Le 28 janvier 1981, le premier traité international contraignant sur la protection des données personnelles était ouvert à la signature à Strasbourg. La Convention du Conseil de l’Europe pour la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé des données à caractère personnel, également appelée « Convention 108 », constituait alors un premier texte fort, ouvrant un espace juridique commun pour quelque 55 pays. 41 ans plus tard, cette date est devenue la Journée mondiale pour la protection des données et c’est peu dire qu’en quarante ans, les données se sont multipliées, devenant un or numérique qui a fait la fortune de géants comme Google, Facebook ou Amazon.
L’objectif principal de cette journée est donc de sensibiliser le public sur les défis en matière de protection des données face à toutes les tentatives de vol, de manipulation ou d’escroquerie, et d’informer chacun sur ses droits et la manière dont ils peuvent être exercés.
L’Europe a infligé 1,25 milliard d’euros d’amendes
À cet égard, l’Europe peut se targuer d’être un modèle dans le monde, notamment grâce à son règlement RGPD, qui, depuis le 23 mai 2018, offre aux citoyens européens la protection de leurs données et des outils pour sanctionner les dérives. « En 2021, le montant total des amendes infligées aux entreprises du secteur de la Tech dans le cadre du RGPD européen a atteint 1,25 milliard d’euros. Avec un énorme écart de 180 millions d’euros en plus comparé à l’année 2020 », observe Brian Spanswick, responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) chez Cohesity, qui note que « la semaine de la protection des données est un excellent rappel de l’importance de la protection de la confidentialité et de la sécurité des données, ainsi que du respect des exigences de conformité et de gouvernance telles que le RGPD.»
Ces nouveaux textes plus protecteurs pour les Européens espèrent répondre aux craintes qui s’expriment de plus en plus. Pour près d’un Français sur trois, la question de la souveraineté numérique est un enjeu prioritaire pour les prochaines années selon une vaste enquête OpinionWay-Calif parue cette semaine. 79 % disent leur inquiétude quant à la protection de leurs données personnelles.
En présentant le programme de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, Emmanuel Macron entend consolider la protection des données personnelles des Européens notamment avec une « loi sur les données ».
Tribune de Sébastien Viou, Cyber-évangéliste chez Stormshield
À quelques exceptions près, en particulier dans les secteurs les plus sensibles, l’habitude est souvent prise d’utiliser son poste de travail professionnel pour certains (si ce n’est tous) usages personnels. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un poste portable. Or, ce sont ces postes qui constituent le vecteur le plus « efficace » des malveillances à l’encontre du SI des organisations. Dès lors, peut-on imaginer un monde aux usages numériques professionnels et personnels strictement étanches ?
Postes de travail : une porte ouverte vers l’ensemble du SI
Par principe, les attaques malveillantes à l’encontre des entreprises ou administrations ont généralement deux objectifs, bien souvent couplés : l’argent et l’information. Et dans tous les cas, elles sont menées via des méthodes industrielles, assurant efficacité et reproductibilité aux assaillants.
Parmi ces méthodes, le piratage de réseaux WiFi non protégés est efficace, mais il nécessite un accès physique. Les attaques de serveurs mal protégés peuvent créer des dégâts, mais ils restent souvent circonscrits à leurs environnements applicatifs. Il est aussi possible de s’attaquer au VPN-SSL de l’organisation lorsque celui-ci est vulnérable. Mais rien n’est comparable à la réussite du ciblage utilisateurs, par mail (phishing) ou surf (implantation de logiciels malveillants sur les postes via des sites web corrompus).
Même bien protégé, le poste utilisateur reste de loin le plus vulnérable car, par définition, il est connecté à l’Active Directory de l’entreprise (l’outil d’annuaire le plus représenté sur le marché). Et cette solution, malgré l’effort des développeurs, reste sujette à de nombreuses vulnérabilités permettant l’accès distant et l’élévation de privilèges depuis un compte utilisateur. C’est la porte ouverte au fameux « admin access » et à l’ensemble des données de l’entreprise.
Une cybersécurité proactive et transparente pour l’usager
Pour se prémunir au maximum de ces risques, rien de plus simple a priori : en plus des logiciels de cybersécurité dédiés, il suffirait de maintenir ses postes de travail à jour, pour éviter l’exploitation de failles connues. Certes, mais c’est encore sans compter sur les failles Zero Day, sur lesquelles les cyberattaquants sont de plus en plus productifs.
