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Au Salon de Paris, la France en pointe dans le numérique pour l’agriculture

 

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Robots de Naïo Technologies.

Le salon de l’agriculture qui s’est ouvert hier à Paris est l’occasion pour les Français, particulièrement après la pandémie de Covid-19, de redécouvrir les animaux de la plus grande ferme du monde, d’apprécier les produits des régions de France dont ceux de l’Occitanie et d’aller à la rencontre des agriculteurs et de leur savoir-faire.

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C’est aussi l’occasion de mesurer combien l’agriculture a changé notamment avec l’apport du numérique. Le 30 août dernier, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, et le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, ont initié une dynamique afin d’encourager la structuration de la « French AgriTech », ce mouvement qui regroupe quelque 215 start-up spécialisées dans les outils numériques au service de l’agriculture (AgriTech) et de l’agroalimentaire (FoodTech).

Des robots toulousains

« Les trois quarts [des 824 000 agriculteurs] possèdent au moins un outil robotisé. Une majorité utilise internet dans le cadre de leur profession (81 %) et mobilise des applications sur smartphone et les réseaux sociaux pour échanger sur leurs activités (85 %). La moitié utilise des systèmes GPS pour améliorer la précision de leurs travaux », relève le ministère de l’Agriculture qui a lancé des projets dans le cadre du plan d’investissements France 2030 en plus des 200 M€ sur cinq ans du 4e Programme d’investissements d’avenir (PIA 4). Parmi les appels à projets, on trouve le développement des protéines végétales ou le financement des préséries de robots agricoles.

L’AgriTech et la FoodTech proposent d’ores et déjà des innovations concrètes au service des agriculteurs, de l’industrie agroalimentaire et des consommateurs. On peut citer Weenat, qui propose aux agriculteurs des solutions de suivi en temps réel des conditions agro-météorologiques de leurs parcelles ; Baqio, une solution de gestion commerciale spécialisée vin et alcool 100 % en ligne utilisée par des producteurs de toutes les régions viticoles.

L’Occitanie joue un rôle moteur avec notamment Naïo, créée en 2011 par deux ingénieurs en robotique, Gaëtan Séverac et Aymeric Barthes, qui propose un robot désherbeur guidé par GPS, un robot enjambeur viticole ou encore un robot assistant agricole pour les tâches chronophages et pénibles. Plus de 200 robots agricoles Naïo travaillent dans le monde.


Le compteur d’abeilles BeeLive

La start-up toulousaine BeeGuard présentera une innovation majeure pour l’apiculture : un compteur d’abeilles, qui vient s’ajouter au système ApiAlert. Baptisé BeeLive, le compteur repère les abeilles par vidéo embarquée et permet de quantifier, en continu, la pression chimique et l’impact de la pollution sur un écosystème.

« Grâce à l’analyse de la mortalité journalière des abeilles et à la mesure de la disponibilité du bol alimentaire, BeeLive offre une vision globale de la santé environnementale dans un rayon de 3 km », précise la société créée par Christian Lubat qui travaille dans 12 pays.

Éducation aux médias et à l’information : la généralisation, et après ?

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Par Divina Frau-Meigs, Auteurs historiques The Conversation France

Depuis 2018, l’éducation des jeunes et des adultes aux médias numériques et à l’information en général fait l’objet d’un regain d’intérêt remarquable, dû à l’urgence de la lutte contre les infox et la circulation des discours de haine. Cela s’est traduit par une salve de textes officiels.

Devenue une obligation pour les États membres dans la Directive service des médias audiovisuels (DSMA), l’« Éducation aux médias et à l’information », ou « EMI », hors et dans l’école, est mentionnée comme un des piliers du Plan d’action contre la désinformation de l’Union européenne. L’OTAN en a fait l’objet de sa « diplomatie culturelle ».

En France, certains rapports mentionnent l’EMI dans leurs recommandations finales, comme celui des États généraux du numérique pour l’éducation en 2020 ou le rapport « Lumières à l’ère numérique » en 2022. D’autres en font leur centre d’intérêt principal : c’est le cas avec le Conseil économique social et environnemental en 2019, avec le CLEMI (le centre chargé de l’éducation aux médias dans l’Éducation nationale) en 2021, et, la même année, avec l’ARCOM (ex-CSA) (l’autorité publique de régulation de la communication audiovisuelle).

Cette frénésie de rapports culmine en 2022, avec la publication au Bulletin officiel de l’Éducation nationale d’une circulaire relative à la « généralisation » de l’Éducation aux médias et à l’information au sein du système éducatif. Ce texte confirme l’importance de l’EMI et son rôle transversal dans les disciplines. Il nomme dans chaque académie un référent, à l’appréciation des recteurs, (ce qui existe déjà via le CLEMI), et diffuse un Vademecum de référence en EMI qui opère une légère mise à jour, en intégrant la question des données personnelles et de leur usage, enfin !

La question des moyens

Cette généralisation a pour valeur d’ancrer définitivement le vocable EMI, « éducation aux médias et à l’information » au lieu de l’expression « éducation aux médias », pour s’aligner sur l’Unesco et ses recommandations, formulées dans l’Agenda de Paris en 2007, ainsi que les préconisations des chercheurs, qui invitent à bien intégrer la notion d’information dans la stratégie numérique.

Ainsi se réalisent les souhaits des tenants historiques de l’EMI en faveur d’une approche transversale, et la validation de certaines valeurs chères à cette éducation, en lien à la citoyenneté et la démocratie. Cette reconnaissance généralisée est une réelle avancée et marque l’ambition de la France, la plaçant dans les pays en tête en Europe en la matière.

Reste que les moyens de l’ambition ne sont pas précisés dans la circulaire. Il n’y a pas non plus de cadre clair pour l’EMI, qui passerait par un horaire dédié dans chaque cycle scolaire. L’existant est confirmé, notamment l’insertion dans d’autres disciplines. Des rajouts sont opérés à la marge, comme le déploiement de web radios dans les collèges. Des oublis sont manifestes au centre comme le rôle des professeurs-documentalistes, dont la mission première est l’EMI… depuis 2013. Ceux-ci ont par ailleurs protesté auprès du ministre de tutelle, dans la foulée de la circulaire.

Malgré toute l’attention et toutes les préconisations, l’EMI reste une « éducation à » et non un enseignement, contrairement aux enseignements transversaux récemment créés que sont l’EMC (Enseignement moral et civique) et les SNT (Sciences numériques et technologie). Sans ce statut, comment donner aux enseignants la motivation de s’y former et aux instances d’évaluation de la mettre au rang des compétences mesurées ?

Enjeux de citoyenneté numérique… et d’employabilité

Le risque est que l’EMI se dilue dans les disciplines et qu’on ne puisse réellement mesurer son efficacité. Il tient également au manque de clarification par rapport au brouillage actuel entre EMC et EMI, l’enseignement moral et civique (EMC) reprenant à son compte un certain nombre de thématiques de l’éducation aux médias et à l’information (la liberté d’expression chère à Samuel Paty par exemple).

