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La 5G, une nouvelle phase de la révolution digitale, mais plutôt pour 2025-2035

5G
Que va changer la 5G ? Jack Sloop / Unsplash CC BY

Par Valery Michaux, Neoma Business School

Entre le 20 septembre et le 30 septembre 2020 seront lancées en France les enchères sur les fréquences de la 5G. Entre enthousiasme et crainte, les tensions entre les promoteurs et les détracteurs sont fortes. La 5G peut-elle être une révolution, à court, moyen, long terme ?

La 5G en quelques mots

La 5G est la cinquième génération en matière de réseau de téléphonie mobile. Elle repose sur une technologie cellulaire à haut débit. Il s’agit d’une norme internationale sur laquelle tout le monde s’est accordé. Elle permettra d’offrir un service « sans couture » à l’échelle planétaire.

Stricto sensu, la 5G apporte une amélioration d’un facteur 10 par rapport à la 4G, tant pour le débit que pour le temps de latence. Le débit concerne la quantité de données. Le temps de latence désigne la rapidité de transit d’une donnée entre le moment où elle est envoyée et celui où elle est reçue. Débit et latence vont permettre une instantanéité des échanges. Dans un premier temps, on pourra faire ce que l’on fait aujourd’hui avec son smartphone, mais beaucoup plus rapidement.

Temps de latence en fonction des usages potentiels. CIGREF, CC BY-NC

Le moteur majeur du développement de la 5G restera au démarrage les limites de la 4G et les problèmes d’encombrement de la bande passante auxquels nous faisons déjà face. Néanmoins, ce sont les nouveaux usages potentiels qu’elle rend possibles qui vont dans un second temps servir de locomotive. En effet, la 5G offre une capacité à connecter un nombre croissant d’objets aux humains et d’objets ensemble. On annonce 1 million d’objets connectés au km². La 5G représente une « potentialité » technologique… ce qui ne dit rien de ce qui peut réellement se passer. Par exemple, en 2013, on prévoyait 50 milliards d’objets connectés en 2020, mais fin 2019, on avait seulement 7,6 milliards d’objets connectés, si on exclut les ordinateurs et les smartphones.

De la difficulté à appréhender l’influence future des technologies

Quand on cherche à appréhender l’impact d’une technologie, on surestime les changements induits à court terme en se laissant influencer par des effets de mode. On nous annonce depuis quelques années que la blockchain révolutionnerait la finance. On attend toujours.

Mais si on surestime la vitesse de diffusion des innovations à court terme, on sous-estime par contre les transformations induites par les technologies à plus long terme – c’est le paradoxe relevé par Bill Gates. Les bouleversements induits peuvent être très profonds au sein de la société.

2010-2020 : 4G, une réelle révolution sociétale

Pour mieux comprendre la dynamique de la révolution 5G, il est indispensable de comprendre la dynamique des quatre révolutions télécoms précédentes : 1G, 2G avec EDGE et GSM, 3G et 4G constituent des révolutions très lentes. La 3G, qui a émergé au niveau recherche dans les années 1990, a fait l’objet de premières offres commerciales en 2001 un peu partout dans le monde. Elle a pris une bonne quinzaine d’années pour arriver à son apogée, période durant laquelle le monde bascule du téléphone filaire au smartphone.

De même, les premières offres commerciales de la 4G apparaissent entre 2009 et 2011, après 10 ans de recherche. À cette époque, l’iPhone était sorti il y a à peine 3 ans et Apple nous initiait à un tout nouvel objet : la tablette. On n’avait encore jamais entendu parler d’Uber, lancé en 2009, de Airbnb lancé en 2008 ou de Netflix qui était tout juste en train de tester le streaming. 10 ans après, on mesure la distance avec ces années 2010 et les profondes transformations de notre paysage quotidien. La 4G a été une vraie révolution sociétale. Il n’est donc pas exclu que la 5G puisse bouleverser aussi notre quotidien en seulement 10 ans.

En réalité, les transformations observables aujourd’hui ne sont pas dues seulement à la 4G, mais à la convergence de la 4G, du streaming, du cloud et du wifi. D’une part, cette convergence a révolutionné notre façon de nous informer, d’acheter, d’échanger, de regarder la télévision. D’autre part, elle a rendu la « révolution cloud » possible : le secteur informatique dans les entreprises s’est renouvelé complètement avec de nouvelles manières de stocker et d’analyser les données. Une simple PME de 20 personnes peut « louer » aujourd’hui une intelligence artificielle pour quelques heures en fonction de ses besoins.

2025-2035 : la 5 G, une nouvelle phase de la mutation digitale

La 5G, elle, a émergé dans la recherche au milieu des années 2010. Il existe déjà quelques offres commerciales dans quelques pays, souvent d’ailleurs à l’échelle seulement d’un quartier restreint : États-Unis, Corée du Sud, Chine, Espagne, Italie, Allemagne, Royaume-Uni et Suisse. En dehors de quelques expérimentations, en France, on en est simplement aujourd’hui à la négociation des fréquences avec les opérateurs pour une ouverture commerciale à la fin de l’année 2020 voire au début de l’année 2021.

Néanmoins, les opérateurs télécoms installent plutôt une 4G+ qu’une « vraie 5G » en continuant à utiliser le cœur des réseaux 4G tout en ajoutant petit à petit des antennes 5G. Les nouveaux smartphones 5G pourront bénéficier de cette première avancée dès cette année. Les opérateurs n’annoncent la « vraie 5G », ou 5 G Standalone, avec une infrastructure réseau dédiée, qu’à l’horizon 2023-2025. En effet, les investissements nécessaires sont colossaux. L’apogée de la 5G est donc plutôt pour 2035, sauf accélération inattendue. Il est d’ailleurs possible que la 4G et la 5G cohabitent encore un bon moment. La 5G permettra de faire converger les autres réseaux et jouera le rôle d’un réseau des réseaux.

La 6G émerge déjà dans le monde de la recherche, mais il faudra compter au moins une dizaine d’années pour un démarrage.

Comme pour la 4 G, ce n’est pas la 5 G qui va révolutionner le monde, mais une convergence technologique qui va d’abord se faire sentir dans les entreprises : le « cloud distribué », ou edge computing, c’est-à-dire le stockage et l’analyse des données au plus proche de l’utilisation et des besoins, l’intelligence artificielle, la réalité augmentée et la réalité virtuelle (qui étaient bloquées par les débits limités de la 4 G), la robotisation ainsi que l’industrie des objets connectés. Toutes ces technologies vont se nourrir les unes des autres progressivement pour amplifier les potentialités de la transformation digitale.

Potentiellement, cette convergence pourrait apporter des solutions innovantes dans les domaines de la santé, de l’énergie, de la production industrielle, de la sécurité publique, de la mobilité comme de la formation et de l’entertainment entre autres. La course entre les acteurs a déjà commencé comme l’illustre la guerre économique qui entoure Huawei.

Quels freins à la 5G ?

En prospective, pour appréhender les transformations futures, il faut non seulement s’intéresser à la dynamique que peuvent créer les nouveaux usages, mais aussi aux facteurs qui peuvent freiner l’adoption des nouvelles technologies. Le frein majeur au développement de la 5G sera sociétal. Des craintes d’un nouvel ordre sont apparues avec la révolution 4 G, et elles sont en train de s’amplifier avec l’arrivée de la 5G.

Encore plus qu’aujourd’hui, on pourra tout connaître en permanence de nos faits et gestes tant en tant que citoyens, usagers, patients ou consommateurs. Quelles limites voudrons-nous donner à cette intrusion potentielle continue dans nos vies privées ? Les débats ne font que commencer, portés par des associations et des collectifs qui dénoncent une future société de surveillance. Corollaire à cette connexion permanente, les risques de cybersécurité, de cybercrimes et de cyberterrorisme risquent d’être décuplés. Les défaillances techniques peuvent aussi avoir des répercussions plus fortes étant donné le nombre d’objets connectés possibles.

Les dangers pour la santé font également polémiques. La 5G utilise des ondes à haute fréquence qui sont très locales. Les antennes vont donc se multiplier. Pour l’instant, les études ne démontrent ni un effet nocif ni un effet inoffensif. Mais pour prendre un temps de recul, 180 scientifiques et médecins de 37 pays différents ont déjà demandé à l’Union européenne un moratoire. Des régions en France comme la Corse ou des élus de grandes villes en font autant.

