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L’application de Milan presse distinguée

milan

Les Assises du journalisme de Tours récompensent chaque année les meilleures initiatives d’éducation aux médias. Cette année, le jury, présidé par la journaliste Marie Portolano, a décerné, le premier prix à l’éditeur Toulousain Milan Presse pour son application en projet « Mon permis smartphone », distinguée dans la catégorie médias.

« Pour un enfant, obtenir son premier smartphone est un événement important. Mais c’est aussi une source d’inquiétude pour les parents. Comprendre les technologies embarquées, protéger son image, maîtriser son temps d’écran ou encore veiller à respecter la vie de la famille : Mon permis smartphone apprend aux enfants à acquérir les bons réflexes avant d’être seuls derrière leur écran », explique l’éditeur. L’application compte plus de 250 questions, sous forme de quiz, réparties en 9 thématiques, qui permettent ensuite de passer le permis en répondant à 40 questions.

Pour découvrir le projet : https://bit.ly/milanpermis

Célébrer la Journée mondiale de la sauvegarde des données, un impératif à l'ère du tout numérique

HDD

Par Arnaud Marquant, directeur des opérations KB Crawl SAS

À l'aube d'une nouvelle ère numérique, la Journée mondiale de la sauvegarde des données, célébrée le 31 mars, nous offre un moment de réflexion critique sur notre rapport aux données. Dans une époque marquée par une digitalisation accrue, la sauvegarde des données se positionne au cœur des débats sur la sécurité, la conformité et la continuité des activités.

De bonnes pratiques de sauvegarde essentielles

La sauvegarde des données commence par des gestes simples mais cruciaux d'hygiène numérique, préconisés par des institutions telles que l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) en France. Ces mesures de base incluent la réalisation de copies de sauvegarde régulières, la mise à jour des systèmes et des applications, ainsi que la sensibilisation à la cybersécurité. Le renforcement du cadre juridique autour de la gestion des données personnelles, comme le Règlement général sur la protection des données (RGPD) dans l'Union européenne, témoigne de l'importance croissante de la sauvegarde dans la protection des libertés individuelles. Ces dispositions légales obligent les entreprises et les organisations à adopter de bonnes pratiques de sauvegarde rigoureuses pour éviter des sanctions potentiellement lourdes.

La sauvegarde, un enjeu pour les professionnels de la veille

Pour les professionnels de la veille, experts en gestion de l'information, la sauvegarde des données n'est pas seulement une obligation réglementaire, mais une composante essentielle du métier. Elle permet de sécuriser l'information collectée, de garantir sa disponibilité pour des analyses futures et d'enrichir la qualité de la décision stratégique. Dans un contexte où l'information évolue rapidement, la capacité à récupérer des données historiques peut s'avérer déterminante pour comprendre les tendances de marché, anticiper les évolutions du secteur ou analyser la concurrence.

L'importance de la sauvegarde dans la continuité des activités

Les récentes catastrophes informatiques, qu'elles soient dues à des cyberattaques, des erreurs humaines ou des catastrophes naturelles, rappellent la vulnérabilité de nos infrastructures numériques. La sauvegarde des données apparaît comme une assurance vitale contre la perte d'informations cruciales, garantissant la résilience et la pérennité des activités économiques. Dans ce cadre, l'élaboration de plans de continuité d'activité (PCA) incluant des stratégies de sauvegarde et de récupération des données devient une priorité pour les entreprises de toutes tailles.

La Journée mondiale de la sauvegarde des données souligne l'urgence et la nécessité d'adopter des pratiques rigoureuses de sauvegarde des données. Face aux défis numériques de notre époque, ces pratiques ne sont pas seulement une question de conformité ou de sécurité, mais un véritable enjeu stratégique pour l'avenir. Reconnaître la valeur de nos données et les protéger efficacement est essentiel pour naviguer avec confiance dans le paysage numérique en constante évolution. Il est impératif que chaque individu, entreprise et institution prenne des mesures proactives pour sauvegarder ses données, assurant ainsi leur intégrité et leur disponibilité pour les générations futures.

Réseaux sociaux : quels usages favorisent le bien-être ?

 

social media

Par Didier Courbet, Aix-Marseille Université (AMU)

Les réseaux sociaux ont « un impact sur le développement affectif, sensoriel, cognitif d’un enfant ». Ces paroles sont celles du président Emmanuel Macron qui appelle à mettre en œuvre des recommandations pour « le bon usage des écrans […] parce qu’il en va de l’avenir de nos sociétés et de nos démocraties ».

Quel impact psychologique de l’excès de médias numériques ?

Mais comment éduquer les enfants si les parents sont eux-mêmes très souvent devant des écrans ? Cette question est d’autant plus importante que des recherches ont montré que nombres d’usages des écrans, et surtout des réseaux sociaux, sont également liés à des problèmes psychologiques chez les adultes et ce, sans même que les utilisateurs aient conscience de ces liens.

Mais il y a une bonne nouvelle : on peut se protéger de ces problèmes et les solutions ne passent pas nécessairement par la diminution du temps d’écran.

D’une manière globale, des études sur de larges populations montrent que plus on utilise les médias numériques (smartphones, Internet, réseaux sociaux, jeux vidéo…) et plus on est susceptible de souffrir de problèmes psychologiques (émotions négatives, anxiété, symptômes dépressifs…).

Les récentes recherches montrent que si les liens entre les utilisations de ces médias et l’altération du bien-être sont significatifs, l’ampleur n’est tout de même pas très élevée.

Par exemple, chez les adolescents, jusqu’à présent, les écrans ne causeraient pas le « tsunami délétère » que certains annoncent parfois.

Cependant, ces résultats globaux masquent de grandes différences entre individus, certains seraient plus touchés que d’autres. Analysons les deux grands processus impliqués dans les états affectifs négatifs et les altérations du bien-être.

Se comparer sur les réseaux présente des effets délétères

Dans notre vie, se comparer aux autres est un besoin social fondamental qui permet d’obtenir des informations sur soi, de s’autoévaluer et de construire son identité sociale.

Si ce processus, normal, est souvent mis en œuvre de manière automatique, c’est-à-dire non intentionnelle et non consciente dans notre vie quotidienne, il est mis en œuvre de la même manière sur les réseaux sociaux. Toutefois, sur les réseaux, chacun essaye de présenter l’image de soi et ses activités d’une manière fortement valorisée. Les photos sont, par exemple, judicieusement construites et travaillées dans ce but.

Nombreuses sont alors les comparaisons en notre défaveur : à partir de son profil et de ses posts, nous allons considérer que telle personne, que nous connaissons plus ou moins, est « mieux que nous » (sur le plan physique, sur le plan de ses compétences dans la vie…) ou a « une plus belle vie que la nôtre ».

Ainsi, comme notre image de soi et notre estime personnelle est construite à la suite de nos interactions avec les autres, ces comparaisons dites ascendantes, peuvent altérer notre propre image et augmenteraient tristesse et mal-être.

Attention aussi aux situations de vulnérabilité accrue !

Dans le processus de comparaison, les récentes recherches montrent que nous sommes différents les uns des autres. Examinons quelques cas où les personnes se comparent plus que les autres sur les réseaux sociaux, ce qui les rend plus vulnérables aux problèmes psychologiques.

En effet, il faut savoir que certains individus ressentent davantage, dans leur vie, le besoin de se comparer aux autres. Ils vont alors, bien plus souvent que les autres, se comparer sur les réseaux sociaux et ce, sans même qu’ils en aient conscience.

D’autre part, certaines personnes sont plus « matérialistes » que d’autres (les matérialistes pensent que le bonheur réside dans la possession matérielle). Globalement, elles passent plus de temps sur les réseaux sociaux que les personnes « non matérialistes ». Dans les informations qu’elles postent, elles affichent plus souvent que les autres les biens qu’elles possèdent et vont fortement se comparer pour entrer « en compétition » avec les autres et tenter de les surpasser. Les conséquences sont souvent délétères pour elles.

On sait également que les personnes qui n’ont pas une bonne image d’elles-mêmes, plutôt anxieuses, timides et hypersensibles sont également fortement sensibles aux comparaisons sociales.

Sur les réseaux sociaux, des études ont montré qu’elles utilisent des stratégies de présentation de soi plus valorisantes afin de diminuer l’angoisse sociale et d’accroître leur estime de soi.

Ces personnes sont également plus sensibles aux commentaires des autres qui, s’ils sont positifs, les rassurent quant à leur appartenance à des groupes sociaux et à leur identité sociale. À l’inverse, des commentaires négatifs altèrent facilement leur bien-être.