Or l’EMI ne prône pas la morale mais l’éthique : l’éthique des médias tout comme l’éthique de l’IA et des algorithmes. C’est-à-dire qu’elle permet la mise en œuvre d’une citoyenneté numérique par les usages et par les pratiques, pour retrouver par leur biais les valeurs et les principes démocratiques. Le risque enfin réside dans le manque de recherche et de développement à son sujet, faute d’un espace en surplomb où elle puisse être pensée comme une discipline, avec ses concepts, son périmètre, ses méthodologies, ses controverses…

L’opportunité manquée la plus flagrante est celle de l’ouverture de l’Éducation nationale aux autres acteurs de l’EMI, notamment ceux qui relèvent du ministère de la Culture. Celui-ci s’est mobilisé depuis 2018, avec un plan de soutien finançant toutes sortes d’initiatives. Un grand nombre d’acteurs se sont mobilisés, comme les journalistes, les bibliothécaires, les DRAC… sans parler des acteurs de la société civile, comme les Céméa et la Ligue de l’enseignement, ou les autorités indépendantes que sont l’ARCOM et la CNIL.

Tous ces acteurs de l’EMI sont une chance de renouvellement de l’école, certains étant appelés à intervenir en milieu scolaire. Ils rendent facilement compréhensible l’approche multi-acteurs, l’interdisciplinarité, la complémentarité des compétences… Ils promeuvent aussi une EMI tout au long et au large de la vie, pour faire face à l’évolution rapide des médias dans le numérique et permettent d’atteindre des adultes en besoin de requalification ou tout simplement de culture numérique.

L’information dans tous ses états

Plusieurs facteurs de diffraction se conjuguent, pour reprendre la métaphore de diffusion des ondes, pour expliquer la perte de densité de l’onde de choc et la baisse d’impact. Un certain nombre d’obstacles et d’interférences entravent une partie de la propagation de l’EMI comme enseignement :

  • une désarmante difficulté de la « forme scolaire » à inclure les pédagogies de projets et les thématiques EMI dans des disciplines fondées sur des programmes déjà très complets ;

  • une réelle réticence à penser l’« information » dans tous ses états, que ce soit par l’actualité, la documentation ou la donnée, sans oublier l’information « sociale » véhiculée par les séries, les selfies, les stories et autres streams, véritable angle mort de l’EMI actuelle, loin des modes de consommation des jeunes ;

  • une craintive circonspection à s’emparer à bras le corps des compétences du XXIe siècle, pour beaucoup associées au traitement de l’information, et de regarder vers l’avenir, que ce soit celui de la désinformation, de l’éducation ou des médias, qui passe par l’IA, les algorithmes, les espaces immersifs, etc. Cela implique de penser l’EMI dans le cadre de l’employabilité et pas seulement de la citoyenneté ;

  • une séductrice solution pour les personnalités politiques afin de promouvoir la lutte contre la désinformation. Or l’EMI promeut également la créativité, l’expression personnelle et la participation tout en formant à la sécurité en ligne, à la consommation avertie et à la résolution de conflits.

Le problème épistémique, celui du sens, est profond : il s’inscrit dans la crise de la confiance en la connaissance et la remise en cause de la vérité traitée comme une opinion parmi d’autres. Il relève aussi du déficit en culture générale des bases numériques et médiatiques.

L’EMI paie les frais de cet espace numérique prolixe qu’est l’Internet, qui allie rationnel et irrationnel, information et opinion, divertissement et formation. Elle est elle-même devenue un espace paradoxal dans lequel les besoins en littératie numérique et médiatique de base le disputent aux besoins en compétences transversales.

L’EMI face au numérique comme fait culturel complexe

C’est en cela que l’EMI a besoin d’opérer sa propre mutation pour entrer de plain-pied dans les compétences du XXIe siècle, notamment en évoluant vers la maîtrise des effets et usages des données, des algorithmes et de l’IA, et pas seulement de la presse. Il faut en effet qu’elle soit conçue comme une compétence transversale et comme un enseignement transdisciplinaire. Au même titre que savoir lire, écrire et compter sont enseignés pour eux-mêmes et servent aussi tant aux mathématiques qu’à la biologie ou l’histoire.

Il faut désormais savoir naviguer et publier en ligne, faire preuve d’esprit critique pour discerner l’information de qualité, créer des contenus pertinents et innovants, assurer sa présence en ligne, fonctionner en mode projet, résoudre des problèmes complexes, voire des conflits (dans le cas de la désinformation). Ces compétences s’ajouteront à celles nécessaires en conception, design et programmation pour les employés et les citoyens de l’ère numérique, comme le signale le rapport WEF, « The Future of Jobs ».

L’EMI participe de la culture générale indispensable pour combler le déficit actuel de compréhension du numérique et lui donner une dimension éthique et humaniste, sans se désengager du combat des valeurs démocratiques et émancipatrices. Les besoins sont énormes pour assurer le bien-être en ligne, la connaissance des responsabilités et droits numériques et anticiper au lieu de subir, comme l’ont démontré les perturbations profondes de la crise sanitaire, la désinformation, et la formation à distance pour tous. Et cela passe par l’école car celle-ci reste la plus grande ressource pour atteindre tous les territoires et aplanir les disparités sociales et économiques.

Les acteurs de l’EMI, dans et hors l’école, doivent continuer à se structurer, tout en gardant leur diversité et en développant leurs complémentarités. Ils ont besoin d’un espace où penser et développer l’EMI, à la manière numérique, sur une base de co-régulation, multi-sectorielle, qui ne reproduise pas les silos pré-numériques. Moins une cellule interministérielle comme le préconise le rapport Lumières à l’ère numérique qu’une instance indépendante en réseau. Ce pourrait être une plate-forme commune et décentralisée à la fois pour une coordination constructive et participative. Peut-être la solution est-elle chez les jeunes, avec une « app » EMI. Le tout financé par une petite fraction de l’impôt de 15 % sur les géants du numérique, pour se donner des moyens à la hauteur des enjeux.The Conversation

Divina Frau-Meigs, Professeur des sciences de l'information et de la communication, Auteurs historiques The Conversation France

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

L’intelligence artificielle va entrer dans les archives départementales

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La généalogie est l’une des grandes passions des Français. Quelque 10 millions d’entre eux effectuent des recherches pour retrouver leurs ancêtres et un Français sur deux aurait déjà fait des recherches sur sa famille. Mais construire son arbre généalogique devient parfois très compliqué au fur et à mesure qu’on remonte le temps. Certains font appel au projet FamilySearch, piloté par les Mormons américains et qui contient plusieurs millions de données d’état civil du monde entier.

Les choses pourraient toutefois bientôt changer en France avec l’annonce que vient de faire le ministère de la Culture concernant les archives départementales. Le service interministériel des Archives de France, en partenariat avec l’Ecole d’économie de Paris, a lancé un projet de recherche baptisé Socface, mené par l’Institut national d’études démographiques (INED) et la société Teklia. Cette dernière développe pour des institutions publiques (CNRS, Archives Nationales…) et des entreprises privées (banques, assurances) des solutions basées sur des technologies d’apprentissage automatique (machine learning), d’apprentissage profond (deep learning) et de traitement automatique de la langue naturelle (NLP). Un des secteurs d’expertise de Teklia est la reconnaissance automatique d’écriture manuscrite et imprimée. Le projet Socface avait été retenu à l’été 2021 par l’agence nationale de la recherche (ANR), explique le ministère.

« Le projet mobilise la reconnaissance automatique d’écriture manuscrite pour analyser l’ensemble des listes nominatives du recensement de 1836 à 1936 (soit 20 recensements) », précise l’équipe de Socface, qui réunit archivistes, démographes, économistes, historiens et informaticiens. Le projet produira ainsi une base de données de tous les individus ayant vécu en France entre 1836 et 1936 « et l’utilisera pour analyser le changement social dans la longue durée, améliorant ainsi considérablement notre compréhension des structures économiques et sociales françaises. »

Une base de données ouverte au grand public en 2025

Mais l’autre aspect du projet intéressera directement le grand public, qui pourra accéder aux listes nominatives, diffusées en Open Access. Chacun pourra alors parcourir librement des centaines de millions d’enregistrements.

