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La 5G+ est-elle enfin la vraie révolution attendue dans l’évolution des réseaux mobiles ?

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Par Lionel Paris, expert produits réseau pour Netgear

Après des années d’attente et de promesses technologiques, la 5G+ est officiellement là. Orange, premier opérateur en France à exploiter pleinement la bande passante dédiée de la 5G Standalone (SA), marque un tournant décisif dans l’évolution des réseaux mobiles. Mais cette nouvelle génération de connectivité tient-elle réellement ses promesses ?

Une évolution nécessaire, mais tardive

Jusqu’ici, la 5G que nous connaissions (NSA – Non Standalone) n’était qu’une amélioration progressive de la 4G. Son principal défaut : elle s’appuyait encore largement sur les infrastructures 4G existantes, limitant ainsi ses bénéfices en matière de latence et de débits. Avec la 5G+, nous passons enfin à une architecture entièrement dédiée, ce qui ouvre la voie à des performances nettement supérieures.

Orange, après avoir testé son offre « 5G+ Home » en octobre 2024, et lancé un forfait mobile Pro en février 2025, généralise aujourd’hui son offre au grand public. Mais ce déploiement tardif soulève des questions : pourquoi avoir attendu si longtemps pour offrir aux consommateurs une véritable expérience 5G ?

Des performances qui séduisent, mais une couverture encore inégale

Les avantages de la 5G+ sont indéniables : une latence réduite, une capacité accrue dans les environnements très denses (stades, festivals, transports) et une gestion plus efficace des ressources grâce au découpage en tranches du réseau (network slicing). Cependant, le réseau est encore loin d’être universel. L’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) comptabilise, au 1er mars, environ 41 500 sites 5G/5G+, non loin des 61 500 sites 4G en place.

Un marché encore fragmenté

Orange fait le pari de la performance avec un déploiement massif en 3,5 GHz, là où Free privilégie la couverture avec une forte implantation en 700 MHz. De leur côté, SFR et Bouygues Telecom adoptent une approche plus mesurée, en équilibrant le déploiement entre 2,1 GHz et 3,5 GHz. Si Orange met en avant « le meilleur de son réseau mobile », l’écart entre les stratégies des opérateurs soulève une problématique majeure : les consommateurs sont-ils réellement gagnants dans cette bataille technologique ? Entre couverture et performance, le choix s’avère encore complexe pour l’utilisateur final.

Une adoption freinée par des contraintes matérielles

Autre écueil : la compatibilité des appareils. Contrairement aux précédentes évolutions du réseau mobile, la partie voix dela 5G+ repose sur un protocole exclusivement basé sur la VoIP (VoNR – Voice over New Radio), nécessitant des mises à jour logicielles et des certifications opérateurs. Résultat : peu de smartphones sont pleinement compatibles au lancement, et les utilisateurs d’iPhone devront attendre une future mise à jour iOS. Un frein non négligeable qui rappelle une réalité du secteur : une technologie n’est jamais adoptée immédiatement par le grand public, même lorsqu’elle est techniquement prête.

Une révolution sous conditions

La 5G+ marque une avancée majeure dans l’univers des télécommunications. Elle apporte enfin les performances que la 5G promettait depuis son introduction en 2020, sans surcoût supplémentaire. Toutefois, des défis subsistent : une couverture encore partielle, une adoption matérielle à géométrie variable, et des offres qui, bien que compétitives, restent disparates d’un opérateur à l’autre.

Alors, la 5G+ est-elle la vraie révolution attendue ? Oui, mais elle reste une révolution incomplète, qui nécessitera encore du temps pour s’imposer comme le standard incontournable du mobile.


La 5G est-elle plus sûre que la 4G et la 3G ?

 

5G

Par Cristina Onete, Université de Limoges

Deux questions majeures se posent : le contenu des communications entre deux utilisateurs peut-il être intercepté et lu par un tiers ? Les utilisateurs peuvent-ils être tracés ou géolocalisés ?

On fait le point sur la sécurité des télécommunications mobiles, en expliquant les différences entre la 4G et la 5G.


Les réseaux mobiles permettent aux utilisateurs d’échanger n’importe quand, pour peu que l’on se trouve sous la couverture massive de la 4G ou la 5G.

Malheureusement, l’ubiquité des communications mobiles a également des effets indésirables : la possibilité d’accéder au contenu des communications et de tracer les utilisateurs, voire de les identifier. Un problème quand on sait que l’utilisation d’un smartphone devient presque inévitable pour de nombreux aspects de nos vies quotidiennes : authentification à double facteur, confirmation et suivi de commandes, accès aux transports en commun, accès à l’éducation pour les adultes et les enfants, jusqu’à des processus démocratiques comme l’exercice du droit de vote.

Le passage de la technologie 4G à la technologie 5G est une transformation d’architecture permettant l’accès à un nombre très important de services et un renforcement de la sécurité 4G par rapport à certaines attaques connues. Ce passage permet une meilleure résistance au traçage, et aussi une meilleure confidentialité… à condition qu’une méthode de chiffrement soit proposée par l’opérateur — ce qui n’est pas toujours le cas.

Confidentialité et anonymat : deux des grands enjeux de la sécurité des communications mobiles

Dans un réseau mobile, les ondes émises par des équipements utilisateurs (téléphones, tablettes…) sont reçues, traitées et relayées par des éléments d’un réseau d’accès. Si l’utilisateur se trouve dans son propre pays, ses communications passeront par le réseau d’accès de l’opérateur mobile auprès duquel l’utilisateur a un abonnement (c’est le réseau propre ou home network). Si l’utilisateur est à l’étranger, sa communication sera relayée par un opérateur partenaire (réseau de service ou service network).

Disons qu’Alain, un habitant d’une jolie ville française, utilise son téléphone pour envoyer un texto à sa voisine Barbara, en vacances aux Pays-Bas. Le message d’Alain sera pris en charge par son réseau propre, mais pour qu’il arrive à Barbara, il passera par des réseaux de services partenaires (qui permettent à Barbara d’accéder au message d’Alain). Typiquement, si le réseau d’Alain et tous les réseaux partenaires sont fiables, le message arrivera bien à sa destination.

Mais, est-ce que la transmission du message d’Alain est sécurisée ? Est-ce qu’Alain peut être sûr qu’aucun élément de son message ne fuit à aucun attaquant ? Est-ce qu’il peut être sûr, en plus, que toute modification ou transmission partielle sera détectée (et potentiellement rectifiée) ? La confidentialité des données transmises est un premier enjeu des communications mobiles.

De plus, supposons que Barbara a prétendu être aux Pays-Bas pour le travail, mais qu’elle est en fait partie au soleil. Qui peut savoir, grâce à ses communications avec Alain, où elle est ? Est-il légal de la localiser ainsi ? C’est le deuxième grand enjeu de cybersécurité dans les communications mobiles : l’anonymat des utilisateurs.

Le chiffrement des données est prévu… mais il n’est pas toujours obligatoire

Tout d’abord, une bonne nouvelle : les standards techniques pour la 3G, 4G et pour la 5G prévoient bien des mécanismes pour le chiffrement de données, qui permet de garantir un certain niveau de confidentialité.

Ainsi, si le texto envoyé par Alain à Barbara passe par des canaux sécurisés par une forme de chiffrement, la confidentialité des données transmises est (partiellement) garantie. Même en utilisant une antenne capable d’intercepter les signaux émis par Alain, son voisin d’en face, Maurice le Malveillant, ne pourra jamais accéder au contenu des messages d’Alain.

En pratique, le choix d’algorithmes de chiffrement pour la 5G est similaire à celui offert pour la 4G, mais des petites modifications et révisions ont été réalisées pour augmenter le niveau de sécurité, d’une part, et pour rendre certains algorithmes plus rapides, d’autre part.

Mais il y a aussi deux mauvaises nouvelles en ce qui concerne le chiffrement des communications.

Premièrement, alors que des algorithmes de chiffrement sont prévus dans les standards techniques, il n’y a pas d’obligation universelle de les utiliser. Ainsi, dans certains pays, les communications mobiles ne sont pas du tout protégées. Il est donc important de se renseigner lors de voyages, pour savoir quels opérateurs, réseaux et territoires géographiques offrent quels niveaux de garantie — ainsi, un rapport récent signale de potentiels soucis de sécurité par rapport à la Chine, par exemple.