Enfin, la 5G est-elle « meilleure » ou « pire » pour la planète que la 4G ? Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui tirent la sonnette d’alarme sur la pollution digitale énergivore qui se développe. La 5G est potentiellement meilleure, car elle correspond à des rayonnements ciblés sur mesure contrairement à la 4G qui diffuse son rayonnement en continu sur un ensemble géographique. Elle serait également plus économe en énergie. Néanmoins, de nombreux experts sont prudents : l’explosion potentielle des usages et des objets connectés peut très bien limiter ces deux avantages. Ici aussi, la société va devoir faire des arbitrages.The Conversation

Valery Michaux, Enseignant-Chercheur - HDR, Neoma Business SchoolCet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Les enjeux géopolitiques de la 5G

5G huawei

Par Christine Dugoin-Clément, IAE Paris – Sorbonne Business School

Le débat relatif à la 5G, qui permettrait d’échanger sans temps de latence 14 à 20 fois plus de données que l’actuelle 4G, s’enflamme. Il se cristallise, notamment, autour des problématiques environnementales que soulève cette nouvelle technologie.

Cette question, évidemment essentielle, tend à monopoliser un débat qu’elle prive d’une lecture géopolitique du développement de la 5G. Or cet aspect est également d’une grande importance.

Des tensions économiques à une guerre économique

Si la 5G enflamme le débat français, la discussion dépasse également largement les frontières de l’Hexagone. En effet, l’un des principaux acteurs se trouve être une société chinoise, objet de l’attention toute particulière des États-Unis.

Dans la stratégie de sécurité nationale des États-Unis parue en 2017, la Chine est désignée comme un « concurrent stratégique » au regard de la sécurité, de l’influence et de la puissance américaines. Étaient notamment visées les pratiques commerciales offensives de Pékin, parmi lesquelles l’espionnage industriel.

Dès juin 2018, avec la première augmentation des droits de douane décidée par le président Trump, les deux États s’engagent dans une guerre commerciale intense. L’accroissement des taxes américaines sur 5 700 catégories de produits chinois est immédiatement suivi de menaces de la part de la Chine.

Si cette guerre commerciale affecte les deux pays, elle affaiblit particulièrement certains secteurs économiques américains. Il s’agit notamment de l’agriculture, majoritairement située dans les zones rurales et les grandes plaines. Or cette zone géographique constitue un important réservoir de votes en faveur de Donald Trump, qui se retrouve ainsi contraint de concilier le maintien de sa ligne « America first » et la sécurité économique de ses partisans.

Dans un esprit de riposte, les Américains signent alors un contrat de vente pour une soixantaine d’avions de chasse avec Taiwan, zone hautement sensible pour la Chine, qui déploie de plus en plus d’avions militaires aux bordures de l’espace aérien de l’île.

Un enjeu de souveraineté : espionnage industriel et vol de propriété intellectuelle

Outre la guerre économique, la relation entre les deux pays s’est particulièrement tendue après l’adoption par la RPC de la loi sur le renseignement en 2017. Ce texte fait « obligation aux citoyens chinois de soutenir le travail de renseignement national ». Même s’il n’autorise pas l’espionnage préventif, le travail de renseignement national devant avoir un caractère défensif, ce texte a fait l’effet d’une bombe car il a été interprété comme destiné à permettre, voire à imposer, l’espionnage par toute structure ou citoyen chinois.

Le rapport rédigé en 2018 par le Bureau de la politique commerciale et manufacturière de la Maison Blanche, intitulé « Comment l’agression économique de la Chine menace les technologies et propriétés intellectuelles des États-Unis et du monde », montre que ce sujet était déjà éminemment sensible aux yeux des Américains. Le climat se détériore encore suite aux différentes attaques menées par des groupes de hackers, notamment ceux connus sous les appellations APT 1 et APT 10, soupçonnés d’être liés au gouvernement chinois.

Dans ce contexte, on comprend l’inquiétude suscitée par l’accès de Huawei au développement de la 5G. En effet, cette technologie autorisera l’échange massif de données, y compris à caractère sensible, sans que puisse être totalement exclue, nonobstant les dénégations de Huawei, l’installation de systèmes permettant la captation des informations transitant par un réseau 5G maîtrisé par cette société chinoise.

Cette inquiétude ressort très fortement des chefs d’accusation présentés par le Département de la Justice américain dans sa demande d’extradition de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei et fille du fondateur de l’entreprise, à la suite de son interpellation le 1er décembre 2019 au Canada à la demande de ces mêmes autorités américaines. Si l’accusation principale porte sur la violation de l’embargo contre l’Iran qu’aurait commise la firme chinoise, une dizaine de chefs d’accusation concernent exclusivement des faits d’espionnage industriel.

Dans la foulée, Huawei a été inscrite sur la liste noire du département du Commerce, ce qui interdit aux entreprises américaines de travailler avec elle, sauf à obtenir préalablement une licence spécifique.

Les États-Unis enjoignent clairement leurs alliés européens à adopter des mesures similaires. La crise s’accentuant avec la course au développement de la 5G, Donald Trump a signé le 6 août 2020 deux décrets exécutifs interdisant aux Américains de s’engager dans des transactions avec les sociétés mères chinoises des applications mobiles TikTok et WeChat, interdictions devant prendre effet à la mi-septembre.

La préoccupation concernant la possible captation d’informations par la firme chinoise est partagée par l’UE. Le 29 janvier 2019, le vice-président de la Commission européenne en charge du numérique a affirmé que, du fait de l’adoption de la loi chinoise sur le renseignement, il est possible que les composants Huawei comportent des portes dérobées, des programmes malveillants et des micropuces permettant un accès à distance aux dispositifs d’information.

Enjeu européen et affrontements stratégiques de puissance

Outre cette déclaration, l’UE est un théâtre de première importance, tant pour le développement de la 5G chinoise que pour la guerre commerciale sino-américaine. Pour la Chine, gagner le marché européen s’intégrerait dans une stratégie plus large d’affaiblissement de la puissance étasunienne sur le Vieux Continent. Avec la 5G, non seulement la RPC gagnerait un marché représentant une manne financière, mais elle pourrait aussi créer un lien, sinon une dépendance, des États européens l’ayant choisie au détriment du concurrent américain.

Si l’UE a conscience d’être un enjeu, elle ne présente pas un front uni, les pays membres affirmant des postures différentes face à Huawei. Certains, comme le Royaume-Uni, interdisent l’adoption de la technologie chinoise alors que d’autres, comme la France, adoptent une position médiane : ils l’excluent des secteurs sensibles comme ceux liés à la défense nationale, mais proposent des accès somme toute limités.

Même si le risque d’espionnage par la Chine est bien perçu par les États européens, certains d’entre eux ont peu apprécié les pressions américaines tendant à influencer leurs choix. En ce sens, proposer une voie médiane pourrait être un moyen d’affirmer une position géopolitique indépendante face aux États-Unis tout en essayant de négocier une politique de réciprocité, comme l’a récemment souligné le ministre français des Affaires étrangères : l’objectif serait de « rééquilibrer par le haut nos relations en matière de commerce et d’investissement en parlant d’une seule voix au niveau européen » afin d’obtenir de la Chine une ouverture réciproque de son marché.

En outre, l’UE dispose de deux entreprises à même de proposer leurs services en matière de 5G, Nokia et Ericsson, alors que les États-Unis en sont totalement démunis. Si ces deux entreprises accusent un certain retard relatif quant au déploiement de la 5G, elles restent néanmoins compétitives, notamment Nokia qui est en mesure de proposer la même complétude de services que Huawei et d’assurer la totalité de la chaîne, de l’accès, aux câbles sous-marins en passant par le transport et la transmission optique.

Au-delà même de l’enjeu que représente le continent européen, se joue là une autre question majeure : le signal envoyé au reste de la communauté internationale. En effet, si la Chine envoie déjà un premier signal fort avec son équipementier en capacité de déployer de la 5G, gagner le marché européen, alors que les États-Unis cherchent à l’en empêcher, porterait un coup au prestige de la bannière étoilée et renforcerait une politique globale ayant déjà permis à Huawei de déployer la 5G dans d’autres pays comme l’Afrique du Sud, la Turquie ou l’Indonésie.

