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Incendies en Gironde : des cartes en ligne pour suivre la progression du feu

 

Flamap

Google Maps, NASA FIRMS, Copernicus ou encore les nouvelles cartes créées par Record.py et Guillaume Rozier permettent de visualiser l’évolution des incendies. Des outils précieux pour comprendre la situation en Gironde, à condition de connaître leurs limites.

Suivre un incendie depuis son téléphone ou son ordinateur est désormais possible. Plusieurs cartes en ligne permettent, en effet, de repérer les foyers actifs, d’observer les surfaces déjà parcourues par les flammes et, dans certains cas, de retracer la progression d’un feu heure après heure. Alors que la Gironde et les Landes sont touchées depuis le 22 juillet par des feux très intenses, ces outils numériques donnent une représentation rapide de la situation, sans toutefois remplacer les informations des secours.

Des données satellites

La plupart de ces services exploitent les observations de satellites. C’est notamment le cas de NASA FIRMS, une plateforme mondiale qui affiche les anomalies thermiques détectées à la surface de la Terre. Son interface permet de consulter les points chauds apparus au cours des dernières heures ou des derniers jours. Les données issues de l’instrument VIIRS offrent une résolution de 375 mètres : un point visible sur la carte correspond donc à une zone observée par le capteur, et non à la position exacte d’une flamme.

Le système européen EFFIS, intégré au programme Copernicus, utilise lui aussi des relevés satellitaires pour suivre les incendies importants et estimer les surfaces brûlées. Ces données alimentent plusieurs cartes destinées au grand public. Elles permettent de replacer un sinistre local dans une vision plus large de l’activité des feux en France et en Europe.

Des images analysées par intelligence artificielle

Google affiche également les incendies actifs dans son moteur de recherche et dans Google Maps. Des zones colorées représentent les contours approximatifs des feux. Elles sont produites à partir d’images satellites analysées par des modèles d’intelligence artificielle. La fonction facilite l’accès à l’information, notamment depuis un smartphone, mais Google prévient que la position réelle d’un incendie peut différer de sa représentation cartographique.

Pour le feu de Gironde, Record.py a conçu une carte retraçant son évolution depuis son déclenchement. Le jaune vif y signale les détections les plus récentes. Les zones deviennent ensuite orange, rouges, puis brunes à mesure que le temps passe. Cette succession de couleurs permet de visualiser les positions occupées par le front et les secteurs refroidis depuis plusieurs jours. La mise à jour dépend toutefois des passages des satellites, annoncés deux fois par jour, tôt le matin et dans l’après-midi.

Le créateur de Covidtracker lance Flamap

Conseiller numérique d'Emmanuel Macron à l'Élysée, Guillaume Rozier, data engineer connu pour avoir créé CovidTracker et Vite Ma Dose, a également annoncé ce mercredi 29 juillet le lancement de Flamap.

Flamap

Cet outil open source exploite les données de Copernicus EFFIS et de NASA FIRMS pour représenter l’évolution des incendies en Gironde et dans les Landes. Sa démarche consiste à rendre des données techniques plus lisibles, comme il l’avait fait pendant la pandémie de Covid-19. Avec une échelle de temps, on peut mesurer la progression des flammes depuis le déclenchement de l'incendie.

Ces cartes ne répondent cependant pas toutes au même besoin. NASA FIRMS et EFFIS servent à observer les foyers et les surfaces touchées. Google Maps simplifie leur consultation. La Météo des forêts de Météo-France, elle, ne suit pas les flammes mais indique le danger de départ et de propagation à l’échelle départementale. D’autres plateformes peuvent ajouter le vent ou les fumées afin d’aider à comprendre la dynamique probable du feu.

À noter qu'une détection satellitaire peut arriver avec retard, être masquée par les nuages ou signaler une anomalie thermique qui demande confirmation. Elle ne permet pas non plus de connaître une route ouverte, une évacuation ou une reprise très récente. En situation de danger, les cartes doivent donc rester un outil de compréhension. Les décisions doivent être fondées sur les messages de la préfecture, des pompiers, des communes et de FR-Alert.

Philippe Rioux

Il y a 40 ans, Jean-Louis Etienne devenait le premier homme à atteindre le pôle Nord à ski et en solitaire

Jean-Louis Etienne

Le 11 mai 1986, Jean-Louis Etienne atteignait le pôle Nord géographique après 63 jours de marche en solitaire, une première mondiale qui a marqué l’histoire de l’exploration polaire. Quarante ans plus tard, l’aventurier tarnais revient sur cet exploit fondateur et poursuit son engagement scientifique et écologique avec de nouvelles expéditions comme PolarPod.

Il y a quarante ans, le médecin tarnais Jean-Louis Etienne devenait le premier homme à atteindre le pôle Nord à ski et en solitaire, après 63 jours de marche. Parti le 6 mars 1986 de Ward Hunt Island, à l’extrême nord du Canada, l’explorateur qui gagna ensuite le surnom de « Papy Pôle » parvient au pôle Nord géographique le 11 mai.

« À cet instant magique, debout sur l’axe de rotation de la Terre, seul dans l’immensité de cette "Lune blanche" qui m’avait tant fait rêver, je ressentais au plus profond de mon cœur se tisser des liens d’harmonie. Je ne m’étais pas trompé, les pôles seraient mon chemin de vie », vient de raconter Jean-Louis Etienne sur son compte LinkedIn, en lançant un appel à l’audace.

« Cet anniversaire est pour moi une opportunité de partage : osez, engagez-vous sans relâche sur la voie de vos envies, refaire émerger le rêve pour résister à la facilité de l’abandon, vous découvrirez que l’on ne repousse pas ses limites, on se découvre, on a tous des forces ignorées de soi », explique-t-il en rendant hommage à tous ceux qui l’ont accompagné, au premier rang desquels son épouse.

« Ce jubilé est aussi le vôtre : celui d’Elsa Pény Etienne, celui des partenaires, des amis et du public qui partagent cette soif de découverte », explique Jean-Louis Etienne qui, depuis quarante ans, a multiplié les expéditions majeures.

Transantarctica, Polar Observer, Clipperton, PolarPod…

On se souvient de l’expédition internationale Transantarctica, en 1989-1990, la plus longue traversée de l’Antarctique en traîneau à chiens. Entre 1991 et 1996, il réalisera de nombreuses expéditions à bord de la goélette Antarctica. D’avril à juillet 2002 ce sera la mission Banquise à bord du Polar Observer pour étudier le réchauffement climatique.

De janvier à avril 2005 il fera l’inventaire de la biodiversité sur l’île de Clipperton, sur laquelle il est revenu l’an dernier. D’avril 2007 à mars 2008 ce sera Total Pole Airship pour mesurer l’épaisseur de la banquise en dirigeable puis en avril 2010, la première traversée de l’océan Arctique en ballon Rozière… Sur terre, sur mer ou dans les cieux, Jean-Louis Etienne reste aimanté – et nous avec lui – par les pôles.

Lien interne vers l'article n°12747592

Sa future expédition PolarPod – futur navire vertical qui dérivera autour de l’Antarctique pour en comprendre les courants – est le prochain défi de cet infatigable défenseur de la planète.

Face à la montée du niveau des mers, pourra-t-on sauver Venise ?

 

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Une étude publiée dans Scientific Reports alerte : Venise ne pourra pas être préservée indéfiniment sous sa forme actuelle. Derrière ce symbole, c’est l’ensemble des littoraux mondiaux qui se prépare à arbitrer entre protection, adaptation et abandon, alors qu’une publication dans Nature suggère que la montée des eaux a été sous-estimée.

On connaissait l’expression « Voir Venise et mourir » ; elle pourrait bientôt devenir « Voir Venise mourir… » Car l’avenir de la cité des Doges s’obscurcit et inquiète : pourra-t-on sauver Venise ?

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Les différentes solutions pour sauver Venise. DR

Selon une étude publiée le 17 avril dans Scientific Reports, la ville lagunaire approche, en effet, de limites physiques et économiques face à la montée du niveau de la mer. Le système de protection actuel, fondé sur une lagune ouverte, des barrières mobiles et des mesures d’adaptation progressives, pourrait ne pas suffire d’ici la fin du siècle.

À mesure que le niveau de la mer s’élève, l’espace des solutions se réduit et les arbitrages deviennent plus brutaux.

Déplacer les monuments ou abandonner la cité des Doges ?