« Cette base de données sera accessible en 2025 sur le portail FranceArchives. Chaque service d’archives départementales pourra diffuser sur son propre site internet les retranscriptions de ses archives », précise le ministère de la Culture. « Cet outil sans équivalent en France permettra aux internautes d’effectuer des recherches généalogiques d’une ampleur inédite et aux chercheurs et universitaires de mener des études exceptionnelles en histoire économique et sociale ou encore en démographie historique. Les recherches sur les transformations du marché du travail, les causes et les conséquences des migrations ou l’évolution des inégalités bénéficieront également de ces précieuses nouvelles informations. »

Energy Observer 2 : le cargo zéro émission sera lancé en 2025

 

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Le fret maritime est-il en train de faire sa révolution ? En tout cas, les projets se multiplient pour rendre plus écologique le transport maritime, qui émet chaque année plus d’un milliard de tonnes de CO2 (3 % des émissions mondiales), soit l’équivalent d’un pays comme le Japon, sans compter les émissions de particules fines. Début janvier, la start-up toulousaine Airseas a installé son kite géant et semi-automatisé « SeaWing » sur le Ville de Bordeaux, un cargo affrété par Airbus (La Dépêche du 9 janvier).

À l’occasion du One Ocean Summit, le rendez-vous mondial pour la mer qui s’est achevé à Brest vendredi, Victorien Erussard a présenté les caractéristiques d’un nouveau navire laboratoire zéro émission Energy Observer 2 lors du forum « Des navires zéro émission », co-organisé par les ministères de la mer et de la transition écologique et le Cluster Maritime. Après avoir développé un navire-laboratoire autonome doté de la première chaîne hydrogène complète, capable de produire son propre hydrogène avec ses surplus d’énergies renouvelables, Energy Observer se lance, en effet, dans un nouveau projet : un cargo zéro émission pour 2025.

« On n’est plus sur un navire d’exploration mais sur un navire de charge industriel », a expliqué Victorien Erussard, ancien skipper reconverti dans l’entrepreneuriat vert.

120 mètres de long, 70 tonnes d'hydrogène

Ce futur cargo mesurera 120 mètres de long, 22 de large et aura une capacité de chargement de 5 000 tonnes, correspondant à 240 conteneurs ou 500 mètres linéaires de chargement de véhicules. Entièrement électrique et équipé de batteries, l’Energy Observer 2 sera doté de réservoirs d’hydrogène liquide (70 tonnes, 1 000 m3) et disposera d’une assistance vélique.
Ces spectaculaires mâts-ailes automatisés baptisés OceanWings, créés par VPLP Design et industrialisés par CNIM, sont un concept éprouvé – lors des Coupes de l’America.

En 2009, Oracle a gagné une Americas’Cup en 2009 – déjà utilisé sur le premier Energy Observer. Directement interfacé avec le système de pilotage depuis la timonerie du cargo, OceanWings permet d’économiser jusqu’à 40 % de fuel. D’un coût de 80 millions d’euros, l’Energy Observer 2, qui sera aux couleurs du drapeau français, pourra être exploité commercialement pendant une trentaine d’années sur des lignes intra-européennes.

« Il s’agira d’un bateau en rupture technologique construit en association avec les meilleurs industriels français », résume Victorien Erussard.

Le projet qui devrait aboutir en 2025 mobilise Air Liquide, Groupe CMA CGM, un leader mondial du transport maritime et de la logistique, le Cluster Maritime français et l’Institut pour la Transition Eco-énergétique du maritime (T2EM).
 

Téléphone fixe : consultation publique avant l’arrêt du réseau cuivre

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C’est une page de l’histoire française qui va se refermer : la fin du réseau cuivre de la téléphonie fixe qui sera remplacé par la fibre. Annoncée en 2016 puis conformé en 2019 par Orange, l’opérateur historique, cette bascule se fera selon un calendrier qui court sur plusieurs années.

Depuis le 15 novembre 2018, les offres de téléphonie fixe classique (RTC) ne sont plus commercialisées et progressivement, à partir de 2023, Orange fermera les « plaques » du réseau cuivre en France, un long processus qui devrait s’étaler jusqu’en 2030.

Orange a notifié à l’Arcep, le gendarme des télécoms, son « programme de fermeture de la boucle locale cuivre » qui va faire l’objet d’une consultation publique. L’Autorité de régulation « veillera à ce que la fermeture du réseau cuivre se fasse selon un rythme et des modalités préservant l’intérêt de tous les utilisateurs, particuliers et entreprises, et garantissant une concurrence effective et loyale entre les opérateurs », a-t-elle indiqué.

Un plan en deux grandes phases

Le plan de fermeture – qui a fait l’objet de tests de faisabilité en juillet 2020 – s’articule autour de deux phases principales, avec des objectifs complémentaires : une phase de transition, de 2020 à 2025, pour préparer la fermeture du réseau en attendant la fin des principaux déploiements des réseaux fibre (Ftth) fin 2025 ; et une phase de fermeture, de 2026 à 2030, pour fermer concrètement le réseau afin de ne plus avoir aucun client en service sur cuivre fin 2030.

La gouvernance du projet d’arrêt du cuivre fédérera tous les acteurs concernés dont les élus locaux et veillera à la bonne continuité du « servie universel ». L’association Avicca Numérique / Territoires qui regroupe de nombreuses collectivités souhaite que « partout où le réseau cuivre a été déployé » on puisse « accéder à la fibre, et que les exceptions à cette règle soient limitées et réservées aux zones les moins denses. »

« La fermeture du cuivre ne doit pas être un couperet, mais bien un accélérateur des déploiements permettant un accès au Très haut débit pour tous », estime l'Avicca, qui salue par ailleurs « tous ceux qui ont participé concrètement à cette grande histoire nationale. »

Le réseau cuivre relie toujours 5 à 6 millions de clients qui peuvent être rassurés : ils conserveront leur numéro d e téléphone en basculant vers la fibre.

Sur Twitter, une nouvelle forme de mobilisation politique ?

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Les salons audio ou Twitter Spaces, une nouvelle fonctionnalité. Shutterstock
Par Virginie Martin, Kedge Business School et Gregorio Fuschillo, Kedge Business School

Les « Twitter Spaces », apparus en décembre 2020, pourraient être définis comme des salons publics auxquels tous ceux qui disposent d’un compte peuvent participer en déposant une note vocale.

Il suffit pour cela de se rendre sur le « Space » de son choix – il en existe sur une multitude de sujets –, écouter et, si on le souhaite, demander à intervenir auprès des hôtes et co-hôtes. Twitter a ouvert cette fonctionnalité audio depuis le 17 décembre pour mieux rivaliser avec d’autres plates-formes comme Facebook ou Clubhouse.

Ils s’inscrivent dans la grande nébuleuse de la participation politique à l’ère de l’agora digitale, comme les blogs et les plates-formes de participation politiques actives en France, ainsi que dans d’autres pays européens. En période de campagne électorale, ces espaces deviennent des lieux d’échange mobilisant de quelques dizaines de participants à des milliers, ce à toute heure du jour et de la nuit.

Les lieux de participation politique trouvent leur origine dans l’agora grecque. Ces « Twitter Spaces » sont des lieux de mobilisation politique dont les règles de fonctionnement, de participation et d’interaction échappent en partie à l’activité politique traditionnelle. Plus précisément, ces hétérotopies politiques émergent suivant les axes pouvoir vertical vs pouvoir horizontal ; exclusivité sociale vs inclusivité sociale.