Un pari sur l’avenir technologique : la maîtrise du monde de demain

Les États-Unis, nous l’avons dit, ne disposent pas d’entreprises capables de déployer la 5G. Or il s’agit là d’un enjeu structurant pour l’économie et l’industrie. Si la 5G permet à l’internaute de surfer bien plus vite et sans latence, elle permettra aussi de développer la télémédecine, les smart cities, l’Internet des Objets (IoT), de changer des modes de production ou de rationaliser les flux ferroviaires, maritimes et aériens. En termes de défense, elle deviendra également une pierre angulaire de nombreux changements tactiques et stratégiques.

Ainsi, de même que le passage à la fibre a pu changer les pratiques et représenter un avantage pour certaines entreprises, la 5G sera probablement une révolution technologique. Ne pas s’y associer pourrait engendrer une prise de retard potentiellement difficile à combler pour certaines entreprises. Or, à ce jour outre la Chine, seules deux sociétés, la finlandaise Nokia et la suédoise Ericsson, sont en mesure d’entrer dans la course. Ces deux États n’étant pas membres de l’OTAN, ils bénéficieront probablement d’une image positive de neutralité aux yeux des États extérieurs à l’UE et à l’Alliance atlantique.

Néanmoins, ces deux sociétés, bien que concurrentielles en termes de technologie, de brevets déposés ou de contributions au standard 3GPP, ne bénéficient pas de l’appui d’un État puissant pour soutenir leurs efforts de déploiement, tant financièrement que diplomatiquement. À la différence de Huawei en Chine, elles n’ont pas davantage la possibilité de déployer leurs technologies sur un vaste territoire. Les États-Unis ne sont pas en capacité d’entrer en compétition avec Huawei, quand bien même ils se lanceraient dès aujourd’hui dans le développement de ces technologies. Dès lors, ils pourraient parfaitement être tentés de procéder à la captation a minima d’une de ces deux entreprises, soit sous une forme collaborative, en proposant l’appui de leur puissance économique, financière et géographique, soit dans une approche plus offensive, spoliant ainsi l’Europe de ses champions dans une course qui semble déjà dessiner le monde de demain.

Dans l’implantation de la 5G, le rôle de l’opinion publique n’est pas négligeable. Or celle-ci redoute d’être victime de l’espionnage chinois et a une image globalement négative de la RPC du fait des agissements récents de Pékin à Hongkong, vis-à-vis de Taiwan ou encore envers la communauté ouïgoure.

Cette défiance, qui a contribué à rendre moins attractive la technologie de Huawei auprès des populations, a encore été renforcée par la communication particulièrement agressive des ambassadeurs de Chine, ces « loups guerriers » dont le comportement a été jugé insultant, caricatural et indigne du niveau diplomatique. À titre d’exemple, on peut évoquer un texte émanant de l’ambassade de Chine en avril 2020 qui a provoqué la convocation de l’ambassadeur au ministère français des Affaires étrangères.

On l’aura compris, la 5G voit s’affronter des acteurs pour des enjeux de pouvoirs où les rivalités et les manœuvres utilisées nécessitent, pour être décryptées, de recourir à une lecture mêlant géographie, histoire, économie, sociologie, et sciences politiques – en somme, une réelle analyse géopolitique.The Conversation

Christine Dugoin-Clément, Analyste en géopolitique, chercheuse à Paris 1-la Sorbonne ( IAE) et à Saint Cyr Coëtquidan., IAE Paris – Sorbonne Business School. Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

PME : les Chief Digital Officers ne sont pas réservés qu’aux grands comptes

 

CDO

Par Valérie Mazzoni-Colin, Marketing Director, Quadient France

Une étude de la BPI sur la transformation digitale des PME, réalisée auprès de 1800 dirigeants de PME et d’ETI[1], révélait que près de 87% des décideurs interrogés ne faisaient pas de la transformation digitale une priorité pour leur entreprise. Concernant leur maturité digitale, 52% se considéraient en apprentissage sur ces enjeux et 38% affirmaient être sceptiques quant au bénéfice du digital. Un paradoxe à l’heure où les enjeux de transition digitale n’ont jamais été aussi importants. Pourquoi est-il nécessaire de changer la donne ? Comment opérer une transition digitale au sein des PME ?

Le Chief Digital Officer, une fonction transverse au sein de l’entreprise 

Le rôle du CDO a considérablement évolué entre 2005 et 2020. Initialement, cette fonction était déployée suite à l’initiative des conseils de direction des grandes entreprises. Ces organisations, qui disposaient de moyens suffisants pour engager de tels profils, confiaient aux CDO la mission d’évangéliser leurs différentes business units. Véritables agents du changement, les directeurs de la transformation digitale opéraient alors un travail transverse de sensibilisation. Quelles allaient être les futures feuilles de route ? Comment gérer la conduite du changement ? Derrière des enjeux métiers, les CDO contribuaient à faire que l’ensemble de l’entreprise prenne conscience de la nécessité de s’adapter à un monde qui évolue rapidement dans l’ère du digital. En effet, le curseur de la stratégie d’entreprise s’est déplacé vers le numérique et ses révolutions technologiques.

La transformation digitale c'est 90% d'humain et 10% de technologie…

C’est Eric Chaniot, CDO de Michelin, qui résume le mieux l’envers du décor de la transformation des organisations. En effet, le défi premier des CDO repose sur la conduite du changement. Dès lors que les directives sont intégrées, il convient de les mettre en œuvre. Un travail colossal, de fond, effectué au quotidien avec l’ensemble des équipes. Une transformation qui devient plus aisée dès lors que l’on présente aux collaborateurs la valeur ajoutée du digital. Il ne s’agit pas de se limiter à un changement d’outils informatiques, la transformation digitale permet de dégager ces mêmes équipes de tâches basiques afin qu’elles se consacrent à des opérations ayant pour vocation d’apporter plus de valeurs et de stimulation à leur métier. Création de nouveaux services digitaux, réorganisation des équipes en vue de tirer les collaborateurs vers le haut, mise en place de nouveaux modèles d’affaires, les bénéfices ne manquent pas.  

PME, n'attendez pas qu'il soit trop tard !

Aujourd’hui, près de 70% des grandes entreprises disposent de CDO. Pour ces acteurs majeurs, la transformation est engagée et est devenue un modèle de développement. Le changement doit à terme devenir une propriété, une caractéristique intrinsèque des organisations. La crise du covid-19 nous a démontré que nous sommes plus que jamais plongés dans un monde volatile dont les contours sont sans cesse voués à évoluer. 

A contrario, la situation est bien moins évidente du côté des petites et moyennes entreprises. Bien souvent, la direction générale porte à elle seule un nombre important de fonctions et n’est pas entourée d’un comité de direction. Celle-ci ne dispose pas nécessairement d’une culture digitale et le coût pour le recrutement d’un CDO fait souvent office de repoussoir. Il faut que la situation change. Ces mêmes PME sont menacées si elles ne s’engagent pas dans leur digitalisation. La perte de marchés, l’incapacité de répondre à de nouvelles exigences technologiques, la disruption de leur offre par des startups innovantes … les risques sont légion. Les entreprises doivent désormais trouver des solutions pour s’engager dans cette voie et il en existe. En effet, de plus en plus de CDO indépendants collaborent en temps partiel avec des entreprises de taille moyenne. Des cabinets de conseil de taille intermédiaire, mais aussi les entreprises du numérique développent des offres sur-mesure et adaptées aux budgets pour accompagner les organisations prêtes au changement. Enfin, les réseaux d’acteurs du numérique tel que la BPI par exemple sont à leur disposition pour les accompagner et les conseiller pour s’engager dans leur transformation digitale.

Nous sommes à un tournant. La France compte près de 140 000 PME et peu se sont tournées à ce jour vers le digital. Si les chefs d’entreprises sont seuls aux manettes de leur organisation, s’ils sont souvent accaparés par des enjeux de compétitivité, ils ne doivent pas pour autant négliger le besoin d’engager leur entreprise dans de nouvelles voies. La pérennité de leur business dépendra en grande partie de leur capacité à s’engager dans une transformation digitale. Des solutions existent, dès lors il n’est plus qu’un mot d’ordre : aller de l’avant !  