D’autres recherches ont également montré que plus les personnes présentent des symptômes dépressifs, plus elles se comparent aux autres. Elles entrent ensuite dans un cercle vicieux : plus elles se comparent et plus cela augmente leurs symptômes dépressifs initiaux.

Développer son intelligence numérique plutôt que diminuer son temps d’écran

On comprendra, dès lors, qu’une première solution n’est pas de diminuer le temps d’écran mais davantage de modifier la manière d’utiliser les médias numériques et notamment les réseaux sociaux. Globalement, le défi pour l’être humain aujourd’hui est de mieux s’adapter à ce nouvel environnement digital en développant une nouvelle forme d’intelligence : l’intelligence numérique.

Celle-ci est définie comme la capacité à bien s’adapter, grâce à des procédures mentales spécifiques, à un environnement numérique en mutation permanente et à interagir de manière optimale avec cet environnement pour satisfaire nos besoins psychologiques, et sociaux. Et ce, tout en préservant, voire en améliorant notre santé physique et mentale.

Ainsi, une fois que l’usager prend conscience du processus de comparaison à l’œuvre sur les réseaux sociaux, il peut mettre en place des « stratégies cognitives » conscientes pour corriger les conséquences potentiellement délétères pour lui.

Il peut par exemple chercher, d’une part, à diminuer le temps qu’il passe à regarder les infos que les autres postent sur eux-mêmes pour se valoriser, et d’autre part, se construire un “beau profil” et poster des informations sur lui-même dont il pourra être fier, aussi bien sur un plan personnel que social. En effet, poster des informations valorisantes pour soi contribue à améliorer son estime personnelle.

Des « usages passifs » qui nuisent aux relations avec nos proches

Le deuxième processus impliqué dans les états affectifs négatifs et l’altération du bien-être concerne les relations que nous entretenons sur les réseaux sociaux avec nos proches, c’est-à-dire les personnes psychologiquement et socialement importantes pour nous (famille, amis chers).

Les récentes recherches montrent que le bien-être dépend avant tout des relations positives et chaleureuses que nous établissons avec nos proches.

Or, de nombreuses pratiques sur Internet nuisent à ses relations si précieuses pour nous. C’est notamment le cas des jeux vidéo qui se jouent seul ou avec des inconnus en ligne. De même, lorsque nous passons du temps à naviguer sur les réseaux sociaux simplement pour lire ou regarder les posts ou vidéos mis en ligne par des individus que nous ne connaissons pas ou peu. C’est ce que les chercheurs nomment les « usages passifs ». Autant de temps non consacré à interagir avec nos proches.

Émoticônes, vocaux et autres modes de partage positifs

À l’inverse, toutes les pratiques qui favorisent les relations sociales et affectives avec les proches comme des appels téléphoniques, les messages vocaux (entendre la voix d’un proche aimé apporte des émotions positives) ou écrits (les émoticônes affectivement chargés transmettent « de bonnes émotions »).

Pour être précis, les relations qui accroissent le plus le bien-être sont celles qui, d’une part, sont perçues comme réciproques, chacun montrant de l’intérêt pour l’autre, et, d’autre part, sont perçues comme véritablement chaleureuses.

De même, les vidéos et les divertissements sont bénéfiques lorsqu’ils favorisent l’interaction avec les proches en permettant de vivre des expériences socio-émotionnelles positives qui rapprochent affectivement.

Par exemple, lorsque les divertissements sont regardés ensemble en présentiel, offrant alors des moments de partages sociaux agréables lors desquels, par exemple, on rit ensemble, ou lorsqu’ils font l’objet d’un partage en ligne où on sait que nous allons surprendre ou faire rire nos proches, par écrans interposés.

Enfin, n’oublions pas que les médias numériques facilitent également les rencontres en présentiel (sorties, soirées…) avec les proches. Ainsi, s’ils sont bien utilisés, les médias numériques sont bénéfiques pour le bien-être, nous donnent le sentiment que nous sommes bien intégrés socialement et favorisent les relations affectives chaleureuses avec ceux que nous apprécions.The Conversation

Didier Courbet, Professeur et Chercheur en Sciences de la Communication, Aix-Marseille Université (AMU)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

DSA, DMA, lutte contre la désinformation et les pratiques anticoncurrentielles : les géants du numérique à l’épreuve du cadre réglementaire européen

UE

Par Constantin Pavléas, avocat spécialisé en droit des nouvelles technologies, fondateur et dirigeant du cabinet Constantin Pavléas Avocats

En vertu du Digital Services Act (DSA), applicable aux très grandes plateformes depuis août 2023 et à l’ensemble des plateformes en ligne depuis février 2024, l’Union Européenne lance une action visant à lutter contre la désinformation avec, en point de mire, les élections européennes de juin prochain. La notion de désinformation - à distinguer de la mésinformation - s’applique aux informations manifestement fausses ou trompeuses, créées, présentées et diffusées dans un but lucratif ou pour tromper intentionnellement le public. En tant que telles, elles présentent une menace pour les démocraties européennes et mettent en danger la santé, la sécurité et l’environnement des citoyens de l’UE. Parmi les mesures prises par l’UE pour lutter contre la désinformation sur les réseaux, certaines sont de nature incitative, d’autres de nature plus contraignante, voire répressive. 

Les mesures incitatives prennent la forme de lignes directrices émises par la Commission européenne à l’intention des plateformes hébergeant les réseaux sociaux, les incitant à se conformer aux règles instituées par le DSA. Par exemple: identifier certains contenus générés par de l'intelligence artificielle (à noter que cette identification deviendra obligatoire pour les « deep fakes » conformément au nouveau règlement sur l’intelligence artificielle, dont la publication est attendue dans les prochains mois) ; permettre aux utilisateurs de signaler des contenus truqués; ou encore accorder au régulateur un accès à leurs algorithmes (à noter que selon le DSA, cet accès est obligatoire sur demande justifiée notifiée par la Commission européenne aux Très Grandes Plateformes, soit les fournisseurs de services en ligne qui atteignent 45 millions d’utilisateurs mensuels ou 10% de la population européenne). 

D’autres mesures sont plus contraignantes et visent à établir et sanctionner des manquements aux règles européennes en matière de modération des contenus et de transparence des données. Des enquêtes préliminaires avaient déjà été ouvertes contre les grands opérateurs de réseaux sociaux, tous américains à l’exception de TikTok, en vue de déterminer si le respect d'une série d’obligations - comme celle d'agir "promptement" pour retirer tout contenu illicite ou d'en rendre l'accès impossible dès que la plateforme en a connaissance - avaient bien été respectées. 

Aujourd’hui, une nouvelle étape est franchie avec l’ouverture d’une enquête « formelle » à l’encontre de X (anciennement Twitter) visant à établir si la plateforme a effectivement contribué à diffuser des contenus illégaux et de désinformation au sein de l’UE. Dès septembre 2023, la Commission européenne s'était émue du taux de désinformation présent sur X, épinglant les résultats particulièrement mauvais obtenus lors de tests effectués sur plusieurs plateformes. 

A deux mois des élections européennes, on peut comprendre que Bruxelles s'inquiète de l'impact sur la campagne électorale des sons, photos et vidéos, notamment ceux créés avec l’assistance de l'intelligence artificielle générative, qui pourraient s’apparenter à une manipulation d’une opinion publique exposée à l’influence d’Etats ou d’organisations malveillants. Liberté d’expression vs lutte contre la désinformation. Le cadre légal européen est en place et les grandes plateformes numériques le connaissent. Va-t-on vers un bras de fer ou la tendance sera-t-elle à la conciliation ? La période à venir, sensible sur le plan politique, présentera une opportunité intéressante de tester l’efficacité des outils mis au service du droit… 

D’autant que ce cadre européen de régulation des plateformes numériques va bien au-delà du DSA. Le Digital Market Act (DMA), entré en vigueur en mars 2024, vise pour sa part à lutter contre les pratiques anticoncurrentielles des géants de l’Internet. La Commission européenne préparerait des procédures d’infraction contre Apple, Google et Meta, malgré les efforts que ces groupes prétendent avoir entrepris pour respecter les nouvelles règles. Selon Thierry Breton, Commissaire européen, «Apple a fait plus de changements en dix jours grâce au DMA qu’en dix ans de politique antitrust ». De quoi encourager Bruxelles à maintenir le cap et mettre les géants du numérique au pied du mur. Tout en attendant l’entrée en vigueur de l’IA Act, première réglementation mondiale de l’intelligence artificielle.