Une première analyse ethnographique du phénomène, menée en observation participante et non-participante, dévoile comment ces spaces réarticulent les lieux traditionnels de la participation politique. Nous avons écouté des dizaines de notes vocales, et créé 3 « Twitter Spaces » spécifiques en janvier 2022 afin de recueillir les paroles des participants et saisir leurs motivations ; les citations de l’article sont toutes issues de ces échanges.

Un lieu de critique

Les « Twitter Spaces » centrés sur des sujets politiques sont tout d’abord de formidables lieux d’expression ; ils sont une respiration démocratique.

Ils offrent à qui veut l’écoute, la parole, la possibilité d’élargir son territoire social et son réseau, de convaincre.

Ici, pas de casting, l’espace est libre, ces endroits jouent comme une alternative aux médias classiques.

Comme le disent certains des participants de l’un des « Spaces » que nous avons créé :

« La parole est très contrôlée dans les médias mainstream, les milliardaires contrôlent tout, ici on est libres ».

« On peut tout se dire, moi je n’ai plus la télé depuis des années, ici on débat pour de bon. »

Le « Twitter Space » devient le lieu d’une expression hors les murs des institutions traditionnelles, d’une oxygénation citoyenne ; la critique du système politico-médiatique qui n’est pas sans questionner sur l’état de la démocratie y est exprimée sans cesse.

Dans la lignée des autres médias sociaux, c’est une offre de citoyenneté de plus une offre encore plus puissante car facile d’accès.

Un lieu d’inclusivité

Ces espaces permettent à tous, des anonymes aux plus connus – politiques, chercheurs, intellectuels, journalistes – d’échanger, de se connaître, ou simplement d’écouter.

En d’autres termes, comme le dirait le philosophe Axel Honneth (1996), les « Twitter Spaces » facilitent la reconnaissance réciproque des uns vis-à-vis des autres, et permettent certainement de rétablir un sentiment d’équité et de justice sociale.

Lors de ce travail d’observation, il a souvent été question d’inclusion, de la rencontre avec « l’autre ». Cet autre qui peut être un « proche » – même famille politique – ou un contradicteur. Cet espace reste le lieu des altérités.

C’est d’ailleurs un lieu dans lequel les personnes souvent invisibilisées prennent la parole :

« Sur les Spaces, il peut y avoir des racisés, beaucoup de femmes, les gens concernés sont enfin présents ; on parle enfin racisme avec des personnes touchées par le sujet ».

« Il y a eu un Space sur le handicap et la politique, certains responsables politiques sont venus écouter, une a même pris la parole ».

C’est un peu comme si, dans ces lieux, les hiérarchies sociales se reformaient peu à peu sur de nouvelles bases d’égalité entre tous les participants.

Un lieu d’autogestion et d’intelligence collective

Le caractère autogéré via un médium aussi puissant que Twitter rend cet espace d’expression assez inclusif pour les participants.

« On dit souvent que dès que le nombre est trop important on ne peut plus gérer, or ces spaces prouvent le contraire ; ce soir on est près de 400 et tout le monde s’écoute et prend la parole sans se superposer aux autres aprticipants. »

« Il y a une légère modération via l’hôte ou l’hôtesse, mais ça reste en général très léger. »

C’est ce que nous disent une sympathisante LFI et une militante d’EELV.

L’horizontalité est aussi permise par le temps long ; les « Twitter Spaces » restent actifs 3, 6, voire 12 heures ou plus, ce qui permet à chacun de s’exprimer. Les discussions sont ouvertes et peuvent être écoutées en replay si un enregistrement a été prévu. Chacun est libre de partir, de rester, de revenir au regard de l’amplitude horaire.

Ces lieux offrent la possibilité de repérer des personnes « inspirantes, ayant une culture politique impressionnante avec des discours politiques très construits. Il y a tellement de pépites. » dit un participant.

Le Twitter Space peut se muer en outil de communication. Twitter

L’horizontalité y est sociale mais aussi géographique : Londres parle à La Rochelle, qui parle à Québec. Le monde est plat ici, et il autorise la création de communautés très liquides, flexibles, comme le montre Bruno Latour. Le seul trait d’union qui unit tous est d’intérêt pour la chose publique et le débat politique.

Un lieu de mobilisation de proximité

La plate-forme digitale joue aussi dans l’acculturation politiques des participants, c’est le lieu de la diffusion et du partage de connaissance. Le tout se faisant dans une grande familiarité, une forme d’intimité.

Se crée un sentiment de proximité qui vient participer à la socialisation de chacun :

« J’aime les spaces mais j’aime aussi raconter ma vie, on parle politique en pyjama ! »

« Avec la pandémie on ne se voit plus, ça nous permet de continuer à échanger » expliquent ces deux personnes de concert.

Des processus de socialisation politique qui peuvent s’opérer en milieu plutôt « like minded » soit en allant dans des sphères politiques « ennemies » :

« C’est aussi un moyen d’éprouver la consistance de mon propre argumentaire et de mes propres convictions politiques, cela m’aide. » confie une militante RN.

« moi je vais dans des spaces adverses pour apprendre à contrer leur arguments » nous explique ce proche de Zemmour.

Des sympathisants d’Eric Zemmour se retroufent dans des « Spaces ».

Le politique est aussi le lieu de l’apprentissage et celui où l’on fourbit ses armes pour la vie en société.

Un lieu avec ses limites et sa part d’ombre

Nous remarquons déjà que les space reflètent souvent ce que la littérature a déjà constaté sur l’intérêt que l’on porte à la politique : les femmes sont moins nombreuses – sauf sur les space EELV/Ecologie – les gens sont souvent plutôt diplômés, ce qui reflète aussi la fréquentation de Twitter en général.

Ce militantisme 2.0 se développe, mais il est de plus en plus saisi par les officiels : le 12 janvier 2022, le ministère de l’Intérieur créait un « Space » autour des métiers liés à la sécurité ; au même moment, une porte-parole de LREM proposait un « Space » sur la jeunesse.

Les leaders d’opinion, les politiques, quelques éditorialistes, quelques intellectuels peuvent y voir une nouvelle manière d’assurer leur présence. Nous serions alors là face à un retour de verticalité.

Jen)-Luc Mélenchon, hôte d’un « Twitter Space ».

Le journal Libération a créé un « Twitter Space » pour soutenir la candidature de Christine Taubira ; les politiques y font de plus en plus campagne : Le 13 janvier Jean-Luc Mélenchon ou le 23 janvier Damien Rieu avec Eric Zemmour.

Si les gens « autorisés » s’emparent de cet outil, celui-ci risque de perdre beaucoup de son originalité et de son caractère alternatif, mais il peu gagner en attractivité et s’inviter à part entière dans la campagne.

Enfin, certains participants peuvent subir du cyberharcèlement : réception de message privés insultants, voire menaçants. Ce cyberharcèlement pourrait conduire Twitter a réguler ou tout simplement les hôtes à faire la police dans leur space.

Tous les sujets sont abordés. Twitter

Nous voyons ici combien ces lieux perdraient de leur intérêt si une sorte de super régulation venait à se mettre en place.

