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Comment l’IA et la reconnaissance vocale vont-elles révolutionner notre vie au quotidien ?

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Par William Simonin, CEO de Vivoka

La reconnaissance de la parole et ses enjeux

La reconnaissance vocale est une technologie qui permet aux machines de comprendre et d'interpréter la parole humaine (des mots ou des phrases). L’ASR (Automatic Speech Recognition) ou encore STT (Speech-to-text) sont les deux méthodes de reconnaissance vocales les plus communément utilisées. Ces techniques permettent les interactions homme-machine. La reconnaissance vocale est utilisée dans de nombreux domaines et offre une interface pratique et intelligente pour interagir directement avec les appareils électroniques uniquement grâce à la voix.

Dans le monde professionnel, la reconnaissance vocale est utilisée dans différents secteurs clés tels que la défense, l’industrie, la logistique, la santé, la robotique... Atout important voire essentiel pour les entreprises, son utilisation rationalise les flux de travail, améliore l'efficacité opérationnelle des employés et fait gagner du temps dans l’exécution des tâches. La reconnaissance vocale peut en outre être implémentée dans de très nombreux appareils, pour permettre d’avoir les mains libres et le contrôle sur son environnement grâce à la voix. Cette nouvelle technologie permet aux entreprises d’augmenter leur productivité.

Le grand public y trouve également son compte avec des objets électroniques du quotidien équipés de la reconnaissance vocale, tels que les appareils ménagers, les robots éducatifs, les lunettes intelligentes etc… Les utilisateurs voient ainsi leurs tâches du quotidien simplifiées et accessibles à tous.

L’IA dans la reconnaissance vocale : un rapprochement homme-machine inéluctable et formidable !

La reconnaissance vocale traditionnelle est basée sur des commandes vocales prédéfinies, qui ne peuvent sortir du cadre des règles établies. Limitée, elle peut donc rapidement générer de la frustration surtout lorsque les utilisateurs ont des accents prononcés, utilisent des dialectes spécifiques, ou ont une élocution très rapide et par conséquent difficile à comprendre. 

L’utilisation de l’Intelligence Artificielle dans la reconnaissance vocale va révolutionner la compréhension entre l’homme et la machine. On parle ici de “machine learning”, où l’appareil apprend le vocabulaire et s’améliore avec le temps. La précision va être améliorée, l’appareil pourra comprendre les voix dans des environnements bruyants et décrypter facilement les accents très prononcés.

Un assistant vocal presque humain ?

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle pousse les limites du possible, en autorisant de réelles interactions entre l’homme et la machine. Grâce au NLU (natural language understanding), les assistants vocaux peuvent comprendre n’importe quelle commande vocale, en dehors de toute règles établies, tant que l’intention de l’usager est claire. « Allume la lumière » peut devenir « Éclaire la pièce » ou encore « Apporte-moi un meilleur éclairage » : l’assistant vocal se concentre sur l’intention (et non sur les mots) et comprend que ces commandes sont similaires, il exécute donc l’action en question. La machine, qui apprend grâce à des exemples, va affiner sa compréhension pour interagir plus facilement, rapidement et largement avec les humains, même en embarqué (sans connexion internet).

Vers une IA de plus en plus imbriquée dans la reconnaissance vocale

Convaincus que la voix ouvre une nouvelle ère d’expériences plus naturelles et intuitives grâce à la technologie. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives dans la super-personnalisation pour permettre la création de technologies vocales plus avancées. Les assistants vocaux fonctionnent partout hors ligne et comprennent les accents et les dialectes, ou encore la simple intention derrière n’importe quelle commande vocale.

En se projetant dans le futur, nous pouvons imaginer une IA qui appréhende davantage le langage Homme/Machine, avec un assistant vocal très présent au quotidien. Il pourrait par exemple aider dans les tâches ménagères, rendre accessible une maison pour des personnes à mobilité réduite ou souffrant de handicap. De plus grandes libertés de mouvement et d’action pour tous, telles sont les promesses de l’intelligence artificielle.

Alors réjouissons-nous et applaudissons des deux mains ce facilitateur de vie commandé par la voix !

Ces tendances poursuivront leur essor pour façonner le futur de l'IA dans la reconnaissance vocale, ouvrant de nouvelles possibilités d'interaction homme-machine et facilitant l'intégration de la voix dans notre vie quotidienne personnelle comme professionnelle... !

Intelligence artificielle : prendre en compte ses risques concrets, plutôt que de potentielles menaces existentielles

 

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Par Nuria Oliver, Universidad de Alicante; Bernhard Schölkopf, Max Planck Institute for Intelligent Systems; Florence d'Alché-Buc, Télécom Paris – Institut Mines-Télécom; Nada Lavrač, University of Nova Gorica; Nicolò Cesa-Bianchi, University of Milan; Sepp Hochreiter, Johannes Kepler University Linz et Serge Belongie, University of Copenhagen

Ces derniers mois, l’intelligence artificielle (IA) a fait l’objet d’un débat mondial en raison de l’adoption généralisée d’outils basés sur l’IA générative, tels que les chatbots et les programmes de génération automatique d’images. D’éminents scientifiques et technologues de l’IA pointent les potentiels risques existentiels posés par ces développements – c’est-à-dire les risques qui menacent la survie de l’humanité.

Nous travaillons dans le domaine de l’IA depuis des décennies et avons été surpris par cette popularité subite et ce sensationnalisme. L’objectif de cet article n’est pas d’antagoniser, mais plutôt d’équilibrer une perception publique qui nous semble dominée par des craintes spéculatives de menaces existentielles liées au développement de systèmes d’IA.

Il ne nous appartient pas de dire que l’on n’a pas le droit, on ne devrait pas s’inquiéter de ces risques existentiels. Mais, en tant que membres du Laboratoire européen pour l’apprentissage et les systèmes intelligents (ELLIS), un organisme de recherche qui se concentre sur l’apprentissage automatique, nous pensons qu’il nous appartient de mettre ces risques en perspective, en particulier parce que des organisations gouvernementales envisagent de réguler l’IA en prenant en compte les apports des entreprises de la tech.

Qu’est-ce que l’IA ?

L’IA est une discipline de l’informatique ou de l’ingénierie informatique qui a pris forme dans les années 1950. Elle vise à construire des systèmes informatiques intelligents, en prenant pour référence l’intelligence humaine. Tout comme l’intelligence humaine est complexe et diversifiée, l’intelligence artificielle comporte de nombreux domaines qui visent à imiter certains aspects de l’intelligence humaine, de la perception au raisonnement, en passant par la planification et la prise de décision.

En fonction du niveau de compétence, les systèmes d’IA peuvent être divisés en trois niveaux :

  1. L’IA faible (narrow AI ou weak AI en anglais), qui désigne les systèmes d’IA capables d’effectuer des tâches spécifiques ou de résoudre des problèmes particuliers – souvent avec un niveau de performance supérieur à celui des humains dorénavant. Tous les systèmes d’IA actuels sont des systèmes d’IA faible, y compris les chatbots comme ChatGPT, les assistants vocaux comme Siri et Alexa, les systèmes de reconnaissance d’images et les algorithmes de recommandation.