Deuxièmement, le chiffrement de données n’est réalisé qu’en transit, c’est-à-dire que les réseaux de services (propre ou partenaires) qui ont traité les messages y ont accès. Dans le cas hypothétique d’Alain et de Barbara, le message envoyé par Alain est chiffré de son côté, puis déchiffré du côté de son réseau de service, puis rechiffré et envoyé au réseau de service de Barbara, puis finalement déchiffré et rechiffré au niveau du réseau de service de Barbara. Ainsi, les 4 entités ayant accès à ce message sont : Alain, Barbara, et leurs deux réseaux de services.

Selon les législations de chaque pays, les données sont par la suite susceptibles d’être interceptées par des autorités. Ce processus, datant de l’époque des écoutes physiques des appels menés pas des services de renseignement et par la police (la première législation dans ce sens aux États-Unis date de 1968), s’appelle l’« interception légale » : à tout moment, les opérateurs mobiles sont obligés par la loi de ne proposer que des méthodes de chiffrement compatibles avec l’interception légale. C’est ce qui a poussé les opérateurs, notamment les réseaux d’accès, à utiliser un chiffrement de données partiel, qui n’est pas « de bout au bout ».

En effet, pour que le chiffrement soit de bout au bout, il faudrait que seuls l’expéditeur et le destinataire final puissent le déchiffrer. Or, comme on l’a vu, dans les réseaux mobiles, le chiffrement est également déchiffrable par les opérateurs qui fournissent le service mobile (4G, 5G) à l’expéditeur et au destinataire.

Ce mécanisme a plusieurs inconvénients, dont deux très importants : il rend le processus d’interception légale extrêmement facile et parallélisable pour les autorités, et il brise la confidentialité des utilisateurs par rapport aux opérateurs gérant les réseaux de services intermédiaires, alors que cet accès n’est pas demandé spécifiquement par le processus d’interception légale et n’est pas — en théorie — indispensable.

Si des travaux de recherche de plusieurs groupes en France (dont je fais partie), travaillant avec Orange Recherche, suggèrent que l’on peut faire mieux, les méthodes proposées n’ont pas encore été acceptées par des organisations de standardisation.

L’anonymat, un peu meilleur sur la 5G que sur les générations précédentes

Même sans connaître les contenus des communications, en associant celles-ci à un utilisateur donné, un attaquant peut suivre le trajet de celui-ci : c’est le « traçage ». Il est dangereux de trahir notre localisation à des potentiels attaquants : cela indique si notre logement est vide par exemple, mais peut aussi contribuer au profilage d’un utilisateur, voire de l’identifier.

Les réseaux mobiles 3G et 4G permettaient un traçage relativement facile des usagers, par une attaque appelée « IMSI Catcher ». Le terme IMSI est une abréviation de « International Mobile Subscriber Identity », un identifiant permanent et unique par équipement utilisateur qui permet au réseau propre de l’utilisateur de valider son accès aux services. La valeur de l’IMSI de chaque utilisateur est considérée comme sensible justement parce qu’elle permet un traçage direct. Pour la cacher, dans les réseaux 3G et 4G, chaque équipement utilisateur était associé à des identifiants temporaires, appelés TMSI (« Temporary Mobile Subscriber Identity »), qui changeaient de façon imprévisible à chaque communication.

Malheureusement, pour pouvoir garantir un service mobile ubiquitaire sur la 3G et 4G, un mécanisme de repli avait été mis en place, permettant, en cas de perte de TMSI, de retrouver l’IMSI caché derrière. Un attaquant n’avait qu’à exploiter ce système de repli pour tracer un utilisateur par son IMSI. Pire encore, l’attaque était parallélisable : il était relativement facile de retrouver et de tracer un nombre important d’usagers par leurs IMSI à tout moment.

Mais il y a là une bonne nouvelle. Les attaques de type IMSI Catchers ne sont plus aussi faciles à mettre en place dans les réseaux 5G, car, si le mécanisme de repli des générations précédentes existe toujours, l’identifiant permanent n’est plus envoyé en clair sur le réseau : un mécanisme de chiffrement est utilisé.

Mais si ce chiffrement de l’identifiant permanent permet de réduire le traçage à large échelle, le chiffrement utilisé est un chiffrement à clé publique, qui permet à n’importe quelle entité de former des textes chiffrés valides. Ceci ne brise pas la confidentialité d’un message déjà chiffré, mais des travaux existants montrent comment cela peut en revanche permettre à un attaquant de tracer un utilisateur spécifique (dont l’attaquant connaît l’identifiant permanent). L’attaque demande la participation active de l’attaquant et n’est pas parallélisable, mais elle avait déjà été identifiée avant le déploiement des protocoles actuellement en usage dans les réseaux 5G et une solution avait déjà été présentée… sans être adoptée jusqu’à présent.The Conversation

Cristina Onete, Maître de conférence en informatique, Université de Limoges

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

5G à Paris et au Havre : deux approches distinctes pour arbitrer entre potentiel économique et incertitudes sanitaires

5G

Par Laura Recuero Virto, Pôle Léonard de Vinci et Froidevaux Jérémy, Université de Franche-Comté – UBFC

Certaines collectivités locales favorisent le déploiement de la 5G en misant sur les promesses faites autour de cette technologie en termes de solutions industrielles. À l’inverse, d’autres limitent son développement du fait des interrogations sur les enjeux sanitaires, voire environnementaux et sociétaux autour de la 5G. Illustrations avec le port du Havre et la ville de Paris.


Les mouvements de contestation sociale qui ont éclaté dans les années 2000, au début du déploiement de la technologie mobile, ont été relativement comparables en Belgique, en France, en Espagne, en Suisse et au Royaume-Uni. Ce malaise social trouvait son origine, au niveau local, en raison de l’émergence de ces réseaux dans l’environnement quotidien des individus, ce qui provoquait des désagréments et soulevait des préoccupations esthétiques, avec un impact possible sur la valeur des terrains ou des maisons.

Cette inquiétude n’a jamais été vraiment résolue à l’époque, étant donné que les autorités locales n’avaient généralement pas le droit de mettre en œuvre des mesures contre le déploiement et que les administrations centrales suivaient les directives internationales.

Mais une vingtaine d’années plus tard, le contexte est-il le même avec l’arrivée de la 5G ?

Droit de regard des administrations locales

D’abord, malgré des mouvements de contestation contre la 5G qui ont pu aller jusqu’à des dommages physiques sur les stations du réseau mobile, le processus d’autorisation pour l’installation de ces stations a évolué depuis les années 2000 avec une participation plus active de l’administration locale qui a un droit de regard.

En même temps, contrairement aux déploiements initiaux de réseaux mobiles dans les années 2000, la demande au niveau du trafic de données mobiles pourrait être limitée dans les pays et régions où les limites d’exposition sont plus restrictives. C’est notamment le cas de la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, l’Italie, et la Suisse.

Mais surtout, la 5G permet de déployer des solutions industrielles qui permettent d’envisager un développement économique local. Désormais, les administrations locales sont ainsi plus favorables à la 5G qu’elles ne l’étaient à la téléphonie mobile des années 2000, si on en croit les conclusions d’une analyse récente menée par des chercheurs du Pôle Universitaire Léonard de Vinci, et des universités de Poznan et Stirling.

État de lieux de la 5G « industrielle »

Dans son plan d’action 5G de 2016, la Commission européenne a présenté l’objectif d’assurer une couverture 5G ininterrompue dans les zones urbaines et le long des principaux axes de transport d’ici 2025. En mars 2021, elle a étendu cet objectif pour inclure une couverture 5G de toutes les zones peuplées d’ici 2030.

Source : Agence nationale des fréquences.

La Commission avait notamment fixé la fin 2020 comme date limite pour octroyer les bandes 3,4-3,8 GHz et 26 GHz (Directive (UE) 2018/1972, point 135). La 5G est en effet considérée comme un atout stratégique pour l’innovation dans un cadre concurrentiel dans la scène internationale, notamment avec des pays tels que les États-Unis, la Chine mais aussi l’Inde.

La 5G dite « industrielle » a la capacité de transformer de nombreux secteurs tels que la mobilité connectée, la santé, l’industrie 4.0, et la logistique. Pour faciliter ces développements, parallèlement aux déploiements en cours de la 5G sur les réseaux nationaux, l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques, des Postes et de la distribution de la Presse (ARCEP) permet à l’ensemble des professionnels industriels de procéder à des expérimentations afin s’approprier les innovations et les usages liés à la 5G.