Pour 6 entreprises sur 10, l'accès à distance est l’un des principaux cyber-risques

 

tetletravail

Par Xavier Duros, CTO France chez Check Point Software Technologies

Jusqu'à la crise de la Covid-19, la plupart du travail était fait en présentiel. Cependant, le panorama a radicalement changé et les entreprises ont dû faire face à une nouvelle réalité professionnelle, dans laquelle elles devront combiner le travail dans les locaux et à distance. Ceci rend nécessaire de disposer d'outils sécurisés pour l'accès à distance à l'information. Compte tenu de ce nouveau scénario, 62% des professionnels de la cybersécurité estiment que l'accès à distance sera l'un des principaux risques pour toutes les entreprises.

Dans ce nouveau contexte, 79 % des entreprises parient sur le renforcement de leur niveau de cybersécurité, car 3 sur 4 craignent une augmentation significative de l'utilisation des cybermenaces contre leur infrastructure. Il est évident que la situation actuelle est totalement nouvelle pour toutes les entreprises, ce qui implique que nous sommes dans un processus d'adaptation constant.

Les entreprises françaises ne sont pas totalement préparées à faire face aux défis que présente cette nouvelle normalité. Pour cette raison, et compte tenu du fait que l'accessibilité et la mobilité des données commerciales seront désormais un élément clé ; le choix des solutions de sécurité Zero Trust et la protection des environnements Cloud sont présentés comme le socle essentiel de la stratégie de sécurité.

En outre, il est important de souligner qu'il sera désormais primordial de sécuriser chacun des équipements qui seront connectés au réseau de l'entreprise, car l'adoption d'une approche basée sur la prévention en temps réel des menaces est indispensable dans ce nouveau paradigme.

L'un des plus grands défis : la cybersécurité dans le travail à distance

De même, face au défi de la nouvelle normalité, il est fréquent de penser qu'il y a beaucoup de différences entre une petite PME et une grande entité, mais au fond, il y a plus de facteurs déterminants que la taille des entreprises. Ceux qui travaillaient déjà à distance ont une expérience préalable qui leur permettra de gérer cette nouvelle situation de manière beaucoup plus fluide, tandis que ceux qui ont été contraints de faire du télétravail à partir de rien auront beaucoup plus de mal. La taille de l'entreprise est à cet égard tout à fait secondaire.

Dans cette nouvelle ère, où le travail à distance est au centre des préoccupations, la protection des équipements doit faire l'objet d'une attention particulière. Dans cette situation où la plupart des entreprises disposent d'une part importante des collaborateurs en situation de mobilité, 75 % des experts en cybersécurité s'accordent à dire que cet accès constitue un risque supplémentaire dans lequel les lacunes et les menaces en matière de sécurité vont se multiplier, augmentant ainsi le danger.

Pour faire face à cette situation, il faut appliquer des techniques de contrôle d'accès au réseau, c'est-à-dire contrôler quelles informations sont exposées, quels utilisateurs peuvent y accéder et avec quels types d’équipement. Ainsi, la surface d'attaque et le nombre de violations possibles seront considérablement réduits et l'impact des problèmes liés à l'accès à distance peut être considérablement réduit.

Cette nouvelle réalité dessine une nouvelle approche dans le monde de la cybersécurité, dans laquelle le travail à distance sera beaucoup plus présent dans les entreprises, le nombre d’appareils mobiles qui ont accès au réseau d'entreprise continuera à augmenter de manière exponentielle et cela ouvre la porte à des fichiers malveillants capables d'infecter l'ensemble du réseau. Par conséquent, la chose la plus importante pour de toute entité est avant tout de continuer à investir dans le domaine de la cybersécurité, dans la technologie de protection Zero Trust qui contrôle chaque accès et d’accompagner la transformation digitale en incluant de la sécurité dans tous les projets de l'entreprise.

Tout est-il à jeter dans la 5G ?

Les opportunités économiques restent pour le moment absentes des débats sur l'arrivée de la 5G. FrankHH/Shutterstock

Par Sylvain Colombero, Grenoble École de Management (GEM); Federico Pigni, Grenoble École de Management (GEM) et Pierre Dal Zotto, Grenoble École de Management (GEM)

La couverture médiatique concernant l’arrivée de la 5G reste actuellement dominée par les craintes sanitaires, ou les positions politiques voire géopolitiques qu’elle suscite. Une rapide recherche dans l’actualité en ligne ne restituera en effet que des commentaires sur son empreinte énergétique, les effets sur la santé, le débat politique qu’elle entrave et quantités de fausses nouvelles. Une autre catégorie d’articles s’intéressent aux considérations techniques à la fois centrées sur les derniers efforts de standardisations ou sur les nouveaux services à venir . Difficile en conséquence pour les décideurs non spécialiste des télécoms d’appréhender ce sujet. Ainsi enjeux managériaux et possibilités en termes de nouveaux business models restent confus dans les débats où politique et information fausses et vraies s’entremêlent.

Résultats d’une recherche dans Google actualités sur la 5G le 21 août 2019. Capture d’écran.

Les opportunités économiques et surtout managériales que la 5G va créer constituent pourtant une autre raison qui pousse les industriels et les laboratoires de recherches à favoriser sa rapide implémentation et diffusion, en plus de la classique occasion de vendre de nouveaux téléphones (le taux de renouvellement est d’environ 2 ans en France) ou abonnements pour les opérateurs téléphoniques. D’autant plus que ces derniers pourraient ne pas être les plus importants bénéficiaires de cette innovation. Challengés par des acteurs du calibre des GAFAM, ou encore des start-up dont on ignore aujourd’hui encore l’activité, les opérateurs télécom devront être capable de « sur-servir » et « sur-innover » pour éviter de voir leurs profits encore plus mis en danger.

Sans remettre les craintes actuelles en question, il nous semble important en tant que chercheurs en sciences de gestion de montrer dans quelle mesure la 5G pourait bouleverser le contexte organisationnel actuel, notamment par la proposition de nouveaux modèles d’affaires dans les marchés verticaux, pour qui la 5G représentera un bouleversement économique. En effet, la cinquième génération des standards pour la téléphonie mobile va au-delà de la simple description d’une nouvelle 4G.

La gestion du trafic routier devrait bénéficier d’améliorations grâce à la 5G. Pavel L/Shutterstock

La fin des zones blanches

À la différence de la génération précédente, la 5G va permettre :

  1. la « virtualisation » ou la « logicialisation » de l’infrastructure actuelle. Autrement dit, cette dernière va devenir extrêmement malléable. En conséquence, il sera possible de configurer l’infrastructure de communication sur la base des nécessités du service mis sur le marché et de proposer des produits déjà connectés et surtout personnalisables. L’opportunité est donc de proposer produits et services connectés pour lesquels le client n’aura plus à s’occuper de leur connectivité. On n’achètera de Netflix pas seulement l’accès à son catalogue mais aussi l’accès au réseau permettant de consommer son catalogue.

  2. L’ubiquité via la multi-connectivité : potentiellement on n’aura plus de zone blanche sans réseau. Plusieurs technologies d’accès à l’infrastructure, du réseau cellulaire au satellite, pourront être combinées afin de prendre en charge les services et, sur la base des besoins de l’utilisateur, garantir un niveau précis d’expérience. Si au premier regard, cette opportunité semble un « problème de riche », comme garantir aux clients de profiter en 8K leur série préférée sur le TGV Grenoble-Paris, cela pourrait créer des nouvelles opportunités pour améliorer la sécurité routière et la gestion du trafic, et/ou pour augmenter l’efficacité des urgences en cas de catastrophes naturelles. Drones, robots, satellites pourront tous être mobilisés et utilisés pour réduire les délais d’intervention et permettre de gagner en efficacité.

  3. Autre avantage, celui de la standardisation. La 5G sera proposée sous un seul et même standard qui facilitera l’interopérabilité entre les différentes applications proposées par les marchés verticaux. Si aujourd’hui la crainte des industriels sur l’évolutivité de leur objets et services connectés reste légitime, la 5G permettra d’harmoniser l’ensemble de leur produit en favorisant les coopérations industrielles et internationales tout en produisant une plate-forme sur laquelle tout un nouvel ensemble d’applications pourra être développé.