  2. L’IA forte, ou IA générale, qui fait référence aux systèmes d’IA qui présentent un niveau d’intelligence similaire à celui des humains, y compris la capacité de comprendre, d’apprendre et d’appliquer des connaissances à un large éventail de tâches et d’incorporer des concepts tels que la conscience. L’IA générale est largement hypothétique et n’a pas été réalisée à ce jour.

  1. Les superintelligences désignent les systèmes d’IA dotés d’une intelligence supérieure à l’intelligence humaine pour toutes les tâches. Par définition, nous sommes incapables de comprendre ce type d’intelligence, de la même manière qu’une fourmi n’est pas en mesure de comprendre notre intelligence. La super IA est un concept encore plus spéculatif que l’IA générale.

L’IA peut être appliquée à tous les domaines, de l’éducation aux transports, en passant par les soins de santé, le droit ou la fabrication. Elle modifie donc profondément tous les aspects de la société. Même sous sa forme « faible », l’IA a un potentiel important pour générer une croissance économique durable et nous aider à relever les défis les plus urgents du XXIe siècle, tels que le changement climatique, les pandémies et les inégalités.

Les défis posés par les systèmes d’IA actuels

L’adoption, au cours de la dernière décennie, de systèmes décisionnels basés sur l’IA dans un large éventail de domaines, des réseaux sociaux au marché du travail, pose également des risques et des défis sociétaux importants qu’il convient de comprendre et de relever.

L’émergence récente de grands modèles de « transformateurs génératifs pré-entraînés », plus connus sous leur acronyme anglais GPT, très performants, exacerbe bon nombre des défis existants tout en en créant de nouveaux qui méritent une attention particulière.

De plus, l’ampleur et la rapidité sans précédent avec lesquelles ces outils ont été adoptés par des centaines de millions de personnes dans le monde entier exercent une pression supplémentaire sur nos systèmes sociétaux et réglementaires.

Certains défis d’une importance cruciale devraient être notre priorité :

L’IA représente-t-elle vraiment un risque existentiel pour l’humanité ?

Malheureusement, au lieu de se concentrer sur ces risques tangibles, le débat public – et notamment les récentes lettres ouvertes – s’est surtout concentré sur les risques existentiels hypothétiques de l’IA.

Un risque existentiel désigne un événement ou un scénario potentiel qui représente une menace pour la pérennité de l’humanité, avec des conséquences qui pourraient endommager ou détruire la civilisation humaine de manière irréversible, et donc conduire à l’extinction de notre espèce. Un événement catastrophique mondial (comme l’impact d’un astéroïde ou une pandémie), la destruction d’une planète vivable (en raison du changement climatique, de la déforestation ou de l’épuisement de ressources essentielles comme l’eau et l’air pur) ou une guerre nucléaire mondiale sont des exemples de risques existentiels.

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Notre monde est certainement confronté à un certain nombre de risques, et les développements futurs sont difficiles à prévoir. Face à cette incertitude, nous devons hiérarchiser nos efforts. L’éventualité lointaine d’une superintelligence incontrôlée doit donc être replacée dans son contexte, notamment celui des 3,6 milliards de personnes dans le monde qui sont très vulnérables en raison du changement climatique, du milliard de personnes qui vivent avec moins d’un dollar américain par jour ou des 2 milliards de personnes qui sont touchées par un conflit. Il s’agit de véritables êtres humains dont la vie est gravement menacée aujourd’hui, un danger qui n’est certainement pas causé par la super IA.

En se concentrant sur un hypothétique risque existentiel, on détourne notre attention des graves défis documentés que l’IA pose aujourd’hui, on n’englobe pas les différentes perspectives de la communauté des chercheurs au sens large, et on contribue à affoler inutilement la population.

Ces questions doivent être traitées dans toutes leurs diversités, complexités et nuances, pour le bien de la société humaine dans son ensemble. La société bénéficierait aussi de solutions concrètes et coordonnées pour relever les défis actuels de l’IA, y compris en termes de réglementation. Pour relever ces défis, il faut la collaboration et l’implication des secteurs les plus touchés de la société, ainsi que l’expertise technique et l’expertise de gouvernance nécessaire. Il est temps d’agir maintenant, avec ambition et sagesse, et en coopération.


Les auteurs de cet article sont membres du conseil d’administration du European Lab for Learning & Intelligent Systems (ELLIS).The Conversation

Nuria Oliver, Directora de la Fundación ELLIS Alicante y profesora honoraria de la Universidad de Alicante, Universidad de Alicante; Bernhard Schölkopf, , Max Planck Institute for Intelligent Systems; Florence d'Alché-Buc, Professor, Télécom Paris – Institut Mines-Télécom; Nada Lavrač, PhD, Research Councillor at Department of Knowledge Technologies, Jožef Stefan Institute and Professor, University of Nova Gorica; Nicolò Cesa-Bianchi, Professor, University of Milan; Sepp Hochreiter, , Johannes Kepler University Linz et Serge Belongie, Professor, University of Copenhagen

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Êtes-vous vraiment prêt à faire face à une attaque de ransomware ?

ransomware

par Gilles Segar, ingénieur avant-vente en charge des solutions Cloud d’Exclusive Networks

Les multiples tensions au niveau global ont fait de la capacité de résilience, la priorité numéro 1 de nombreux DSI et RSSI en 2023. Face à une situation d’urgence causée par une cyberattaque, il faut à la fois pouvoir s’appuyer sur des sauvegardes de données fiables, mais surtout réagir de manière efficace et rapide sous une pression maximale. 

Vous estimez disposer de solution de protection performante, de sauvegardes de données fiables, mais alors que les attaques informatiques se multiplient, la vraie question à se poser, c’est est-ce que je suis prêt à faire face à une attaque de ransomware ? Beaucoup d’entreprises qui se croyaient suffisamment protégées se sont retrouvées à terre à la suite d’un simple clic sur un email de phishing.

La donnée, l’actif clé de toute entreprise 

Face à un ransomware qui peut potentiellement bloquer toute votre production informatique et par ricochet toute l’activité de votre entreprise, protéger les données est absolument capital. Lorsque tous les systèmes de protection en place ont échoué à repousser l’attaquant, l’ultime rempart, c’est la sauvegarde.

Beaucoup d’entreprises françaises se reposent encore sur des solutions de sauvegarde archaïques. La sauvegarde est trop souvent la dernière ligne du budget d’un nouveau projet et c’est lorsque l’on doit aller chercher une donnée perdue en dernier recours que l’on se rend compte des piètres performances et parfois même du manque de fiabilité des systèmes en place. Face à la multiplication des attaques de ransomware, il est absolument nécessaire de pouvoir compter sur ses sauvegardes. Dans son Guide d’hygiène informatique[PDF], l’ANSSI évoque à de nombreuses reprises ce besoin de sauvegardes fiables dans les 42 mesures de sécurité à prendre.

Les approches en termes de protection de la donnée sont bien connues : l’entreprise détermine le système dont elle a besoin selon le RPO (Recovery Point Objective), le volume de donnée qu’elle est prête à perdre en cas de problème et du RTO (Recovery Time Objective), le délai maximal d’attente avant de pouvoir disposer de nouveau de l’accès aux données. En fonction de ces 2 paramètres techniques, le coût de la solution pourra être relativement faible si l’entreprise est prête à perdre 24 heures de données, ou bien élevé si elle souhaite ne pas être impactée du tout par un incident. Une bonne pratique veut que la sauvegarde suive la règle des 3 – 2 – 1 - 1 - 0 : il faut disposer de trois copies de chaque donnée, sur au moins deux technologies de sauvegarde différentes, avec au moins un site de stockage distinct du premier et une copie des données hors-ligne, le tout avec zéro corruption de celles-ci.