Pour contrer ces risques, la mise en œuvre de solutions capables de bloquer des actions non habituelles des applications ou du système demeure une pratique efficace, car proactive. Par essence en effet, les logiciels malveillants ont des comportements très spécifiques, cherchant tout type d’ouverture pour s’introduire et modifier les systèmes.
Dans tous les cas en revanche, ces outils doivent être le plus transparent possible pour l’usager, afin qu’il puisse accomplir sereinement ses tâches quotidiennes et ne pas perdre en productivité du fait de blocages permanents. Ce qui ne doit en rien l’empêcher de rester vigilant pour autant !
Au-delà des chartes d’utilisation, vers un usage strictement professionnel des postes de travail ?
En dehors de quelques secteurs manipulant des données sensibles où les postes de travail sont très verrouillés et limitent au strict minimum les usages, nombreux sont les utilisateurs à se servir de leur poste de travail pour leurs usages personnels. Allant souvent même jusqu’à autoriser leurs enfants à s’en servir, ou jouer en réseau avec. Une situation sans doute encore exacerbée avec l’accélération du télétravail, quand ce n’est pas l’entreprise qui demande au collaborateur d’utiliser sa machine personnelle pour ne pas avoir à payer une machine professionnelle
Si un certain nombre d’organisations ont mis en place des chartes d’usages et des outillages informatiques mis à disposition de leurs collaborateurs, dans les faits, peu d’entre elles appliquent des sanctions en cas de comportements imprudents, même s’il en résulte des situations particulièrement graves pour l’ensemble du système d’information (perte, vol de données ou ransomwares, etc.).
Avec le développement de l’informatique domestique (smartphones, tablettes, PC, accès internet), associé à des risques numériques toujours plus importants pour les organisations, peut-être est-il temps pour ces dernières de limiter strictement aux usages professionnels les outils numériques de l’entreprise mis à disposition de leurs collaborateurs.
Dans ce cas, on parlerait d’outils numériques de service (uniquement à usage professionnel) et non plus d’outils numériques de fonction (à usage « global » du salarié). Cela ne résoudra pas tous les problèmes en matière de cybersécurité, mais pourrait a minima contribuer à cyber-responsabiliser les collaborateurs et ainsi à l’amélioration des usages.
Le « métavers » sera-t-il une nouvelle étape révolutionnaire ou un mirage sur internet ? Depuis que Mark Zuckerberg, le patron de Facebook a annoncé l’an dernier vouloir tout miser sur ce concept de monde virtuel imaginé en 1992 par l’écrivain Neal Stephenson – au point de rebaptiser Facebook en Meta – le métavers, contraction de meta et d’univers, ne cesse d’agiter la Silicon Valley et au-delà.
Un fashion week virtuelle
Car si Zuckerberg, fort de ses quelque 3 milliards d’utilisateurs, rêve d’un espace à sa main tout entier dévolu aux échanges et à la consommation – une sorte de Facebook dans lequel on s’immergerait en chaussant des lunettes de réalité virtuelle – il aura de la concurrence. Baidu, la multinationale équivalente de Google en Chine, a ainsi lancé Xi Rang (Terre d’espoir).
Decentraland, créé en 2015 par les argentins Ari Meilich et Esteban Ordanoun dispose de sa propre monnaie virtuelle (la cryptomonnaie Mana) et se prépare à héberger sa première Fashion Week virtuelle en mars prochain. Et lors du CES 2022, le plus grand salon de l’électronique grand public qui s’est achevé la semaine dernière à Las Vegas, le géant Samsung a dévoilé son univers virtuel, Samsung 837X, un immeuble de trois étages dans Décentraland pour présenter ses nouveaux produits.
Reste que si l’enthousiasme des géants de l’internet et des marques est lui bien réel, il restera à convaincre les internautes de basculer dans ces univers en faisant œuvre de pédagogie.
35 % des Français seulement savent de quoi il s'agit...
Selon un sondage Ifop pour Talan paru jeudi seulement 35 % des Français déclarent voir de quoi il s’agit, dont 14 % « précisément ». « Les plus jeunes montrent ainsi une meilleure connaissance du sujet (42 % des 18-24 ans voient ce que sont les métavers, contre 28 % des 65 ans et plus), tout comme les catégories socio-professionnelles supérieures (59 % des diplômés du supérieur contre 27 % des personnes sans diplômes). Ces deux fractures, générationnelle et sociale, se manifestent d’ailleurs également dans les représentations associées aux métavers et dans les potentiels usages », explique Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’Ifop.