Encore un peu de patience…

Les challenges d’adoption et d’implémentation pour les entreprises sont encore gigantesques. Le potentiel d'innovation de rupture de la 5G ne se révélera donc pas à court terme. Les GAFAM l’ont bien compris. Par exemple, la 5G aurait pu permettre de proposer à ses utilisateurs des fonctionnalités, ou services associés, qui ne pourraient techniquement pas être possibles qu’à moyen ou long terme. Apple introduira très probablement les iPhones 5G cette année, mais l’entreprise a apparemment décidé d’arrêter le développement de son viseur de réalité augmentée, qui aurait pu bénéficier de la nouvelle infrastructure.

Sur la réalité augmentée, Apple temporise. Hadrian/Shutterstock

Les nouveaux Instagram, SnapChat, ou les applications immersives – comme il s’en prévoit déjà dans le secteur médical avec la chirurgie à distance (qui sera plus stable et plus sûre car il n’y aura plus de ralentissement, latence ou délai entre l’acte opéré et l’action de la machine), n’impacteront donc pas immédiatement nos pratiques connectées comme c’est actuellement le cas avec la 4G qui, dans la perception des utilisateurs demeure une 3G plus performante.

Toutefois, on peut d’ores et déjà affirmer que la 5G, en permettant la circulation des données de façon plus stable, plus rapide et plus fiable, mettra en exergue des nouvelles formes de monétisation dont on ne peut aujourd’hui qu’apercevoir l’évolution et l’ombre d’une disruption.

Et puis, on ne l’a pas encore écrit mais on peut aussi affirmer sereinement que la 5G permettra, dans plusieurs cas, d'aller bien plus vite que la 4G…The Conversation

Sylvain Colombero, Assistant Professor, Grenoble École de Management (GEM); Federico Pigni, Professeur de Systèmes d'Information, Grenoble École de Management (GEM) et Pierre Dal Zotto, Professeur Assistant en Systèmes d'Information, Grenoble École de Management (GEM)Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Un nombre record de robots installés en France

 

robot

Dans un monde post-Covid où les contacts entre les hommes seront peut-être moins nombreux et où l’automatisation sera primordiale pour faciliter la relance économique et la transformation digitale, les robots auront un rôle important à jouer. Que ce soit pour faciliter les relations, par exemple dans les hôpitaux ou les Ehpad ; que ce soit aussi dans l’industrie. À cet égard, le nouveau rapport World Robotics 2020 Industrial Robots, présenté par la Fédération internationale de robotique (IFR) révèle un record d’installation de robots en Frace. Environ 42 000 machines industrielles sont installées, soit un bond de 10 %. Les ventes de nouveaux robots ont augmenté de 15 % et ont atteint environ 6 700 unités en 2019.

"La France réalise une incroyable réussite sur la production intelligente avec des robots industriels. Les installations annuelles ont augmenté au cours de la période 2014-2019 de 18 % en moyenne par an", déclare Milton Guerry, président de la Fédération internationale de robotique.

La France dans le Top 3 européen

L’industrie client la plus importante est bien sûr l’automobile, avec une part de 40 % des installations en 2019, mais dans l’industrie générale, les installations ont augmenté de 11 %. "Aujourd’hui, la France fait partie des 3 premiers utilisateurs de robots industriels au sein de l’Union européenne : leur stock opérationnel d’environ 42 000 unités est environ le double du stock du Royaume-Uni qui compte 21 700 unités. Le principal utilisateur de l’UE reste l’Allemagne qui dénombre un stock opérationnel d’environ 221 500 unités, soit environ cinq fois le stock de la France – suivi de l’Italie avec un stock opérationnel de 74 400 unités", indique la Fédération internationale de robotique, qui souligne qu’"à long terme, les avantages de l’augmentation des installations de robots restent identiques : la production rapide et la livraison de produits personnalisés à des prix compétitifs."

Membre de la Fédération française des Clusters de la Robotique, Robotics Place est depuis 2012 le cluster dédié à la robotique et aux drones en Occitanie.

Soutenu par l’Etat, la Région, la CCI-31 et l’agglomération du Muretain, Robotics place entend stimuler les projets de recherche et développements collaboratifs et répondre aux besoins des entreprises, industrielles ou de services. Parmi les petites de Robotics place, on peut citer EasyMile, qui conçoit des navettes autonomes, Sherpa Mobile Robotics qui a imaginé des robots de désinfection autonomes, ou la start-up Fraichy qui a récemment testé un droïde de livraison de colis dans le quartier Antigone à Montpellier.

Cybersécurité : vers l’interopérabilité des éditeurs

 

cybersecurity

Par Jacques-Bruno Delaroche, Ingénieur Avant-vente Cybersécurité chez Exclusive Networks

Alors que les vendors fonctionnaient auparavant chacun de leur côté en intervenant uniquement sur certains points clés, ils se positionnent désormais en temps que partenaires pour conquérir des marchés de façon plus globale et efficace. Retour sur cette mutation du marché avec Jacques-Bruno Delaroche, Ingénieur Avant-vente Cybersécurité chez Exclusive Networks.

Les éditeurs travaillent de plus en plus entre eux, pourquoi cette tendance ?

En effet, il y a un vrai mouvement de convergence entre les éditeurs, lié à l’évolution du besoin en sécurité. Historiquement, les éditeurs étaient des pure-players dans leur domaine. Si une faille de sécurité était détectée, l’éditeur développait un patch et sécurisait la faille. Aujourd’hui, les éditeurs ont grandi et couvrent des périmètres de plus en plus étendus. Néanmoins, en augmentant leur capacité d’action via le développement de produits multifonctions qui sortaient de leurs spécialités, ils ont perdu en efficience sur leur cœur de métier.

Aujourd’hui, on observe un retour en arrière : les éditeurs sont moins sur des produits « tout en un » et se spécialisent à nouveau pour reconquérir leur marché originel, mais créent des passerelles entre vendors. D’une part, cela leur permet de conserver un large champ d’action. D’autre part, de transformer la concurrence en partenaires et ainsi de rester efficace sur leurs produits cibles tout en couvrant un large périmètre.

Quels avantages tirent-ils de cette pratique ?

Les vendors y voient trois types d’avantages.

  1. Pour leurs clients, cette redistribution des cartes offre une visibilité globale sur la stratégie de cybersécurité, et leur permet de sortir d’une somme de produits qui sécurisent des vulnérabilités différentes sans unité.
  2. Pour les administrateurs, les synergies permettent de s’affranchir de leur rôle purement opérationnel. En cas d’attaque, le rôle de l’administrateur était, jusqu’à peu, de déceler l’attaque, de tout faire pour la parer et sécuriser le réseau. Désormais, les logiciels détectent et lancent automatiquement des actions sur d’autres produits. L’administrateur prend alors une dimension stratégique et peut se concentrer sur les raisons de l’attaque afin de traiter d’éventuelles vulnérabilités et d’anticiper une prochaine attaque. Il ne corrige plus le problème, mais s’attache à éviter les prochaines.
  3. Pour les vendors, ces accords qui les lient avec d’importantes marques sont également un vecteur de visibilité et de notoriété. C’est donc un avantage business non négligeable que de développer des partenariats pour favoriser la pénétration du marché.

Cela bénéficie-t-il au marché ? Quelles sont les conséquences ?

Oui, c’est globalement bon pour le marché car le catalogue d’offres couvre tout le spectre de la cybersécurité.

Néanmoins, dans cette configuration, lorsqu’un nouvel acteur entre sur le marché, il lui faut des partenaires plus connus pour émerger. Or, lorsqu’un vendor arrive sans réseau, il lui est très difficile de se faire une place sur le marché car sans partenaire, pas de compatibilité, et donc moins d’intérêt pour ses clients potentiels.

Derrière cela, le risque est que le marché se concentre et que le système, verrouillé de la sorte, freine l’innovation. En effet, les investisseurs sont moins enclins à investir sur un outil innovant, mais seul, que sur des outils évolués, qui sont liés à des players bien connus du marché.

Pour éviter cette situation, il est donc important que les protocoles mis en place pour la communication entre les produits soient respectés et que les solutions se développent de façon un peu plus libre, sans confluences avec d’autres partenaires.