Au-delà de la sauvegarde, la résilience

Disposer de systèmes de sauvegarde pour toutes les données critiques est un pré-requis, mais ce n’est clairement plus suffisant. Les attaques Cyber récentes ont montré que les ransomwares les plus évolués commencent avant tout par détruire les sauvegardes avant même de chiffrer les données et demander une rançon. Une victime qui ne dispose ni de ses bases de données de production, ni de ses sauvegardes n’a plus d’autre issue que payer… Pour améliorer sa résilience en cas d’attaque, il faut doter les sauvegardes d’une protection toute particulière. La bonne nouvelle est qu’il existe des solutions conçues pour protéger les sauvegardes et les constructeurs de solution de ce type embarquent de plus en plus fréquemment des capacités de protection. 

Il est important de sanctuariser les sauvegardes. Un attaquant ne doit pas pouvoir effacer ou altérer les sauvegardes lors des premières phases de son attaque. En outre, une solution de type XDR ou un SIEM doivent être à même de détecter une tentative d’attaque sur les serveurs de sauvegardes et en bloquer immédiatement l’accès. Il est à noter que face à cette menace renforcée qui pèse sur les sauvegardes, les bandes magnétiques sont redevenues populaires auprès de certaines entreprises. Outre les grandes capacités de stockage de LTO9, des dispositifs de protection matérielle apportent un niveau de sécurité supplémentaire de protection des cartouches en cas d’attaque.

Il faut être prêt à réagir dès que l’attaque est détectée

La résilience passe aussi par une soigneuse préparation de la réaction au moment du déclenchement de l’attaque. La pression du ComEx et des Business Unit dont l’activité est immobilisée est alors maximale sur le DSI et le RSSI or nous avons souvent constaté un délai de 24 à 72 heures entre le déclenchement de l’attaque et les premières actions de défense. Outre la sidération provoquée par l’immobilisation du système d’information, les équipes cyber ont besoin d’évaluer précisément l’ampleur de l’attaque. En pleine attaque, le niveau de stress est au plus haut et ce n’est plus le temps de la réflexion : toute la cellule de crise doit pouvoir s’appuyer sur un plan de remédiation détaillé où toutes les actions à prendre sont clairement scriptées. 

Déconnexion des accès Internet, listes des personnes à prévenir en interne, appel à l’assureur, information obligatoire des autorités compétentes, appel à un prestataire spécialisé dans la gestion de crise et à la remédiation cyber, ce plan va permettre de gagner énormément de temps et ne pas commettre d’erreurs préjudiciables par la suite.

L’équipe de remédiation doit alors travailler main dans la main avec la DSI afin de notamment de disposer de plateformes de reprise isolées du système d’information afin de vérifier que les sauvegardes ne sont pas altérées et que le malware ne se trouve pas à l’état dormant.

Avec de bons systèmes de sauvegarde, des solutions de protection efficaces sur ces sauvegardes et un plan de remédiation régulièrement testé l’entreprise peut espérer sortir de la crise sans trop de casse. Ces différentes dispositions doivent enfin être testées avec des exercices d’attaques par ransomwares ou hackers. Celles-ci permettront d’estimer le temps de bascule d’un système à un autre ainsi que de juger de la capacité des différents services (SOC, infrastructure, réseaux, cybersécurité) à véhiculer l’information et agir tous ensemble pour la remédiation. Alors que l’on considère que toute entreprise sera, un jour ou l’autre, attaquée, c’est le seul moyen d’assurer sa résilience.

[1] « Guide d’hygiène informatique : Renforcer la sécurité de son système d’information en 42 mesures », ANSSI, 2017

ChatGPT : face aux artifices de l’IA, comment l’éducation aux médias peut aider les élèves

 

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Divina Frau-Meigs, Auteurs historiques The Conversation France

Qui n’a jamais entendu parler de ChatGPT, cette intelligence artificielle générative, capable de répondre par des textes complexes aux requêtes lancées par des internautes ? La sortie en décembre 2022 de ce logiciel conçu par la société OpenAI a suscité une multitude d’articles, entre visions de catastrophe et utopie, produisant une panique médiatique, comme l’illustre la lettre ouverte de mars 2023 demandant un moratoire dans le développement de ce type de systèmes, signée par un millier de chercheurs.

Comme le montre une étude de la Columbia Journalism Review, la panique n’a pas commencé en décembre 2022 avec l’événement lancé par OpenAI mais en février 2023 avec les annonces de Microsoft et Google, chacun y allant de son chatbot intégré dans leur moteur de recherche (Bing Chat et Bard, respectivement). La couverture médiatique opère un brouillage informationnel, se focalisant davantage sur le potentiel remplacement de l’humain que sur la réelle concentration de la propriété de l’IA dans les mains de quelques entreprises.

Comme toute panique médiatique (les plus récentes étant celles sur la réalité virtuelle et le métavers), elle a pour but et effet de créer un débat public permettant à d’autres acteurs que ceux des médias et du numérique de s’en emparer. Pour l’éducation aux médias et à l’information (EMI), les enjeux sont de taille en matière d’interactions sociales et scolaires, même s’il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences sur l’enseignement de ces modèles de langage générant automatiquement des textes et des images et de leur mise à disposition auprès du grand public.

En parallèle des actions politiques de régulation, l’EMI permet aux citoyens de se prémunir des risques liés à l’usage de ces outils, en développant leur esprit critique et en adoptant des stratégies d’usages appropriées et responsables. L’algo-littératie, ce sous-champ de l’EMI qui considère ce que les data font aux médias, permet d’appliquer ces clés de lecture à l’IA. Voici quatre directions dans lesquelles l’EMI peut nous aider à nous retrouver dans ces chaînes d’interactions algorithmiques, de leurs productions à leurs publics.

Tenir compte de la géopolitique de l’IA

Ce sont les entreprises contrôlant les moteurs de recherche et donc l’accès à l’information, Google et Microsoft, qui ont le plus à gagner dans le développement des IA génératives. Elles s’organisent, à l’américaine, en duopole, avec un (faux) challenger, OpenAI LP. Il s’agit en fait du bras commercial du laboratoire initialement à but non lucratif OpenAI (financé par Microsoft en grande partie).

UE et IA : la régulation au menu des députés européens (TV5 Monde, juin 2023).

Une autre histoire peut être racontée, surtout par les médias, celle de l’incroyable concentration de pouvoir et d’argent par un très petit nombre d’entreprises de la Silicon Valley. Elles se donnent le monopole de l’accès à l’information et de toutes les productions en découlant. Elles alimentent la concurrence frontale entre États-Unis et Chine sur le sujet. La stratégie de Google et Microsoft a en effet pour but de couper l’herbe sous les pieds du gouvernement chinois, qui ne cache pas ses ambitions en matière de développement de l’IA.