Les chercheurs décrivent une trajectoire en plusieurs étapes. À court terme, Venise peut encore composer avec des protections existantes. Mais à plus long terme, deux scénarios dominent : isoler la ville par des digues annulaires ou fermer la lagune par des barrages permanents. Dans les deux cas, les conséquences sont majeures, qu’elles soient écologiques, sociales ou patrimoniales. À l’extrême, si la hausse du niveau marin se poursuit, notamment en cas de déstabilisation de la calotte antarctique, le déplacement de monuments – comme le temple d’Assouan – ou l’abandon pur et simple pourraient devenir inévitables au XXIIe siècle.

Mais derrière le cas vénitien, c’est une question globale qui se pose. Partout, les villes côtières hésitent entre deux impératifs : ralentir la montée des eaux en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter à une hausse déjà engagée.

Le projet Dryline à New York Dryline

Certaines métropoles renforcent leurs défenses avec des digues, des murs anti-inondation ou des barrières mobiles, à l’image de New York. D’autres expérimentent des approches plus souples, combinant urbanisme résilient, infrastructures « vertes » et restauration d’écosystèmes comme les mangroves ou les zones humides.

L’option du retrait gagne du terrain

Mais une autre option gagne du terrain : le retrait. Dans plusieurs régions, notamment aux États-Unis ou en Europe, des territoires choisissent de déplacer des habitations ou de renoncer à reconstruire après les catastrophes. Une logique qui rompt avec des décennies de lutte systématique contre la mer.

Cette réflexion intervient alors qu’une étude publiée en mars dans la revue Nature remet en cause les bases mêmes des projections. Selon ses auteurs, plus de 99 % des évaluations d’impact auraient mal intégré les données de niveau marin et d’altitude des terres ! Résultat : la montée des eaux serait sous-estimée.

Les mesures réelles indiquent un niveau moyen plus élevé que celui retenu dans la majorité des modèles. À l’échelle mondiale, cela pourrait exposer 31 à 37 % de terres supplémentaires et jusqu’à 132 millions de personnes de plus que prévu à un risque de submersion pour une élévation d’un mètre.

La France mobilisée pour ses littoraux

En France aussi, la prise de conscience s’accélère. Plusieurs communes expérimentent des solutions concrètes. À Sète ou Villeneuve-lès-Maguelone, le rechargement en sable permet de ralentir l’érosion et de reconstituer les dunes. Au Grau-du-Roi, la restauration des zones humides contribue à absorber les chocs des tempêtes. Ailleurs, comme à Miquelon ou au Prêcheur, des infrastructures entières sont déplacées pour anticiper les risques.

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La côte de Soulac-sur-mer en 1957 (à gauche) et aujourd’hui. IGN

Ces initiatives illustrent un basculement : il ne s’agit plus seulement de protéger coûte que coûte, mais de composer avec la dynamique du littoral, avec la nature. Une évolution inscrite dans notre stratégie nationale, qui privilégie désormais la gestion intégrée du trait de côte et, dans certains cas, le recul planifié.n

De Venise aux rivages français, la montée des eaux n’est ainsi plus une menace abstraite, mais bien un processus en cours, qui oblige à hiérarchiser les priorités. Préserver un patrimoine, maintenir une activité économique ou garantir la sécurité des populations : ces objectifs ne pourront pas toujours être conciliés. Et plus la hausse du niveau marin sera rapide, plus les choix seront irréversibles…

Philippe Rioux

Rêves libertariens, bitcoin et transhumanisme : Próspera, la ville-laboratoire qui défie la mort et les règles

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Sur l’île de Roatán, Próspera accueille Infinita City, hub éphémère où startups biotech et investisseurs expérimentent la prolongation de la vie. Un laboratoire dérégulé qui interroge science, éthique et souveraineté.

À Roatán, au Honduras, il existe une ville à nulle autre pareille, devenue un intrigant objet politique non identifié : Próspera. Fondée en 2017 par Erick Brimen et Gabriel Delgado Ayau, cette « ville-entreprise » repose sur le régime des ZEDE, zones autonomes créées après la crise politique de 2009. Soutenue par des investisseurs comme Peter Thiel et Marc Andreessen, elle revendique un modèle simple : fiscalité minimale, régulation allégée, justice privée, Bitcoin. Autrement dit, un cadre libertarien pensé pour soustraire l’activité économique aux contraintes nationales classiques.

Accélérer la recherche sur la longévité humaine

C’est précisément dans cet espace dérégulé que s’est installée Infinita City. Cette « ville-réseau » laboratoire, organisée sous forme d’événements temporaires, rassemble entrepreneurs, chercheurs et investisseurs autour d’un objectif explicite : accélérer la recherche sur la longévité humaine. Plusieurs centaines de participants s’y retrouvent chaque année, notamment lors des « Infinite Games ».

Ce projet, qui exploite directement les caractéristiques juridiques de Próspera, repose sur un principe central : réduire drastiquement les délais d’innovation et s’affranchir des règles habituelles. Ainsi, là où les essais cliniques s’étalent sur des années, Próspera permet des expérimentations en quelques mois. Ce cadre attire des start-up comme Minicircle, qui développe des thérapies géniques autour de la follistatine, ou Unlimited Bio, engagée dans des injections visant à corriger certains marqueurs du vieillissement. Les tests sont réalisés sur de riches volontaires, dans des structures comme la GARM Clinic. Ainsi, cette dérégulation devient un levier opérationnel pour transformer les méthodes de recherche.

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Mais cette accélération, qui constitue l’argument majeur du projet, en révèle simultanément les limites. Sur le plan scientifique, la robustesse des résultats reste incertaine. L’absence de validation par des agences reconnues pose la question de la sécurité des patients et de la reproductibilité des résultats. En d’autres termes, la rapidité obtenue se fait au prix d’un affaiblissement des garanties classiques. Quant au plan éthique, ces pratiques déplacent les frontières du consentement et du risque acceptable.

Bras de fer à 10 milliards de dollars avec l’Etat du Honduras

Au-delà des enjeux scientifiques, le projet s’inscrit aussi dans une vision politique plus large. Une partie de ses soutiens, souvent adeptes de transhumanisme, revendique une défiance à l’égard des cadres démocratiques et réglementaires. À Próspera, cette approche se traduit par une gouvernance hybride, dominée par Honduras Próspera Inc., société enregistrée dans le Delaware, et par une faible intégration dans les structures honduriennes. Le modèle ne se limite donc pas à l’innovation mais redéfinit aussi les rapports de pouvoir.

Et cette organisation a des conséquences directes sur le plan économique. Les retombées demeurent limitées, notamment pour la population locale. Environ 200 entreprises y sont recensées, pour quelque 4 000 emplois annoncés et les salaires locaux peuvent dépasser les standards nationaux, mais la contribution fiscale reste marginale. Ainsi, les bénéfices apparaissent concentrés, tandis que les effets d’entraînement restent faibles. À l’échelle du pays, l’enjeu est ailleurs : une procédure d’arbitrage de plus de 10 milliards de dollars oppose l’entreprise à l’État hondurien, après l’abrogation des ZEDE en 2022.

Dans ce prolongement, Infinita City cristallise une critique plus large. Les technologies développées – thérapies géniques, neurotech, biomarqueurs – visent des applications potentiellement universelles. Pourtant, leur mise au point s’effectue dans un cadre restreint, accessible seulement à une population mobile et fortunée, capable de contourner les cadres nationaux.

Dès lors, à Roatán, la promesse d’une vie prolongée s’inscrit dans le modèle d’enclaves technologiques où l’innovation progresse plus vite que les institutions, au risque de dissocier avancées scientifiques et contrôle collectif, et de redéfinir, en dehors de tout cadre partagé, les limites mêmes du vivant.

Philippe Rioux

Les apprentis sorciers qui veulent modifier le climat

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La société israélo-américaine Stardust Solutions affirme avoir réuni 75 millions de dollars pour tester une technologie de réflexion du rayonnement solaire. Une avancée financière inédite pour un secteur – celui de la modification du climat – encore largement expérimental, que la communauté scientifique observe avec une inquiétude croissante.

La géo-ingénierie climatique a longtemps relevé du domaine de l’hypothèse théorique, mais elle s’invite désormais dans le champ industriel. Stardust Solutions, jeune entreprise fondée par deux physiciens nucléaires ayant travaillé pour l’administration israélienne, a annoncé avoir levé au total 75 millions de dollars afin de développer et tester une technologie de refroidissement planétaire par réflexion de la lumière solaire.