La télémédecine accélère en Occitanie

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La télémédecine et l'Occitanie : une longue histoire notamment portée par feu le Pr Louis Lareng, qui avait créé le 7 novembre 1991 la Société Européenne de Télémédecine (SET). "La télémédecine n'est pas un outil, c'est un acte médical à distance qui utilise les systèmes d'information. Elle facilite le déploiement des soins sur le plan Territorial. Elle permet la lutte contre la paupérisation de la Santé dans les campagnes et par la mutualisation évite la fermeture d'établissement de santé en difficulté. Elle permet de concilier les résultats topographiques et les nécessités thérapeutiques", expliquait le professeur visionnaire.

20 pharmacies équipées de bornes et cabines médicales connectées

La crise sanitaire du Covid-19 a montré tout l'intérêt de la télémédecine, notamment avec les cabines de téléconsultation qui sont en pleine expansion. Créée en 2015, Tessan, une start-up MedTech spécialisée en solution phygitales de télémédecine, et qui développe depuis plus de deux ans des cabinets médicaux connectés équipés de 7 dispositifs, s’implante en Occitanie.

La société a d’ores et déjà installé 20 dispositifs médicaux connectés dans les départements de l’Aude, du Gard, de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées, de l’Hérault, du Tarn et des Pyrénées-Orientales.

Lutter contre les déserts médicaux

"Équiper la région Occitanie de nos solutions de télémédecine était une évidence. La e-santé devient la priorité de tous les territoires pour lutter contre les déserts médicaux, et pour affronter une prochaine épidémie par exemple. En ce sens, Tessan continue à innover pour démocratiser l’accès aux soins, en s’associant aux acteurs de proximité, comme les pharmacies équipées” souligne Jordan Cohen, PDG et fondateur de Tessan. De fait, si le nombre de déserts médicaux augmente, le maillage pharmaceutique demeure dense : en Occitanie il y a ainsi 34 officines pour 100 000 habitants, soit un ratio de 2 937 habitants par pharmacie.

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Les cabines et bornes médicales connectées de Tessan installées dans l’espace de confidentialité ou au cœur de la pharmacie permettent au patient d’effectuer une téléconsultation de médecine générale. Grâce aux sept dispositifs médicaux connectés installés à l’intérieur des cabines et sur les bornes, le médecin à distance peut ainsi réaliser près de 90 % des actes d’une consultation classique. 

Depuis peu, Tessan donne également la possibilité aux patients de téléconsulter des professionnels de santé ayant des spécialités très demandées comme les pédiatres, les dermatologues, les gastro-entérologues, les ORL ou encore les homéopathes.

Covid-19 : le besoin en contrôle d'accès s'accélère dans les EHPAD

 

old people

Par Gilles Marchier, Délégué Prescription Île-de-France chez SimonsVoss Technologies.

Dans les établissements de santé, hôpitaux comme EHPAD, une réorganisation importante de l'établissement est nécessaire afin de faire face à la crise sanitaire actuelle. Dans ce contexte, il est indispensable de pouvoir limiter l'accès des visiteurs aux établissements, notamment au niveau des espaces communs mais aussi au sein des chambres de résidents, sans pour autant entraver leur liberté de mouvements. Dans les EHPAD, il est également question d'optimiser la sécurité de l'établissement. Face à ces différentes contraintes, les EHPAD se voient ainsi confrontés à la nécessaire implémentation de solutions digitales, de plus en plus connectées, dans l'objectif d'améliorer les conditions de travail du personnel tout en garantissant la santé, la sécurité et le confort des occupants.

Les clefs et les claviers à code ne suffisent plus

Au sein des EHPAD où l'on est confronté à des flux importants de personnes, aussi bien en interne qu'en externe, la gestion des clés mécaniques se transforme rapidement en casse-tête. Superviser les déplacements dans le bâtiment et ses locaux alors qu'une clé est perdue ou volée s'avère très compliqué. Remplacer un organigramme complexe à la suite du départ d'un employé parti avec un trousseau de clés est très coûteux (une clé pouvant être facturée une centaine d'euros).

Bien qu'ils aient résisté à l'épreuve du temps et aient conservé une place importante dans la sécurité des EHPAD, les claviers à code ne suffisent plus. Ils offrent, certes, un premier niveau de sécurité mais l'utilisation constante des mêmes codes par les visiteurs peut compromettre la sécurité de l'établissement, d'autant que les codes se divulguent rapidement !

La fermeture numérique, un complément aux gestes barrières qui offre le confort aux résidents  

La sécurité et le bien-être des résidents ayant toujours été la priorité des EHPAD et autres établissements de santé, les fermetures contrôlées grâce aux divers systèmes numériques y jouent un rôle fondamental. En effet, les systèmes de contrôle d'accès à distance font partie de ces solutions digitales contribuant à limiter et contrôler la présence des personnes dans une ou plusieurs zones, et dans le contexte actuel, mieux gérer, voire interdire l'accès dans les zones contaminées.

Les systèmes de contrôle d'accès viennent soulager considérablement le personnel soignant engagé dans la bataille contre le virus, qui en plus d'assister les résidents 24h sur 24, doivent aussi gérer les accès des visiteurs réguliers. Le fait de passer un badge sur une serrure électronique sans fil ou encore un lecteur mural afin d'ouvrir ou fermer la porte, de créer, modifier ou supprimer des droits d'accès en quelques clics représente un véritable gain de temps pour le personnel soignant.

A la grande différence d'un système de fermeture mécanique, les systèmes de contrôle d'accès électroniques permettent de limiter les accès au site pour certains utilisateurs sur des plages horaires prédéfinies. On attribue des horaires spécifiques aux familles pour les visites, au personnel soignant dont l'accès peut être restreint dans certaines zones (locaux techniques, zones de stockage etc), dans les zones dites « protégées » concernant, par exemple, les résidents atteints d'Alzheimer et dont le déplacement sera autorisé mais limité. Grâce au contrôle d'accès électroniques sans fil, offrant plus de souplesse, des autorisations peuvent être rajoutées ou révoquées à tout moment en cas de perte d'identifiants.  

Malheureusement, la situation liée à l'épidémie a mis en lumière la nécessité d'accélérer le changement de pratiques dans les établissements de santé, y compris en termes de contrôle d'accès. Avoir recours aux nouvelles technologies (centralisation des applications numériques telles que « appels malades », gestion de lumière, des fermetures et tout autre moyen de communication interne ou externe comme la visioconférence sur télévision...) permet aux résidents de rester en contact avec le monde extérieur, et plus particulièrement avec leur famille, ce qui est vital pour préserver leur confort et leur santé.


Le débat autour de la 5G s'envenime

5G


En moquant lundi les partisans d’un moratoire sur la 5G comme des Amish adeptes de la lampe à huile, Emmanuel Macron a avivé le débat autour de la nouvelle norme de communication.

La 5G, la 5e génération de téléphonie mobile n’a pas fini d’agiter les esprits. Alors que la France va ouvrir ses enchères aux opérateurs pour qu’ils acquièrent les fréquences nécessaires à cette nouvelle norme, opposants et partisans s’affrontent à coups de polémiques qui servent mal le besoin d’information des Français.

Le dernier épisode en date de cet épineux dossier est remonté lundi au sommet de l’Etat. Devant un parterre d’entrepreneurs du numérique de la French Tech réunis à l’Elysée, le chef de l’Etat a violemment répondu à la demande d’un moratoire sur le déploiement de la 5G, formulée dimanche dans le JDD par quelque 70 élus écologistes et de gauche, parmi lesquels le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon et l’eurodéputé EELV Yannick Jadot.

"La France est le pays des Lumières, c’est le pays de l’innovation […] On va tordre le cou à toutes les fausses idées. Oui, la France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation. J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine", s’est moqué le chef de l’État, faisant allusion à cette communauté religieuse américaine hostile à la technologie et qui vit comme au XVIIIe siècle.

Emmanuel Macron, lundi, devant des entrepreneurs de la French Tech, a répondu de façon cinglante aux opposants à la 5G.Emmanuel Macron, lundi, devant des entrepreneurs de la French Tech, a répondu de façon cinglante aux opposants à la 5G. - Photo AFP

Le Président a ensuite rajouté combien "sur la 5G et beaucoup d’autres sujets, on ne doit dépendre d’aucune puissance non européenne". Une question de souveraineté qui a pris de l’ampleur alors que le confinement et la crise sanitaire ont montré le poids écrasant des géants américains d’internet et que le leader d’équipements 5G est le chinois Huawei.