Les usages perçus des métavers restent principalement centrés autour du divertissement, les Français ne percevant pas encore la diversité des débouchés proposés par les métavers, 21 % les jugeant même inutiles. 8 % seulement envisagent de créer son double numérique et une nette minorité de Français se dit prête à investir de son argent dans des biens et services numériques…
... et 75 % sont inquiets
Le concept en lui-même n’est pas rassurant : les métavers suscitent la crainte d’une nette majorité de Français (75 %), même au sein des catégories de population les plus en pointe sur le sujet (49 % des 18-24 ans sont craintifs). En conséquence, 50 % des personnes ayant des craintes vis-à-vis des métavers sont favorables à une législation (contre 39 % de ceux qui n’ont pas de crainte). Les Français semblent de plus avoir conscience des limites de la virtualisation de nos activités : huit sur dix estiment qu’un monde virtuel ne permettrait pas de réduire les émissions de carbone du monde réel, ce que vantent leurs promoteurs des métavers.
Le défi pour Facebook et les autres sera donc de convaincre le grand public de l’utilité des métavers, de leur sécurité et de leur accès abordable pour tous, et pour les Etats de garantir un cadre précis. On n’en est qu’aux débuts.
(Article paru dans La Dépêche du Dimanche du 16 janvier 2022)
Comme beaucoup, j’ai regardé en famille le film Don’t Look Up : Déni cosmique, avec Jennifer Lawrence et Leonardo DiCaprio, diffusé le 24 décembre 2021 sur Netflix. J’ai rapidement entendu mes filles, étudiantes, dire : « Eh, maman, c’est pareil que pour le changement climatique ! »
Le réalisateur Adam McKay y mêle « l’absurde, le comique, à une douleur très réelle », pour faire réfléchir sur notre capacité à agir face à une menace grave, et souligner la nécessité de « la prise de conscience, la volonté et l’action ».
J’aimerais partager ici les réflexions que ce film m’a inspirées, en tant que chercheuse en sciences du climat engagée pour le partage des connaissances scientifiques, au regard de mes expériences personnelles à l’interface entre science et société.
Bande-annonce de Don’t Look Up (Netflix, 2022).
Le sentiment de vivre une tragédie grecque
Cette sombre satire joue de ressorts classiques (transposition, exagération) pour dénoncer une mascarade sociale empreinte de déni, de vanité, de cupidité et de perte du sens de l’intérêt général.
Le personnage de Kate Dibiasky – la jeune doctorante jouée par Jennifer Lawrence qui découvre la comète et réalise qu’elle se dirige tout droit vers la Terre – m’a particulièrement touchée.
Par ses doutes, par son questionnement sur la bonne manière de s’exprimer, par sa capacité à se remettre en question. Mais aussi par son désespoir de ne pas réussir à faire mieux, ce sentiment de vivre une tragédie grecque annoncée, sans jamais voir arriver le sursaut ni le leadership nécessaires.
Le film montre le décalage, que j’ai souvent ressenti, entre la recherche scientifique, les médias et le pouvoir politique. Il pose ainsi la question de la formation des scientifiques pour s’exprimer dans les médias, et la difficulté de journalistes ou de décideurs politiques à intégrer les connaissances scientifiques.
Les scientifiques doivent-ils rester froids, distants, rationnels ? Sont-ils moins crédibles lorsqu’ils laissent transparaître leurs émotions ?
Cet enjeu est encore plus délicat pour les femmes (scientifiques) qui, lorsqu’elles expriment leurs émotions, peuvent rapidement se voir traitées d’hystériques. J’ai mal vécu le fait d’être qualifiée de « pasionaria du climat », un terme qui n’a pas d’équivalent pour un homme – je pense qu’on parlerait alors de « scientifique engagé »…
Trois minutes pour présenter un rapport du GIEC
Le film montre aussi le décalage entre le mode de fonctionnement des scientifiques et les moments d’échanges, rares et brefs, avec les décideurs politiques – qui s’appuient parfois davantage sur une opinion individuelle que sur un socle solide de connaissances. Ainsi, il m’est arrivé d’avoir trois minutes pour présenter un rapport du GIEC à un chef d’État !