Les entreprises ne sont pas prêtes à réussir le déploiement de l’IA générative

datacenter

Une nouvelle étude commandée par Alteryx, la plateforme d'IA pour l'analyse d'entreprise en France, révèle que les organisations ne sont pas prêtes à tirer parti de l'IA générative en raison de leurs données. Le rapport " Data Stack Evolution : Legacy Challenges and AI Opportunities", qui a interrogé 3 100 leaders mondiaux de l'informatique, a mis en évidence des obstacles qui empêchent le déploiement réussi de l'IA générative, notamment la gestion des piles de données, la stratégie technologique et les cultures d'entreprise.

Un manque de confiance envers les piles de données

L’étude souligne un décalage important entre la confiance que les responsables informatiques mondiaux accordent à leurs données et la réalité de leurs piles de données. En France, alors que 43% des répondants qualifient la maturité de leurs données comme étant "bonne" ou "avancée" et que 68% ont confiance dans leurs données, un cinquième a tout de même évoqué les défis qu’il restait à relever, notamment les biais de données (26%) et la qualité des données (19%).

Ces problèmes sous-jacents suggèrent que les bases des piles de données actuelles ne sont pas à la hauteur pour réussir un déploiement de l'IA générative. En effet, seuls 10% déclarent disposer d'une pile de données "moderne". Cela pourrait être lié aux trois facteurs cités qui déterminent la structure de la pile de données, à savoir l’architecture informatique, les sources de données et l'expertise technique.

Des stratégies technologiques rigides

Cela ne signifie pas pour autant que les entreprises ne cherchent pas à s'améliorer. Au niveau mondial, près de la moitié des entreprises (47%) déclarent travailler activement à moderniser leurs systèmes pour améliorer les résultats en matière de gestion des données. Il est encourageant de constater qu’au niveau mondial, 23% des répondants souhaitent investir pour obtenir une meilleure qualité des données pour relever les défis technologiques qui bloquent l’adoption de l’IA.

Toutefois, même si les responsables informatiques du monde entier reconnaissent l'importance d'investir dans de nouvelles technologies, le manque de flexibilité pourrait freiner l'innovation.

Même si les équipes informatiques sont responsables de leur budget, 56% des répondants en France affirment que si d'autres projets prioritaires se présentent après la répartition du budget, ce dernier ne pourra pas être modifié. Ce manque d’agilité est un frein pour répondre à une innovation qui doit être constante, alors même que l’IA évolue rapidement.

La culture des données n'est pas encore assez intégrée au sein de l’entreprise

L'étude souligne également que la gestion et l'organisation des équipes chargées des données constituent un obstacle à l'innovation. Près de la moitié (46%) des responsables informatiques français indiquent qu'ils ne disposent pas d'une fonction centralisée de gestion et d'analyse des données qui gère les données comme une ressource partagée pour l'entreprise ; Ainsi, plus de la moitié des répondants français (59%) mentionnent des silos de données conservés au sein du service qui les génère.

Ce constat n’est pas surprenant car l’étude a aussi montré un manque de consensus quant à savoir qui est responsable des données au sein d'une organisation. En France, les répondants mentionnent plusieurs fonctions différentes, en tête, le Chief Data Officer (24%), suivi du conseil d'administration (8%) et enfin des cadres supérieurs (4%). Cela suscite des inquiétudes étant donné que l'accès et la gestion des données sont des éléments clés pour une mise en œuvre réussie de l'IA générative.

"Avec l'IA générative désormais à son apogée en termes de popularité, les dirigeants d'entreprise et les équipes informatiques français doivent garder en tête que les données sont devenues un élément incontournable et décisif pour le succès d'une entreprise, souligne Raphaël Savy, Vice-President Southern Europe chez Alteryx "Pour réussir dans cette ère d'intelligence automatisée axée sur les données, il est impératif de réunir des piles de données modernes et une main-d'œuvre qualifiée dans ce domaine, afin d’exploiter pleinement les ressources d'automatisation. Les piles de données modernes doivent accélérer le traitement des données tout en permettant à tous et pas seulement aux responsables informatiques,de relever les défis de l’entreprise et de prendre des décisions pertinentes. Le véritable indicateur de succès réside dans le nombre d'équipes habilitée à prendre des décisions basées sur les données de manière plus rapide et plus efficace, leur permettant de rester compétitif.



Liquid3, un arbre liquide révolutionnaire pour dépolluer l'air des villes du CO2 et des particules fines

Liquid3

En dépit des reculades du gouvernement sur les Zones à faibles émissions (ZFE) dont l’acceptabilité sociale suscite un vrai casse-tête pour les élus, la pollution de l’air des villes reste toujours une priorité. En France, le coût de la pollution atmosphérique a été évalué de 70 à 100 milliards d’euros par an par une Commission d’enquête sénatoriale et sur la période 2016-2019, Santé publique France a estimé que chaque année près de 40 000 décès seraient attribuables à une exposition des personnes âgées de 30 ans et plus aux particules fines (PM2,5).

Mais déployer des espaces verts dans les centres urbains n’est pas toujours aisé. D’où l’idée d’une équipe de chercheurs de l’université de Belgrade de créer un arbre liquide. Baptisé Liquid3, il s’agit d’un photobioréacteur urbain qui utilise la puissance des microalgues pour éliminer efficacement le CO2 et produire de l’oxygène et de la biomasse. Liquid3, qui fonctionne en toute saison, même l’hiver, peut ainsi remplacer un arbre adulte ou 200 m2 de pelouse.

Un étonnant banc public

Soutenu par le « Climate Smart Urban Development Challenge » et par plusieurs municipalités intéressées par ce mobilier urbain du futur, le Liquid3 se présente sous la forme d’un banc public de 2 mètres de long et 2,3 de hauteur, doté d’un port USB pour recharger un smartphone, d’un toit solaire, d’un éclairage veilleuse et, surtout, d’un purificateur à microalgues. Concrètement, l’air contenant le CO2 et les particules fines est pompé et traité par une culture de microalgues liquide qui élimine le carbone et produit de l’oxygène.

Une fois par mois, 95 % de l’eau contenant les microalgues est éliminée et remplacée pour démarrer un nouveau cycle. L’eau récupérée contenant la biomasse peut alors être utilisée pour fertiliser des plantations.

Interrogé par Paris Match, Ivan Spasojevic, professeur à l’Institut de recherche multidisciplinaire de l’université de Belgrade, explique que les microalgues utilisées sont « très robustes. Nous envisageons de travailler sur une sélection de souches thermophiles compatibles avec le climat désertique car le Moyen-Orient est très intéressé ». Mais des villes en Australie ou aux États-Unis sont également séduites par le Liquid3, qui n’a pas vocation à remplacer la verdure partout.

« Il est destiné à de zones qui ne peuvent être végétalisées comme des endroits très fréquentés, où le niveau de pollution de l’air est élevé ou encore dans des installations souterraines », précise le professeur.

(Article publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 24 mars 2024)

Nouvelle amende pour Google ou la difficulté de faire respecter les droits d’auteurs par les géants de la tech

google


Par Constantin Pavléas, avocat spécialisé en droit des nouvelles technologies, fondateur et dirigeant du cabinet Constantin Pavléas Avocats

Google a écopé cette semaine d’une amende de 250 millions d’euros, l’Autorité de la concurrence lui reprochant de ne pas avoir respecté ses engagements concernant les droits voisins, qui permettent aux médias de se faire rémunérer lorsque leurs contenus sont réutilisés sur Internet par les géants comme Google. 

S’il s’avère déjà très difficile de faire respecter une directive concernant les  plateformes numériques, il devrait être d’autant plus compliqué d’assurer que les auteurs de contenu soient bien rémunérés par les systèmes d’IA dans le cadre du nouveau règlement européen sur l’IA. 

La loi du 24 juillet 2019 sur les droits voisins est la transposition de la Directive européenne sur le droit d’auteur et les droits voisins du 17 avril 2019. Elle met en place les conditions d’une négociation équitable entre éditeurs et agences de presse d’une part, plateformes numériques de l’autre. Ce cadre légal vise à protéger les acteurs de la presse en redéfinissant le partage de la valeur entre les parties concernées. Elle s’inscrit dans un contexte de profonde mutation auquel ce secteur est confronté depuis plusieurs années : un accroissement des audiences numériques accompagnant une diminution de la diffusion « papier », et une captation importante de la valeur publicitaire par les grandes plateformes numériques. C’est à l’Autorité de la Concurrence, une instance administrative indépendante chargée de lutter contre les pratiques anticoncurrentielles, qu’a été confiée la mission de superviser l’application de cette loi, et elle a rapidement eu à arbitrer des conflits d’intérêt majeurs entre éditeurs de presse et moteurs de recherche.