Alors que les solutions industrielles tardent à se concrétiser, le président de la mission 5G industrielle, Philippe Herbert, soulève l’intérêt d’avoir des entreprises « prêtes à se lancer dans un déploiement pour avoir un effet boule de neige sur toute une filière par la suite ».

Cette mission a notamment identifié les freins les plus importants pour le déploiement de la 5G industrielle, en particulier, l’insuffisante disponibilité d’équipements et de services adaptés, la difficulté à trouver les bonnes compétences mais aussi les interrogations sanitaires, environnementales et sociétales.

Manque de données sur les potentiels effets sur la santé

Les valeurs limites d’exposition fixées par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP) pour se protéger des champs électromagnétiques ont été largement adoptées dans le droit national par de nombreux pays à travers le monde.

Ces valeurs ont été récemment actualisées pour tenir compte de la 5G. Néanmoins, certains pays ont choisi de mettre en œuvre des limites d’exposition plus strictes depuis les années 2000.

Jusqu’à présent, indépendamment du pays, de l’année et du type de technologie mobile, l’exposition aux ondes est bien en dessous des limites définies pour le public par l’ICNIRP. Ceci est aussi vrai avec la 5G. En effet, quelques études ont été menées sur les niveaux d’exposition attendus pour la technologie 5G sur la base des données issues de simulations, d’expérimentations et de déploiements commerciaux.

Néanmoins, d’un point de vue scientifique, d’après l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), il existe de l’incertitude concernant les éventuels effets sur la santé liés notamment à l’intermittence du signal associé à certaines technologies sans fil utilisées par la 5G et à l’utilisation des bandes de fréquences à 26 GHz. Davantage d’études spécifiques à la technologie 5G doivent être menées, en particulier sur ces deux aspects, conclut en substance l’Anses.

À noter que, dans ce rapport, l’Agence évoque aussi brièvement les interrogations que soulève aussi le déploiement de la 5G sur le plan environnemental.

Le Havre et Paris : deux approches bien distinctes

Compte tenu de l’ensemble de ces élements – incertitudes sanitaires versus promesses économiques –, les collectivités locales se positionnent différemment quand elles doivent arbitrer au sujet du déploiement de la 5G sur leur territoire.

Prenons le cas du Havre (Seine-Maritime). Le port maritime Haropa a lancé en 2019 une expérimentation 5G sur les fréquences de 2,6 et 26 GHz en lien avec Le Havre Seine Métropole, Siemens, EDF et Nokia. Le but est d’améliorer la compétitivité du port grâce aux données.

Cela devrait permettre, par exemple, d’améliorer la sécurité sur le complexe et l’efficacité des opérations telles que le chargement et déchargement des conteneurs ou le dédouanement, expliquent les acteurs du projet.

Autre exemple : la ville de Paris qui, elle, privilégie une approche axée sur les aspects sanitaires. En 2020, la capitale a ainsi organisé une conférence citoyenne métropolitaine sur les enjeux de la 5G qui a donné lieu à une nouvelle charte en 2021 entre la ville et les opérateurs de téléphonie mobile.

Cette charte intègre de nouveaux engagements sociaux et environnementaux. Elle renforce aussi les actions d’information du public et de surveillance des niveaux d’exposition sur Paris avec la création d’un Observatoire parisien de la téléphonie mobile. Paris devient ainsi la ville européenne la plus protectrice avec un niveau maximal d’exposition de 5 V/m toutes technologies confondues en tout lieu de vie intérieur et fermé.

Et ailleurs en Europe ?

Le contexte en Europe est assez similaire. On observe les mêmes typologies concernant les atouts et les freins au déploiement de la 5G industrielle. On relève aussi une grande disparité d’approches en fonction des territoires : certains souhaitent bénéficier des atouts potentiels de la 5G, d’autres sont plus concernés par les questions sanitaires.

La Commission européenne a bien enclenché une dynamique pour impulser la technologie 5G comme un réseau critique pour permettre l’innovation et la transformation numérique. Mais elle n’a pas anticipé l’étendu des besoins pour le déploiement d’un tel écosystème

De plus, des technologies critiques de la 5G en Europe proviennent d’entreprises extérieures à la région. Enfin, le manque de capacité d’innovation et de main-d’œuvre qualifiée dans ce domaine semble être l’un des plus grands défis de la politique européenne.The Conversation

Laura Recuero Virto, , Pôle Léonard de Vinci et Froidevaux Jérémy, Dr en Biologie de la Conservation, Université de Franche-Comté – UBFC

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Ericsson prévoit 1 milliard d'abonnés 5G cette année, 5 milliards fin 2028

5G

Le nombre d’abonnements à la 5G dans le monde devrait bien dépasser le milliard d'ici la fin de cette année, et atteindre cinq milliards d'ici la fin 2028, malgré les défis économiques actuels et à venir dans de nombreuses régions du monde, selon l'édition de novembre 2022 du Mobility Report d’Ericsson, qui prévoit également une croissance plus rapide que prévu des connexions d'accès sans fil fixe (FWA) dans le monde.

Le FWA - l'alternative sans fil à la connectivité haut débit filaire pour les foyers et les entreprises - est l'un des premiers cas d’usage majeurs de la 5G, en particulier dans les régions comprenant des marchés peu ou pas desservis en haut débit. Grâce notamment à l'accélération des plans FWA en Inde et à la croissance attendue dans d'autres marchés émergents, le FWA devrait croître de 19 % par an jusqu'en 2022-28 et atteindre 300 millions de connexions d'ici à la fin 2028. Plus des trois quarts des fournisseurs de services de communication (CSP) interrogés dans plus de 100 pays offrent actuellement des services FWA. Près d'un tiers des CSP proposent des services FWA sur la 5G, contre un cinquième il y a un an. Près de 40 % des nouveaux lancements de FWA 5G au cours des 12 derniers mois ont eu lieu sur les marchés émergents.

Le taux de couverture de la population en 5G devrait atteindre 85 % fin 2028

Sur la 5G elle-même, environ 110 millions d'abonnements ont été ajoutés dans le monde entre juillet et septembre 2022, portant le total à environ 870 millions. Comme prévu dans les rapports précédents, la 5G devrait bien atteindre un milliard d'abonnements d'ici la fin de l'année, soit deux ans plus vite que la 4G après son lancement. Cette statistique renforce la 5G en tant que génération de connectivité mobile à l'expansion la plus rapide. Parmi les principaux facteurs, citons la disponibilité en temps voulu des terminaux de plusieurs fabricants, dont les prix baissent plus rapidement que pour la 4G, et les importants déploiements précoces de la 5G en Chine.

L'Amérique du Nord et l'Asie du Nord-Est continuent de connaître une forte croissance de la 5G, le taux de pénétration des abonnements 5G dans ces régions devant atteindre environ 35 % d'ici la fin 2022.  À l'échelle mondiale, près de 230 CSP ont lancé des services 5G à ce jour, avec plus de 700 modèles de smartphones 5G annoncés ou lancés commercialement.

D'ici la fin 2028, on estime à cinq milliards le nombre d'abonnements 5G dans le monde, soit 55 % de tous les abonnements. À cette même échéance, le taux de couverture de la population en 5G devrait atteindre 85 %, tandis que les réseaux 5G devraient acheminer environ 70 % du trafic mobile et représenter la totalité de la croissance du trafic.

"Les fournisseurs de services de communication continuent de déployer la 5G et la dynamique de l'accès fixe sans fil s'accélère. Qui plus est, le trafic mondial de données sur les réseaux mobiles double pratiquement tous les deux ans. Comme décrit dans cette édition du Mobility Report d'Ericsson, les fournisseurs de services prennent des mesures pour déployer la dernière génération de matériel et de logiciels radio à faible consommation d'énergie, pour accroître l'utilisation de sources d'énergie renouvelables et pour exploiter intelligemment les infrastructures des sites afin de réduire l'impact environnemental"', explique Fredrik Jejdling, Executive Vice President et Directeur de l’activité Réseaux d’Ericsson.

5,2 milliards d'abonnement 4G fin 2022

Le nombre d'abonnements 4G dans le monde continue également d'augmenter, avec une croissance d'environ 41 millions entre juillet et septembre 2022. Les abonnements 4G mondiaux devraient atteindre un pic d'environ 5,2 milliards vers la fin de cette année.