Selon ses dirigeants, cette somme doit permettre de mener des expérimentations en conditions réelles dès cette année, à haute altitude, grâce à des vols d’essai dans la stratosphère.

Pulvériser des particules dans l’air stratosphérique

Le principe proposé par Stardust s’inspire d’un phénomène naturel bien documenté : le refroidissement temporaire observé après certaines grandes éruptions volcaniques. L’entreprise affirme avoir mis au point une particule « inerte » capable de réfléchir une partie du rayonnement solaire, sans s’accumuler dans les écosystèmes, ni affecter la couche d’ozone ou provoquer de pluies acides. Les tests envisagés consisteraient à analyser le comportement de ces particules directement dans l’air stratosphérique, sans dispersion massive, afin d’en mesurer les effets physiques et chimiques.

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Cette approche relève d’un champ plus large, celui de la modification du rayonnement solaire (SRM), qui regroupe principalement deux familles de techniques. La première est l’injection d’aérosols stratosphériques (SAI), à laquelle se rattache le projet de Stardust. La seconde est l’éclaircissement des nuages marins, qui vise à augmenter leur pouvoir réfléchissant par pulvérisation de fines gouttelettes d’eau salée. Des essais limités sont menés depuis plusieurs années, notamment au-dessus de la Grande Barrière de corail, dans l’espoir de réduire le stress thermique subi par les récifs.

La recherche est aujourd’hui dominée par des équipes nord-américaines, en particulier autour de l’université d’Harvard, même si plusieurs projets emblématiques ont été stoppés face à l’opposition sociale et politique. Le programme SCoPEx, destiné à tester l’injection de particules dans la stratosphère, a ainsi été abandonné après la contestation de communautés autochtones et d’organisations environnementales.

Parallèlement, des acteurs privés plus marginaux, comme Make Sunsets, ont déjà tenté de commercialiser des « crédits de refroidissement », sans cadre scientifique ou réglementaire reconnu.

En France, les mises en garde de l’Académie des sciences

C’est précisément cette dynamique que de nombreux chercheurs dénoncent. Dans un rapport publié le 2 octobre dernier, l’Académie des sciences dresse un constat sévère. Si le SRM peut, en théorie, réduire rapidement la température moyenne mondiale, il n’agit en rien sur la cause du réchauffement — l’accumulation de gaz à effet de serre — et expose la planète à des risques majeurs. Parmi eux, des perturbations régionales des précipitations, des effets possibles sur la couche d’ozone, et surtout le scénario dit du « choc terminal » : l’arrêt brutal d’un dispositif de refroidissement entraînerait une hausse extrêmement rapide des températures, aux conséquences potentiellement catastrophiques pour les sociétés et les écosystèmes.

L’Académie met également en garde contre un « risque moral » : la promesse d’un correctif technologique pourrait retarder les politiques indispensables de réduction massive des émissions. Sa recommandation est donc sans ambiguïté : interdire tout déploiement opérationnel de la géo-ingénierie solaire, publique ou privée, et limiter les travaux à une recherche fondamentale strictement encadrée au niveau international. Dans ce cadre, l’initiative de Stardust apparaît moins comme une solution climatique que comme le révélateur d’une faiblesse politique face à l’urgence d’action imposée par le réchauffement climatique.

Biomimétisme : un nouvel atlas révèle comment la nature peut inspirer la transition énergétique mondiale

 

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Alors que la COP30 remet le vivant au cœur des stratégies climatiques, Oxford et la start-up française Asteria dévoilent un atlas inédit qui traduit les mécanismes biologiques en solutions énergétiques concrètes. Nourri par une base scientifique unique, l’outil connecte défis industriels et stratégies inspirées du vivant, ouvrant de nouvelles perspectives d’innovation durable, notamment pour les pays en développement. Ce démonstrateur positionne le biomimétisme comme un levier majeur de la transition énergétique et écologique.

À l’heure où la COP30, qui s’est achevée vendredi, plaçait le vivant au centre des enjeux climatiques, l’Université d’Oxford et la start-up française Asteria ont avancé une proposition rare dans le paysage de l’innovation : considérer la biodiversité non comme une ressource à exploiter, mais comme une bibliothèque de solutions éprouvées par 3,8 milliards d’années d’évolution. Autrement dit, la nature est inspirante pour que nous réussissions la transition écologique.

Présenté le 14 novembre, The Energy Atlas of Nature’s Solutions constitue le premier démonstrateur de cette approche. Conçu en partenariat avec le centre TIDE d’Oxford, il vise à traduire des mécanismes biologiques en leviers d’innovation énergétique concrets, notamment pour les pays en développement.

1,5 million d’articles, 220 000 brevets et 680 000 mécanismes biologiques

L’outil repose sur l’infrastructure scientifique d’Asteria, qui agrège 1,5 million d’articles, 220 000 brevets et 680 000 mécanismes biologiques traduits en principes de conception. Cette base, unique au monde, cartographie les corrélations possibles entre défis industriels et stratégies inspirées du vivant. L’Atlas organise ainsi les quinze problématiques énergétiques identifiées dans une étude menée par TIDE auprès de vingt leaders mondiaux, couvrant la gestion, la collecte, le stockage, le transport ou encore la conversion de l’énergie. Chaque défi est relié à une vingtaine de modèles naturels et à des pistes d’innovation allant du concept au produit existant.

Les exemples tirés du biomimétisme confirment l’intérêt de cette démarche : panneaux solaires inspirés des microstructures du papillon Greta oto, hydroliennes reprenant l’ondulation des poissons, LED imitant l’efficacité lumineuse des lucioles, ou encore matériaux biosourcés issus d’architectures naturelles. Dans l’industrie et le bâtiment, les modèles biologiques améliorent l’isolation, réduisent les émissions et permettent de concevoir des systèmes énergétiques plus sobres et adaptatifs. Autant de domaines que l’Atlas entend rendre accessibles aux décideurs, en facilitant leur traduction opérationnelle.

Pensé comme une plateforme évolutive

Le projet est pensé comme une plateforme évolutive, destinée à être enrichie par les utilisateurs et de futurs jeux de données. Oxford et Asteria y voient la première étape d’une série d’atlas dédiés aux matériaux, à la circularité ou aux systèmes hydriques. Derrière cette ambition se lit la conviction que les solutions existent déjà dans le vivant, encore faut-il savoir les lire.

« Le problème n’est donc pas que les solutions sont scientifiques impossibles, la nature nous montre qu’elles existent déjà. Le problème est plus simple et nous force à bien plus d’humilité : la plupart du temps, nous ne savons simplement pas encore comment les reproduire. Et c’est une prise de conscience exaltante, à une époque où nous nous sentons si perdus, de comprendre qu’il suffit alors peut-être de se taire et d’apprendre », estime Eliot Graeff, CEO & co-fondateur d’Asteria.

Pour les pays en développement, où la biodiversité constitue un capital majeur, l’atlas pourrait devenir un accélérateur stratégique d’innovation durable.

Selon plusieurs sources, le biomimétisme pourrait générer des dizaines de milliers d’emplois en France d’ici 2030, tout en stimulant l’innovation durable et une économie circulaire. Des entreprises françaises comme EEL Energy, Bioxegy, Glowee, EDF ou Engie sont ou ont été actives dans ce domaine. Ces études et projets récents positionnent clairement le biomimétisme comme un levier clé de la transition énergétique et écologique, alliant performance, durabilité et respect des écosystèmes. Le nouvel atlas apparaît comme un véritable outil facilitateur.

Vingt ans après sa première expédition, Jean-Louis Étienne de retour à Clipperton

 

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Jusqu’au 24 novembre 2025, l’explorateur et médecin Jean-Louis Étienne repart pour Clipperton, unique atoll corallien du Pacifique Est. Vingt ans après sa première expédition, il conduit une nouvelle mission scientifique et écologique, entre recherche, pédagogie et diplomatie environnementale.

Dans une France qui oscille entre morosité et inquiétudes économiques et politiques, voilà que l’un des plus célèbres de nos explorateurs contemporains nous invite à prendre le large, à sortir de la grisaille du quotidien pour voir plus loin. Vingt ans après sa première expédition à Clipperton, le médecin-explorateur tarnais Jean-Louis Etienne conduit une nouvelle mission scientifique et écologique, entre recherche, pédagogie et diplomatie environnementale, sur l’unique atoll corallien du Pacifique Est.