Dès novembre 2019, soit quelques mois à peine après l’adoption de la loi, plusieurs syndicats d’éditeurs de presse ont déposé une plainte contre Google pour abus de position dominante et contournement de la loi. La multinationale refusait par principe une rémunération pour l’indexation de contenus et offrait aux éditeurs l’alternative suivante: soit renoncer à toute rémunération, soit voir leurs contenus s’afficher sous une forme minimale - juste un titre, un lien, sans photo-vignette ni extrait d’article pour attirer l’attention des internautes. Face à ce qu’ils ont considéré comme un coup de force doublé d’un chantage, la plupart des éditeurs se sont résignés à se plier aux exigences de Google, non sans l’attaquer devant l’Autorité de la Concurrence pour non-application de la loi. Cette dernière a pris des mesures d’urgence en 2020 sous la forme d’injonctions prononcées à l’encontre de Google. Face au non-respect de ces injonctions, la plate-forme a été sanctionnée à hauteur de 500 millions d’euros.

Un accord semblait avoir été trouvé en juin 2022, quand l’Autorité de la Concurrence a validé les engagements pris par Google de négocier avec les éditeurs le montant des droits voisins, et de transmettre aux médias concernés les revenus directs et indirects tirés de l’exploitation de leurs données. Dans la foulée, un mandataire avait été désigné pour assurer le suivi et les contrôle des engagements pris par Google.

Aujourd’hui, la situation entre Google et les éditeurs se tend d’autant plus que l’intelligence artificielle vient accentuer la propension de Google à ne pas respecter les contenus protégés dans ses modèles. L’Autorité de la Concurrence, estimant que Google n’a ni respecté son engagement de coopérer avec le mandataire, ni les engagements pris en 2022 de garantir aux médias concernés les revenus tirés de l’exploitation de leurs données, a condamné Google à une sanction de 250 millions d’euros. La plateforme s’étant engagée à ne pas contester les faits, elle a pu bénéficier d’une procédure de transaction. 

Ce non-respect de la loi sur les droits voisins par un géant du numérique démontre une nouvelle fois la nécessité de renforcer l’arsenal juridique des Européens face à la puissance américaine, et valide en particulier la pertinence des deux règlements qui visent spécifiquement les grandes plateformes numériques : le Digital Services Acts (DSA), entré en vigueur en février 2024, et surtout le règlement sur l’IA, qui vient tout juste d’être adopté à une très large majorité par le Parlement européen. 

Néanmoins, on constate qu’il est déjà difficile pour les auteurs de contenu (médias notamment) de négocier avec les géants de la tech pour obtenir une rémunération dans le cadre de la directive droit d’auteur, qui institue pourtant un droit voisin. Le nouveau règlement sur l’IA, quant à lui, ne prévoit pas de droit voisin. Cela sera donc d’autant plus difficile aux éditeurs de contenu de se faire entendre. 

Afin de résoudre ce problème, un droit dérivé pourrait être créé afin de rémunérer les auteurs de contenu dont l’œuvre a été utilisée à des fins d’entraînement des algorithmes. Enfin, pour éviter l’écueil d’interminables négociations entre les parties prenantes dans chaque pays de l’Union européenne, le nouveau droit voisin pourrait être rémunéré par un fonds européen d’indemnisation des auteurs de contenu financé par les acteurs économiques exploitant des systèmes d’intelligence artificielle générative . 


 

Apprendre la langue des signes grâce à l'IA générative et aux avatars en 3D


Grâce à de l'intelligence artificielle, des « avatars signant » peuvent communiquer en langue des signes et produire des ressources numériques pour les personnes sourdes. 3DPro et Motion-Up, Fourni par l'auteur
Par Sylvie Gibet, Université Bretagne Sud

Face aux problèmes d’accessibilité qui touchent un nombre croissant de personnes sourdes, les chercheurs s’intéressent aux nouvelles technologies pour l’apprentissage des langues des signes. Dans le domaine du numérique, les recherches se focalisent aujourd’hui sur le développement d’intelligences artificielles (IA) permettant de traduire automatiquement une langue vocale écrite ou parlée en langue des signes et vice-versa, en utilisant des avatars signant en 3D.

Les applications visées concernent notamment la traduction automatique qui permet de produire du contenu en langue des signes à partir de texte (SMS, contenu web…) ou de parole, de sous-titrer textuellement des vidéos en langue des signes, ou encore de concevoir des applications pédagogiques et des videobooks destinés aux enfants sourds. Faciliter la communication des personnes sourdes et leur accès à l’information et ainsi favoriser leur inclusion dans la société est l’objectif premier de ces travaux.

Des contraintes propres aux langues des signes

Les langues des signes sont des langues à part entière qui constituent des piliers de l’identité et des cultures sourdes. Il existe autant de langues des signes que de communautés de personnes sourdes, avec leurs déclinaisons nationales, leurs spécificités et leurs variantes régionales. Elles sont pratiquées non seulement par les personnes sourdes, mais également par toutes les personnes faisant partie de leur environnement familial, éducatif et professionnel. La langue des signes française (LSF) est la langue gestuelle pratiquée par les personnes sourdes de France. Longtemps interdite, elle n’a été reconnue qu’en 2005, ce qui peut expliquer le fait qu’elle soit peu dotée en matière de ressources telles que des ouvrages de référence lexicographiques, grammaticaux, voire encyclopédiques, ou encore des données numériques annotées.

Les rares bases de données de langues des signes existantes sont généralement constituées de vidéos, éventuellement accompagnées de traductions en langue vocale écrite. C’est vrai en particulier pour la LSF qui dispose essentiellement de dictionnaires lexicaux accessibles sur le Web. De plus, il n’existe pas de consensus dans la communauté internationale travaillant sur les langues des signes pour en définir une forme écrite. Il est donc difficile de procéder, comme pour les langues vocales, à l’alignement entre une vidéo en langue des signes et le texte correspondant. Le développement d’outils numériques dédiés aux langues des signes soulève par conséquent des enjeux linguistiques et technologiques importants.

Des spécificités linguistiques

Avec des grammaires qui leur sont propres, les langues des signes viennent bouleverser les théories associées aux langues vocales ou écrites. Portées par les modalités visuelle et gestuelle, elles sont caractérisées par la mise en parallèle et la simultanéité des mouvements et des configurations des mains, mais aussi des mouvements non manuels incluant l’orientation du buste, les expressions faciales et la direction du regard.

De plus elles s’appuient sur des dynamiques iconiques et spatiales. Ainsi, le locuteur sourd déploie son discours dans l’espace qui l’avoisine : il positionne par ses gestes les entités de son discours, animées ou non, à des emplacements spécifiques de l’espace qui permettent de référencer et de rappeler ces entités.

L’iconicité, qui s’exprime par une relation de ressemblance entre le geste et ce qu’il signifie, se manifeste de différentes façons. Certaines configurations manuelles, porteuses de sens, peuvent représenter des signes lexicaux (un avion, une personne), ou être insérées dans un énoncé. Par exemple, la phrase « l’avion décolle » est représentée en LSF par un seul signe réalisé à deux mains : l’une des mains (forme plate) représente la piste statique, l’autre main, dynamique, représente l’avion dont le mouvement suit sa trajectoire relativement à la piste.

Ces caractéristiques iconiques et spatiales, omniprésentes dans les langues des signes, supposent des mécanismes grammaticaux qui exploitent la géométrie dans l’espace ainsi que la temporalité des mouvements. Cela constitue un défi technique à relever pour la synthèse des mouvements.

Créer des avatars signant animés avec la motion capture

D’un point de vue numérique, la vidéo, qui reste le média privilégié des sourds, ne permet pas de garantir l’anonymat et impose de fortes contraintes au niveau du stockage et du transport des données. Une réponse adaptée pour la production de langue des signes se trouve dans les avatars signant, des personnages virtuels animés en 3D capables de signer des énoncés. Grâce à des interfaces 3D interactives intégrant ces avatars, il devient alors possible d’éditer les animations, de les ralentir, de les rejouer, de changer de point de vue ou de zoomer sur des parties spécifiques du corps de l’avatar, voire de modifier son apparence graphique. Concevoir de tels avatars signant nécessite d’enregistrer au préalable les mouvements d’une personne sourde par des techniques de capture de mouvement (motion capture ou mocap) et d’adapter ces données à un modèle de personnage 3D.

Au cours de la dernière décennie, la traduction d’un texte en une animation signée a été réalisée grâce à des algorithmes s’appuyant sur des données de mocap. Ces algorithmes permettent de synthétiser de nouveaux énoncés par concaténation de mouvements existants. Si ces approches sont satisfaisantes en termes de précision et de qualité de la langue des signes produite, elles nécessitent des traitements des données de mocap très longs, fastidieux et complexes à automatiser. De plus, la création de nouveaux énoncés reste contrainte par le vocabulaire et les structures grammaticales des énoncés initialement enregistrés. Avec ce type de technologie, il semble difficile de construire de grands corpus de données avec des phrases contenant des variations sémantiques dans des domaines thématiques diversifiés.