Sans surprise, les mots d’Emmanuel Macron ont provoqué un tollé chez tous ceux qui s’inquiètent légitimement des conséquences sanitaires des ondes électromagnétiques de la 5G, dont le risque n’a pour l’heure pas été démontré. "Le moratoire sur la 5G n’émane pas des Amish (qu’on les laisse tranquilles), mais des Français tirés au sort pour la Convention citoyenne pour le climat que Macron a lui-même mise en place. Mais apparemment, il n’y croyait pas non plus", a réagi sur Twitter Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace.

De leur côté, les Amis de la Terre ont ironiquement rebaptisé leur compte Twitter "Les Amish de la Terre – Pour des sociétés rétrogrades", expliquant ce changement par "une logique de transparence et de cohérence".

"Le président de la République tombe le masque. Emmanuel Macron vient de lancer la saison 2 de l’environnement, ça commence à bien faire, mauvais remake d’une série déjà indigeste", dénoncent dans un communiqué Agir pour l’environnement et Priartem-Electrosensibles de France, exigeant "un véritable débat public".

"Ce débat est celui du monde de demain. La technologie n’est pas en soi bonne ou mauvaise. Elle doit être interrogée, tout comme (le fait de) choisir où affecter prioritairement les investissements. Ça évite de sauter sur sa chaise comme un cabri en disant Innovation innovation innovation " a estimé sur Twitter Cécile Duflot, ancienne ministre aujourd’hui directrice générale d’Oxfam France.

Incendies d’antennes 5G et théories complotistes

Les propos d’Emmanuel Macron n’ont en tout cas pas été prononcés par hasard. Ils recèlent une part très politique et correspondent sans doute à une réponse de l’exécutif aux récentes prises de position d’élus écologistes contre l’arbre de Noël à Bordeaux ou contre le Tour de France, jugé polluant et machiste. Ces propos visent aussi à montrer la volonté de l’Etat d’aller jusqu’au bout du déploiement de la 5G et à rassurer un secteur des télécoms inquiet. Ces derniers mois, les sabotages et incendies d’antennes 5G se sont multipliés et le débat autour de la 5G prend le même chemin que celui autour du compteur communicant Linky.

En l’absence d’études scientifiques qui font consensus, comme pour le compteur, le débat est miné par une ribambelle de fake news voire de théories complotistes. Certains ont même accusé la 5G de propager… le coronavirus (sic). Ces violences contre les équipements 5G et les élucubrations relayées sur les réseaux sociaux sont d’autant plus alarmantes qu’elles nuisent à un débat de qualité pour répondre aux questions légitimes des Français…


Une technologie pour faire quoi ?

Non, la 5G ne va pas servir à télécharger à toute vitesse des films pornographiques, comme l’a lancé un élu EELV, mais plutôt accompagner une multitude d’usages. "La 5G est la cinquième génération de réseaux mobiles, qui succède aux technologies 2G, 3G et 4G", explique l’Arcep, le gendarme des télécoms, qui a créé une section spéciale sur son site internet. Les premières technologies ne permettaient que les appels vocaux puis l’envoi de SMS. Les générations suivantes de technologies mobiles ont permis de se connecter à internet, d’accéder à des applications, ou encore de passer des appels en vidéo. La 5G est à son tour censée améliorer les services existants et favoriser le développement de nouveaux services. Il s’agit d’une technologie évolutive qui va s’enrichir progressivement, au gré de l’évolution des standards au niveau mondial.

Rapport Ericsson


Objets connectés et villes intelligentes

À son lancement, la 5G va améliorer l’accès aux services proposés par les réseaux 4G en permettant un meilleur débit et plus de capacité. Avec la 5G, une quantité beaucoup plus importante de données peut en effet être échangée sans engorgement des réseaux. Elle évoluera ensuite au fur et à mesure que des éléments du réseau adopteront cette technologie et les fréquences sur lesquelles elle sera déployée. Elle favorisera ainsi le développement de services innovants pour les particuliers et pour les entreprises dans de nombreux domaines (santé, transports, etc).

L’internet des objets, tendance consistant à connecter et rendre intelligents un nombre croissant d’objets (automobile, capteurs divers, robots industriels, etc), pourra notamment bénéficier de la 5G et faciliter ainsi des applications multiples comme la ville intelligente, l’agriculture connectée, l’industrie 4.0, le véhicule autonome… À cet égard, la 5G constitue aussi en enjeu de compétitivité pour le pays, bien au-delà du secteur des télécoms.

Un premier rapport publié hier : le gouvernement veut rassurer

Hasard du calendrier, un premier rapport scientifique sur les effets de la 5G sur la santé a été publié hier par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). Intitulé "Déploiement de la 5G en France et dans le monde : aspects techniques et sanitaires", ce document de 190 pages a souligné qu’il n’y avait pas "d’effets néfastes avérés à court terme en-dessous" des valeurs limites recommandées concernant l’exposition aux ondes électromagnétiques.

"La mission s’est appuyée sur un questionnaire adressé dans 26 pays aux ambassades de France et aux correspondants de l’OMS – membres actifs du projet ondes électromagnétiques de celle-ci. Elle se fonde également sur l’analyse rigoureuse des rapports des agences et autorités sanitaires nationales et internationales" a expliqué l’Igas. Concernant les effets sur la santé des ondes électromagnétiques, "il n’existe pas, selon le consensus des agences sanitaires nationales et internationales, d’effets néfastes avérés à court terme, en-dessous des valeurs limites d’exposition recommandées", écrivent les auteurs, qui s’appuient sur "un grand nombre" d’études publiées sur le sujet depuis 1950. "Les éventuels effets de long terme, cancérogènes ou non, difficiles à mettre en évidence, sont à ce stade, pour l’essentiel, non avérés selon les mêmes agences nationales et internationales", ajoutent-ils. La mission formule en l’état "sept recommandations visant à améliorer l’information de la population, à soutenir l’effort de recherche et à adapter les modalités de surveillance de l’exposition à ces ondes."

L’exécutif suivra les recommandations

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui avait relevé en janvier le manque de données scientifiques sur le sujet, doit rendre son rapport final en mars 2021. Dans la foulée de la publication de celui-ci, le gouvernement a mis en avant le fait que ce rapport "estime, au vu des premières données disponibles, que l’augmentation des expositions aux ondes sera modérée, y compris en phase d’utilisation commerciale".

Dans un communiqué commun, les ministres Barbara Pompili (Transition écologique), Bruno Le Maire (Economie), Olivier Véran (Santé) et le secrétaire d’Etat Cédric O (Transition numérique) indiquent que le gouvernement "appliquera les recommandations du rapport".

Le gouvernement "entend" ainsi "rendre systématiquement public l’ensemble des informations, études et rapports dont il dispose s’agissant de la 5G". Il affirme que les contrôles menés sur le terrain par l’Agence nationale des fréquences (ANFR) seront "multipliés dans tous les territoires, en particulier dans le cadre du déploiement des antennes 5G, et leurs résultats seront systématiquement rendus publics".

Les travaux d’expertise de l’Anses seront pour leur part "intégralement publiés et soumis à une consultation publique".

Quant aux élus locaux, le gouvernement indique qu’il va engager "sans délai des travaux avec les associations de collectivités territoriales et les opérateurs de téléphonie mobile", dans le but de définir "ensemble les modalités d’une meilleure information et d’une plus grande association des élus locaux".

Une intelligence artificielle pour mieux analyser les appels au SAMU

samu


Par Emmanuel Lagarde, Université de Bordeaux

Chaque jour, les SAMU de France reçoivent environ 85 000 appels. Ce chiffre a presque doublé aux pires moments de la crise de la Covid-19. Le contenu de chaque appel fait l’objet d’un compte rendu informatisé au fur et à mesure des informations collectées par les différents intervenants : l’assistant de régulation médical lors de la prise d’appel, le médecin régulateur et l’assistant de régulation médical dédié à l’envoi des moyens et au suivi des bilans.

Se donner les moyens de suivre les évolutions des motifs de tous ces appels, c’est se doter d’un outil puissant et réactif d’observation de la santé de la population.