« Témoigner, mesurer et protéger »

« Clipperton est un lieu de mémoire et d’avenir pour la science française. Vingt ans après notre première mission, nous revenons pour témoigner, mesurer et protéger », assure Jean-Louis Étienne. À bord du voilier océanographique Persévérance qui a quitté San Diego il y a sept jours, il doit rejoindre, après plus de dix jours de navigation, l’atoll de la Passion avec sa directrice d’expédition Elsa Peny-Étienne. Ce territoire français isolé à plus de 1 000 kilomètres du Mexique est l’un des environnements marins les plus reculés et les moins altérés du globe.

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Clipperton, minuscule anneau corallien perdu dans le Pacifique Est, constitue une exception géologique et biologique. Son isolement en fait un observatoire privilégié de la biodiversité et des changements climatiques. Les chercheurs y trouvent une archive naturelle unique, témoin des grands cycles océaniques. Ce site, à la fois sanctuaire et laboratoire, concentre les tensions contemporaines entre exploration, science et préservation.

En 2004-2005 une mission pionnière

En 2004, Jean-Louis Étienne y avait conduit une mission pionnière rassemblant biologistes, climatologues, géologues et chimistes. Pendant quatre mois, l’équipe avait alors réalisé un « État de la Nature » de l’atoll : identification des espèces, analyse des sédiments, évaluation des impacts humains. De cette aventure collective étaient nés un livre (« Clipperton, l’atoll du bout du monde », éd. Seuil/7e Continent) et un film documentaire de Luc Marescot et Pascal Plisson, qui avaient contribué à faire connaître l’atoll au grand public et à sensibiliser les institutions à sa valeur scientifique.

La nouvelle expédition Clipperton 2025 reprend le flambeau avec des objectifs élargis. Elle s’inscrit dans une démarche de long terme pour la création d’une Aire Marine Protégée étendue, essentielle à la sauvegarde de la plus grande colonie mondiale de fous masqués. Espèce bio-indicatrice, cet oiseau symbolise la fragilité du réseau trophique de l’atoll, menacé par la pêche industrielle. Jean-Louis Étienne, membre du conseil consultatif de Clipperton auprès du ministère des Outre-mers, plaide pour une protection renforcée appuyée par la Fondation Europe Jacques Delors.

Expédition scientifique mais aussi projet éducatif

Deux autres volets majeurs structurent la mission. Le premier concerne la prolifération récente de rats noirs, introduits accidentellement par des navires échoués. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) mènera une étude préliminaire en vue d’une future dératisation, indispensable pour préserver les espèces marines nichant au sol, directement exposées à la prédation. Le second volet, consacré à la pollution plastique, prolonge les observations initiées en 2005. Véritable « piège océanique », Clipperton concentre hélas les déchets venus du continent américain. L’océanographe mexicaine Viviane Solis conduira une étude sur les microplastiques et microcontaminants, afin de documenter leur accumulation et leurs effets sur la faune.

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Mais Clipperton 2025 n’est pas qu’une expédition scientifique. C’est aussi – comme souvent avec Jean-Louis Etienne et Elsa Peny-Étienne – un projet éducatif d’envergure, fidèle à la volonté de transmission de son initiateur. Grâce au PolarPODibus et à l’ePOD – le volet pédagogique qui accompagne le futur bateau révolutionnaire PolarPOD – des milliers d’élèves suivront en temps réel les découvertes réalisées sur ce territoire extrême. Par ce lien entre science et pédagogie, Jean-Louis Étienne s’inscrit assurément dans la grande filiation des expéditions qui ont façonné notre regard sur la planète : celles de Humboldt, Darwin ou Cousteau. Toutes partageaient une même conviction : explorer, c’est comprendre pour protéger.

Médias français : la désinformation climatique progresse selon un rapport qui épingle plusieurs chaînes et radios

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À l’approche de la COP 30 au Brésil, un rapport conjoint de Data For Good, QuotaClimat et Science Feedback révèle qu’entre janvier et août de cette année, plus de cinq cents cas de mésinformation ou de désinformation climatique ont été détectés dans les médias audiovisuels français. Les chaînes privées et les talk-shows d’actualité apparaissent comme les plus perméables.

S’il est un domaine dans lequel les infox (fakenews) prolifèrent allègrement, c’est bien celui qui concerne le climat et le réchauffement climatique. Entre janvier et août 2025, 529 cas de mésinformation et 19 narratifs de désinformation climatique ont ainsi été recensés dans les programmes d’information des médias audiovisuels français, selon un rapport publié mercredi 22 octobre par les ONG Data For Good, QuotaClimat et Science Feedback. Les auteurs distinguent la mésinformation, relevant d’erreurs ou de récits trompeurs involontaires, de la désinformation, définie comme un discours faux ou trompeur susceptible d’induire le public en erreur sur des faits établis par la science climatique. La combinaison des deux semble toutefois ravageuse.

Évolution du nombre de cas de mésinformation climatique et du nombre de programmes distincts correspondant

L’analyse met en évidence une accélération du phénomène cet été, avec un nombre de cas triplé par rapport au début de l’année. Les pics coïncident avec des moments de forte exposition politique : prise de mandat de Donald Trump – figure de proue des climatosceptiques –, débats sur les Zones à faibles émissions (ZFE) et sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ou encore épisodes de canicule. Plus de 90 % des contenus trompeurs portent sur les solutions de la transition, dont 70 % sur le secteur énergétique, 10 % sur la mobilité et 9 % sur le rôle de la France dans l’action climatique internationale.

Sur CNews, on compte un cas de mésinformation par heure.

Les chaînes d’information en continu constituent les terrains les plus exposés selon le rapport. L’audiovisuel public y résiste mieux : il est six fois moins concerné par les narratifs de désinformation que les chaînes privées. À l’inverse, Sud Radio, Europe 1 et RMC figurent parmi les antennes les plus perméables. Sur Sud Radio, un cas de mésinformation est détecté toutes les quarante minutes de programme consacré au climat ; sur CNews, la fréquence est d’un cas par heure. Les chaînes généralistes comme TF1, M6 et France Télévisions apparaissent, elles, comme des « remparts » relatifs car elles consacrent davantage de temps d’antenne au climat et diffusent moins de récits trompeurs.

Cartographie des principaux médias audiovisuels français face à la désinformation climatique

L’étude relève aussi la nature des émetteurs : dans le secteur privé, 46 % des cas proviennent directement de journalistes ou de chroniqueurs, contre 8 % seulement dans le public, où 92 % des affirmations trompeuses émanent d’invités, souvent politiques. La répétition de certains récits — doute sur la faisabilité de la transition, coût jugé excessif des énergies renouvelables, « écologie punitive », etc. — confirme, selon les auteurs, une « amplification systémique » plus qu’une série d’erreurs ponctuelles.

Sous-couverture chronique des enjeux environnementaux

Cette perméabilité médiatique s’explique, selon le rapport, par la fragilisation économique et politique du journalisme français, la sous-couverture chronique des enjeux environnementaux (3,7 % seulement des programmes d’information en 2024) et l’influence d’acteurs politiques ou économiques opposés à la régulation climatique. La concentration des médias, la précarisation des rédactions et la polarisation politique contribuent aussi à la diffusion de récits climatosceptiques désormais banalisés dans l’espace public.

Face à ce constat, les trois ONG appellent à une réponse coordonnée : formation des journalistes aux temporalités à risque, protection des médias d’intérêt public, renforcement de la régulation et examen rapide de la proposition de loi portée par le député Stéphane Delautrette visant à garantir le droit d’accès du public à une information environnementale fiable. Sans réaction rapide, préviennent-elles, la désinformation climatique pourrait s’enraciner durablement au cœur du paysage audiovisuel français.

Températures records : optimiser les data center sans épuiser les ressources naturelles

 

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La croissance fulgurante de l’intelligence artificielle accentue la pression sur les data centers, déjà pointés du doigt pour leur consommation massive d’eau et d’énergie. Face aux vagues de chaleur et aux restrictions en Europe, l’enjeu n’est plus d’agrandir les infrastructures mais de les optimiser : maximiser la performance par watt et la densité des racks pour concilier innovation et durabilité.