L’option d’une pause ou d’un moratoire relève de la chimère, face à ce qui est l’équivalent d’une course aux armements. Les inventeurs eux-mêmes, en apprentis sorciers repentis, dont Sam Altman le directeur général de OpenAI, ont proposé en mai 2023 « une gouvernance de l’IA ». Mais ne serait-ce pas dans l’espoir de ne pas subir de plein fouet une réglementation gouvernementale qui leur échapperait et mettrait un frein à leurs intentions commerciales ? L’Union européenne a anticipé en préparant un règlement IA pour réguler les usages de cette nouvelle évolution du numérique.

S’interroger sur la qualité des textes et des images fournis

Tout ce qui est plausible n’est pas nécessairement porteur de sens. L’IA qui pilote le logiciel ChatGPT fait des propositions sur la base de requêtes et elles apparaissent rapidement… dans un langage plutôt stylé et de bonne tenue ! Mais cela peut générer des erreurs, comme l’a compris, à son grand dam, un avocat de New York qui avait monté un dossier truffé de faux avis judiciaires et de fausses citations juridiques.

Il faut donc se méfier de la pseudo-science générée par l’IA. Les contenus proposés peuvent présenter des biais car ils sont issus de l’exploitation d’énormes banques de données. Celles-ci incluent des ensembles de data avec des sources de toutes sortes… dont les médias sociaux ! La dernière version gratuite de ChatGPT s’appuie sur des données qui s’arrêtent à début 2022, donc pas vraiment au point sur l’actualité.

Ces banques de données sont pour beaucoup issues des pays anglophones, avec les biais algorithmiques attenants. De fait ChatGPT risque de créer de la désinformation et de se prêter à des usages malveillants ou d’amplifier les croyances de ceux qui l’utilisent.

Il est donc à utiliser comme tout autre instrument, comme un dictionnaire auprès duquel faire une recherche, élaborer un brouillon… sans lui confier de secrets et de données personnelles. Lui demander de produire ses sources est une bonne consigne, mais même cela ne garantit pas l’absence de filtres, le robot conversationnel ayant tendance à produire une liste de sources qui ressemblent à des citations mais ne sont pas toutes de vraies références.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier les problèmes de droits d’auteur qui ne vont pas tarder à rentrer en action.

Se méfier des imaginaires autour de l’IA

Le terme d’intelligence artificielle n’est pas approprié pour ce qui relève d’un traitement de données préentrainé (le sens de l’acronyme GPT pour generative pre-trained transformer).

Cet anthropomorphisme, qui nous mène à attribuer de la pensée, de la créativité et des sentiments à un agent non humain, est négatif à double titre. Il nous rappelle tous les mythes anxiogènes qui alertent sur la non-viabilité de toute porosité entre le vivant et le non-vivant, du Golem à Frankenstein, avec des peurs d’extinction de la race humaine. Il dessert la compréhension sereine de l’utilité réelle de ces transformateurs à grande échelle. La science-fiction ne permet pas de comprendre la science. Et donc de formuler des repères éthiques, économiques, politiques.

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Ces imaginaires, pour actifs qu’ils soient, doivent être démystifiés. Ladite « boite noire » de l’IA générative est plutôt simple dans son principe. Les modèles de langage à grande échelle sont des algorithmes entraînés à reproduire les codes du langage écrit (ou visuel). Ils parcourent des milliers de textes sur Internet et convertissent une entrée (une séquence de lettres par exemple) en une sortie (sa prédiction pour la lettre suivante).

Ce que l’algorithme génère, à très grande vitesse, c’est une série de probabilités, ce que vous pouvez vérifier en refaisant la même requête et en voyant que vos résultats ne sont pas les mêmes. Aucune magie là-dedans, aucune sensibilité non plus, même si l’usager a le sentiment de tenir une « conversation », encore un mot du vocabulaire de l’humain.

Et cela peut être amusant, comme le montre l’IA BabyGPT créé par le New York Times, travaillant sur de petits corpus fermés, pour montrer comment écrire à la manière de Jane Austen, de William Shakespeare ou de J.K. Rowling. Même ChatGPT ne s’y laisse pas prendre : quand on lui demande ce qu’il ressent, il répond, très cash, qu’il n’est pas programmé pour cela.

Varier les outils

Les publics de l’IA, notamment à l’école, se doivent donc de développer des connaissances et compétences autour des risques et opportunités de ce genre de robot dit conversationnel. Outre la compréhension des mécanismes du traitement automatique de l’information et de la désinformation, d’autres précautions prêtent à éducation :

  • prendre garde au monopole de la requête en ligne, tel que visé par Bing Chat et Google Bard, en jouant de la concurrence entre elles, donc en utilisant régulièrement plusieurs moteurs de recherche ;

  • exiger des labels, des codes couleur et autres marqueurs pour indiquer qu’un document a été produit par une IA ou avec son aide est aussi frappé au coin du bon sens et certains médias l’ont déjà anticipé ;

  • demander que les producteurs fassent de la rétro-ingénierie pour produire des IA qui surveillent l’IA. Ce qui est déjà le cas avec GPTZero ;

  • entamer des poursuites judiciaires, en cas d’« hallucination » de ChatGPT- - encore un terme anthropomorphisé pour marquer une erreur du système !

  • Et se souvenir que, plus on utilise ChatGPT, sous sa version gratuite comme payante, plus on l’aide à s’améliorer.

Dans le domaine éducatif, les solutions marketing de la EdTech vantent les avantages de l’IA pour personnaliser les apprentissages, faciliter l’analyse de données, augmenter l’efficacité administrative… Mais ces métriques et statistiques ne sauraient en rien se substituer à la validation des compétences acquises et aux productions des jeunes.

Pour tout intelligente qu’elle prétende être, l’IA ne peut remplacer la nécessité pour les élèves de développer leur esprit critique et leur propre créativité, de se former et s’informer en maîtrisant leurs sources et ressources. Alors que la EdTech, notamment aux États-Unis, se précipite pour introduire l’IA dans les classes, d’école primaire au supérieur, la vigilance des enseignants et des décideurs reste primordiale pour préserver les missions centrales de l’école et de l’université. L’intelligence collective peut ainsi s’emparer de l’intelligence artificielle.The Conversation

Divina Frau-Meigs, Professeur des sciences de l'information et de la communication, Auteurs historiques The Conversation France

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Ovnis : les révélations chocs d'un vétéran de l'armée américaine

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L’événement remonte au 4 juillet 1947 aux États-Unis. Ce jour-là, à Roswell dans l’État du Nouveau-Mexique, quelque chose s’écrase au sol. Est-ce un ballon-sonde ou un objet volant non identifié (ovni) ? En tout cas, quelques jours plus tard, William Brazel, propriétaire d’un ranch dans une zone désertique et peu accessible près de Roswell, assure que les débris qu’il a découverts sur ses terres sont ceux d’une soucoupe volante. Ces restes seront récupérés par la base militaire voisine.

Commence alors le mythe de Roswell où de parfaits escrocs et de pseudo-scientifiques publieront livre sur livre pour accréditer la thèse que seize « extraterrestres », retrouvés morts, auraient été récupérés puis transportés ailleurs par l’U.S. Air Force qui, forcément, ment aux Américains et leur cache la vérité. La communauté des ufologues se déchire sur le cas Roswell, les thèses les plus farfelues et complotistes prospèrent, un film montrant la prétendue autopsie d’un extraterrestre circule, tandis que le cinéma ou la télévision s’emparent de l’affaire, la faisant ainsi entrer dans la culture populaire.