Générer du contenu en langue des signes avec des IA génératives

Les avancées récentes des IA génératives dans le domaine de la génération de textes, d’images ou de vidéos ouvrent des perspectives évidentes en matière de traduction entre langue vocale (parlée ou écrite) et langue des signes. Les travaux de recherche actuels visent à intégrer ces avancées en développant des architectures de réseaux de neurones profonds adaptées au traitement automatique des langues. Grâce à des algorithmes d’apprentissage automatique, ces derniers apprennent, en exploitant de grandes bases de données, à identifier et reconnaître les tendances et les corrélations cachées dans les données afin de produire de grands modèles de langue de plus en plus efficaces et polyvalents.

Dans le cadre des langues des signes, les réseaux de neurones apprennent en parallèle et en contexte les caractéristiques linguistiques (par exemple une configuration manuelle) et cinématiques (par exemple une séquence de postures de squelette 2D ou 3D) extraites respectivement des phrases et des mouvements.

L’IA au service de l’insertion des personnes sourdes

Si les performances de ces systèmes, notamment en termes de précision des animations produites, peuvent être améliorées dans un futur proche, ils permettent d’ores et déjà d’augmenter considérablement les ressources disponibles, notamment en remplaçant les vidéos par des animations d’avatars 3D de haute résolution. De plus, des méthodes qualifiées de bout en bout (end to end) permettront de concevoir un réseau neuronal global pour des tâches complexes de traduction d’une langue vers une autre.

À court terme, il devient possible d’inclure ce type d’outil numérique de traduction automatique dans des applications pédagogiques exploitant les logiques respectives des grammaires en langues vocale et signée, favorisant ainsi l’apprentissage coordonné des deux langues. Ces ressources langagières et ces outils numériques sont indispensables pour assurer l’accès des personnes sourdes aux parcours éducatifs, passages obligés pour l’acquisition des connaissances et des compétences nécessaires à une insertion réussie dans la société.


Le projet SignToKids est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. Elle a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.The Conversation

Sylvie Gibet, Professeure des universités en informatique, Université Bretagne Sud

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Avec les smartphones, la conversation en péril ?

 

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Par David Le Breton, Université de Strasbourg

La conversation relève souvent de la gratuité, de la flânerie, de la rencontre, elle est une parole partagée. Mais que devient-elle à l’ère du smartphone omniprésent ? Jour et nuit, nous communiquons : via WhatsApp, Messenger, Instagram, Slack, TikTok, par mail ou par texto, via des messages vocaux… Et pourtant, nous rappelle David Le Breton, communiquer n’est pas converser. À la fois vigilants, disponibles et déconnectés de nos sensations physiques, nous avons peu à peu désappris l’ennui, la lenteur, les silences et l’attention à l’autre… Cet article fait partie de notre série « Nos vies mode d’emploi ».


Le smartphone a introduit au sein du lien social dans le monde entier un avant et un après de son usage. En une quinzaine d’années, la banalisation de son recours a opéré une transformation inouïe du rapport au monde et aux autres. J’aborderai ici seulement les profondes altérations que connaît la conversation face à l’impact colossal de la communication, notamment quand elle passe par la médiation du téléphone portable.

Communiquer n’est pas converser

J’entends par communication l’interposition de l’écran dans la relation à autrui, la distance, l’absence physique, une attention distraite, flottante… Utilitaire, efficace, elle appelle une réponse immédiate ou des justifications ultérieures car elle exige une disponibilité absolue qui induit par ailleurs le sentiment que tout va trop vite, que l’on a plus de temps à soi. À tout moment une notification, un appel, un message somme l’individu à une réponse sans retard qui maintient une vigilance sans relâche.

À l’inverse, la conversation relève souvent de la gratuité, de la flânerie, de la rencontre, elle est une parole partagée. Il s’agit seulement d’être ensemble en toute conscience et de dialoguer en prenant son temps. Si la communication fait disparaître le corps, la conversation sollicite une mutuelle présence, une attention au visage de l’autre, à ses mimiques et à la tonalité de son regard. Elle compose volontiers avec le silence, la pause, le rythme des uns et des autres. À l’inverse de la communication où toute suspension sollicite un pénible rappel, surtout pour ceux qui sont autour et ne sont pas concernés, d’un : « On a été coupé », « T’es là ? » « J’entends plus rien » « Je te rappelle ». La conversation n’a pas ce souci car le visage de l’autre n’a jamais disparu et il est possible de se taire ensemble en toute amitié, en toute complicité, pour traduire un doute, une méditation, une réflexion. Le silence dans la conversation est une respiration, dans la communication elle est une panne.

Il y a quelques mois à Taipei, j’étais dans un restaurant populaire. À une table, non loin de la mienne, est venue s’installer une dizaine de personnes de la même famille, des plus jeunes aux plus âgés. Le temps de prendre place, et tous ont sorti leur smartphone, les plus petits avaient deux ou trois ans, jusqu’aux anciens, la soixantaine. Ayant à peine jeté un coup d’œil au menu avant de commander, tous se sont immergés dans la contemplation de leur portable, sans aucune attention les uns envers les autres. Ils n’ont pratiquement pas dit un mot et ils mangeaient leur smartphone à la main. Seule exception parfois, de petites tensions entre deux des enfants qui devaient avoir quatre ou cinq ans. Ils sont restés une bonne heure en échangeant guère plus que quelques phrases, sans vraiment se regarder.

La scène aurait pu se passer à Strasbourg, à Rome ou à New York, dans n’importe quelle ville du monde. Elle est aujourd’hui commune. Il suffit d’entrer au hasard dans un café ou un restaurant pour voir la même situation. Les anciennes rencontres familiales ou amicales disparaissent peu à peu, remplacées par ces nouvelles civilités où l’on est ensemble mais séparés les uns des autres par des écrans, avec parfois quelques mots échangés avant de retrouver la quiétude de son portable, replié sur soi. À quoi bon s’encombrer des autres puisqu’un monde de divertissement est immédiatement accessible où l’on a plus à soutenir l’effort de nourrir la relation aux autres. La conversation devient désuète, inutile, pénible, ennuyeuse, alors que l’écran est une échappée belle qui ne déçoit pas et qui occupe agréablement le temps.

Des villes peuplées de zombies

La disparition massive de la conversation, même avec soi-même, se traduit par le fait que maintenant les villes sont désertes, on n’y rencontre plus personne, les trottoirs regorgent de zombis qui cheminent hypnotisés par leur smartphone. Les yeux baissés, ils ne voient rien de ce qui se passe à leur entour. Si vous cherchez votre chemin, inutile de demander de l’aide, il n’y a personne autour de vous. Les uns sont casqués ou portent des oreillettes, parlent tout seuls, et arborent une attitude indifférente ostentatoire, tous n’ont d’yeux que pour leur écran.

« Are You Lost in the World Like Me ? », Moby and the Void Pacific Choir, These Systems Are Failing (animation, Steve Cutts).

Parfois, la communication s’impose dans l’espace public, infligée à ceux qui n’osent pas protester ou s’en vont ailleurs, envahis par la parole insistante de quelqu’un venu s’asseoir à leur banc ou près de leur table pour entamer une discussion à voix haute. Autre donnée de plus en plus courante, regarder une vidéo criarde sans oreillette ou mettre le haut-parleur pour mieux entendre la voix de son interlocuteur.

Autre forme d’incivilité courante devenue banale, le fait de parler avec quelqu’un qui ne peut s’empêcher de sortir son smartphone de sa poche toutes les trente secondes, dans la peur de manquer une notification ou qui vous laisse tomber après une vibration ou une sonnerie. Échange de bon procédé, chacun occupant une place ou un autre selon les circonstances. La hantise de manquer une information provoque cette fébrilité des adolescents, mais pas seulement, et cette quête éperdue du smartphone dans la poche, à moins qu’il ne reste en permanence à la main. Ce que les Américains appellent le Fear of Missing Out (FOMO) est devenu un stress qui affecte la plupart de nos contemporains. Même posé près de soi sur une table, l’expérience montre que le smartphone exerce un magnétisme difficile à contrer, les regards se posent avec régularité sur lui dans une sorte de nostalgie.