Par Jeff Wittich, Chief Product Officer chez Ampere

Avec l'explosion de la demande en IA, comment faire évoluer l'infrastructure informatique de manière durable sans épuiser les ressources en eau et en énergie ? Jeff Wittich, CPO chez Ampere Computing, suggère en premier lieu d'optimiser les performances par watt et la densité des racks dans l’infrastructure des centres de données existants.

L’Europe traverse un été hors norme. Les vagues de chaleur record et les sécheresses prolongées font pression sur les ressources disponibles en eau et en énergie. Cette situation contraint les gouvernements à adopter des mesures strictes, notamment en régulant sévèrement les data centers gourmands en ressources.

Des analyses récentes de l’UE ont sonné l'alarme : les data centers consomment des quantités excessives d’eau et d’énergie pour le refroidissement de leurs serveurs. La croissance des workloads d’IA ne fait qu’accroitre cette pression. La question n’est plus de savoir si la demande de puissance de calcul augmentera mais comment soutenir cette croissance sans aggraver la situation environnementale.

Une solution évidente consiste à renforcer la puissance de calcul même des data centers existants.

En optimisant l’efficacité de chaque watt d’électricité et la performance de chaque rack, il ne sera pas nécessaire de construire davantage de data centers, ce qui se traduit directement par une réduction des infrastructures, une baisse de la consommation électrique globale et une diminution des besoins en eau pour le refroidissement. La transition vers des infrastructures informatiques durables ne se limite pas à l'utilisation d'énergies plus propres ou à la conception de meilleurs systèmes de refroidissement. Elle implique également de réduire l'empreinte physique des systèmes informatiques eux-mêmes.

Pourtant, la réalité connaît une tendance inverse : l'essor de l'IA pousse les organisations à se regrouper et à déployer des infrastructures plus importantes, souvent équipées de matériel hautement spécialisé qui chauffe et consomme énormément d'énergie. Si les gains d’efficacité ne progressent pas, l’industrie sera condamnée à une expansion incontrôlée de ses infrastructures, chaque nouveau data center aggravant l’empreinte environnementale globale.

Cette crise est déjà une réalité : plusieurs régions européennes bloquent ou retardent les permis de construction de nouveaux data centers face aux pénuries énergétiques et à l’opposition des communautés locales. Plus tôt cette année à La Courneuve, certaines autorités locales chargées de l'environnement ont alerté sur la consommation en eau potable excessive des centres de données (près de 250.000 m³ par an) en période de sécheresse, suscitant des critiques et des inquiétudes quant à leur impact local et aux conflits d'utilisation. Dans ce contexte, l'efficacité des infrastructures ne constitue plus seulement un objectif technique, mais un enjeu déterminant pour les entreprises et les pouvoirs publics.

L'industrie doit désormais se concentrer sur l'optimisation des performances réelles par watt, non seulement au niveau des puces, mais également au niveau des racks et de l'ensemble des systèmes.

Ce niveau d'efficacité offre une grande flexibilité. Il permet aux fournisseurs cloud et IA d'évoluer sans modifier leur empreinte, de se déployer dans des environnements restreints et d'éviter de nouveaux conflits environnementaux et règlementaires.

Cette réalité impose une refonte radicale des architectures informatiques, où chaque décision technique doit désormais concilier deux impératifs : maximiser la performance par watt et intégrer en temps réel les innovations des processeurs les plus efficientes. Cela implique également de rééquilibrer les workloads et de concevoir des systèmes dont le débit est adapté à une consommation thermique et énergétique moindre. Une approche clé pour limiter la consommation d'eau et d'énergie, particulièrement cruciale dans les régions fortement impactées par le changement climatique. L’avenir de l’informatique durable repose sur l’optimisation intelligente des infrastructures actuelles plutôt que leur expansion aveugle.

Manipuler le climat ? De l’importance d’un débat de société sur la géo-ingénierie

climat


Par Xavier Landes, Sciences Po Lille

La géo-ingénierie fait débat : faut-il la déployer pour limiter l’ampleur du changement climatique ? Tout dépend de quelle géo-ingénierie on parle : les méthodes qui en relèvent sont nombreuses et sont loin d’avoir toutes les mêmes impacts et d’entraîner les mêmes risques. Or, en France, le débat est atone, pour ne pas dire inexistant.


Discutée dans le monde anglo-saxon depuis près de deux décennies, la géo-ingénierie peine à s’imposer dans la sphère francophone. Mais pour que ce débat existe, il faut d’abord que ses termes soient correctement définis et maîtrisés du grand public. De fait, les rares enquêtes d’opinion soulignent le manque de familiarité à l’égard du sujet.

Qu’est-ce que la géo-ingénierie ? Elle est définie par la Royal Society comme :

« La manipulation délibérée à grande échelle de l’environnement planétaire destinée à contrecarrer le changement climatique d’origine anthropique. »

À ce titre, elle comprend l’extraction du CO₂ ou carbon dioxide removal en anglais) et la gestion du rayonnement solaire (techniques de modification de la réflectivité terrestre ou albédo, ou solar radiation management en anglais). Sur la scène internationale, le sujet émerge peu à peu, en raison des réductions insuffisantes des émissions de gaz à effet de serre (« mitigation », également appelée atténuation en français) et des difficultés rencontrées par la diplomatie climatique lors des COP sur le climat.

Un débat prend donc forme quant à l’acceptabilité et à la place de ces technologies au sein de politiques du climat dites « hybrides » ou de « portfolio », combinant mitigation, adaptation et, potentiellement, géo-ingénierie.

Des géo-ingénieries au pluriel

Il faut insister sur la diversité des approches relevant de la géo-ingénierie et en préciser les différentes définitions de façon claire.

L’extraction du CO2 et la gestion du rayonnement solaire partagent grosso modo le même objectif : abaisser le forçage radiatif, c’est-à-dire la somme d’énergie conservée dans le système terrestre, mais elles le font différemment.

  • La première (extraction du CO2) s’attaque à l’origine du changement climatique, par la réduction des émissions ou des concentrations atmosphériques de CO2,

  • Tandis que la seconde (gestion du rayonnement solaire ) s’emploie à modérer un de ces effets (le réchauffement) au travers de la stimulation de la réflectivité terrestre (albédo). Dès lors, nombre d’effets allant au-delà du simple phénomène de réchauffement, comme l’acidification des océans, ne sont pas couverts par la gestion du rayonnement solaire.

Dans ces deux familles, toutes les méthodes ne se valent pas. De l’une à l’autre, les promesses, défis techniques, risques environnementaux et humains peuvent varier du tout au tout.

L’extraction du CO2 regroupe des interventions allant du reboisement jusqu’à la capture du CO2 dans l’air ambiant telle que mise en œuvre à petite échelle en Islande.

Elle inclut aussi la production de biochar (charbon biologique), la mise en place de pratiques agricoles limitant la perturbation des sols, la météorisation augmentée (enhanced weathering, en anglais, qui consiste à broyer des roches pour accélérer la capture du CO2 au travers de l’érosion) et la fertilisation des océans avec des nutriments comme le fer (ocean fertilization, qui permet de stimuler la croissance du phytoplancton et donc la photosynthèse menant à séquestrer le CO2).

Enfin, elle intègre la capture de CO2 depuis les installations industrielles (la capture et la séquestration du carbone, ou en anglais, carbon capture and sequestration, CCS), les centrales biomasse (la bioénergie avec capture et séquestration, ou en anglais, bioenergy with carbon capture and sequestration, BECCS) ou l’air ambiant (en anglais, direct air capture and sequestration, DACS).

Chaque technique présente des défis et promesses qui lui sont propres. Certaines sont bien maîtrisées, à l’instar de la reforestation et de l’afforestation, tandis que d’autres sont naissantes, comme la météorisation accélérée.

Certaines de ces technologies servent l’industrie et les énergies fossiles, à l’image de la capture et la séquestration du carbone qui permettent de maintenir en activité des installations utilisant des énergies fossiles, à l’instar des centrales thermiques recourant au charbon et au gaz naturel ou des cimenteries.

Celles-ci pourraient mener à un « enfermement » technique dans l’industrie carbone pour plusieurs décennies au moins. À l’inverse, d’autres interventions, telle la captation directe depuis l’air ambiant ou la fertilisation des océans, ne requièrent pas le maintien d’une économie carbonée.