Le nombre total d'abonnements mobiles devrait atteindre 8,4 milliards d'ici la fin 2022, et 9,2 milliards d'ici la fin 2028. Alors que la plupart des abonnements sont associés aux smartphones, à la fin de 2022, on estime à 6,6 milliards le nombre d'abonnements à des smartphones, ce qui représente environ 79 % de tous les abonnements à des téléphones mobiles.

Le rapport souligne également l'importance de réduire l'impact environnemental. Le secteur des télécommunications a un rôle clé à jouer dans la réalisation des objectifs mondiaux de durabilité, à la fois en réduisant ses propres émissions et grâce à son potentiel de réduction des émissions de carbone dans d'autres industries. Pour réduire l'impact environnemental, le trafic de données croissant doit être géré par une modernisation intelligente du réseau, combinée à une approche équilibrée de la performance du réseau.

Numérique : l'Occitanie avance sur la 5G mais rencontre des difficultés sur la fibre

 

5G

La couverture en internet très haut débit, qu'il soit mobile ou par la fibre, est une question récurrente pour de nombreuses régions car elle conditionne bien souvent le développement économique ou tout simplement la vie quotidienne dans notre société de plus en plus numérisée. Cette question se pose avec acuité en Occitanie, une région qui comprend des zones montagneuses et donc des zones blanches.

Le site spécialisé Zone ADSL, qui compare les box internet et les forfaits mobile, vient de publier un pointage concernant la situation en Occitanie pour le déploiement de la 5G et celui de la fibre.

5G : l'Occitanie 5e

Concernant le déploiement des réseaux 5G, l'Occitanie se situe à la 5e place au plan national. "Parmi les 43 816 antennes 5G déployées en France, 4 139 proviennent de la région Occitanie selon l'ARCEP, soit 9% des antennes 5G disponibles en France. Elle se place en 5e position du classement des régions en fonction de leurs nombre d'antennes 5G", explique ZoneADSL. Free, qui déploie une fréquence particulière de 5G, arrive en tête avec 1 801 antennes en octobre 2022, suivi de Bouygues Telecom (1 012), SFR (751) et Orange (575).

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Sur la répartition géographique, la Haute-Garonne est largement en tête avec 1 194 antennes, suivie par l'Hérault (880) et le Gard (523). En queue de classement, on trouve, avec moins de 100 antennes, le Gers (98), l'Ariège (85), le Lot (75) et la Lozère (52).

Fibre : de fortes disparités entre départements

Concernant le déploiement de la fibre, l'Occitanie se situe à la 6e place au plan national. 75% des logements sont éligibles à la fibre, ce qui laisse tout de même 1 foyer sur 4 privé de ce très haut débit. "Si la région d'Occitanie est 6e du classement des régions avec un taux de couverture fibre de 75%, il existe quelques disparités entre ses départements : seulement 59% de couverture fibre pour le Gers et l'Ariège contre 83% pour la Haute-Garonne et 80% pour l'Hérault", observe ZoneADSL, qui souligne que seuls 67% des logements de la région sont fibrés par les quatre opérateurs.


fibre

En tête de la couverture, on trouve donc la Haute-Garonne (82,9%) suivie de l'Hérault (80,1%) et du Tarn-et-Garonne (78,6%). En queue de classement, on trouve le Tarn (63,2%), l'Ariège (58,8%) et le Gers (58,6%).

La solution du satellite

A l'occasion du récent congrès de l'Association nationale des élus de montagne (Anem) qui s'est tenu fin octobre en Aveyron, Liza Bellulo, présidente de la Fédération Française des Télécoms (FFTélécoms), a apporté des précisions sur les investissements des opérateurs dans les zones blanches. "Depuis 5 ans, les opérateurs télécoms ont investi, sur leurs propres deniers, l’équivalent de 900 collèges chaque année, soit 90 par département, pour le déploiement des réseaux fixes et mobiles. Le programme zones blanches centres bourgs et le dispositif de couverture ciblée sont sans équivalent dans le monde ; seuls deux autres pays se sont fixé de tels objectifs, l’Allemagne et le Japon, et avec des cibles bien moins ambitieuses."

Depuis le début du programme New Deal, "près de 2 000 sites 4G multi-opérateurs ont été livrés. 1700 autres ont d’ores-et-déjà été été identifiés par les équipes départementales et seront donc livrés par paliers, dans les deux ans. En montagne, 400 des 600 sites identifiés à ce jour sont déjà en service" a précisé Mme Bellulo.

Lorsque les zones ne peuvent être couvertes en fibre ou 4G, il reste le recours au satellite. "Depuis un peu plus d’an an, l’internet par satellite connait une révolution liée à l’arrivée d’un nouveau satellite qui offre désormais une connexion à Internet illimitée et jusqu’à 100 Mb/s. Ces performances valent d’ailleurs à ces solutions d’être éligibles à l’aide financière de l’Etat pour permettre l’acquisition du kit de connexion", expliquait en mars l'Anem, qui a noué des partenariats avec Eutelsat et Nordnet.

5G : pourquoi le démarrage est poussif pour le grand public

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Six mois après le lancement de sa commercialisation, la 5G peine à séduire au point que certains évoquent un flop.  Le nouveau réseau représenterait ainsi moins de 1 % du trafic mobile…

La 5G « démarre assez doucement en termes d’usages », reconnaissait dernièrement dans Le Figaro Olivier Roussat, directeur général du Groupe Bouygues. « La 5G commence seulement, l’appétit n’est pas complètement au rendez-vous. La perception pour le client n’est pas claire. Dans l’usage quotidien du mobile, on ne perçoit pas la différence. Les vrais usages de la 5G arriveront avec la deuxième étape, fin 2022 début 2023 », poursuit-il. Pour le grand public, en effet, le gain d’un passage de la 4G à la 5G n’est pas suffisamment perceptible. Certains tests effectués par des sites spécialisés montrent même que le débit, censé être 10 fois plus rapide en 5G, n’est parfois que légèrement supérieur à celui de la 4G…

Les clients préfèrent rester en 4G pour l’instant

Du coup, les Français ne se précipitent pas pour bénéficier de la 5G, d’autant que pour cela, il faut disposer d’un smartphone compatible et surtout du bon forfait mobile, plus cher que les forfaits 4G. 

Chez Orange, près d’un téléphone sur deux vendu en boutique est ainsi compatible avec la 5G, selon des chiffres communiqués à Europe 1. Les clients ne prennent pas les forfaits qui vont avec et préfèrent rester en 4G pour le moment.

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Pourtant tout est là : les smartphones compatibles 5G sont courants et disponibles à des tarifs de plus en plus abordables. Et le déploiement du réseau a atteint un rythme de croisière. Au 1er juin, l’Agence nationale des fréquences (ANFR) a autorisé 25 105 sites 5G en métropole, dont 14 284 sont déclarés techniquement opérationnels par les opérateurs de téléphonie mobile. « La quasi-totalité de ces implantations 5G ont été autorisées sur des sites existants, déjà utilisés par les technologies 2G, 3G ou 4G. Sur le mois de mai, les sites 5G autorisés ont donc augmenté de 3,7 % », précise l’ANFR. FreeMobile dispose de 16 683 sites 5G dans la bande 700 MHz. Bouygues Telecom, Orange et SFR disposent de 8 376 sites 5G sont autorisés dans la bande 2 100 MHz et de 8 550 dans la nouvelle bande 3,5 GHz. Le déploiement de la 5G n’est toutefois activé que dans une quarantaine d’agglomérations.

L'impact de la crise du Covid-19

Finalement, ce qui pourrait expliquer le désintérêt du public pour la 5G est… la crise du Covid-19. A cause des confinements et des couvre-feux successifs depuis mars 2020, nous avons passé plus de temps à la maison qu’à l’extérieur en déplacement. Le télétravail, la classe à la maison, les loisirs numériques comme la vidéo à la demande ont fait évoluer les priorités : la fibre plutôt que la 5G.


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Ce que confirme Fabienner Dulac, directrice générale d’Orange. « Nous n’avons pas pris de retard dans le déploiement de la 5G. Nous avons continué à travailler dessus mais on voit que l’appétence des clients s’est plutôt reportée sur les demandes de fibre, où on voit les demandes exploser : +50 % par rapport à avant la crise sanitaire », détaillait sur Europe1 la dirigeante, qui prédit un regain d’intérêt pour la 5G à la rentrée de septembre.