Au total, les « Twitter Spaces » participent d’une dynamique politique globale, ils ouvrent d’autres espaces démocratiques ; ils peuvent être aussi le lieu de mise en valeur d’enjeux particuliers, le lieu de découvertes de nouveaux talents, le creuset de réseaux militants, une possibilité pour les responsables politiques d’être au contact et d’échanger.The Conversation

Virginie Martin, Docteure sciences politiques, HDR sciences de gestion, Kedge Business School et Gregorio Fuschillo, Professeur assistant de marketing, Kedge Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Présidentielle : l’élection menacée par les fake news et les cyberattaques

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À deux mois aujourd’hui du premier tour de l’élection présidentielle, les risques numériques qui pèsent sur la campagne sont sources de préoccupation. Chacun se souvient des MacronLeaks, la fuite de plus de 20 000 courriers électroniques de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron à deux jours du second tour en 2017. Des cybermenaces ou des opérations d’influence et de manipulation avaient également eu lieu lors des Européennes de 2019.

Le gouvernement a pris le sujet très au sérieux en amont de la présidentielle. En septembre, le Premier ministre a réuni tous ses ministres en marge du Forum international de la cybersécurité de Lille (Fic) ; l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) a réuni les responsables cybersécurité des états-majors de campagne des candidats pour leur prodiguer ses recommandations ; et un service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum) a été créé le 15 octobre. 

Désinformation et intelligence artificielle

Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) a réuni à cette époque tous les partis représentés au Parlement pour les sensibiliser aux questions de cybersécurité. LREM, qui avait été prise pour cible en 2017, a recruté en septembre l’ancien directeur des Services et produits d’Orange Christian Bombrun pour piloter la stratégie numérique et donc la sécurité de celle-ci.

Le mois dernier, le groupe Onepoint, spécialisé dans la cybersécurité, a organisé une table ronde « Les élections présidentielles de 2022 face aux risques numériques » et présenté une étude sur le sujet détaillant notamment trois scénarios : ingérence étrangère et désinformation ; hacktivisme et intelligence artificielle (deepfake) ; et hameçonnage et biais cognitifs. 

« Pour faire face à l’essor de ces risques numériques et permettre le bon déroulement de la campagne présidentielle de 2022 nous sommes convaincus qu’il faut renforcer la coordination et le contrôle des plateformes numériques par des organisations indépendantes et certifiées et renforcer la sensibilisation et la pédagogie auprès de tous les publics votants pour les équiper, les aider à identifier les tentatives de manipulation », expliquent les experts.


Facebook et Instagram quitteraient l’Europe ? Une hypothèse très peu probable

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Par Constantin Pavléas, avocat en droit des nouvelles technologies, dirigeant-fondateur du cabinet Pavléas Avocats et coordinateur du programme « Droit du numérique et Propriété intellectuelle » à l’école des Hautes Etudes Appliquées du droit (HEAD) 

De nombreux médias ont annoncé la « menace » de Mark Zuckerberg de quitter l’Europe. Il ne s’agit pourtant pas d’une déclaration du fondateur de Facebook mais de l’extrait d’un rapport annuel de l’entreprise envoyée aux autorités boursières américaines. Celui-ci envisageait différents scénarios, y compris ce retrait d’Europe dans le cas où aucun accord cadre pour le transfert des données outre-Atlantique ne succéderait au Privacy Shield (invalidé en juillet 2020) et où Meta ne pourrait pas se fonder sur les Clauses Contractuelles Type de la Commission européenne pour justifier les transferts de données inhérents à son activité. 

Il s’agissait donc pour Meta d’informer le marché d’un risque potentiel pesant sur son activité future et non pas une menace comme cela a été dit.

Facebook a été condamné fin 2021 à une amende 60 millions d’euros pour sa politique de gestions des cookies en France, incompatible avec le Règlement général européen sur la protection des données (RGPD). Son modèle de publicité ciblée est freiné par les règlementations européennes et par le nouveau protocole édicté par Apple qui impose à tout développeur d’applications sur iOS de soumettre le transfert de données entre applications à l’autorisation de l’utilisateur. De manière générale, Meta est en perte de vitesse, avec une annonce de perte d’abonnés qui a causé une chute de 25% de la valeur de ses actions en bourse.

Ce retrait est cependant peu probable. L’Europe est un marché majeur pour Meta, comme pour tout géant de la tech. Les réglementations européennes encadrent la publicité ciblée en ligne, mais ne l’empêchent pas. Il appartient donc à Meta de se conformer aux réglementations applicables et de reconnaître qu’au 21esiècle, le consommateur ciblé doit être (i) informé ; et (ii) consentant. Du moins en Europe…

Quelle place pour les maths en France ?

 

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Par Claude Lelièvre, Université de Paris

Un vent de tempête semble actuellement souffler sur l’enseignement des mathématiques si l’on en juge par les déclarations fracassantes de ce début d’année 2022 autour de la réforme du lycée initiée par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, et entrée en vigueur en 2019.

En mettant fin aux séries générales S (scientifique), L (littéraire) et ES (économique et sociale), cette réforme a réorganisé les programmes de première et de terminale autour d’un tronc de matières obligatoires, d’enseignements de spécialité – trois en première, deux en terminale à choisir parmi une dizaine de possibilités – et d’une à deux options.

Dans ce cadre, les maths quittent dès la fin de la seconde le tronc commun et sont enseignées soit en spécialité soit en option « mathématiques complémentaires » en terminale pour ceux qui abandonnent la spécialité en terminale. « Nous avons voulu faire baisser la pression sur cette discipline et qu’elle ne soit plus une variable de sélection des élèves, mais un enseignement de choix », a déclaré au Monde l’inspecteur général Charles Torossian, coauteur avec Cédric Villani, en 2018, des « 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques ».

Résultat : le nombre d’élèves étudiant les maths jusqu’au bac serait en déclin. En 2020-2021, « 59 % des élèves suivaient un enseignement de maths en terminale contre 90 % avant la réforme », selon les sociétés et associations savantes de mathématiques qui s’inquiètent des conséquences de ces évolutions. Inquiétudes reprises par le Medef qui demande dans ses propositions pour la présidentielle 2022 de « renforcer l’enseignement mathématique, scientifique, technologique et numérique » et de revenir sur la réforme du bac « dans un contexte où la formation d’ingénieurs et de techniciens est primordiale ».

Distance historique

Une bataille des chiffres a fait rage, complexe voire assez confuse. Et dimanche, sur Cnews, Jean-Michel Blanquer en est venu à dire qu’il faudrait « probablement » ajouter des mathématiques dans le tronc commun des classes de première et de terminale pour que « l’ensemble des élèves » aient davantage de « culture mathématique ».

Derrière tous ces débats se pose en effet la question de la place des maths dans le système éducatif et dans la société en général. Prendre un peu de distance historique permet de comprendre que les maths n’ont pas toujours été la discipline reine que l’on connaît, que leur place a varié au fil des époques et est matière à débat public.

Rappelons d’abord que, pendant longtemps, ce sont les lettres classiques qui ont été au principe même de l’éducation des élites, les sciences et les mathématiques étant réduites à la portion congrue. Au milieu du XIXe siècle, dans l’enseignement secondaire classique (le seul secondaire qui existe alors, réservé de fait à moins de 2 % des garçons), un lycéen, en suivant un cursus complet de la sixième à la terminale, passe 40 % de son temps en latin et grec (deux fois plus en latin qu’en grec), 13 % en français, 11 % en histoire-géographie, 11 % en mathématiques et en sciences, 8 % en langue vivante.

Si c’est la période gaullienne qui marquera un tournant pour la place des maths et des sciences dans la formation des élèves, la réforme de 1902 déjà institue une brèche « moderne » dans le dispositif. Après un premier cycle classique, trois sections se distinguent en seconde : une section latin-grec (A), une section latin-langues (B), une section latin-sciences (C) ; mais il existe désormais en outre une section moderne dite langue-sciences (D) qui succède, elle, à un premier cycle sans latin. Cependant la hiérarchie des sections est sans équivoque : les trois sections classiques l’emportent sur la nouvelle venue, la section « moderne ».