De la même façon, la gestion du rayonnement solaire regroupe des techniques diverses. Celles-ci vont de l’éclaircissement des surfaces urbaines à la mise en orbite de miroirs spatiaux. Une méthode, en particulier, accapare les discussions : la dispersion d’aérosols dans la stratosphère (stratospheric aerosol injection en anglais).

Il s’agit d’injecter des microparticules dans la stratosphère, par exemple des sulfates, à une altitude habituellement comprise entre 15 km et 25 km. Le refroidissement pourrait être immédiat, mais avec des risques massifs. En effet, un arrêt brutal et non préparé d’une telle intervention pourrait causer un emballement thermique nommé choc d’interruption (termination shock).

En outre, l’émergence de climats régionaux inédits pourrait mettre en danger les populations et écosystèmes. Il est aussi question d’éclaircir les nuages de basse altitude situés au-dessus des océans en dispersant des gouttelettes d’eau depuis des bateaux (marine cloud brightening en anglais), d’amincir les cirrus de haute altitude ce qui permet de laisser plus de radiations terrestres s’échapper dans l’espace (cirrus cloud thinning) ou encore d’enduire de couleurs claires les surfaces urbaines afin de réduire les îlots de chaleur urbains (urban surface brigthening).

Malgré cette diversité, les débats publics, en particulier dans l’espace francophone, tendent à se concentrer sur la seule dispersion stratosphérique d’aérosols. Le risque serait que cette polarisation conduise au rejet de méthodes bénignes du fait de leur association avec des initiatives plus controversées.

Un débat entravé

Dans ce contexte, il est essentiel que les médias grand public promeuvent un débat de qualité, qui respectent les principes de justice procédurale d’inclusivité et de participation, à l’égard tant des citoyens que des experts. Le but est de représenter, de manière fidèle, la complexité et la diversité des méthodes relevant de la géo-ingénierie.

Dans la pratique, l’information en langue française sur la géo-ingénierie est limitée et incomplète. D’abord parce que le manque de maîtrise de l’anglais du public francophone limite l’accès aux travaux de recherche consacrés à la géo-ingénierie, majoritairement publiés en anglais.

Les discussions sur le sujet en France sont généralement dominées par un rejet indiscriminé de toute forme de géo-ingénierie, depuis le stade de la recherche, ce qui handicape la possibilité même d’un encadrement légal de la recherche.

En particulier, certains médias identifient la géo-ingénierie à un avatar du capitalisme, ce qui est, au mieux, réducteur. Le fait que certaines initiatives puissent se placer au service de tels intérêts ne fait aucun doute, que toute géo-ingénierie soit pensée et déployée dans ce but constitue une généralisation abusive.

Ce risque entre en résonance avec de potentiels effets de cadrage (c’est-à-dire, quand la problématisation même d’un sujet va influencer directement la réponse apportée). Les rares études à ce sujet révèlent que les perceptions des diverses méthodes de géo-ingénierie sont contaminées par la manière dont les répondants y sont exposés la première fois.

La tonalité positive ou négative de la description fournie par les enquêteurs influence l’acceptation ou le rejet par les répondants. Par exemple, percevoir une intervention comme « naturelle » ou non constitue ainsi un facteur clé d’acceptation. Il en est donc de même pour la couverture médiatique de ces technologies : celle-ci va influencer leur perception par le grand public.

Enfin, le risque est que les voix des experts français et internationaux peinent à se faire entendre : les entretiens et les articles donnant la parole à toutes les disciplines scientifiques impliquées dans la géo-ingénierie, en particulier en sciences du climat, sont encore trop rares.

La couverture de la géo-ingénierie dépend, comme pour d’autres technologies controversées nourrissant un débat de société avant elle, du cycle de l’actualité, la publication d’un livre sur le sujet – jusqu’à présent seulement une poignée –, une initiative au sein des Nations unies ou une expérience illégale.

De ce point de vue, les médias peuvent être pris dans des cycles courts d’information axés vers le sensationnel ou la prise de position éphémère. Les débats risquent donc de répéter un faux dilemme (pour ou contre la géo-ingénierie dans son ensemble, sans nuance sur le type de géo-ingénierie dont il est question), renforçant la polarisation apparente entre tenants d’une « techno solution » et opposants à une manipulation abominable du climat.

À nouveau, poser le débat en ces termes constitue une simplification abusive qui met en danger les politiques du climat. À l’heure actuelle, la couverture des différentes approches dé géo-ingénerie est biaisée, les risques des technologies de capture (directe et séquestration) du CO2 étant plus fréquemment soulignés que ceux inhérents à la capture du CO2 en mer (fertilisation des océans) et à la bioénergie avec capture du CO2 et séquestration (BECCS), notamment en matière de biodiversité.

Géo-ingénierie et crise de l’expertise

Depuis la crise sanitaire du Covid-19, les experts souffrent d’une méfiance accrue du grand public, qui amoindrit la légitimité des analyses scientifiques.

Ce travers participe à la longévité de toutes sortes de fantasmes, à l’image de la théorie complotiste des chemtrails (traînées blanches dans le ciel générées par les avions en vol, ndlr). Le phénomène commence à affecter de manière profonde les débats entourant la géo-ingénierie, notamment aux États-Unis.

Dès lors, juger, ou simplement suggérer, que les chercheurs en géo-ingénierie puissent être collectivement sous l’influence d’intérêts militaires ou économiques, comme c’est souvent le cas, sape tout échange informé. La figure de l’apprenti sorcier est, par exemple, convoquée de manière récurrente en référence aux chercheurs dont les travaux portent sur le sujet. Outre le fait de constituer une généralisation abusive, de tels jugements dégradent le débat public.

Il existe certes une filiation entre certains projets de recherche et les secteurs militaires ou celui des énergies fossiles. Mais les motivations diverses, souvent bienveillantes, de nombre de spécialistes sont souvent passées sous silence, par exemple lorsque la géo-ingénierie est considérée comme un simple instrument du capitalisme.

En résumé, la manière dont les gouvernements et les experts – tant en sciences naturelles que sociales – participent aux discussions publiques est cruciale.

Une double contrainte de fidélité aux données scientifiques (c’est-à-dire les éléments tangibles concernant les différentes méthodes) et de pondération dans les jugements portés sur les parties prenantes aux discussions doit guider les échanges.

La responsabilité de contribuer à un débat informé s’applique aussi aux médias, lesquels devraient favoriser le pluralisme afin d’éviter les phénomènes de consensus artificiel et de chambre d’écho. Les experts mis en avant doivent refléter la diversité des champs scientifiques et techniques impliqués, en sciences humaines et en sciences dures.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) lui-même, dans son 6ᵉ rapport d’évaluation, n’écarte pas le recours aux technologies d’extraction du CO2, même s’il reconnaît que cela ne saurait se substituer à une réduction des émissions.

En effet, il se pourrait que le déploiement de certaines techniques d’extraction du CO2 (captation et séquestration du CO2 dans des équipements industriels ou depuis l’air ambiant) soit nécessaire afin d’éviter le franchissement de points de bascule climatique, y compris dans le cas d’une réduction agressive et immédiate des émissions de gaz à effet de serre.

Dans le cas contraire, l’impact sur les politiques publiques et internationales pourrait se révéler désastreux. L’adoption de stratégies climatiques sous optimales pourrait alors imposer des dommages irréversibles aux plus vulnérables, aux écosystèmes ainsi qu’aux générations futures.

Il est tout aussi possible que, collectivement, nous refusions toute forme de géo-ingénierie. Dans ce cas, et en l’absence d’une mitigation suffisante, les effets du réchauffement risquent d’être brutaux.

Vers une dépossession du débat démocratique ?

Que la géo-ingénierie ne soit pas davantage discutée constitue, en soi, une première instance de dépossession.

La polarisation des débats par des positions hostiles à toute forme d’ingénierie du climat, souvent au terme de généralisations abusives, au détriment d’une pluralité de vues basée sur la diversité des travaux scientifiques représente une seconde forme de dépossession. Celle-ci est plus insidieuse puisque la distorsion et l’appauvrissement de questions complexes pourraient influencer de manière définitive l’opinion publique.