À condition peut-être que les opérateurs donnent un petit coup de pouce : la 4G avait véritablement décollé lorsqu’elle avait été incluse dans les forfaits.

Avis de l'Anses sur la 5G : sans surprise, l'agence estime qu'il n'y a pas de risques sanitaires

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L'avis de l'Anses sur la 5G était évidemment très attendu. Après un rapport intermédiaire en janvier, celui qui vient d'être publié ce 20 avril est sans surprise : il n'y a "pas de risques nouveaux pour la santé au vu des données disponibles", estime l'Agence. 

Risques pour la santé "peu probables", mais lancement d'une nouvelle concertation

"Dans la continuité de ses travaux d’expertise sur radiofréquences et santé, et sur la base des données scientifiques disponibles à ce jour, l’Anses estime peu probable que le déploiement de la 5G dans la bande de fréquences 3,5 GHz présente de nouveaux risques pour la santé. Pour la bande de fréquences 26 GHz, les données ne sont, à l’heure actuelle, pas suffisantes pour conclure à l’existence ou non d’effets sanitaires", explique l'agence, qui souligne "la nécessité de poursuivre les recherches et de suivre en particulier l’évolution de l’exposition des populations à mesure de l’évolution du parc d’antennes et de l’augmentation de l’utilisation des réseaux." L'Agence va ainsi lancer "une consultation publique afin de recueillir des commentaires éventuels de la communauté scientifique et des parties prenantes intéressées." Celle ci accessible ici  se tiendra jusqu'au 21 juin.

D'un côté, l'agence estime que le déploiement de la 5G dans la bande de fréquences 700 MHz-2,1 GHz est largement couvert par des expertises antérieures de l’Anses. "A ce jour, les opérateurs ont principalement déployé la 5G dans la bande 700 MHz – 2,1 GHz. Cette bande, inclut des fréquences utilisées depuis plusieurs années par les générations actuelles de communication mobile, 2G, 3G et 4G." Quant au déploiement de la 5G dans la bande 3,5 GHz, l'Agence estime qu'il y a des risques sanitaires nouveaux peu probables. "Le réseau de téléphonie mobile 5G dans la bande de fréquences autour de 3,5 GHz est ouvert commercialement depuis peu en France. L’exposition aux champs électromagnétiques qui en résulte n’est aujourd’hui pas représentative de ce qu’elle sera dans le futur."

Enfin, le déploiement d’applications 5G dans la bande de fréquences autour de 26 GHz étant encore à l’état de projet, l'Anses estime qu'il peut y avoir une exposition "des couches superficielles de la peau ou de l'œil." Les simulations disponibles laissent présager des niveaux d’exposition faibles. Pour autant, à l’heure actuelle, les données ne sont pas suffisantes pour conclure à l’existence ou non d’effets sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques dans la bande 26 GHz."

Satisfaction des opérateurs et du gouvernement

L'avis de l'Anses qui intervient alors que plus de 30000 antennes 5G sont déjà déployées et que les offres commerciales sont déjà là, satisfait les opérateurs. 

"La Fédération Française des Télécoms et ses membres Bouygues Telecom, Orange, SFR, saluent l’importance et la richesse du travail mené par l’Anses dans son avis. Nous retenons que l’Anses confirme que la 5G ne présente pas de risque spécifique pour la santé, dans les fréquences actuellement utilisées.  Nous soulignons par ailleurs que le comité d’experts de l’Agence se prononce de manière claire sur les principales questions biologiques et sanitaires posées par le déploiement de cette nouvelle technologie.  Ces conclusions rejoignent celles des vingt autres autorités sanitaires internationales qui ont déjà pris position positivement sur le sujet (ICNIRP, OMS, Allemagne, Pays Bas, Royaume Uni, etc. ...)" a réagi la Fédération française des télécoms qui "se félicite aussi que le rapport de l’Anses* pointe l’utilité sociale et économique du déploiement de la 5G. 

"Les conclusions de l’Anses sont nécessaires et rassurantes, elles doivent désormais être largement et rapidement relayées auprès des élus et citoyens pour un déploiement, dans un climat apaisé, de cette technologie au service du développement de notre pays. La 5G n’est pas un danger ! Ce n’est pas moi qui le dis mais l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire", a expliqué Nicolas Guérin, président de la Fédération Française des Télécoms.

Du côté du gouvernement, qui a autorisé le déploiement sans attendre l'avis de l'Anses - ce que demandaient nombre de municipalités de gauche et écologistes - Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé et Cédric O, secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques ont pris acte de l'avis de l'Anses et s'en félicitent.

"Tout déploiement d’une nouvelle technologie, pour être accepté, nécessite d’être soutenu par la réalisation d’études sanitaires et environnementales documentées. C’est le travail que nous avons engagé d’une part avec l’Anses sur les bandes 700 Mhz et 3,5 GHz et que nous allons poursuivre avec la bande 26 GHz, non utilisée à ce jour. C’est aussi l’enjeu de la feuille de route  numérique et environnement", a réagi Barbara Pompili. 

"Le déploiement de réseaux numériques fiables et performants est capital à la fois d’un point de vue économique, pour assurer la compétitivité des entreprises françaises, et d’un point de vue humain, pour lutter contre la fracture numérique qui isole nombre de nos concitoyens. Les travaux de l’Anses et de l’ensemble de la communauté scientifique doivent se poursuivre, pour un déploiement vigilant et responsable de cette technologie", a rajouté Bruno Le Maire. 

"Le Gouvernement apporte une attention renforcée à l’évolution des niveaux d’exposition de la population et est très attentif aux travaux de recherche concernant la future bande de fréquences 26 GHz. Dans la suite des appels à projets de recherche lancés annuellement par l’Anses, le Gouvernement soutiendra la mobilisation de la communauté scientifique afin de répondre aux recommandations de l’agence et aux interrogations qui seront formulées lors de la consultation publique lancée ce jour", a indiqué Olivier Véran, tandis que Cédric O a estimé que "les conclusions de l’Anses publiées aujourd’hui confortent notre décision d’autoriser le déploiement de la 5G et l’approche rigoureuse dont nous faisons preuve en matière de contrôle de l’exposition aux ondes. La recherche sur les effets sanitaires cette technologie doit se poursuivre et s’intensifier."

Les associations très dubitatives

"La présentation du rapport de l’Anses sur la 5G met en évidence la stupéfiante incertitude accompagnant le déploiement de ce nouveau standard de téléphonie mobile. Les experts de l’Anses posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses concrètes", estime l'association Priartem, qui met en évidence d'autres parties de l'avis d l'Anses. "Alors que l'Agence nationale des fréquences (ANFr) a autorisé, ces six derniers mois, pas moins de 32023 antennes relais 5G, que le gouvernement a lancé les procédures d'attribution des fréquences de la cinquième génération de téléphonie mobile fin 2019, l'Anses confirme que le niveau d’exposition augmentera de 30% avec l’arrivée de la 5G", indique Priartem, estimant que "mélangent vitesse et précipitation, le gouvernement a préféré passer en force et ce sans attendre les résultats des expertises engagées, tant du point de vue de l'impact climatique que sanitaire. A défaut d'objectiver la controverse, le président de la République a préféré manier l'insulte et la caricature, renvoyant les opposants à la 5G à leurs Amish et leur lampe à huile." 

Une convention nationale pour lutter contre les dégradations d’antennes 5G

 

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Le début du déploiement des antennes de téléphonie 5G par les opérateurs a donné lieu un peu partout en Frace à des actes de vandalisme l’an passé. Au début du mois, France Inter a dévoilé le décompte de ces dégradations effectué par le ministère de l’Intérieur. 174 équipements de télécommunications (antenne de téléphonie mobile, de THD radio, de 4G fixe ou de télévision.) ont été pris pour cible dont 137 en milieu rural. Les départements les plus touchés sont la Haute-Garonne, l’Isère, l’Ardèche, la Drôme et les Bouches-du-Rhône.