Pour ces usagers, les relations à distance, sans corps, sont moins imprévisibles, moins frustrantes, elles n’engagent que la surface de soi, et en ce sens elles apparaissent souvent préférables aux interactions de la vie réelle. Elles donnent lieu à des relations conformes au désir et fondées sur la seule décision personnelle sans craindre un débordement, car dès lors il suffit d’interrompre la discussion en prétextant un problème de réseau et de couper la communication. Les interactions en face-à-face sont plus aléatoires, plus susceptibles de blesser ou de décevoir. Mais plus on communique moins on se rencontre, plus la conversation disparaît du quotidien. Les écrans donnent le moyen de franchir le miroir du lien social pour se retrouver ailleurs sans plus de contrainte de présence à assumer devant les autres. Ils induisent une communication spectrale, essentiellement avec soi-même, ou avec un minimum d’altérité. Souvent dans le sillage des habitudes prises lors du confinement quand tout autre lien était impossible. Nous multiplions aujourd’hui les réunions, les conférences à distance qui dans mon expérience personnelle n’existaient pas avant l’émergence du Covid.

Un sentiment d’isolement croissant

La société numérique ne se situe pas dans la même dimension que la sociabilité concrète, avec des personnes en présence mutuelle qui se parlent et s’écoutent, attentifs les uns aux autres, en prenant leur temps. Elle morcelle le lien social, détruit les anciennes solidarités au profit de celles, abstraites, le plus souvent anonymes, des réseaux sociaux ou de correspondants physiquement absents.

Paradoxalement, certains la voient comme une source de reliance alors que jamais l’isolement des individus n’a connu une telle ampleur. Jamais le mal de vivre des adolescents et des personnes âgées n’a atteint un tel niveau. La fréquentation assidue de multiples réseaux sociaux ou l’ostentation de la vie privée sur un réseau social ne créent ni intimité ni lien dans la vie concrète.

La société numérique occupe le temps et donne le moyen de zapper tout ce qui ennuie dans le quotidien, mais elle ne donne pas une raison de vivre. Bien entendu certains y trouvent du lien du fait de leur isolement, mais ce dernier n’est-il pas aussi une incidence du fait que l’on ne se rencontre plus dans la vie réelle ?

Chacun est en permanence derrière son écran, même en marchant en ville, l’expérience individuelle de la conversation ou de l’amitié se raréfie, l’isolement se multiplie en donnant le sentiment paradoxal de la surabondance. Mais il ne reste du lien qu’une simulation. Les cent « amis » des réseaux sociaux ne valent pas un ou deux amis dans la vie quotidienne.

Le smartphone donne les moyens de ne plus tenir compte des autres. Il contribue à l’émiettement social, et paradoxalement, non sans ironie, il se propose comme le remède à l’isolement, la prothèse nécessaire puisqu’on ne se parle presque plus dans les trains, les transports en commun, les cafés, les restaurants, maints autres lieux propices autrefois aux rencontres, mais qui juxtaposent aujourd’hui des individus isolés, séparés, en contemplation devant leur écran.

De nouvelles formes d’expression émergent qui relèvent désormais de l’évidence pour nombre de contemporains, et pas seulement pour les digital natives. Globalement la connexion prend le pas sur une conversation renvoyée à un anachronisme mais non sans un impact majeur sur la qualité du lien social, et potentiellement sur le fonctionnement de nos démocraties.


David Le Breton est l’auteur notamment de « Des visages. Une anthropologie » (Métailié poche) et de « Du silence. Essai d’anthropologie » (Métailié). À paraître : « La fin de la conversation : La parole dans une société spectrale » (Métailié).The Conversation

David Le Breton, Professeur de sociologie et d'anthropologie, Université de Strasbourg

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Les Français s’intéressent toujours à l’information et ils préfèrent les journalistes aux algorithmes

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BVA Xsight a mené pour l’ARCOM, une enquête auprès d’un échantillon représentatif de 3 400 Français âgés de 15 ans et plus, afin de répondre aux questions suivantes :
  • Les Français s’intéressent–ils à l’information ?
  • Comment les Français s’informent–ils ?
  • Quelle connaissance ont–ils des réseaux sociaux ?
  • Quelle image ont-ils des médias et des journalistes ?
Cette enquête menée du 22 novembre au 20 décembre 2023 révèle ainsi que les Français se sentent plutôt bien informés malgré une surcharge informationnelle et une exposition aux fake news qui les poussent parfois à adopter des comportements d’évitement de l’information (changer de chaîne de télévision ou de station de radio, suspension des notifications des applications…). L’expansion rapide des réseaux sociaux et des plateformes de vidéo a facilité et démultiplié l’accès direct des Français à l’information et son appropriation, même si les médias éditorialisés – au premier rang desquels la télévision et la radio – restent aujourd’hui encore les plus fréquentés.

Les Français s’intéressent toujours à l’information !

C’est ce que déclarent en effet 94% des sondés et la même proportion déclare même s’informer quotidiennement.

Leurs centres d’intérêt sont variés et les sujets d’informations ne bénéficient pas tous du même attrait.
Les catégories « Santé, mode de vie, bien-être » (71%); « Environnement, climat, écologie » (70%) et « Culture et divertissement » (70%) sont les sujets qui intéressent le plus les Français.

Ils s’informent à 44% pour « comprendre le monde qui [les] entoure », à 42% pour « [s]‘instruire, [se] cultiver » et à 38% pour « [se] faire [sa] propre opinion », une tendance qui montre que les Français cherchent à s’informer afin d’établir un lien avec la réalité, puis à établir des relations avec les autres.

La tendance générale est à s’informer plus ! 32% des sondés affirment s’informer plus qu’auparavant contre 22% qui affirment le contraire. Malgré cet intérêt, les Français (61%) vont parfois ou souvent « éviter les informations« , montrant ainsi une fréquence des comportements d’évitement de l’information.

La télévision, reine de l’information

La télévision reste le premier mode d’accès à l’information : 80% des Français la regarde au moins 1 fois par semaine et 66% tous les jours. La radio (incluant les podcasts) arrive en deuxième position avec 67% de Français qui l’écoutent a minima 1 fois par semaine, suivi de près par les moteurs de recherche (65%).

On remarque cependant un élargissement des sources d’accès à l’information via les réseaux sociaux (56%) et les plateformes de vidéos en ligne (43%).

Les réseaux sociaux, l’infobésité en continu

Pour les Français, les réseaux sociaux proposent une offre singulière et ajustée à leurs besoins. 34% déclarent y trouver des informations qu’ils ne trouvent pas ailleurs et 24% préfèrent les formats qui y sont proposés.

Cependant les Français ne sont pas dupes des risques associés aux médias algorithmiques (désinformation, manipulation de l’information, haine en ligne), et manifestent à leur égard de fortes craintes (sans pour autant être toujours capables de s’en protéger) : 55% des Français déclarent craindre en premier lieu sur les réseaux sociaux d’être exposés à des fausses informations et 50% de se voir voler leurs identités personnelles.

Les Français préfèrent les journalistes aux algorithmes

L’enquête révèle également la place encore prépondérante des médias et des journalistes dans la formation de l’opinion des Français. 53% des Français préfèrent ainsi que leurs informations soient sélectionnées par des journalistes plutôt que par des algorithmes. De plus, une grande majorité (76%) estime que les informations diffusées par les grands médias (radio, TV, presse) contribuent à façonner leur point de vue sur un sujet, bien plus que les échanges avec leurs proches (72%) et les informations relayées sur les réseaux sociaux (37%).

Cependant, cette confiance n’est pas inébranlable, car près de la moitié des Français (48%) expriment des doutes quant à la fiabilité des informations diffusées par les médias. Les raisons principales de ces doutes pour les Français incluent les pressions politiques (51%), les pressions des propriétaires de médias (47%) et la tendance des médias à privilégier les scoops et le sensationnalisme (45%).

Le succès de Mistral AI exaspère l’UE !

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Par Eric Braune, INSEEC Grande École

En signant un accord de distribution avec Microsoft fin février, la pépite française de l’intelligence artificielle générative, Mistral AI n’imaginait pas être aussi critiquée. Concrètement, l’entreprise française, soutenue notamment par Xavier Niel, Rodolphe Saadé et Eric Schmidt, a décidé d’autoriser la distribution d’un de ses modèles de langage, Mistral Large sur la plate-forme Microsoft Azure.

Commentant ce rapprochement, le député allemand, Kai Zenner, s’est dit extrêmement furieux d’un prétendu « double jeu des Français ». La France avait en effet obtenu des concessions importantes lors des débats précédant l’adoption de l’AI act, la loi européenne qui vise à réglementer l’utilisation de l’intelligence artificielle. Les représentants français avaient souligné qu’un texte trop restrictif obligerait les start-up européennes, dont Mistral AI, à coopérer avec des sociétés américaines.

Les propos très critiques à l’égard de la stratégie de la start-up française Mistral AI posent la question de la compréhension par les instances européennes de la dynamique de développement de l’industrie de l’IA. Or, la lutte concurrentielle qui s’engage opposera des écosystèmes et non des entreprises isolées. S’attaquer à cet accord pourrait ainsi à terme nuire surtout à la pépite française et, par ricochet, à l’économie de l’Union européenne.