Le temps presse. Les techniques d’extraction du CO2 sont d’ores et déjà incorporées dans la plupart des scénarios qui respectent l’accord de Paris, notamment ceux du GIEC. Des villes comme New York ou Los Angeles pratiquent déjà l’éclaircissement des surfaces et un projet d’injection d’aérosols dans la stratosphère pourrait voir le jour d’ici une ou deux décennies selon le Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE). Un débat de société large et inclusif doit avoir lieu, dès à présent, mais pas n’importe comment.The Conversation

Xavier Landes, Professeur associé, éthique et philosophie politique (Stockholm School of Economics in Riga), professeur invité (Sciences Po Lille), Sciences Po Lille

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Ariane 6 place en orbite le satellite météorologique MetOp-SG-A1, atout stratégique pour la veille climatique européenne

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Ariane 6 place en orbite le satellite météorologique MetOp-SG-A1 © ESA-CNES-Arianespace/S. Martin, 2025    


Le 12 août, Ariane 6 a réalisé depuis Kourou son troisième vol, plaçant en orbite héliosynchrone à 800 km le satellite MetOp-SG-A1 d’EUMETSAT. Premier exemplaire de la nouvelle génération d’observateurs météo européens, il promet des données inédites pour la prévision et le suivi climatique. Ce succès intervient alors qu’aux États-Unis, la Maison-Blanche envisage de mettre fin à deux missions de mesure du CO₂ en orbite, suscitant l’inquiétude des climatologues.


À 21 h 37, heure locale, le 12 août 2025, Ariane 6 a quitté le pas de tir d’Eumetsat au Centre spatial guyanais, emportant MetOp-SG-A1 vers une orbite héliosynchrone d’environ 800 kilomètres. Ce troisième vol du nouveau lanceur européen, et son deuxième succès commercial, marque une nouvelle étape dans la reconquête de l’autonomie d’accès à l’espace par l’Europe.

MetOp-SG-A1 inaugure la seconde génération de satellites météorologiques polaires du programme MetOp. Construit par Airbus Defence and Space pour EUMETSAT, sous maîtrise d’ouvrage de l’ESA, il s’inscrit dans une série de six engins qui assureront, jusqu’au milieu des années 2040, la continuité des données météo-climatiques. Ses instruments — six capteurs d’imagerie et de sondage atmosphérique dans le visible, l’infrarouge et les hyperfréquences — fourniront des observations plus précises que jamais sur les paramètres essentiels : température, humidité, aérosols, nuages et composition de l’air.

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Le satellite MetOp-SG A1 : Optique video du CSG S Martin - Copyright 2025 ESA-CNES-ARIANESPACE


Parmi eux, IASI-NG, développé avec une forte contribution française et sous responsabilité technique du CNES, doublera la précision de son prédécesseur pour le profilage atmosphérique et la mesure de seize variables climatiques clés, dont les gaz à effet de serre. Sentinel-5, instrument du programme Copernicus, surveillera quant à lui les principaux polluants et l’ozone stratosphérique, complétant la veille environnementale globale.

Aux États-Unis, Trump demande à la NASA de désactiver deux satellites dédiés au climat

Ce progrès contraste avec les incertitudes qui pèsent outre-Atlantique : selon NPR, la Maison-Blanche a demandé à la NASA d’évaluer l’arrêt de deux missions « Orbiting Carbon Observatory » dédiées depuis plus d’une décennie à la mesure du CO₂ atmosphérique. L’une, lancée en 2014, est autonome ; l’autre est installée sur la Station spatiale internationale. Leur coût de fonctionnement est de seulement 15 millions de dollars par an. Leur disparition priverait la communauté scientifique de séries temporelles cruciales pour comprendre l’évolution du climat.

En renforçant la capacité européenne d’observation indépendante, MetOp-SG-A1 répond ainsi à un double enjeu : améliorer les prévisions météorologiques pour la sécurité des populations et préserver, face aux aléas politiques, un accès continu à des données fiables sur le système climatique mondial.

Les fondations Airbus et Solar Impulse signent un partenariat au service de l’innovation durable

 

Guillaume Faury, Julie Kitcher et Bertrand Piccard.
Guillaume Faury, Julie Kitcher et Bertrand Piccard. Photo Airbus SAS

Airbus et la Fondation Solar Impulse unissent leurs forces pour accélérer le développement de solutions durables à l’échelle mondiale. Annoncé le 24 mars, ce partenariat de trois ans repose sur une ambition commune : tirer parti des technologies aérospatiales pour favoriser l’adoption de projets à fort impact environnemental.

À l’heure où la crise climatique impose des réponses immédiates, l’innovation technologique s’affirme comme un levier décisif. Ce constat est au cœur de la collaboration entre la Fondation Airbus et la Fondation Solar Impulse, qui visent à identifier et à soutenir des initiatives capables de répondre aux défis environnementaux et sociétaux majeurs. Parmi les outils mis à disposition, l’imagerie satellitaire et les hélicoptères permettront de surveiller les écosystèmes, d’améliorer la gestion des ressources en eau et d’évaluer les risques liés aux catastrophes naturelles.

« En combinant la technologie aérospatiale avec des solutions fondées sur la nature, nous pouvons transformer l’innovation en impact », explique Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse. « Notre partenariat avec la Fondation Airbus démontre comment des capacités avancées comme l’imagerie satellitaire peuvent contribuer à restaurer les écosystèmes, soutenir le développement économique et renforcer la résilience climatique là où elle est le plus nécessaire. »

Des ressources au service des innovateurs

Les candidats sélectionnés dans le cadre de ce programme auront accès à un financement d’amorçage de 10 000 euros, ainsi qu’à une expertise technique pour maximiser leur impact. Cette initiative s’inscrit dans la mission de la Fondation Airbus, qui cherche à mettre en valeur les capacités uniques du secteur aéronautique pour répondre aux enjeux environnementaux.

« Les technologies aérospatiales nous permettent d’accéder à des informations sur notre planète inaccessibles depuis le sol », précise Julie Kitcher, directrice du développement durable d’Airbus et présidente de la Fondation Airbus. « Grâce à notre expertise en matière de satellites et d’hélicoptères, nous nous engageons à donner aux innovateurs et aux chercheurs les moyens de développer des solutions pour répondre aux défis environnementaux et sociaux urgents. »

À partir du 1er avril, les deux fondations lanceront un appel à projets pour sélectionner les initiatives les plus prometteuses. Les innovations retenues bénéficieront d’un accompagnement stratégique et technique afin de favoriser leur déploiement à grande échelle.

Bertrand Piccard, un explorateur engagé pour la planète

Depuis plusieurs décennies, Bertrand Piccard s’est imposé comme une figure emblématique de l’innovation durable. En 2021, il avait été le parrain du Forum Le Monde Nouveau, organisé par La Dépêche du Midi, où il avait plaidé pour une approche pragmatique de la transition écologique, s’appuyant sur les technologies existantes pour accélérer le changement.

Aujourd’hui, il poursuit son engagement à travers un nouveau défi ambitieux : Climate Impulse, un tour du monde sans escale à bord d’un avion propulsé à l’hydrogène vert. Après avoir révolutionné l’aviation en 2016 avec Solar Impulse, le premier avion solaire à accomplir un tour du monde, Piccard entend une nouvelle fois démontrer que des solutions viables existent pour rendre l’aéronautique plus respectueuse de l’environnement.

Le projet Climate Impulse, mené en collaboration avec Raphaël Dinelli et soutenu par Syensqo, l’Université Mohammed VI Polytechnique et OCP Group, a déjà franchi des étapes majeures. En 2024, la finalisation du cockpit et l’optimisation de l’aérodynamisme marquent une avancée significative. En 2025, les essais des systèmes de propulsion et des piles à hydrogène confirmeront la faisabilité du vol, avant un premier décollage prévu en 2026.

Comment retrouver les informations climatiques effacées par l’administration Trump

 

Les scientifiques de la NOAA recueillent et fournissent des informations publiques cruciales dont dépendent les entreprises, les particuliers et d’autres scientifiques. NOAA’s National Ocean Service
Par Eric Nost, University of Guelph et Alejandro Paz, Massachusetts Institute of Technology (MIT)

Alors que des informations importantes, notamment sur le changement climatique, disparaissent des sites Internet du gouvernement depuis l’investiture de Donald Trump, la résistance s’organise. Plusieurs groupes travaillent dans l’ombre à préserver outils et données.


Les informations sur Internet semblent être là pour toujours, mais elles ne sont permanentes que dans la mesure où certaines personnes choisissent de les rendre permanentes.