Révélations chocs d’un vétéran spécialiste des ovnis

Cette histoire perdure encore aujourd’hui et alimente la fascination pour les ovnis. Une fascination qui poussera les militaires et les scientifiques à prendre plus au sérieux les signalements et à mieux communiquer dessus. Il y a trois ans, le Pentagone a publié un rapport confirmant l’existence de plus d’une centaine de « phénomènes aériens » inexpliqués au cours des vingt dernières années et il a créé le «All-domain Anomaly Resolution Office » (Bureau de résolution des anomalies dans tous les domaines), chargé de suivre les ovnis. De son côté, la Nasa a récemment organisé une première réunion publique sur le sujet, dévoilant deux vidéos pour montrer la complexité qu’il y a à identifier les ovnis signalés.

Mais c’est un autre événement qui a mis en émoi tous ceux qui se passionnent pour les phénomènes inexpliqués aperçus dans le ciel : les déclarations de David Charles Grusch, un ancien membre des services de renseignement américains de 36 ans, qui affirme que les États-Unis détiennent des engins « non humains ». Dans un article du site scientifique The Debrief, publié le 5 juin, cet homme, qui s’est placé sous le statut de lanceur d’alerte, explique avoir livré au Congrès américain des informations classifiées qui avaient été cachées illégalement aux parlementaires.

Ancien militaire ayant servi en Afghanistan avant de travailler à l’Agence nationale de renseignement géospatiale (NGA) et notamment au sein de l’équipe chargée d’enquêter sur les ovnis de 2019 à 2021, David Grusch affirme que les autorités américaines ont collecté, au cours des dernières décennies, des engins « intacts et partiellement intacts ». Il s’agit, selon lui, d’éléments d’origine inconnue ou extraterrestre, « d’après leur forme » et leurs caractéristiques « uniques », comme « leur signature radiologique ».

Manque de preuves

Grusch n’a personnellement pas vu les véhicules extraterrestres dont il parle, ni ne sait où ils pourraient être stockés, mais il assure qu’il a eu des « entretiens approfondis avec des responsables de haut niveau des services de renseignement » et qu’il connaît « les personnes spécifiques, actuelles et anciennes, qui sont impliquées ». Il parle également du poids du secret imposé par les militaires et la sorte de guerre froide entre les différentes agences.

Si les révélations de David Grusch ont fait l’effet d’une bombe, c’est parce que ce vétéran est tout sauf un illuminé, son dossier militaire est « irréprochable » et son parcours au sein de l’armée l’a conduit à occuper d’importantes fonctions avec une habilitation pour des documents classifiés top secret. Durant des années, il a été un spécialiste reconnu et salué pour son « habileté » et son grand sens moral. Grusch, qui a quitté l’armée en avril 2023, entend faire éclater la vérité sur le secret et le silence qui entoure ce vaste programme.

Seul écueil à sa thèse : le manque de preuves, ce qui a conduit le New York Times ou le Washington Post à refuser de publier ses révélations. Le Pentagone a démenti toutes ces accusations, mais Grusch conserve de solides soutiens dans le milieu du renseignement.

À suivre donc…

(Article publié dans La Dépêche du Midi du 18 juin 2023)

Industrie spatiale : comment réguler le « New space » ?

 

satellite

Aveline Cloitre, TBS Education; Christina Theodoraki, TBS Education et Victor Dos Santos Paulino, TBS Education

ClearSpace, Loft Orbital, ShareMySpace… Ces noms ne vous disent peut-être rien : ils font pourtant partie d’une constellation de start-up liées aux technologies spatiales dont le nombre a presque quintuplé sur une période de 10 ans. Le chiffre d’affaires du secteur, en 2019, pèse pour près de 300 milliards de dollars en 2019.

Elle dessine ce qu’est le « New Space », qui lui-même complète un « Old Space » dans lequel les activités spatiales étaient essentiellement gouvernées par des acteurs publics tels que les États. Le lancement du satellite soviétique Sputnik l’avait incarné dès 1957.

Depuis le début des années 2000, c’est ainsi à un fort développement de l’entrepreneuriat que l’on assiste dans le secteur. L’évolution s’est produite sous l’influence conjointe de facteurs culturels, économiques, politiques et technologiques, qui ont permis une facilité d’accès à l’espace extra-atmosphérique pour les entrepreneurs. De nouveaux entrants dans cet écosystème ont bouleversé le fonctionnement traditionnel du secteur à plusieurs niveaux. Cela appelle de nouvelles régulations auxquelles les jeunes pousses ne sont pas toujours bien préparées.

Le spatial, un secteur chamboulé au tournant des années 2000

Les dynamiques entrepreneuriales récentes sont fortement corrélées à un changement culturel et économique promu par les entrepreneurs de la Silicon Valley dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Ces derniers ont exercé une pression toute particulière sur le secteur spatial, de plus en plus demandeurs de services reposant sur ses technologies, ce qui a ouvert de nouvelles opportunités en matière de modèles commerciaux. La start-up franco-américaine Loft Orbital propose aujourd’hui, par exemple, de louer des satellites afin que les entreprises ne soient plus contraintes de posséder et d’exploiter le leur.

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Qui dit nouveaux entrepreneurs dit aussi nouveaux besoins de financement. Le développement d’investisseurs privés tels que Seraphim Space IT est alors venu en réponse à des problèmes de légitimité politique sur le développement des activités spatiales à la fin des années 1990, alors que la guerre froide et les rivalités spatiales liées touchaient à leur fin. Les fonds provenaient alors surtout des États, autrement dit des contribuables. Le contexte devient alors propice pour voir apparaître les premiers partenariats public-privé opérés par la National Aeronautics and Space Administration (NASA), avec SpaceX notamment.

Outre ces facteurs économiques et politiques, l’accessibilité croissante et la baisse des coûts des technologies et des infrastructures spatiales ont également joué un rôle important dans l’essor du New Space. On peut citer des avancées telles que l’impression 3D, les fusées réutilisables et les nanosatellites ou « cubesats », plus petits et moins coûteux. Elles ont permis aux entreprises privées d’entrer dans le secteur grâce à des coûts de production qui ont facilité l’accès à l’espace.

L’ensemble a fait basculer les acteurs du spatial vers des logiques nouvelles. Ils ont notamment dû repenser leurs activités en fonction des besoins des utilisateurs finaux, et moins selon des impératifs de défense ou des objectifs scientifiques. Les principales agences spatiales du monde, telles que la NASA, l’Agence spatiale européenne (ESA) ou le CNES, ont mis en place d’importantes mesures d’incitation à l’entrepreneuriat. Challenges, hackathons, incubateurs et financements en capital-risque ont ainsi vu le jour.

Les récents plans d’investissement public, à l’image du plan national d’investissement France 2030, indiquent qu’une « attention particulière sera accordée aux projets portés par les acteurs émergents (start-up et PME-ETI innovantes) » dans l’appel à projets opéré la BPI sur le développement et l’industrialisation de constellations de satellites et les technologies associées.

Quelle place pour la soutenabilité ?