Un accord avantageux pour Mistral AI

Mistral AI a signé à la fin du mois de février un accord de distribution de son modèle de langage le plus complexe, Mistral Large, sur la plate-forme Miscrosoft Azure. Pour rappel, Azure est une plate-forme de cloud computing (informatique « dans les nuages ») permettant aux organisations d’accéder à des ressources informatiques sans avoir à investir dans des data centres ou à gérer les serveurs.

Le développement de l’IA conduit Microsoft à intégrer des services de deep learning dans Azure. Toutefois, la firme de Redmond semble peu confiante dans sa capacité à développer en interne le meilleur modèle de langage. Il est possible que les revers passés de sa R&D interne (Windows phone ou Bing) conduisent Microsoft à privilégier des partenariats technologiques avec d’autres entreprises. Microsoft opère donc des prises de participation dans des entreprises prometteuses comme OpenAI ou Mistral AI.

Microsoft Azure est aujourd’hui la deuxième plate-forme de cloud computing derrière celle d’Amazon mais loin devant les plates-formes de Google ou Alibaba. L’accord récent permet à Mistral AI de s’insérer dans un écosystème performant et pérenne. Il lui ouvre le marché global du service aux entreprises et étend également le réseau des développeurs exploitant les performances de Mistral Large dans leurs propositions de solutions aux entreprises.

Cette constitution d’écosystèmes montre la modification de la lutte concurrentielle dans l’industrie de l’IA. En 2023, la compétition opposait les performances des différents modèles de langage disponibles. L’IA générative est aujourd’hui stabilisée et Yi du chinois 01.AI peut rivaliser avec GPT-4 alors que le premier modèle cité utilise deux fois moins de paramètres que le second. L’année qui commence devrait voir s’opposer les écosystèmes formés autour des différents modèles de langage disponibles.

Un champion européen

À défaut d’une grande plate-forme de cloud computing européenne, il faut donc se réjouir de l’arrivée de Mistral AI dans l’écosystème créé par Microsoft. L’accord signé début mars avec Snowflake, une autre entreprise de l’informatique dans les nuages, montre que la start-up française ne compte pas se contenter d’un accord avec Microsoft. La jeune pousse entend bien insérer son modèle Mistral Large dans un grand nombre d’écosystèmes dédiés à des usages professionnels.

Mistral AI est désormais valorisée 2 milliards de dollars. Depuis sa dernière levée de fonds, elle est principalement détenue par deux sociétés de capital-risque américaines. Les 15 millions de dollars investis sous forme d’obligations convertibles par Microsoft sont loin de ressembler à une prise de contrôle qui enfermerait la start-up française dans une relation exclusive avec cette entreprise.

L’accord signé avec Snowflake montre que Mistral AI n’entend pas être pieds et poings liés avec Microsoft qui est un partenaire parmi d’autres. De la même façon, Microsoft n’entretiendra pas une relation exclusive avec Mistral AI, mais multiplie les relations avec des sociétés spécialisées. Dans ce contexte concurrentiel renouvelé, lié notamment aux caractéristiques intrinsèques de l’IA, quel sens pourrait revêtir la notion de champion européen dans ce domaine ?

Explosions des capitalisations boursières

L’intelligence artificielle constitue une technologie fondamentalement disruptive qui portera la croissance économique des années futures. Aux États-Unis, l’explosion des capitalisations boursières de Nvidia ou de Supermicro, deux fournisseurs de hardwares indispensables aux avancées de l’IA, indique l’intérêt des investisseurs pour ces technologies prometteuses.

Dans ce contexte, il est désespérant de constater que les start-up européennes, tous secteurs confondus, n’auront collecté que 51 milliards de dollars en 2023, contre 83 milliards en 2022 et 106 milliards en 2021. En d’autres termes, nous nous montrons incapable de construire le réseau d’entreprises susceptible de soutenir le développement de cette industrie sur notre continent et ce handicap influencera notre compétitivité internationale future. Depuis le succès du premier système d’exploitation de Microsoft, nous savons qu’un géant de l’informatique se construit sur un écosystème d’entreprises et de partenaires qui exploitent son logiciel. Sans cet écosystème, Mistral AI tout comme l’initiative Kyutai d’un autre groupe français, Iliad, ne pourront rien contre leur concurrents américains ou chinois.The Conversation

Eric Braune, Professeur associé, INSEEC Grande École

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Pour une éducation aux médias et à l’information (de) tous les jours

 

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Par Anne Cordier, Université de Lorraine

Ce lundi 18 mars 2024 s’ouvre la 35e édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’école. Chaque année, dans bon nombre d’établissements de la maternelle au lycée, ce rendez-vous permet de « développer le goût pour l’actualité », tout en abordant avec les élèves des notions clés du travail journalistique, du décryptage de l’information, à travers des présentations du paysage médiatique ou des rencontres de rédactions.

Si cette manifestation a son importance, elle ne suffit bien sûr pas à mener à bien tous les objectifs énoncés ci-dessus. L’observation des pratiques informationnelles enfantines et adolescentes, comme l’analyse des situations d’apprentissage dans le monde scolaire mais aussi en famille, en médiathèques ou dans les communautés associatives, plaident incontestablement pour une banalisation de l’éducation aux médias et à l’information (EMI).

Cette éducation est une pierre angulaire du développement d’une culture générale. Comment s’y prendre pour mieux l’ancrer dans le quotidien des jeunes générations ?

Une recherche d’informations quotidienne

Dès l’enfance, les pratiques informationnelles existent et participent du développement de loisirs et d’activités. Prenons l’exemple d’Emeline, 10 ans. Passionnée de botanique, elle effectue des recherches en ligne sur les plantes. De son côté, Aiden, 7 ans, utilise YouTube pour regarder « des vidéos de dessins pour avoir des techniques et des idées », et ensuite dessiner à son tour.

Dès l’enfance aussi, ces pratiques d’information témoignent d’un enjeu d’intégration sociale fort. Ainsi, Rémy, scolarisé en CM2, raconte l’importance de ses recherches sur les faits de jeu de son équipe de football préférée. Il les partage avec ses frères et son père car, à la maison, on n’a plus les moyens financiers de se rendre au stade : « Quand on en parle à l’école le lundi, c’est comme si j’étais allé à Bollaert ! »

Cette intrication des pratiques informationnelles avec le développement d’une personnalité et de ses goûts et la volonté de prendre sa place dans le monde monte en puissance avec l’âge.

Les collégiens et les lycéens rencontrés sur le terrain racontent le plaisir de s’informer en groupe, de partager leurs découvertes entre pairs, de s’interroger ensemble sur les informations auxquelles ils accèdent. Dans toute leur diversité : non seulement sont évoquées les pratiques informationnelles médiatiques, dites d’actualité, mais aussi les pratiques informationnelles documentaires, extrêmement prégnantes dans la vie enfantine et adolescente.

C’est quoi une information ? Les Clés des Médias (CLEMI, mars 2021).

Contrairement à une vulgate répandue, et affirmée par des études aux contours flous et purement déclaratives, les enfants et les adolescents s’informent. Ils et elles s’informent sur leurs centres d’intérêt, leurs loisirs, mais aussi des sujets de société qui leur tiennent à cœur, à la manière de ces lycéennes qui peuvent discuter longuement des violences sexistes et sexuelles. Elles effectuent une veille informationnelle rigoureuse sur le sujet par le moyen des réseaux sociaux numériques.

Adolescentes et adolescents s’informent avec un plaisir réel, lors de rituels qu’ils mettent en place, seuls, avec des pairs ou en famille. Vasco, lycéen de 17 ans, explique combien il aime « confronter « (ses) » informations avec celles de (sa) mère avec la télé. On n’est pas souvent d’accord, mais c’est ça qui est bien, on se parle ! »

Ces générations tirent parti de ressources informationnelles qui échappent souvent au regard des adultes, à l’instar de Hugo Décrypte, fortement plébiscité par les lycéens, ou encore des titres de presse régionale ou nationale, dont ils suivent les publications via les réseaux sociaux numériques. N’oublions pas non plus les créateurs et créatrices de contenu, qui tiennent une place importante dans l’écosystème informationnel des publics juvéniles, notamment pour nourrir leur curiosité envers l’information documentaire (sur la santé, la sexualité, ou encore la physique ou le cinéma).