Dans 52 % des cas, les auteurs ont eu recours à des incendies. Le ministère de l’Intérieur dit avoir recensé d’importants préjudices liés à ces actions, notamment des coupures de réseau dans de nombreuses communes mais aussi des conséquences sur le fonctionnement des services jugés d’utilité publique. En janvier, 1,56 million de personnes avait été privé de radio et de TNT après l’incendie d’un relais près de Limoges…

Seulement 26 interpellations

En un an, seules 26 personnes ont été interpellées dans le cadre des enquêtes concernant ces sabotages, pour 14 faits au total. Les motivations des auteurs restent très diverses entre la volonté de mettre hors service des équipements soupçonnés d’être un instrument de surveillance et de collecte de données personnelles, la lutte contre les ondes électromagnétiques de la téléphonie en général, le refus de la pollution visuelle ou encore la perte de valeur de leur habitation se trouvant à proximité des infrastructures… Certaines actions sont directement revendiquées par des groupes associés à l’ultra-gauche sans que l’on soit certains de leur implication. En revanche, via leurs sites ou leurs comptes de réseaux sociaux, ils relaient des appels au sabotage, assortis parfois de manuels détaillant les moyens techniques à mettre en œuvre pour dégrader ou détruire le matériel.

Face à ce fléau, les opérateurs entendent agir. En présentant l’avancement du chantier New Deal Mobile, qui doit apporter la 4G à l’ensemble des Français, la Fédération française des télécoms (FFT), a annoncé une initiative. « Les opérateurs de téléphonie mobile déplorent ces derniers mois, des actes de vandalisme à l’encontre de leurs infrastructures dans différents lieux du territoire.

Convention nationale déclinée au niveau local

Dans ce contexte la FFT travaille depuis plusieurs mois pour renforcer la coopération entre les services de l’État et les opérateurs de communications électroniques afin de lutter contre toutes les formes de malveillance. Il s’agit de prévenir ces actes grâce à la mise en place d’une convention nationale qui sera déclinée au niveau local », a expliqué la fédération. « Sous l’égide des préfets, les actions à mener pour appréhender les personnes qui portent atteinte à l’ordre public en empêchant l’acheminement des communications d’urgence et en privant habitants, entreprises et administrations de l’accès aux réseaux de communications électroniques pourront être identifiées et mises en œuvre », détaille la FFT, qui entend inciter les victimes à porter plainte à chaque dégradation.

Pour l’instant, cette convention n’a pas été signée par les Towercos (les intermédiaires qui gèrent pour les opérateurs l’implantation des pylônes), ni par les associations d’élus locaux.

5G et santé : l'avis de l'Anses attendu le 20 avril. Dans le débat sur l’innocuité de la 5G pour la santé humaine, la date du 20 avril est à retenir. C’est, en effet, mardi prochain que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) va restituer son rapport d’expertise et son avis sur la 5G. Le rapport intermédiaire relatif à l’exposition de la population aux champs électromagnétiques liée au déploiement de la 5G et aux effets sanitaires associés, avait conclu en janvier avait conclu à « un manque de données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires potentiels. »

5G : les antennes se déploient, la défiance aussi

 

antenne

Le déploiement de la téléphonie 5G se poursuit en France, lentement mais sûrement. Selon le dernier pointage de l’Agence nationale des fréquences (ANFR), qui gère l’ensemble des fréquences radioélectriques en France, 20 611 antennes 5G étaient opérationnelles dont 1 535 en Occitanie. La Haute-Garonne et l’Hérault sont les départements qui comptent le plus grand nombre d’antennes 5G (respectivement 521 et 317) ; la Lozère et l’Ariège en comptent le moins (13 et 23).

En janvier, Free Mobile disposait du plus grand nombre d’antennes 5G (1 168) en Occitanie, suivi par Orange (255) et Bouygues (159). SFR en a le moins à date (112) selon l’ANFR. L’installation des antennes ne se fait toutefois pas dans la sérénité : la défiance envers la 5G perdure. Si les recours déposés par Priartem, Robin des toits et Agir pour l’environnement, contre l’Etat pour « excès de pouvoir » dans l’attribution des fréquences 5G ont été rejetés fin décembre par le Conseil d’Etat ; si une majorité de Français se montre favorable à la 5G dont les offres commerciales n’en sont qu’à leurs débuts, les questions qui entourent la 5G continuent à se poser. Sur l’intérêt de la nouvelle norme quand certains territoires peinent à accrocher la 4G, sur l’impact environnemental du nouveau réseau ou son poids énergétique, ou encore sur les conséquences potentielles de ce nouveau réseau sur la santé humaine, les questionnements sont nombreux.

L’installation des antennes catalyse d’ailleurs ces questionnements légitimes mais aussi les craintes de nombreux élus, les maires ne pouvant s’opposer au déploiement de la 5G.

La ville de Bordeaux, dirigée par l’écologiste Pierre Hurmic, s’est ainsi dite « désolée » de l’ouverture de la 5G dans la commune, annoncée le 8 février par Bouygues Telecom et SFR. « Nous sommes désolés, c’est un aveu d’échec. La seule chose que nous puissions faire est de veiller sur le plan sanitaire que les expositions aux ondes ne soient pas importantes », a expliqué Delphine Jamet, adjointe au maire. Des villes écologistes ou de gauche, comme Paris - qui a finalement trouvé un accord avec les opérateurs - ou Nantes, ont émis des réticences quant au déploiement de la 5G ; Lille avait même demandé un moratoire jusqu’à la publication d’un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dont les conclusions sont attendues à la fin du trimestre. En septembre, 70 maires et députés avaient plaidé pour un moratoire sur le déploiement du réseau 5G ; s’attirant une pique un rien méprisante d’Emmanuel Macron. Le président de la République doutait que l’on puisse « relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine ».

Le rappel à la loi de Cédric O aux opérateurs

Cinq mois plus tard, la défiance est toujours là. En Occitanie, l’inquiétude est bien présente et l’opposition à la 5G vire parfois à des actes délictueux. En Haute-Garonne, autour de Toulouse, deux nouvelles antennes ont ainsi été incendiées le 28 janvier.

Joël Aviragnet, député PS de Haute-Garonne, vient de poser une question écrite à Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, sur le déploiement des antennes de réseaux mobiles. Dénonçant la multiplication des antennes et l’absence de mutualisation entre opérateurs, le député souhaite savoir « s’il est envisageable d’élargir les compétences des maires pour leur permettre d’exercer en responsabilité les arbitrages entre les exigences d’aménagement du territoire et celles de préservation de l’environnement. »

L’inquiétude des élus face aux implantations est d’ailleurs remontée depuis longtemps au gouvernement. Fin septembre, Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, a rappelé par courrier aux opérateurs qu’ils doivent légalement s’engager à fournir aux élus locaux un « dossier d’information » un mois avant tout déploiement.

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Antennes 5G : le député Joël Aviragnet interpelle Barbara Pompili

 

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Alors que le déploiement des antennes 5G se poursuit en France et en Occitanie où l'on comptait fin janvier 1535 antennes, le député PS de Haute-Garonne Joëtl Aviragnet interpelle la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili via une question écrite.

"Les différents opérateurs de réseaux mobiles implantent chacun des antennes-relais sur différents terrains afin d'obtenir la meilleure couverture possible. Cette situation entraîne une multiplication des installations, qui portent atteinte au paysage et peuvent provoquer des craintes et des mécontentements de la part des habitants des communes concernées", estime le député qui déplore l'absence de mutualisation des antennes entre les opérateurs. Orange par exemple a décidé fin janvier de "mettre fin aux discussions" avec Free sur le partage du réseau 5G.

Élargir le pouvoir des maires

Joël Aviragnet aborde ensuite le pouvoir des maires quant aux antennes. "Les maires des territoires concernés ne disposent d'aucun pouvoir de contrôle ni d'autorisation concernant ces installations ; la compétence du maire est complètement inactive lorsque l'implantation est projetée sur un domaine privé", déplore le député qui souhaiterait "savoir s'il est envisageable d'élargir les compétences des maires pour leur permettre d'exercer en responsabilité les arbitrages entre les exigences d’aménagement du territoire et celles de préservation de l'environnement." Pour le parlementaire, "cette compétence leur permettra d'associer la population et de redonner aux collectivités locales la maîtrise de ces implantations."

Les enjeux géopolitiques de la 5G

5G huawei

Par Christine Dugoin-Clément, IAE Paris – Sorbonne Business School

Le débat relatif à la 5G, qui permettrait d’échanger sans temps de latence 14 à 20 fois plus de données que l’actuelle 4G, s’enflamme. Il se cristallise, notamment, autour des problématiques environnementales que soulève cette nouvelle technologie.

Cette question, évidemment essentielle, tend à monopoliser un débat qu’elle prive d’une lecture géopolitique du développement de la 5G. Or cet aspect est également d’une grande importance.