Ce développement doit aussi répondre de ses conséquences. Un défi majeur réside ainsi dans la gestion des déchets spatiaux, provoqués par le nombre croissant d’objets lancés en orbite autour de la Terre et dont la fin de vie demeure problématique. Plus de débris, c’est potentiellement plus de collisions avec des objets fonctionnels, donc plus de débris avec des effets en chaîne : c’est ce que l’on appelle le syndrome de Kessler.

Pour pallier un manque de régulation, la communauté spatiale internationale se concerte ainsi dans le cadre de diverses initiatives telles que l’Inter-Agency Space Debris Coordination Committee et le Moon Village Association qui proposent des directives de bonne conduite. Plusieurs start-up proposent aussi de répondre à la problématique des débris spatiaux, telle que Clearspace, qui ambitionne de devenir le prochain « éboueur du spatial ».

Les États tentent également de répondre à ces enjeux de soutenabilité, en fixant des normes contraignantes. On peut citer notamment la loi française de 2008 relative aux opérations spatiales (loi LOS), actuellement en cours d’actualisation. Elle a la particularité en droit spatial d’obliger les opérateurs de satellites français à libérer les orbites utilisées dans les 25 ans qui suivent la fin de leur mission par désintégration dans l’atmosphère terrestre ou placement sur une orbite cimetière. Elle fixe en outre des critères d’impacts socio-environnementaux dans les appels à projets publics.

Les questions d’impacts sociaux méritent tout autant d’être pris en compte dans le développement des activités entrepreneuriales spatiales. Un travail pour les identifier est à poursuivre mais le bureau des affaires spatiales des Nations unies a déjà défini un certain nombre de thématiques s’inspirant des 17 objectifs de développement durable de l’ONU. On peut notamment citer l’accès aux données spatiales pour tous auquel la start-up française ShareMySpace s’attelle.

Légiférer sans entraver la compétitivité ?

Néanmoins, qui dit régulation dit aussi enjeu de compétitivité lorsque l’on touche à un secteur mondialisé. Les critères posés semblent aujourd’hui trop différer d’un pays à l’autre, ce qui peut conduire à un phénomène dit de « forum shopping » : les entreprises vont tenter de profiter de la juridiction la plus susceptible de donner raison à leurs propres intérêts.

La Chine, les Émirats arabes unis, les États-Unis, l’Inde et le Luxembourg contribuent ainsi à un marché spatial international hautement compétitif avec des cadres légaux flexibles, en plus d’offrir parfois des solutions techniques et commerciales souvent moins chères qu’en France. C’est ce qu’a souligné Stanislas Maximin, PDG de la start-up Latitude lors des Assises du New Space à Paris, le 7 juillet 2022 à propos de la loi LOS :

« Le problème c’est qu’on est un tout petit pays. Il y a aussi les États-Unis, la Chine, l’Allemagne… Que toute l’Europe légifère ? Pourquoi pas : ça ferait plus ou moins entre 20 et 30 % de l’économie spatiale mondiale. La France seule ? Je le vois surtout comme un risque ».

Dans le contexte international hautement concurrentiel du New Space, les résultats de nos travaux de recherche indiquent que multiplier des critères socio-environnementaux sans accompagnement dédié spécialisé sur le sujet semble aller à l’encontre du développement de l’entrepreneuriat spatial. Cela peut réduire la compétitivité des nouveaux entrants, et plus particulièrement des start-up.

Cela n’implique pas que ces critères de soutenabilité doivent être absents du cahier des charges des appels à projets ou des normes juridiques en vigueur. Néanmoins, nous pensons qu’il est plus pertinent de les introduire de les adapter à la maturité des entreprises qui ne sont pas toutes en mesure de répondre aux mêmes contraintes. Plusieurs start-up ont pu nous l’indiquer, comme ce dirigeant :

« Aujourd’hui, on ne va pas se mentir, on essaie d’abord de développer un produit. Quand on en fera 5 000 par an, on lancera plus sérieusement la réflexion sur ces sujets qui sont intéressants, mais il faudra que cela intervienne au bon moment ».

Nous avons également remarqué dans nos recherches qu’il existe un fossé entre les attentes institutionnelles envers les start-up et les moyens à disposition pour accompagner ces jeunes pousses vers un développement soutenable. L’accompagnement entrepreneurial des nouveaux entrants en matière de soutenabilité demeure marginal et ne prépare pas suffisamment ces derniers à répondre aux contrats et appels à projets en matière d’impacts socio-environnementaux ainsi qu’à leur ouverture à de nouveaux marchés. Renforcer cet accompagnement permettrait de développer des activités spatiales plus compétitives et plus soutenables, sans pour autant réduire l’attractivité des territoires et des organisations orchestrant ces activités.


La Chaire academico-industrielle Sirius, portée par Airbus Defence and Space, le Centre national d’études spatiales (CNES), Thales Alenia Space ainsi que par TBS Education et l’Université Toulouse 1 Capitole s’attache dans ses travaux à analyser les aspects légaux et managériaux du « New Space »The Conversation

Aveline Cloitre, PhD student, space entrepreneurship, TBS Education; Christina Theodoraki, Professeur Associé en Entrepreneuriat et Stratégie, TBS Education et Victor Dos Santos Paulino, Professeur associé en management de l'innovation et stratégie, Chaire Sirius, TBS Education

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Expédition Polar Pod : le baptême de Persévérance

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Le projet Polar Pod de Jean-Louis Etienne vient de connaître une étape symbolique et importante cette semaine. Mercredi, le navire Persévérance a été officiellement baptisé dans le Vieux-Port de Marseille en présence de nombreuses personnalités dont Hervé Berville, secrétaire d’État à la Mer, et surtout, la navigatrice et eurodéputée Catherine Chabaud, qui est la marraine du bateau.

Conçu à Hô-Chi-Minh, au Vietnam, sur les chantiers navals de Piriou, Persévérance est un voilier éco-conçu de 42 mètres de long pour 11 de large qui peut embarquer 12 passagers dans 8 cabines. Il dispose de deux ponts dont un avec un salon panoramique et un local scientifique.

Ce voilier à la conception innovante sera le navire avitailleur de Polar Pod, le bateau vertical révolutionnaire imaginé par Jean-Louis Etienne pour partir explorer l’océan austral, actuellement en construction. Un projet de longue haleine que « Papy Pôle » considère comme sa « cathédrale ». Plateforme océanographique ultramoderne inspirée du FLIP (FLoating Instrument Platform) américain, Polar Pod, qui mesurera 100 mètres de long pour 720 tonnes, sera tracté à l’horizontale vers la zone à étudier et basculera en position verticale. Il pourra alors dériver autour de l’Antarctique en étant capable d’affronter les plus grosses vagues des Cinquantièmes hurlants. Cette plateforme « zéro émission » disposera d’une cabine de trois étages à 10 mètres au-dessus de l’eau capable d’accueillir de nombreux instruments de mesure et 8 personnes (3 marins, 4 scientifiques et un cuisinier) qui seront relevés par Persévérance.

Le reste du temps, le bateau avitailleur, dont les cabines ont été dessinées par l’épouse de Jean-Louis Etienne, Elsa, réalisera des croisières qui participeront au financement de l’expédition Polar Pod. Persévérance est partie hier de Marseille vers… le nord, en l’occurrence l’Arctique, pour une saison d’été de croisières avant de se diriger vers le grand Sud cet hiver.