Des rituels de familiarisation à l’information

Ces pratiques informationnelles ont besoin de soutien, et les enfants comme les adolescents apparaissent très demandeurs d’accompagnement dans le domaine, conscients notamment de la difficulté à évaluer l’information dans un contexte généralisé de défiance, ou encore à gérer la réception des images violentes en ligne. Ils sont aussi désireux de développer plus encore leurs connaissances informationnelles « pour réussir dans la vie, parce que l’information c’est un tremplin », comme le note Romane, 17 ans.

Les adolescents et les jeunes adultes rencontrés en enquête font part de rituels de familiarisation à l’information qu’ils considèrent comme fondateurs dans leur parcours. C’est le cas de Morgan qui, à 24 ans, tire le fil entre une expérience quotidienne de la lecture et de la discussion autour de la presse d’actualité à l’école primaire et son appétence actuelle, à l’âge adulte, pour la presse écrite :

« Tu titres “De Mon Quotidien à Mad Movies” ! (rires) Sérieusement, je suis certain, ça me vient de là, le plaisir de la presse, tu vois, de prendre de l’info dedans, de savoir que je peux la partager, comme on faisait en primaire, quoi. »

D’autres évoquent des apprentissages structurants, lesquels ont pu être observés lors d’un suivi longitudinal de lycéens dans leur entrée dans les études supérieures et dans la vie professionnelle. À 19 ans, Julie « ne remerciera jamais assez (son professeur documentaliste) qui lui a donné les bonnes cartes pour après ! », notamment en la sensibilisant au référencement bibliographique et au travail de sourçage de l’information.

“Le smartphone, une porte d’entrée à l’information” (Sqool TV, 2023)

Malheureusement, l’étude des parcours sur le long terme, et les enquêtes de terrain en milieu scolaire, montrent la difficulté à mettre en place une progression des apprentissages en éducation aux médias et à l’information. Les temps consacrés à l’information dans la classe, à son analyse comme à sa discussion, sont trop ponctuels.

Or, intégrer des apprentissages informationnels au sein d’un environnement médiatique et documentaire pour le moins complexe, comprendre des concepts essentiels comme l’autorité informationnelle ou encore la ligne éditoriale, développer une culture des sources, tout cela demande du temps.

Sortir du traitement évènementiel de l’éducation à l’information

Le traitement évènementiel de l’information, auquel se trouvent souvent contraints les acteurs de l’éducation aux médias et à l’information, ne permet absolument pas de relever le défi. Tout d’abord, parce que, nous l’avons vu, ce traitement n’est pas à la mesure de la quotidienneté – joyeuse – de la vie sociale des enfants et des adolescents, et des enjeux qu’ils ont à affronter chaque jour pour appréhender le flux d’informations et en traiter le contenu, quel que soit son statut.

Ensuite, la prise en charge des problématiques informationnelles et médiatiques ne saurait se limiter à la gestion d’un évènement en général tellement chargé émotionnellement (attentats, guerres) que la prise de distance nécessaire à la structuration de connaissances n’est pas possible.

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Enfin, l’étude des trajectoires informationnelles des acteurs suivis sur le long terme et les interrelations avec les formations en EMI dont ils ont bénéficié montrent à quel point la dimension temporelle est cruciale. C’est ce qui favorise l’intégration de compétences et de connaissances abordées de façon répétée de manière à ce que des transferts soient envisagés et envisageables. C’est ainsi qu’en situation, dans un nouveau contexte, les jeunes concernés seront en mesure de convoquer de nouveau des ressources, des types d’usages ou de pratiques abordés.

Pour l’ensemble de ces raisons, c’est d’une éducation aux médias et à l’information du quotidien et au quotidien dont nos enfants et adolescents ont besoin, une éducation à la hauteur de la place qu’a l’activité informationnelle dans leur vie. C’est-à-dire une place quotidienne, profondément incarnée, sensible, joyeuse, et essentielle dans les sociabilités qu’ils mettent en œuvre, que ce soit avec la famille ou avec les pairs.The Conversation

Anne Cordier, Professeure des Universités en Sciences de l’Information et de la Communication, Université de Lorraine, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Approches, acteurs, enjeux, secrets, guerre hybride : plongée au coeur des services de renseignement dans le monde

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On leur devait déjà le remarquable « Opération d’influences chinoises : un moment machiavélien » (Ed. Les Equateurs) qui, en septembre 2021, détaillait minutieusement comment la Chine entendait « vaincre sans combattre, en façonnant un environnement favorable » à ses intérêts, en enrôlant, entre autres, des personnalités de premier plan en France. Aujourd’hui le duo formé par Paul Charon, directeur du domaine Renseignement, anticipation et stratégies d’influence de l’Institut de recherche stratégique de l’école minimaire (IRSEM) et Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, docteur en science politique et en philosophie, ancien directeur de l’IRSEM et aujourd’hui ambassadeur de France au Vanuatu, publient aux Presses universitaires de France (PUF) un colossal « Les mondes du renseignement. Approches, acteurs, enjeux. ».

PUF

Cette somme de 584 pages constitue une véritable encyclopédie sur le renseignement et une mine d’informations pour comprendre le rôle crucial qu’il a aujourd’hui dans un monde multipolaire, plus complexe que du temps de la Guerre froide, avec de nouveaux acteurs qui opèrent désormais à côté des traditionnels services de renseignement des États.

Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer ont dirigé cet ouvrage qui fera date en s’entourant des meilleurs spécialistes français et étrangers – vingt-huit en tout – pour décrypter un monde en perpétuel mouvement très éloigné de l’image de James Bond qu’en a parfois l’opinion publique. Qu’est-ce que le renseignement aujourd’hui ? Comment l’étudier ? Comment fonctionnent les services secrets français, américains, russes, chinois, iraniens ou nord-coréens ? Comment faire face aux menaces cyber, terroristes ou de contre-espionnage ?

Le renseignement peut-il être éthique ?

Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans 32 chapitres foisonnants mais pour la majorité d’être eux accessibles au grand public. La première partie sur les approches scientifiques du renseignement aborde des thèmes rarement développés dans les médias comme l’éthique du renseignement, chapitre rédigé par Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer.

« Jusqu’où aller pour recruter une source ? Le mensonge, la manipulation, la tromperie qui sont au fondement même de l’activité sont-ils moralement défendables ? La torture n’est-elle pas parfois légitime ? », interroge l’auteur, qui explique que « la question n’est pas de savoir si le renseignement est éthique mais s’il peut faire l’objet d’une évaluation éthique. Et la réponse est affirmative tout simplement parce que l’être humain est un animal éthique ». Cette évaluation éthique du renseignement est d’autant plus souhaitable qu’elle permet de « distinguer les démocraties libérales des régimes autoritaires » et qu’elle est dans l’intérêt des services « car leur réputation d’immoralité leur fait du mal. »

En Russie des services secrets acteurs majeurs du système

La seconde partie s’intéresse aux acteurs du renseignement pays par pays et, guerre en Ukraine oblige, notre œil est attiré par le chapitre sur la communauté russe du renseignement. Julien Nocetti, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et enseignant-chercheur à l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidam, retrace l’historique des services secrets russes, du KGB soviétique au FSB d’aujourd’hui « érigé en gardien des valeurs du régime de Vladimir Poutine ».

L’auteur s’intéresse aussi aux évolutions récentes et notamment « le retour en force des mesures actives », c’est-à-dire le recours à des actes de piratage informatique, de manipulation informationnelle qui s’est singulièrement accentué depuis l’annexion de la Crimée en 2014.

Sources ouvertes : information, renseignement et données

Dans la troisième partie de l’ouvrage consacrée aux activités de renseignements, l’ouvrage détaille le renseignement opérationnel, humain, technique, géospatial et aussi celui s’appuyant sur des sources ouvertes qui peut potentiellement changer la donne. « Certaines capacités qui étaient l’apanage de la puissance étatique sont désormais accessibles au secteur privé, voire à de simples individus », notamment des journalistes, explique le diplomate Yvan Lledo-Ferrer. La frontière entre information, renseignement et donnée se brouille. L’exploitation des sources ouvertes permet en tout cas de découvrir et comprendre certains faits comme l’ampleur de la destruction de mosquées dans le Xinjiang par les autorités chinoises entre 2016 et 2018, ou plus récemment tout le travail de structures comme Bellingcat ou ONSINT sur la guerre en Ukraine.

Enfin, la dernière partie s’intéresse aux enjeux et menaces. Les services de renseignements sont devenus les objets et les acteurs des relations internationales post-Guerre froide et des nouvelles compétitions, opérant notamment sur le cyber. Dans les années qui viennent, ils vont devoir traiter des menaces ou plutôt des questions fondamentales que sont par exemple le changement climatique, les pandémies, les technologies de rupture comme l’intelligence artificielle, la démographie, l’énergie ou la crise des démocraties.


(Article publié dans La Dépêche du Midi du lundi 18 mars 2024)