Tournant gaullien

Lorsque Charles de Gaulle devient Président de la République en 1958, le traité de Rome, signé en 1957, vient d’instituer l’Europe communautaire. La mise en orbite par l’Union soviétique, en 1957 également, du premier satellite terrestre – le spoutnik – interpelle l’ensemble des pays de l’Ouest : qu’en est-il de la suprématie scientifico-technologique des uns et des autres ?

À partir du milieu des années 50, les USA avaient d’ailleurs déjà déclenché une campagne alarmiste à destination de leur opinion publique et de leurs alliés européens : l’URSS était en train de gagner la bataille des cerveaux, celle des ingénieurs et des cadres supérieurs. Le volontarisme nationaliste gaulliste prend cette situation comme un défi à relever, comme le soulignent les Mémoires d’espoir de Charles de Gaulle :

« Puisqu’en notre temps la France doit se transformer pour survivre, elle va dépendre autant que jamais de ce que vaudra l’esprit de ses enfants à mesure qu’ils auront à assumer son existence, son rôle, son prestige […]. Il s’agit que l’enseignement qui leur soit donné, tout en développant comme naguère leur raison et leur réflexion, réponde aux conditions de l’époque qui sont utilitaires scientifiques et techniques ».

En vertu du très important décret du 10 juin 1965, les chemins conduisant au baccalauréat se spécialisent dès la classe de seconde avec quatre séries (ou filières) générales : A (littéraire), B (sciences économiques et sociales), C (mathématiques), D (sciences expérimentales).

Les maths à l’école (INA Société. En 1985, le ministre de l’éducation, Jean Pierre Chevènement, a présenté dans une interview publiée dans le Point, les grandes lignes de la réforme des lycées qui vise à diminuer le rôle des mathématiques dans la sélection des élèves et à rééquilibrer les sections).

Notons que ces évolutions dans le secondaire s’accompagnent aussi de changements de perspectives au niveau du primaire. Si « les exercices pratiques, les applications usuelles, les démonstrations simples et familières », doivent ‘être l’âme et la vie de l’école » selon les Instructions officielles du 28 mars 1882 (signées Jules Ferry), en 1960, le mathématicien Jean Dieudonné pose dans un texte célèbre la question d’une toute autre place des mathématiques et d’un tout autre enseignement.

« Quel but poursuit-on dans nos civilisations modernes en enseignant les mathématiques aux enfants ? Il s’agit de leur enseigner à ordonner et enchaîner leur pensée selon la méthode dont se servent les mathématiciens parce qu’on reconnaît dans cet exercice un excellent moyen pour développer la clarté d’esprit et la rigueur du jugement. C’est donc l’essence de la méthode mathématique qui doit faire l’objet de cet enseignement, les matières enseignées ne devant en être que des illustrations bien choisies ».

C’est ainsi, après quelques péripéties, que l’on aura la mise en place à l’école de ce que l’on appellera les « mathématiques modernes », dès la deuxième moitié des années 1960 dans l’enseignement secondaire, à partir de 1970 dans le primaire. Les tenants des « mathématiques modernes » ont unifié les mathématiques par un formalisme qui impliquait un niveau supérieur d’abstraction. Ce faisant, ils n’ont pas toujours évité – tant s’en faut – de mettre en place une sorte de langue formelle dont il fallait apprendre le lexique et la syntaxe, ce qui requérait une gymnastique intellectuelle susceptible d’avoir des effets élitistes, voire inégalitaires.

Rééquilibrer les filières ?

Au niveau du lycée, le système des filières avait été conçu comme devant être le cadre fonctionnel pour une bonne orientation qui tienne compte des aptitudes et des goûts des élèves afin de les préparer, dans des cursus adaptés, à des poursuites spécifiées d’étude dans l’enseignement supérieur. Mais la filière C (dite « maths-sciences », rebaptisée depuis S après sa fusion avec l’ancienne filière D) a été convoitée bien au-delà de ce à quoi elle devait normalement (fonctionnellement) conduire, à savoir des orientations spécifiques requérant des capacités particulières dans le domaine mathématique et scientifique.

Du fait de sa position dominante de filière d’excellence, elle a ouvert pratiquement à tout (et souvent en priorité), ce qui a conduit à un certain nombre de dysfonctionnements en chaîne du système, au détriment de la filière B (rebaptisée depuis SES, « sciences économiques et sociales ») et surtout de la filière A (« littéraire » rebaptisée depuis L). Dès 1983, le rapport sur les seconds cycles a souligné que « les études à dominante scientifique, détournées de leur finalité, servent en fait à définir une élite ». Depuis cette date, tous les rapports sur le lycée, tous les projets de réforme ont voulu « rééquilibrer les filières et les séries » en luttant contre la prééminence du bac scientifique constitué en voie royale.

Réforme du bac : première rentrée pour les élèves de première (France 3 Grand-Est, 2019).

Cela n’impliquait pas que les maths en elles-mêmes étaient la voie royale. Au contraire même, à certains égards. Certes, c’était parce qu’il y avait des mathématiques d’un plus haut niveau dans cette filière que dans les autres que cette filière a pu devenir la « voie royale ». Mais nombre d’élèves l’ont choisie non pas pour se préparer à des études supérieures requérant un haut niveau de mathématiques mais parce qu’on pouvait avoir ce baccalauréat-là avec des notes moyennes, voire médiocres, en mathématiques, compensées par de bonnes notes dans d’autres disciplines et que – ce faisant – ce baccalauréat C ou S était de fait moins un baccalauréat « maths-sciences » qu’un baccalauréat généraliste d’excellence planant au-dessus des autres.

La réforme engagée par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer tente de mettre fin au système des filières qui a abouti à ce dysfonctionnement majeur sans pouvoir être corrigé. Aboutira-t-on cette fois-ci non pas à une filière d’excellence généraliste (baptisée « maths-sciences ») mais à une « voie royale » de la discipline « mathématiques » elle-même ? Ou a d’autres voies d’excellence (voire « royales ») dans d’autres disciplines ? L’histoire, comme on dit, tranchera.The Conversation

Claude Lelièvre, Enseignant-chercheur en histoire de l'éducation, professeur honoraire à Paris-Descartes, Université de Paris

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

En rachetant Activision, Microsoft tente de s’ouvrir les portes du métavers

 

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Par Frédéric Prévot, Kedge Business School

Microsoft montre un appétit à la hauteur de son gigantisme. L’entreprise a annoncé le 18 janvier dernier l’acquisition d’Activision, un pionnier de l’édition de jeu vidéo qui figurait au premier rang des entreprises du secteur. Chiffrée à 68,7 milliards de dollars, c’est la plus importante acquisition en 100 % numéraire (c’est-à-dire « en cash », sans utiliser des actions comme monnaie) de l’histoire, reléguant au second plan le rachat record du géant Monsanto par Bayer il y a 6 ans.

Côté Microsoft, il s’agit de sa plus grosse opération, représentant plus de deux fois et demie la valeur de sa prise de contrôle de LinkedIn en 2016. Cela démontre l’importance qu’il accorde au secteur du jeu vidéo. Et c’est compréhensible quand on sait qu’il s’agit d’un immense marché de 3 milliards de joueurs actifs (soit 40 % de la population mondiale !), qui pèse près de 200 milliards de dollars de ventes annuelles.