Intelligence artificielle : Macron veut un cadre sécurisé de développement et de protection

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Alors que les députés européens ont approuvé de nouvelles règles de transparence et de gestion des risques pour les systèmes d’intelligence artificielle, afin de garantir un développement éthique en Europe, Emmanuel Macron va s’exprimer sur le sujet ce mercredi 14 juin lors d’une visite au salon VivaTech, au Parc des expositions de la porte de Versailles à Paris. 7

« Dans le domaine de l’intelligence artificielle, je veux que la France soit championne et se positionne en pointe de cette nouvelle révolution industrielle […] Je ferai des annonces pour que nous accélérions sur le financement, la formation, la recherche. En Européens, nous devons aussi avancer pour réguler et maîtriser cette technologie », a tweeté le Président.

Un enjeu de souveraineté

Après un rapport sur l’intelligence artificielle rédigé par le mathématicien et alors député Cédric Villani en 2018, qui a notamment lancé la création d’un réseau d’Instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle avec 1,5 milliard d’euros de crédits, Emmanuel Macron va plaider pour développer « un écosystème d’innovations » avec des leviers de financement inclus dans le plan France 2030. Objectif selon l’Elysée : définir « un cadre sécurisé et stabilisé qui, à la fois, protège les citoyens et les acteurs des dérives que peut générer l’IA, mais qui permet aussi à l’innovation de prospérer puisque c’est un enjeu de souveraineté. »

Le président a par ailleurs prévu une déambulation dans le hall principal de VivaTech, au cours de laquelle il se rendra sur différents stands, celui de la FrenchTech, l'écosystème des start-up françaises, mais ausi celui des acteurs publics et de différentes start-up.

Dans un second temps, il interviendra lors d’une table ronde lors de laquelle il échangera avec différents start-uppers et des dirigeants de fonds d'investissement sur les grandes questions d'actualité qui se posent au secteur de la tech.

Adieu Ariane 5 ! Retour sur ses plus belles missions

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Décollage d’Ariane 5 avec le télescope James-Webb à bord. ESA/CNES/Arianespace/Optique Vidéo du CSG - JM Guillon, CC BY
Par Francis Rocard, Centre national d’études spatiales (CNES); Jean MARECHAL, Centre national d’études spatiales (CNES); Olivier Joie-La Marle, Centre national d’études spatiales (CNES) et Pierre Bousquet, Centre national d’études spatiales (CNES)

Le 16 juin, s’élancera depuis le port spatial de l’Europe à Kourou, la dernière Ariane 5. Ce lanceur lourd, fleuron de l’industrie spatiale européenne, assure depuis 1997 l’accès de l’Europe à l’espace. Après ce cent dix-septième lancement, Ariane 5 tirera sa révérence. Elle sera bientôt remplacée par Ariane 6, plus puissante et plus polyvalente tout en étant moins coûteuse, avec un premier lancement prévu fin 2023.

Ariane 5, grâce à son énorme capacité et sa précision, a permis d’envoyer dans l’espace de nombreuses missions internationales, aussi bien dans le domaine des télécommunications que de l’observation et l’exploration de l’univers.

Voici notre « top 8 » des missions envoyées par Ariane 5.

2023 : Juice, direction les lunes glacées de Jupiter

Le 14 avril 2023, s’élançait sur une Ariane 5 la mission européenne JUICE (Jupiter Icy Moon Explorer), qui doit rejoindre dans huit ans Jupiter et ses lunes glacées afin de les étudier et de répondre à de grandes questions : Quelles sont les conditions qui président à la formation des planètes et à l’émergence de la vie ? Comment est né le système solaire ?

Illustration du satellite Juice arrivant à proximité de Jupiter (dans plusieurs années). NASA/JPL-Caltech/SwRI/MSSS/Kevin M.Gill/VR2Planets, 2023, Fourni par l'auteur

Lorsque la sonde atteindra le système jovien, une phase d’exploration de 3 ans et demi commencera, au cours de laquelle JUICE portera une attention toute particulière à Ganymède, une lune de Jupiter suspectée d’abriter un océan liquide sous sa croûte de glace.

2021 : le télescope James-Webb, une révolution pour l’astronomie

Après plus de 20 ans de travail, la NASA et ses partenaires, ESA et CSA, ont suivi avec un immense soulagement le lancement par Ariane 5 du télescope spatial James Webb avec une précision parfaite, le 25 décembre 2021 – un beau cadeau de Noël pour la communauté scientifique internationale.

Souvent évoqué comme le successeur de l’iconique télescope spatial Hubble, le James-Webb lui est plutôt complémentaire. En observant dans l’infrarouge avec une excellente qualité d’image, il donne enfin aux scientifiques accès à l’univers très lointain, siège de la formation des premiers objets… Tout autant qu’aux objets plus proches et plus petits comme les nuages interstellaires, où se forment les étoiles mais qui sont opaques pour Hubble, les exoplanètes et même une vision inédite des objets de notre système solaire.

Image de Cassiopée A pris epar le James-Webb télescope
Cassiopée A est une rémanence d’une supernova. C’est la source radio la plus forte du ciel après le Soleil, située à une distance d’environ 11 000 années-lumière. NASA, ESA, CSA, Danny Milisavljevic (Purdue University), Tea Temim (Princeton University), Ilse De Looze (UGent), Joseph DePasquale (STScI), CC BY

Avec à peine un an d’observation (la mission pourrait durer 20 ans), le James-Webb a déjà obtenu nombre de résultats spectaculaires : détection d’amas de galaxies dinosaures ou chimie à l’œuvre dans les atmosphères de plusieurs exoplanètes ainsi que dans le milieu interstellaire. Du bonheur pour les scientifiques mais aussi pour le grand public, qui a pu découvrir avec enthousiasme des clichés incroyables de notre univers.

La NASA réfléchit déjà au futur grand observatoire spatial qui sera bâti sur les épaules du Webb : le Habitable Worlds Observatory, ou observatoire des mondes habitables.

2018 : BepiColombo, un long voyage vers l’enfer

Le 19 octobre 2018, BepiColombo était projetée hors du champ de gravité terrestre par une fusée Ariane 5.

Elle entamait alors une croisière de 7 ans vers la planète Mercure, au cours de laquelle elle tournera 18 fois autour du soleil, en s’appuyant sur la force d’attraction de la Terre (une fois), de Vénus (deux fois), et de Mercure elle-même (6 fois). Ces survols lui ont déjà permis de capturer à la volée des images inédites.

La surface cratérisée de Mercure, observée par BepiColombo à son 2ᵉ survol le 23 juin 2022. ESA, Fourni par l'auteur

Au bout du voyage, ce sont deux sondes, une européenne et une japonaise, qui seront insérées en orbite autour de Mercure le 20 décembre 2025. Elles étudieront conjointement son champ magnétique dont l’existence, sur une planète aussi petite, est une énigme. La composition de sa très fine atmosphère nous renseignera sur la formation du disque protosolaire : Mercure est-elle née au plus près de notre étoile par un processus d’accrétion ou plus loin, avant de migrer vers elle ? Les cratères des régions polaires seront scrutés avec grande attention : les plus profonds d’entre eux pourraient abriter de la glace d’eau apportée par des comètes. Il faudra pour résoudre ces mystères, grâce à quatre couches de couvertures isolantes multi-plis et à des radiateurs protégés par des persiennes vénitiennes, résister à des températures externes de 450 °C et aux radiations dégagées par le soleil tout proche.

