement.
6. Des scénarios métiers réutilisables existent-ils ?
L'intégration de moteurs d'IA dans les plateformes d'automatisation des processus apporte de la valeur aux organisations. Ce succès augmente lorsque les déploiements sont alignés sur des cas d'usage spécifiques à l'industrie. Dans ce cas, des ensembles de données définis peuvent être analysés et des modèles d'IA normalisés pour la répétabilité, comme la détection de la fraude dans les services financiers ou la maintenance préventive des équipements dans l'industrie. Bien que tous les secteurs puissent bénéficier d’une automatisation plus « intelligente », Forrester constate que les trois secteurs les plus intéressés par l'intelligence des processus sont les services (47 %), les banques, les compagnies d'assurance, les technologies financières (30 %), et la production industrielle (10 %).
Les applications packagées d'automatisation des processus numériques peuvent prendre en charge des cas d'utilisation verticaux et horizontaux. Ils permettent aux utilisateurs de disposer de modèles pré-configurés pour numériser les process métiers et améliorer le partage de l'information, la transparence et la connaissance.
En conclusion, la « Smart Automation » des processus numériques se révèle être un levier essentiel pour les entreprises qui souhaitent améliorer leur efficacité opérationnelle et leur compétitivité. En posant les bonnes questions et en identifiant les opportunités d'automatisation, les organisations bénéficient de multiples avantages tels que la rationalisation des processus, la prise de décisions basée sur les données et l'augmentation de la productivité des équipes. L'intégration de technologies telles que l'IA et le machine learning permet de créer un environnement de travail moderne, favorisant l'innovation et la valorisation des collaborateurs. Grâce à une automatisation bien planifiée et adaptée aux spécificités de chaque secteur, les entreprises peuvent tirer parti de l'intelligence des processus pour accélérer leur transformation numérique et atteindre leurs objectifs stratégiques.