Des tensions économiques à une guerre économique

Si la 5G enflamme le débat français, la discussion dépasse également largement les frontières de l’Hexagone. En effet, l’un des principaux acteurs se trouve être une société chinoise, objet de l’attention toute particulière des États-Unis.

Dans la stratégie de sécurité nationale des États-Unis parue en 2017, la Chine est désignée comme un « concurrent stratégique » au regard de la sécurité, de l’influence et de la puissance américaines. Étaient notamment visées les pratiques commerciales offensives de Pékin, parmi lesquelles l’espionnage industriel.

Dès juin 2018, avec la première augmentation des droits de douane décidée par le président Trump, les deux États s’engagent dans une guerre commerciale intense. L’accroissement des taxes américaines sur 5 700 catégories de produits chinois est immédiatement suivi de menaces de la part de la Chine.

Si cette guerre commerciale affecte les deux pays, elle affaiblit particulièrement certains secteurs économiques américains. Il s’agit notamment de l’agriculture, majoritairement située dans les zones rurales et les grandes plaines. Or cette zone géographique constitue un important réservoir de votes en faveur de Donald Trump, qui se retrouve ainsi contraint de concilier le maintien de sa ligne « America first » et la sécurité économique de ses partisans.

Dans un esprit de riposte, les Américains signent alors un contrat de vente pour une soixantaine d’avions de chasse avec Taiwan, zone hautement sensible pour la Chine, qui déploie de plus en plus d’avions militaires aux bordures de l’espace aérien de l’île.

Un enjeu de souveraineté : espionnage industriel et vol de propriété intellectuelle

Outre la guerre économique, la relation entre les deux pays s’est particulièrement tendue après l’adoption par la RPC de la loi sur le renseignement en 2017. Ce texte fait « obligation aux citoyens chinois de soutenir le travail de renseignement national ». Même s’il n’autorise pas l’espionnage préventif, le travail de renseignement national devant avoir un caractère défensif, ce texte a fait l’effet d’une bombe car il a été interprété comme destiné à permettre, voire à imposer, l’espionnage par toute structure ou citoyen chinois.

Le rapport rédigé en 2018 par le Bureau de la politique commerciale et manufacturière de la Maison Blanche, intitulé « Comment l’agression économique de la Chine menace les technologies et propriétés intellectuelles des États-Unis et du monde », montre que ce sujet était déjà éminemment sensible aux yeux des Américains. Le climat se détériore encore suite aux différentes attaques menées par des groupes de hackers, notamment ceux connus sous les appellations APT 1 et APT 10, soupçonnés d’être liés au gouvernement chinois.

Dans ce contexte, on comprend l’inquiétude suscitée par l’accès de Huawei au développement de la 5G. En effet, cette technologie autorisera l’échange massif de données, y compris à caractère sensible, sans que puisse être totalement exclue, nonobstant les dénégations de Huawei, l’installation de systèmes permettant la captation des informations transitant par un réseau 5G maîtrisé par cette société chinoise.

Cette inquiétude ressort très fortement des chefs d’accusation présentés par le Département de la Justice américain dans sa demande d’extradition de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei et fille du fondateur de l’entreprise, à la suite de son interpellation le 1er décembre 2019 au Canada à la demande de ces mêmes autorités américaines. Si l’accusation principale porte sur la violation de l’embargo contre l’Iran qu’aurait commise la firme chinoise, une dizaine de chefs d’accusation concernent exclusivement des faits d’espionnage industriel.

Dans la foulée, Huawei a été inscrite sur la liste noire du département du Commerce, ce qui interdit aux entreprises américaines de travailler avec elle, sauf à obtenir préalablement une licence spécifique.

Les États-Unis enjoignent clairement leurs alliés européens à adopter des mesures similaires. La crise s’accentuant avec la course au développement de la 5G, Donald Trump a signé le 6 août 2020 deux décrets exécutifs interdisant aux Américains de s’engager dans des transactions avec les sociétés mères chinoises des applications mobiles TikTok et WeChat, interdictions devant prendre effet à la mi-septembre.

La préoccupation concernant la possible captation d’informations par la firme chinoise est partagée par l’UE. Le 29 janvier 2019, le vice-président de la Commission européenne en charge du numérique a affirmé que, du fait de l’adoption de la loi chinoise sur le renseignement, il est possible que les composants Huawei comportent des portes dérobées, des programmes malveillants et des micropuces permettant un accès à distance aux dispositifs d’information.

Enjeu européen et affrontements stratégiques de puissance

Outre cette déclaration, l’UE est un théâtre de première importance, tant pour le développement de la 5G chinoise que pour la guerre commerciale sino-américaine. Pour la Chine, gagner le marché européen s’intégrerait dans une stratégie plus large d’affaiblissement de la puissance étasunienne sur le Vieux Continent. Avec la 5G, non seulement la RPC gagnerait un marché représentant une manne financière, mais elle pourrait aussi créer un lien, sinon une dépendance, des États européens l’ayant choisie au détriment du concurrent américain.

Si l’UE a conscience d’être un enjeu, elle ne présente pas un front uni, les pays membres affirmant des postures différentes face à Huawei. Certains, comme le Royaume-Uni, interdisent l’adoption de la technologie chinoise alors que d’autres, comme la France, adoptent une position médiane : ils l’excluent des secteurs sensibles comme ceux liés à la défense nationale, mais proposent des accès somme toute limités.

Même si le risque d’espionnage par la Chine est bien perçu par les États européens, certains d’entre eux ont peu apprécié les pressions américaines tendant à influencer leurs choix. En ce sens, proposer une voie médiane pourrait être un moyen d’affirmer une position géopolitique indépendante face aux États-Unis tout en essayant de négocier une politique de réciprocité, comme l’a récemment souligné le ministre français des Affaires étrangères : l’objectif serait de « rééquilibrer par le haut nos relations en matière de commerce et d’investissement en parlant d’une seule voix au niveau européen » afin d’obtenir de la Chine une ouverture réciproque de son marché.

En outre, l’UE dispose de deux entreprises à même de proposer leurs services en matière de 5G, Nokia et Ericsson, alors que les États-Unis en sont totalement démunis. Si ces deux entreprises accusent un certain retard relatif quant au déploiement de la 5G, elles restent néanmoins compétitives, notamment Nokia qui est en mesure de proposer la même complétude de services que Huawei et d’assurer la totalité de la chaîne, de l’accès, aux câbles sous-marins en passant par le transport et la transmission optique.

Au-delà même de l’enjeu que représente le continent européen, se joue là une autre question majeure : le signal envoyé au reste de la communauté internationale. En effet, si la Chine envoie déjà un premier signal fort avec son équipementier en capacité de déployer de la 5G, gagner le marché européen, alors que les États-Unis cherchent à l’en empêcher, porterait un coup au prestige de la bannière étoilée et renforcerait une politique globale ayant déjà permis à Huawei de déployer la 5G dans d’autres pays comme l’Afrique du Sud, la Turquie ou l’Indonésie.

Un pari sur l’avenir technologique : la maîtrise du monde de demain

Les États-Unis, nous l’avons dit, ne disposent pas d’entreprises capables de déployer la 5G. Or il s’agit là d’un enjeu structurant pour l’économie et l’industrie. Si la 5G permet à l’internaute de surfer bien plus vite et sans latence, elle permettra aussi de développer la télémédecine, les smart cities, l’Internet des Objets (IoT), de changer des modes de production ou de rationaliser les flux ferroviaires, maritimes et aériens. En termes de défense, elle deviendra également une pierre angulaire de nombreux changements tactiques et stratégiques.

Ainsi, de même que le passage à la fibre a pu changer les pratiques et représenter un avantage pour certaines entreprises, la 5G sera probablement une révolution technologique. Ne pas s’y associer pourrait engendrer une prise de retard potentiellement difficile à combler pour certaines entreprises. Or, à ce jour outre la Chine, seules deux sociétés, la finlandaise Nokia et la suédoise Ericsson, sont en mesure d’entrer dans la course. Ces deux États n’étant pas membres de l’OTAN, ils bénéficieront probablement d’une image positive de neutralité aux yeux des États extérieurs à l’UE et à l’Alliance atlantique.