2016 : Galileo, le GPS européen

Fournissant un service mondial de positionnement, Galileo est basé sur une constellation de 30 satellites en orbite à 23 222 km d’altitude. Il affiche une précision inférieure à un mètre à tout endroit de la planète. Ce programme permet à l’Europe d’être indépendante dans le domaine de la navigation par satellite (Global Navigation Satellite System), en parallèle du système américain GPS, du système russe GLONASS et du système chinois BEIDOU.

Intégration des satellites Galileo sur le lanceur Ariane 5 ES. CNES/ESA/Arianespace/Optique Vidéo CSG/JM Guillon, 2016, Fourni par l'auteur

Grâce à trois lancements réalisés de 2016 à 2018, Ariane 5 a mis en orbite douze satellites Galileo, ce qui représente à ce jour la moitié des satellites opérationnels. L’autre moitié de la constellation a également été mise sur orbite par Arianespace depuis Kourou avec des fusées Soyouz avant 2016 et en 2020. Cette capacité accrue de mise en orbite d’Ariane 5 a permis le peuplement en vitesse accélérée de la constellation Galileo en vue de la fourniture de services opérationnels qui ont été initiés dès fin 2016.

La fusée Ariane a été adaptée pour lancer simultanément quatre satellites Galileo : la version « Ariane 5 Evolution Storage » permet le réallumage de l’étage supérieur et donc une injection des satellites très proche de l’orbite finale. Cette capacité était indispensable compte tenu de la quantité limitée d’ergols que ces satellites peuvent embarquer.

Il reste dix satellites de la première génération Galileo à placer en orbite – la future Ariane 6 doit y contribuer.

2009 : Herschel lève le rideau sur l’univers froid

C’est une mission capitale pour l’Europe qu’Ariane 5 réussit le 14 mai 2009 : le lancement de non pas un, mais deux télescopes de l’ESA télescopes Herschel et Planck, dédiés respectivement à l’étude de l’univers froid et du fond diffus cosmologique.

Équipé du plus grand miroir spatial monolithique à ce jour (diamètre de 3,5 mètres) et de capteurs ultra-refroidis, Herschel observe pendant trois ans les sources de rayonnement froid pour explorer par exemple les nuages de poussières interstellaires et leur dynamique, l’histoire de la formation d’étoiles dans les galaxies au cours des âges.

Image prise par Herschel
Image de nébuleuse prise par Herschel. ESA/NASA/JPL-Caltech, 2009, CC BY-SA

Le rayonnement observé par Herschel est inaccessible pour les télescopes au sol, et la mission, terminée en 2013, a donc apporté une moisson de résultats et d’images somptueuses : des nuages de l’eau apportée vingt-cinq ans plus tôt dans l’atmosphère de Jupiter par la collision de la comète Shoemaker-Levy 9, des pouponnières d’étoiles au sein de filaments de poussières et de gaz, berceaux de formation de planètes et de comètes autour d’autres étoiles, de l’omniprésence de l’eau dans l’univers.

Le succès d’Herschel est tel que la communauté scientifique internationale s’emploie désormais à lui trouver un successeur. La NASA, qui avait contribué à Herschel, devrait émettre en 2023 un appel à missions dédié.

2008-2015 : l’ATV, le livreur de l’espace

Pour ravitailler la Station Spatiale Internationale, l’ESA a conçu un vaisseau spatial dédié : le véhicule automatique de transfert européen, ou « ATV » pour Automated Transfer Vehicle. Il peut transporter jusqu’à huit tonnes de matériel (oxygène, carburant, eau potable, vivres, équipements scientifiques) et a effectué cinq vols entre 2008 et 2015.

L’ATV vu depuis l’ISS
L’ATV Albert Einstein en approche de la station spatiale internationale. ESA/NASA 2013, Fourni par l'auteur

2004-2014 : Rosetta, un plan sur la comète

Le 2 mars 2004, à bord d’une Ariane 5 dans sa version G+, la sonde européenne Rosetta quitte la Terre pour un voyage long de 10 ans, à destination de la comète Tchoury – de son vrai nom 67P/Churyumov-Gerasimenko.

Pour ce voyage long de dix ans, avec plus de quatre tours autour du Soleil, Rosetta emporte deux tonnes de carburant, soit les deux tiers de sa masse totale.

La mission Rosetta vers la comète Churyumov-Gerasimenko. Source : CNES.

En août 2014, Rosetta arrive enfin à proximité de Tchoury. Elle va l’étudier pendant deux ans et demi et larguer un petit atterrisseur, Philae, le 14 novembre 2014. Ces analyses ont révélé que la comète, loin d’être une « boule de neige sale » comme l’avait décrite Fred Whipple, est constituée à parts égales de glaces (principalement d’eau), de matière organique et de minéraux silicatés. Rosetta a analysé plus de soixante molécules, dont la glycine, un acide aminé.

De cette mission, on retiendra que l’eau de la Terre ne provient probablement pas des comètes, mais que les molécules carbonées, elles, auraient peut-être une origine cométaire.

1999 : XMM-Newton ouvre une nouvelle fenêtre sur l’univers

Le 10 décembre 1999, lors de son premier vol commercial, Ariane 5 place sur une orbite haute elliptique un télescope révolutionnaire. Dimensionné pour remplir totalement la coiffe d’Ariane 5, il restera le plus grand télescope jamais lancé dans l’espace jusqu’en 2021, et n’a été détrôné que récemment, par le célèbre télescope spatial James-Webb.

XMM-Newton est dédié à l’observation du rayonnement X dans l’univers, en provenance de trous noirs en flagrant délit d’accrétion de matière, d’étoiles en fin de vie ou traversant des épisodes cataclysmiques, de gaz chauds baignant les amas de galaxies, d’étoiles à neutrons, jusqu’aux aurores boréales des planètes géantes de notre système solaire.

Image en rayons X de la bulle de gaz ultra-chaud en expansion éjectée lors de l’explosion de la supernova G272.2-03.2 il y a quelques milliers d’années. Les données d’XMM sont ici transposées en couleurs visibles pour permettre à l’œil humain de les visualiser. XMM-Newton/ESA, CC BY

Doté de trois télescopes capables de focaliser et de mesurer les rayons X – un rayonnement ultra-énergétique particulièrement difficile à dévier et à stopper, XMM-Newton inonde la communauté scientifique d’images et de spectres de plusieurs centaines de milliers de sources cosmiques. La mission a longtemps été la plus productive des missions scientifiques de l’ESA, en termes de publications scientifiques – jusqu’à l’avènement de Gaia en 2018. Aujourd’hui, XMM-Newton fonctionne toujours parfaitement.The Conversation

Francis Rocard, Planétologue, Responsable des programmes d'exploration du Système solaire, Centre national d’études spatiales (CNES); Jean MARECHAL, Responsable de programme Navigation et localisation, Centre national d’études spatiales (CNES); Olivier Joie-La Marle, Responsable du programme sciences de l'univers, Centre national d’études spatiales (CNES) et Pierre Bousquet, Sous Directeur Adjoint des projets d'exploration et vols habités, Centre national d’études spatiales (CNES)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.