C’est ce que montre la deuxième administration Trump à travers ses efforts pour démanteler les agences scientifiques ainsi que les données et les sites Internet qu’elles utilisent pour communiquer avec le public. Les cibles vont de la santé publique à l’étude de la démographie en passant par les sciences du climat.

Nous sommes respectivement documentaliste de recherche et spécialiste des politiques, et nous appartenons à un réseau appelé Public Environmental Data Partners, une coalition d’organisations à but non lucratif, d’archivistes et de chercheurs. Celles-ci s’appuient, dans leur travail, sur des données fédérales et s’efforcent de faire en sorte que ces données restent à la disposition du public.

Au cours des trois premières semaines du second mandat de Trump, nous avons vu des agences supprimer l’accès à au moins une douzaine d’outils d’analyse du climat et de la justice environnementale. La nouvelle administration a également supprimé des termes comme « changement climatique » ou « résilience » des sites Internet gouvernementaux.

Voici comment nous procédons, au sein de Public Environmental Data Partners, pour que la science du climat, dont dépend le public, soit toujours disponible.

L’importance des sites gouvernementaux et de leurs données

La disponibilité des données et de l’information sur Internet est nécessaire à l’innovation, à la recherche et à la vie quotidienne.

Les observations des satellites de la Nasa sont par exemple utilisées par les climatologues de la Nasa, de même que les relevés météo de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), afin de comprendre les changements climatiques en cours et leurs causes.

D’autres chercheurs utilisent ces sources, ainsi que les données du bureau du recensement des États-Unis (Census Bureau) pour savoir qui est le plus touché par le changement climatique. Chaque jour, des personnes du monde entier se connectent au site Internet de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) pour comprendre comment se protéger des risques climatiques et pour savoir ce que le gouvernement fait – ou ne fait pas – pour les aider.

Si les données et les outils utilisés pour comprendre des données complexes sont brusquement retirés du net, le travail des scientifiques, des organisations de la société civile et des fonctionnaires eux-mêmes peut s’arrêter.

La production de données et d’analyses scientifiques par les scientifiques du gouvernement est également cruciale. De nombreux gouvernements gèrent des programmes de protection de l’environnement et de santé publique qui dépendent de la science et des données collectées par les agences fédérales.

En supprimant des informations des sites Internet gouvernementaux, il est également plus difficile pour le public de participer au débat démocratique, en particulier en ce qui concerne l’évolution de la réglementation. Lorsqu’une agence propose d’abroger une loi, par exemple, elle est tenue de demander l’avis du public, qui dépend souvent des sites Internet gouvernementaux eux-mêmes pour trouver des informations relatives à celle-ci…

Lorsque les ressources internet sont modifiées ou mises hors ligne, la méfiance s’installe à l’égard du gouvernement et de la science. Depuis des années, les agences gouvernementales collectent des données sur le climat, effectuent des analyses complexes, fournissent des financements et hébergent des données accessibles au public. Les données fédérales américaines permettent à des personnes du monde entier de mieux comprendre le changement climatique. En les supprimant, on prive tout le monde d’informations importantes sur le monde dans lequel nous vivons.

Au revoir les données ?

La première administration Trump a supprimé des informations sur le changement climatique et les politiques climatiques à large échelle sur les sites Internet du gouvernement. Cependant, lors de nos recherches avec l’Environmental Data and Governance Initiative au cours de ces quatre premières années, nous n’avons pas trouvé de preuves que des ensembles de données avaient été définitivement supprimés.

La deuxième administration Trump semble différente, avec des suppressions d’informations plus rapides et plus généralisées.

En réponse à cette deuxième offensive, les groupes impliqués dans Public Environmental Data Partners ont archivé de nombreux jeux de données climatiques que notre communauté a classés par ordre de priorité. Nous les avons mis en ligne dans des dépôts publics, en renseignant où et comment les trouver s’ils disparaissaient des sites gouvernementaux.

La plupart des agences fédérales ont diminué leur recours à l’expression « changement climatique » sur leurs sites Internet au cours de la première administration Trump entre 2017 et 2020. Eric Nost, et coll., 2021, CC BY

Au 13 février 2025, nous n’avions pas encore assisté à la destruction de données scientifiques sur le climat. Nombre de ces programmes de collecte de données, tels que ceux de la NOAA ou le programme de déclaration des gaz à effet de serre de l’EPA, sont exigés par le Congrès. Cependant, l’administration a déjà limité ou supprimé l’accès à de nombreuses données.

Maintenir les outils qui permettent de comprendre le changement climatique

Nous avons observé un effort ciblé pour supprimer systématiquement les outils tels que les tableaux de bord qui résument et visualisent les dimensions sociales du changement climatique. Par exemple, le Climate and Economic Justice Screening Tool, qui a cartographié les communautés à faible revenu et autres communautés marginalisées qui devraient subir les plus graves effets du changement climatique, comme des pertes de récoltes et des incendies de forêt. L’outil de cartographie a été mis hors ligne peu après la première série de décrets de Trump.

La plupart des données originales sur lesquelles reposait l’outil de cartographie, comme les prévisions des risques d’incendies de forêt, sont toujours disponibles, mais il est désormais plus difficile de les trouver et d’y accéder. Mais comme l’outil de cartographie a été développé dans le cadre d’un projet open source et que son code source était disponible, nous avons pu le recréer.

Protéger les sites Internet sensibles

Dans certains cas, des pages web entières ont été mises hors ligne. Par exemple, la page du centre du changement climatique du ministère des transports, qui existait depuis 25 ans, n’existe plus. Le lien renvoie simplement les visiteurs vers la page d’accueil du ministère.

D’autres pages existent encore, mais sont difficiles d’accès. Par exemple, l’EPA n’a pas encore supprimé ses pages sur le changement climatique, mais elle a supprimé le terme « changement climatique » de son menu de navigation, ce qui rend ces pages plus difficiles à trouver.

Capture d’écran
Au cours de la première semaine de mandat de Donald Trump, le ministère des transports a supprimé la page Internet de son centre sur le changement climatique. Internet Archive Wayback Machine

Heureusement, nos partenaires de la End of Term Web Archive ont « capturé » des instantanés de millions de pages web gouvernementales et les ont rendus accessibles via la Wayback Machine d’Internet Archive. Le groupe procède à cette opération après chaque nouvelle administration présidentielle depuis 2008.

Si vous regardez une page web et que vous pensez qu’elle aurait auparavant dû inclure une discussion sur le changement climatique, vous pouvez utiliser l’outil « changements » de la Wayback Machine pour vérifier si le langage a été modifié au fil du temps, ou naviguer vers les instantanés du site de la page datant d’avant l’investiture de Trump

Ce qu’il est possible de faire

Vous pouvez également retrouver des ensembles de données et des outils archivés sur le climat et la justice environnementale sur le site web des Public Environmental Data Partners. D’autres groupes archivent les données du portail américain Data.gov et les rendent accessibles ailleurs.

Certains chercheurs mettent également en ligne des jeux de données dans des dépôts publics consultables comme OSF, géré par le Center for Open Science.

Si vous craignez que certaines données encore disponibles ne disparaissent, consultez cette checklist des bibliothèques du MIT. Elle indique les étapes à suivre pour contribuer à la sauvegarde des données fédérales.

Quand la sphère des connaissances rétrécit

Ce qui n’est pas clair, c’est de savoir jusqu’où l’administration Trump ira pour supprimer, bloquer ou dissimuler les données et la science du climat, et surtout dans quelle mesure elle y parviendra.

Le juge d’un tribunal fédéral a d’ores et déjà estimé que la suppression par les Centers for Disease Control and Prevention de ressources de santé publique sur lesquelles s’appuient les médecins était préjudiciable et arbitraire. Ces ressources ont été remises en ligne grâce à cette décision.

Nous craignons que d’autres suppressions ne réduisent la compréhension du public sur le changement climatique, laissant les personnes, les communautés et les économies non préparées exposées à des risques plus importants. Si les efforts d’archivage des données peuvent, dans une certaine mesure, endiguer la vague de suppressions, rien ne remplacera les infrastructures de recherche gouvernementales qui produisent et partagent les données sur le climat.The Conversation

Eric Nost, Associate Professor of Geography, University of Guelph et Alejandro Paz, Energy and Environment Librarian, Massachusetts Institute of Technology (MIT)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.