Malgré une telle acquisition, Microsoft reste encore loin de dominer le secteur. Il passera simplement de 6,5 % à 10,7 % de parts de marché et se hissera seulement à la troisième position derrière son concurrent direct Sony et le leader chinois Tencent. La consolidation de sa position dans le jeu vidéo est certes une raison du rachat, mais il est fort probable que les objectifs de Microsoft se situent au-delà de ce secteur.

C’est en mobilisant une approche stratégique fondée sur les ressources et les compétences, qui fait l’objet de nos recherches, que nous pouvons mieux comprendre le mouvement concurrentiel de Microsoft. Le développement de pièces maitresses doit mener la firme de Redmond du jeu vidéo au « métavers », ce fameux monde virtuel en 3D qui devrait constituer « l’Internet du futur ».

Fédérer une communauté

Pour les géants du secteur, le succès dans les jeux vidéo repose sur le développement et le contrôle de franchises, ces suites de jeux devenus des blockbusters à partir desquels on peut créer contenus médias et produits dérivés. Avec l’acquisition d’Activision, ce sont par exemple Diablo ou Call of Duty, comptant parmi les séries les plus vendues de tous les temps, qui tombent dans l’escarcelle de Microsoft.

La stratégie était déjà bien amorcée depuis 2009 avec l’acquisition de Rare, puis couronnée de succès grâce à la prise de contrôle de Mojang (créateur du célébrissime Minecraft) en 2014. Elle s’est très nettement accélérée ces dernières années avec le rachat de 7 studios en 2018 et 2019 et l’acquisition de Bethesda et ses 8 studios en 2021 pour 7,5 milliards de dollars. Au total, Microsoft possède aujourd’hui 30 studios.

Posséder un large catalogue de jeux à succès est déterminant car les bénéfices de l’industrie ne reposent plus sur la vente de jeux mais sur la gestion des accès via les abonnements à des plates-formes. Entrent aussi en jeu les achats intégrés (items, ressources, monnaie de jeu, costumes de personnages, accès à du contenu ou des extensions de jeu, etc.) et la collecte et l’exploitation des données des joueurs. C’est ce que l’on appelle le jeu à la demande (GOD : game on demand), un peu comme Netflix et la VOD, mais pour les jeux.

Microsoft, via sa plate-forme Xbox Game Pass, fédère une communauté de 25 millions d’abonnés qu’il faut attirer et satisfaire en proposant un catalogue toujours plus étoffé. Avec le rachat d’Activision, Microsoft accède à un ensemble représentant une base de 400 millions de joueurs actifs répartis dans 190 pays.

Conquérir de nouveaux segments de marché

L’opération apporte un autre atout déterminant : l’accès au jeu sur mobile. Activision avait en effet racheté, pour 5,9 milliards de dollars en 2016, le studio King, créateur du célébrissime Candy Crush, un des jeux sur mobile les plus rentables. Ce segment, sur lequel Microsoft était peu présent, compte aujourd’hui pour 52 % des ventes du secteur, loin devant les jeux pour console (28 %) et pour PC (20 %). C’est donc une avancée concurrentielle importante pour Microsoft dont la stratégie reposait jusqu’à présent essentiellement sur les jeux pour console.

En mettant la main sur Activision, Microsoft s’adjuge des jeux sur mobiles parmi les plus téléchargés. Pexels/Pixabay, CC BY-SA

Microsoft se renforce également sur le segment spécifique du jeu en ligne multi-joueurs, Activision possédant notamment World of Warcraft, un des leaders en la matière. En s’offrant par la-même la Major League Gaming, Microsoft entre enfin en force sur le marché du e-sport, dont la valeur est estimée à 1 milliard de dollars et qui regroupe une communauté active de plus de 200 millions de fans. À tout cela s’ajoute un avantage en termes d’internationalisation des activités car Activision se trouve bien implanté sur le marché chinois, le plus important du secteur en volumes de ventes.

L’acquisition d’Activision permet à Microsoft de renforcer ses activités, d’accéder à de nouveaux segments de marché et de réaliser des synergies en combinant les compétences de création de contenu d’Activision avec ses propres capacités technologiques et de distribution. Il s’agit là de consolider une position face à des concurrents de diverses natures.

Se positionner en diffuseur incontournable

La presse spécialisée a annoncé tout récemment l’intention de Sony de lancer le projet Spartacus. Le créateur de la console Play Station, numéro deux du secteur des jeux vidéo, souhaite développer un service visant à concurrencer le Game Pass de Microsoft en fusionnant ses deux offres Play Station Now (jeu en ligne ou à télécharger) et Play station Plus (jeux multi-joueurs en ligne). Car si l’entreprise japonaise est en effet devant Microsoft en ventes de consoles, elle reste en retard sur les offres d’abonnement.

Face à la montée de son concurrent direct, Microsoft a tout intérêt à rendre son propre catalogue de jeux le plus large possible pour accroître l’attractivité de sa plate-forme. Mais le contrôle du marché des consoles n’est sans doute pas l’objectif de Microsoft, qui vend depuis des années ses consoles Xbox à perte. La stratégie de Microsoft semble reposer surtout sur le développement du Game Pass. Dans ce secteur, les concurrents se nomment plutôt Apple, Google et Amazon.

Les deux premiers contrôlent non seulement les accès au jeu mobile via l’App store et le Google store mais ils se développent également directement dans le jeu avec Apple Arcade et Google Stadia. De son côté, Amazon ne cache pas ses ambitions : le géant de la distribution en ligne a déjà créé son premier jeu, New World, a développé Amazon Prime Gaming, qui propose mensuellement une sélection de jeux offerts, a lancé l’année dernière un service de cloud gaming, Luna, et possède la plate-forme Twitch.

Avec l’acquisition d’Activision, Microsoft se positionne lui-même comme un diffuseur incontournable dans le cloud gaming en associant un catalogue attractif à son Game Pass. Il étoffe et fidélise sa communauté de joueurs, qui est sans doute la ressource la plus précieuse et celle qui lui ouvre les portes du métavers.

Se distinguer de Meta

Facebook est récemment devenu Meta et Marc Zuckerberg a présenté en détail son projet de métavers, un espace virtuel permettant des interactions sociales et commerciales en utilisant la réalité virtuelle et la réalité augmentée. Dans sa conférence d’annonce de l’acquisition d’Activision, Satay Nadella, le PDG de Microsoft, a lui aussi précisé, à plusieurs reprises, ses intentions de devenir un acteur majeur en la matière. Il s’est positionné clairement contre Méta en proposant une vision autoproclamée plus ouverte du métavers.

À la suite de ses diverses tentatives ratées de pénétrer le secteur des réseaux sociaux en rachetant TikTok, Discord ou Pinterest, le jeu vidéo semble être la voie principale qu’il choisit finalement pour accéder au métavers. Tout comme Méta, Microsoft a développé étape par étape les pièces maitresses composant l’architecture du métavers. Citons ici son casque de réalité augmentée Hololens, sa plate-forme de réalité virtuelle Horizon World, la deuxième plus grande plate-forme cloud avec Azure, des investissements dans les cryptomonnaies, le développement d’avatar 3D pour l’application de visioconférences Teams, ses réseaux sociaux spécialisés LinkedIn et GitHub, et, surtout, sa plate-forme de collaboration virtuelle holographique Mesh.