Mais en pratique, nous disposons de centaines de milliers de comptes rendus qui ressemblent par exemple à ça :

Deux comptes rendus réels d’appels au SAMU – le cas lié à la Covid-19 est évident. Mais comment prendre le temps de lire et classer 85 000 appels par jour ? Emmanuel Lagarde, Author provided

Pour savoir si l’appel correspondant à ce compte rendu est à classer plutôt dans la catégorie « suspicion de Covid-19 » ou « accident domestique », il suffit de le lire.

Mais lorsqu’il s’agit de classer les 85 000 appels du jour, la relecture est impossible. On pourrait bien sûr demander aux répondants de classer eux-mêmes ces appels, mais cela pose deux problèmes : d’abord, ils ont autre chose à faire, occupés qu’ils sont à prodiguer leurs conseils aux appelants ou à envoyer les secours les plus appropriés. L’autre raison est que, dans le feu de l’action, ils ne disposent pas toujours du recul suffisant pour faire cette classification sans être influencés par divers facteurs : pression de l’urgence, situation épidémique, priorité donnée à d’autres dossiers, sensibilité individuelle à tel ou tel dossier par exemple. C’est pour ces raisons que les tentatives faites jusque-là ont échoué à mettre en place un système de codage satisfaisant.

Un outil récent de l’intelligence artificielle à la rescousse

Nous développons une solution utilisant l’intelligence artificielle pour effectuer ce travail de classification, car elle possède deux qualités bien utiles : elle opère quasi instantanément et de manière totalement indépendante du contexte.

Pour construire un outil permettant de réaliser cette tâche, nous avons fait appel à une technologie issue d’une avancée très récente dans le domaine de l’intelligence artificielle qui porte un nom de blockbuster : le « Transformer ». Cette technologie est construite en deux phases : la première consiste à montrer au Transformer un nombre aussi grand que possible d’exemples de comptes rendus pour lui apprendre à écrire « à la manière » de ces comptes rendus. La deuxième étape consiste à entraîner le Transformer à réaliser la tâche de classification en lui « montrant » des exemples de comptes rendus avec la bonne classification, réalisée pour cette phase d’apprentissage par un humain. Plus on lui montre d’exemples, meilleur sera le Transformer lorsqu’il aura à faire la classification lui-même.

Nous avons appliqué notre Transformer aux données issues du centre 15 du SAMU de la Gironde, avant, pendant et après la période de confinement pour observer les tendances dans le motif des appels.

Admissions aux urgences en Gironde et les appels au SAMU 33 correspondant à des symptômes grippaux, extrait par le Transformer de l’ensemble des appels. Emmanuel Lagarde, Author provided

Ceci nous a appris que le nombre d’appels pour symptômes grippaux a connu un pic très important trois jours avant le début du confinement, deux semaines avant l’arrivée de patients présentant des symptômes évocateurs de Covid-19 aux urgences. On constate aussi des pics d’appels, plus tardifs, pour douleur thoracique et stress et anxiété (non représentés sur la figure), contemporains des admissions aux urgences. Les appels pour douleur thoracique correspondent en fait à des patients qui présentent des difficultés ou des détresses respiratoires, signant pour ceux atteints de la Covid-19 un stade plus grave de la maladie. Le pic des appels pour stress et anxiété témoigne pour sa part de l’inquiétude que génère ce début d’épidémie.

Il ne s’agit là que de résultats préliminaires. Nous travaillons par exemple aujourd’hui à construire des indicateurs qui permettraient de mieux distinguer les signes d’épidémie, de façon par exemple à différencier le plus tôt possible une poussée de Covid-19 de celle de la grippe saisonnière.

Comment les « Transformers » ont révolutionné les outils de lecture de texte automatiques

Le Transformer est le dernier rejeton des techniques d’analyse du langage, qui évoluent très vite.

Les applications les plus connues sont sans doute les outils de traduction automatique, par exemple l’impressionnant DeepL, mais ces techniques sont aussi mises en œuvre pour « comprendre » les textes. C’est ce qui est utilisé par exemple lorsque vous faites une recherche en langage naturel sur un moteur de recherche.

Elles peuvent aussi être utilisées pour des tâches de classification. À partir d’un texte, on peut par exemple demander à la machine de produire un résumé ou de répondre à des questions le concernant.

Pourtant, à la fin des années 80, ça semblait mal parti pour la communauté scientifique de l’apprentissage automatique : les ordinateurs d’alors, dotés des algorithmes d’alors, ne réussissaient pas à assimiler la grammaire et la structure sémantique du langage humain.

Plusieurs stratégies apparaissent dans les années suivantes. Elles sont basées sur des modèles statistiques dont les paramètres s’affinent au fur et à mesure de l’apprentissage et elles ne fournissent pas des résultats, mais seulement des probabilités de résultats : dans notre exemple, le Transformer ne dirait pas qu’un compte rendu doit être classé comme un syndrome grippal. Il dira que la probabilité que ce soit le cas est de 90 %.

Dans les années 2010, l’utilisation d’algorithmes informatiques qui singent de manière grossière le fonctionnement des réseaux de neurones renouvelle le domaine, en permettant enfin de réaliser des « apprentissages profonds », avec de nouvelles performances.

Parmi ces réseaux de neurones dits « artificiels », la famille dont fait partie le Transformer se caractérise par des modèles qui permettent de traiter les données dites « séquentielles », comme les données météo ou les suites de mots qui forment des phrases. Le Transformer apparaît en 2018, et ses performances étonnantes révolutionnent aujourd’hui la discipline.

Pourquoi Transformer est-il aussi puissant ?

Pour faire court, le Transformer est construit pour tirer des leçons des interrelations entre les différents morceaux d’une phrase (par exemple des mots ou des morceaux de mots) à partir de la lecture d’une grande quantité de textes.

Dans une première phase, dite d’« apprentissage non supervisé », le Transformer est rendu capable de produire des textes artificiels indistinguables de textes produits par des humains. On lui montre pour cela le plus grand nombre de textes possible – dans notre cas, environ 300 000 comptes rendus. À la fin de cette phase, le modèle est capable de prédire le mot qui suit une série de mots donnés. Par exemple, si on entre la phase « le petit chat s’approche du chien avec », le système proposera comme mot suivant « précaution », ou encore le mot « son ». On peut ainsi construire de manière itérative un texte artificiel en répétant le processus avec comme nouvelle phrase d’amorce « le petit chat s’approche du chien avec son ».

Le Transformer devient ainsi une machine à produire du texte synthétique. Si le résultat peut être tour à tour surprenant, abscons, amusant ou pertinent, produire du texte artificiel n’a pas beaucoup d’utilité en soi. Mais il permet, et c’est là toute sa puissance, de construire un système dédié à une tâche à moindre effort. Pour nous, il permet de classer ces comptes rendus grâce à la deuxième phase d’apprentissage, dite supervisée.

Voici deux exemples de comptes rendus artificiels produits par notre Transformer après avoir lu 300 000 comptes rendus d’appels au SAMU. Emmanuel Lagarde, Author provided

Cette deuxième phase d’apprentissage change de nature : on montre cette fois au modèle des couples formés du texte à classer et de la bonne classe, déterminée par un codeur humain. Grâce à la première phase d’apprentissage au cours de laquelle le modèle a appris à construire des phrases intelligibles, dans laquelle des notions sémantiques ont été intégrées, les exemples nécessaires pour apprendre une tâche utile deviennent très peu nombreux. Un peu comme un enfant à qui il n’est pas utile de montrer 10 000 fois comment fonctionne un biberon, un jouet ou un téléphone pour qu’il en maîtrise l’usage.

C’est ce Transformer, entraîné cette fois-ci de manière « supervisée » – c’est-à-dire avec des exemples de résultats attendus, qui nous permet pour chaque appel de déterminer automatiquement quels sont les symptômes évoqués, ou quel est la nature de l’événement concerné, un accident de la route, une chute, une toux inquiétante ou un malaise.


 Emmanuel Lagarde, Directeur de recherche INSERM, Université de Bordeaux Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.Cet article a été co-écrit par la Dr Catherine Pradeau du service SAMU-SMUR et par le Dr Cédric Gil-Jardine du service des Urgences du Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux.The Conversation