Néanmoins, ces deux sociétés, bien que concurrentielles en termes de technologie, de brevets déposés ou de contributions au standard 3GPP, ne bénéficient pas de l’appui d’un État puissant pour soutenir leurs efforts de déploiement, tant financièrement que diplomatiquement. À la différence de Huawei en Chine, elles n’ont pas davantage la possibilité de déployer leurs technologies sur un vaste territoire. Les États-Unis ne sont pas en capacité d’entrer en compétition avec Huawei, quand bien même ils se lanceraient dès aujourd’hui dans le développement de ces technologies. Dès lors, ils pourraient parfaitement être tentés de procéder à la captation a minima d’une de ces deux entreprises, soit sous une forme collaborative, en proposant l’appui de leur puissance économique, financière et géographique, soit dans une approche plus offensive, spoliant ainsi l’Europe de ses champions dans une course qui semble déjà dessiner le monde de demain.

Dans l’implantation de la 5G, le rôle de l’opinion publique n’est pas négligeable. Or celle-ci redoute d’être victime de l’espionnage chinois et a une image globalement négative de la RPC du fait des agissements récents de Pékin à Hongkong, vis-à-vis de Taiwan ou encore envers la communauté ouïgoure.

Cette défiance, qui a contribué à rendre moins attractive la technologie de Huawei auprès des populations, a encore été renforcée par la communication particulièrement agressive des ambassadeurs de Chine, ces « loups guerriers » dont le comportement a été jugé insultant, caricatural et indigne du niveau diplomatique. À titre d’exemple, on peut évoquer un texte émanant de l’ambassade de Chine en avril 2020 qui a provoqué la convocation de l’ambassadeur au ministère français des Affaires étrangères.

On l’aura compris, la 5G voit s’affronter des acteurs pour des enjeux de pouvoirs où les rivalités et les manœuvres utilisées nécessitent, pour être décryptées, de recourir à une lecture mêlant géographie, histoire, économie, sociologie, et sciences politiques – en somme, une réelle analyse géopolitique.The Conversation

Christine Dugoin-Clément, Analyste en géopolitique, chercheuse à Paris 1-la Sorbonne ( IAE) et à Saint Cyr Coëtquidan., IAE Paris – Sorbonne Business School. Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Tout est-il à jeter dans la 5G ?

Les opportunités économiques restent pour le moment absentes des débats sur l'arrivée de la 5G. FrankHH/Shutterstock

Par Sylvain Colombero, Grenoble École de Management (GEM); Federico Pigni, Grenoble École de Management (GEM) et Pierre Dal Zotto, Grenoble École de Management (GEM)

La couverture médiatique concernant l’arrivée de la 5G reste actuellement dominée par les craintes sanitaires, ou les positions politiques voire géopolitiques qu’elle suscite. Une rapide recherche dans l’actualité en ligne ne restituera en effet que des commentaires sur son empreinte énergétique, les effets sur la santé, le débat politique qu’elle entrave et quantités de fausses nouvelles. Une autre catégorie d’articles s’intéressent aux considérations techniques à la fois centrées sur les derniers efforts de standardisations ou sur les nouveaux services à venir . Difficile en conséquence pour les décideurs non spécialiste des télécoms d’appréhender ce sujet. Ainsi enjeux managériaux et possibilités en termes de nouveaux business models restent confus dans les débats où politique et information fausses et vraies s’entremêlent.

Résultats d’une recherche dans Google actualités sur la 5G le 21 août 2019. Capture d’écran.

Les opportunités économiques et surtout managériales que la 5G va créer constituent pourtant une autre raison qui pousse les industriels et les laboratoires de recherches à favoriser sa rapide implémentation et diffusion, en plus de la classique occasion de vendre de nouveaux téléphones (le taux de renouvellement est d’environ 2 ans en France) ou abonnements pour les opérateurs téléphoniques. D’autant plus que ces derniers pourraient ne pas être les plus importants bénéficiaires de cette innovation. Challengés par des acteurs du calibre des GAFAM, ou encore des start-up dont on ignore aujourd’hui encore l’activité, les opérateurs télécom devront être capable de « sur-servir » et « sur-innover » pour éviter de voir leurs profits encore plus mis en danger.

Sans remettre les craintes actuelles en question, il nous semble important en tant que chercheurs en sciences de gestion de montrer dans quelle mesure la 5G pourait bouleverser le contexte organisationnel actuel, notamment par la proposition de nouveaux modèles d’affaires dans les marchés verticaux, pour qui la 5G représentera un bouleversement économique. En effet, la cinquième génération des standards pour la téléphonie mobile va au-delà de la simple description d’une nouvelle 4G.

La gestion du trafic routier devrait bénéficier d’améliorations grâce à la 5G. Pavel L/Shutterstock

La fin des zones blanches

À la différence de la génération précédente, la 5G va permettre :

  1. la « virtualisation » ou la « logicialisation » de l’infrastructure actuelle. Autrement dit, cette dernière va devenir extrêmement malléable. En conséquence, il sera possible de configurer l’infrastructure de communication sur la base des nécessités du service mis sur le marché et de proposer des produits déjà connectés et surtout personnalisables. L’opportunité est donc de proposer produits et services connectés pour lesquels le client n’aura plus à s’occuper de leur connectivité. On n’achètera de Netflix pas seulement l’accès à son catalogue mais aussi l’accès au réseau permettant de consommer son catalogue.

  2. L’ubiquité via la multi-connectivité : potentiellement on n’aura plus de zone blanche sans réseau. Plusieurs technologies d’accès à l’infrastructure, du réseau cellulaire au satellite, pourront être combinées afin de prendre en charge les services et, sur la base des besoins de l’utilisateur, garantir un niveau précis d’expérience. Si au premier regard, cette opportunité semble un « problème de riche », comme garantir aux clients de profiter en 8K leur série préférée sur le TGV Grenoble-Paris, cela pourrait créer des nouvelles opportunités pour améliorer la sécurité routière et la gestion du trafic, et/ou pour augmenter l’efficacité des urgences en cas de catastrophes naturelles. Drones, robots, satellites pourront tous être mobilisés et utilisés pour réduire les délais d’intervention et permettre de gagner en efficacité.

  3. Autre avantage, celui de la standardisation. La 5G sera proposée sous un seul et même standard qui facilitera l’interopérabilité entre les différentes applications proposées par les marchés verticaux. Si aujourd’hui la crainte des industriels sur l’évolutivité de leur objets et services connectés reste légitime, la 5G permettra d’harmoniser l’ensemble de leur produit en favorisant les coopérations industrielles et internationales tout en produisant une plate-forme sur laquelle tout un nouvel ensemble d’applications pourra être développé.

Encore un peu de patience…

Les challenges d’adoption et d’implémentation pour les entreprises sont encore gigantesques. Le potentiel d'innovation de rupture de la 5G ne se révélera donc pas à court terme. Les GAFAM l’ont bien compris. Par exemple, la 5G aurait pu permettre de proposer à ses utilisateurs des fonctionnalités, ou services associés, qui ne pourraient techniquement pas être possibles qu’à moyen ou long terme. Apple introduira très probablement les iPhones 5G cette année, mais l’entreprise a apparemment décidé d’arrêter le développement de son viseur de réalité augmentée, qui aurait pu bénéficier de la nouvelle infrastructure.

Sur la réalité augmentée, Apple temporise. Hadrian/Shutterstock

Les nouveaux Instagram, SnapChat, ou les applications immersives – comme il s’en prévoit déjà dans le secteur médical avec la chirurgie à distance (qui sera plus stable et plus sûre car il n’y aura plus de ralentissement, latence ou délai entre l’acte opéré et l’action de la machine), n’impacteront donc pas immédiatement nos pratiques connectées comme c’est actuellement le cas avec la 4G qui, dans la perception des utilisateurs demeure une 3G plus performante.

Toutefois, on peut d’ores et déjà affirmer que la 5G, en permettant la circulation des données de façon plus stable, plus rapide et plus fiable, mettra en exergue des nouvelles formes de monétisation dont on ne peut aujourd’hui qu’apercevoir l’évolution et l’ombre d’une disruption.

Et puis, on ne l’a pas encore écrit mais on peut aussi affirmer sereinement que la 5G permettra, dans plusieurs cas, d'aller bien plus vite que la 4G…The Conversation

Sylvain Colombero, Assistant Professor, Grenoble École de Management (GEM); Federico Pigni, Professeur de Systèmes d'Information, Grenoble École de Management (GEM) et Pierre Dal Zotto, Professeur Assistant en Systèmes d'Information, Grenoble École de Management (GEM)Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.