Ces éléments certes nécessaires ne permettent cependant pas à Microsoft de se distinguer franchement de Meta. La firme créée par Bill Gates et Paul Allen peut en revanche se différencier grâce à sa position de force dans les jeux. Ils sont une porte d’entrée privilégiée dans le métavers non seulement parce qu’ils en seront une des applications principales, mais aussi parce qu’il y a là un formidable intégrateur de communauté en ligne.

En pleine confiance

Les planètes se sont même alignées de façon heureuse pour Microsoft. Le tourbillon dans lequel Activision est entrainé avec les accusations de sexisme et de harcèlement sexuel en son sein l’a très certainement fragilisé et rendu plus facile à acquérir pour Microsoft. Et l’annonce peut être effectuée dans un timing parfait, quelques semaines à peine après le lancement de Meta

Il reste encore à passer de l’annonce à la réalisation de l’acquisition, prévue pour 2023. Une étape importante en sera la validation par les autorités de régulation de la concurrence. Et à ce niveau, les planètes ne semblent plus vraiment alignées car la Federal Trade Commission et le Département de la Justice aux États-Unis ont annoncé ce même 18 janvier, quelques heures à peine après l’information du rachat d’Activision par Microsoft, qu’elles souhaitaient renforcer les lois anti-trust et porter une attention toute particulière aux Big Tech.

Microsoft, qui a longtemps été marqué par le traumatisme de son procès anti-trust et ses amendes record qui ont failli entrainer son démantèlement il y 20 ans, semble néanmoins aujourd’hui en pleine confiance, comme en témoigne son PDG Satya Nadella. La firme a même accepté d’inclure dans le contrat d’acquisition des pénalités de 3 milliards de dollars qui seraient versées à Activision si l’affaire ne devait pas être conclue.The Conversation

Frédéric Prévot, Professeur de Stratégie et Management International, Kedge Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Présidentielle : l’application Elyze ambitionne de reconnecter les jeunes avec la politique

 

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Comment reconnecter les jeunes à la politique ? Comment convaincre les 18-24 ans que la politique n’est pas vaine pour faire bouger les choses, que le vote à la prochaine élection présidentielle est important s’ils veulent faire entendre leur voix ? Alors que 87 % des 18-25 ans n’ont pas voté aux dernières élections régionales en juin dernier, et que 64 % d’entre eux « montrent des signes d’une impressionnante désaffiliation politique » selon une récente enquête de l’Institut Montaigne (lire ci-dessous), les initiatives se multiplient, en l’absence notamment d’une grande campagne d’information civique gouvernementale.

Les états-majors des candidats, notamment celui de Jean-Luc Mélenchon, multiplient les actions sur les réseaux sociaux, de Twitch à TikTok. Mais des projets citoyens ont également vu le jour comme l’application Elyze à installer sur son smartphone. Celle-ci reprend le fonctionnement de l’application de rencontres Tinder et son célèbre swipe, ce geste avec lequel on glisse à droite ou à gauche pour refuser ou accepter le profil que l’on voit. Dans Elyze, les profils sont remplacés par les propositions des candidats : on peut dire qu’on les aime, qu’on s’y oppose ou ne pas y répondre. Au bout de 100 réponses, l’utilisateur peut consulter son podium personnel et savoir assez précisément de quel candidat il est le plus proche politiquement.

Plus d'un million de téléchargements

Les créateurs de l’application, dont Grégoire Cazcarra, étudiant et fondateur en 2017 du mouvement citoyen apolitique « Les Engagés », ont été débordés par le succès surprise de leur application qui s’est hissée à la première place des magasins d’applications selon AppAnnie et à la 13e mondiale début janvier. Ils escomptaient 20 000 téléchargements, ils ont dépassé le million. Un succès qui s’est accompagné de virulentes critiques sur la sécurité insuffisante de l’application – une faille avait été détectée par un spécialiste – et sur le devenir des données des utilisateurs, hautement sensibles sur lesquelles la Cnil s’est penchée. Aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre assure le Toulousain Alexis Costa, l’un des 30 membres de l’équipe et directeur de développement national chez « Les Engagés. »

« Dans les CGU on avait précisé que la vente de données aurait pu être possible même si ce n’était pas notre objectif. On demandait la date de naissance, le code postal et le genre, des données qui étaient facultatives. Pour prouver notre bonne foi, nous avons supprimé toutes les données que nous avions collectées et rendu open source l’application pour avoir des retours de développeurs », précise à La Dépêche Alexis Costa.

À ce jour l’application recense 500 propositions émises par les candidats à l’élection présidentielle. L’équipe d’Elyze met à jour cette base au fur et à mesure que la campagne avance.

Quant à ceux qui critiquent l’application pour son côté trop ludique et estiment que ce n’est pas avec de la technologie que l’on redonnera le vrai goût de la politique, bien plus complexe qu’un swipe, l’équipe d’Elyze ne veut pas polémiquer. « Je comprends tout à fait. Mais ce n’est qu’un outil, une aide qui ne remplace ni les programmes, ni les débats », répond Alexis Costa.

BathyBot, le petit robot qui veut percer les mystères des abysses en Méditerranée

 
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Dans son dernier livre « Voyages en mers françaises » (Editions Place des Victoires), son auteur Olivier Poivre d’Arvor nous expliquait combien il était important de davantage connaître nos océans pour mieux les protéger. Explorer les abysses pour mesurer la fragilité et la beauté des écosystèmes, c’est justement la mission du petit robot BathyBot qui ambitionne de percer les mystères des abysses en Méditerranée. Car ce qu’il se passe au-delà de 1 000 mètres de profondeur, là où l’obscurité devient totale, reste peu connu et peu étudié.

« C’est là que le carbone organique se transforme en carbone inorganique, mettant en œuvre des processus qui impactent sur le changement climatique et dont nous ne connaissons pas encore toutes les finesses », explique l’Institut Méditerranéen d’Océanologie qui a mis au point ce rover blanc et jaune qui n’a rien à envier à ceux que l’on a envoyés sur Mars.

À 2 400 mètres de profondeur

BathyBot dispose de chenilles qui lui permettent de se déplacer sur le fond sédimentaire. Le robot « embarque des sondes permettant d’effectuer des mesures en temps réel et est muni de deux caméras dont l’une scrutera la bioluminescence avec une telle sensibilité qu’elle n’aura pour seul éclairage qu’une lumière rouge connue pour ne pas effrayer les organismes des profondeurs », précise l’Institut. BathyBot dispose aussi d’une base d’accueil, BathyReef, une rampe ajourée de béton de 4 mètres de long pour 2,5 de large, qui lui sert de point d’observation et, en tant que récif artificiel, pourra accueillir en son sein de petits organismes vivants.

Le robot est relié par un câble de 50 mètres au BathyDock, la nacelle qui permet de le faire descendre sous l’eau. Celle-ci est elle-même reliée à la surface où les ingénieurs et scientifiques pilotent le robot. Ce rayon d’action devrait être augmenté à l’avenir avec la perspective de rendre un jour le robot autonome.

Suivre le robot en direct sur Twitter

La première mission de BathyBot a commencé ce 3 février au large de Toulon, à 2 400 mètres de profondeur. EMSO-LO permettra d’étudier les communautés biologiques vivant au fond de la Méditerranée et les paramètres physico-chimiques océanographiques (oxygénation, température, salinité…). On pourra suivre les avancées du robot sur son propre compte Twitter (@bathybot).

BathyBot sera remonté tous les deux ans et pourra recevoir de nouveaux outils, par exemple pour permettre des « micro-carottages » dans le sol de sédiments sur lequel il évoluera. Sa durée de vie prévue est d’au moins cinq à dix ans.

(Article publié dans La Dépêche du 6 février 2022)