Hélas, comme j’ai pu le constater, l’immense majorité des décideurs ne lit pas les « résumés à l’intention des décideurs » du GIEC. J’espère que certains de leurs conseillers les lisent, mais je me demande ce qui leur en est transmis…
Le film montre aussi le cynisme et le déni de responsabilité, l’absence de capacité d’analyse d’une situation inédite et des risques associés aux options d’action et à leur échec possible, l’incapacité à se projeter, et l’absence cruelle de leadership, illustrant au passage la manière dont les scientifiques peuvent se retrouver instrumentalisés dans un storytelling politique.
Plus d’une fois, j’aurais aimé pouvoir dire, aussi crûment que Kate Dibiaski, « Are you fucking kidding me ? », mais cela m’aurait demandé de surmonter la politesse et le respect des autres qui m’ont construite.
Les fausses bonnes « solutions » technologiques
Particulièrement gratiné, le personnage de Peter Isherwell (Mark Rylance), milliardaire de la tech, convainc la présidente des États-Unis (incarnée par Meryl Streep) de retarder une action faisable immédiatement pour détourner la comète. Il impose ainsi une solution à partir de technologies non testées lui permettant d’exploiter les minéraux rares que contient la comète.
Ce personnage porte un type de discours récurrent sur de prétendues technologies à venir, à la faisabilité non démontrée et aux effets indésirables non évalués. Ces « discours d’inaction » prennent des formes multiples. Parmi ceux-ci figure en bonne place une forme d’optimisme technologique, au détriment de la délicate construction de stratégies à partir des leviers d’action disponibles aujourd’hui, prenant en compte leurs effets indésirables et les nécessaires mesures redistributives.
À la tête d’un immense empire tech, Peter Isherwell (Mark Rylance, au centre) influence les décisions de la présidente (Meryl Streep, à droite).Niko Tavernise/Netflix
J’ai observé à plusieurs reprises ce genre d’attitude mêlant cynisme, cupidité et absence d’empathie, lors de discussions informelles précédant ou suivant des tables rondes au contenu très policé en lien avec la finance, la technologie, l’innovation, les grandes entreprises.
Il est aussi très frappant d’observer les plans d’action de secteurs d’activité très émetteurs de gaz à effet de serre, comme les énergies fossiles et le transport aérien, qui recourent massivement à des technologies censées permettre d’éliminer du CO2 de l’atmosphère au lieu de décarboner rapidement leurs activités, et leur refus des contraintes nécessaires pour réduire la demande.
La désinformation comme une traînée de poudre
Le film illustre bien les travers de la société du spectacle et de la surconsommation, la manière dont fonctionnent certains médias, la désinformation qui se propage plus vite que les connaissances solidement établies.
J’ai moi aussi souffert de cette dissonance : comment aborder les enjeux graves liés au changement climatique dans une sphère médiatique peuplée de personnalités souvent nombrilistes, et qui privilégie la distraction, la controverse et le simplisme, entre deux publicités poussant à consommer et à émettre toujours plus ?
Les scientifiques Randall Mindy et Kate Diabasky tentant de faire passer leur message sur le plateau du talk-show animé par Brie Evantee (Cate Blanchett) et Jack Bremmer (Tyler Perry).Niko Tavernise/Netflix
Par exemple, le dernier rapport du GIEC a été publié le jour de l’annonce du transfert de Lionel Messi au PSG… à votre avis, entre le destin d’un joueur de ballon rond et celui de la planète, qu’est-ce qui a « fait le buzz » ?
Les limites de l’analogie avec le réchauffement climatique
Ceci dit, l’analogie entre la menace d’une comète et celle du changement climatique est loin d’être parfaite. Cet artifice scénique suggère que nous sommes tous face au même danger, avec une réponse binaire : on gagne tous, ou on perd tout.
Concernant le climat, la réalité est bien plus complexe, avec des enjeux majeurs concernant le caractère inégal des responsabilités, des vulnérabilités, des impacts, et des capacités à agir, tant entre individus qu’entre pays.
L’absence de ces aspects de justice climatique a fait réagir les chercheurs en sciences sociales, comme Stefan Aykut, spécialiste des négociations internationales sur le climat.
Ces enjeux feront l’objet des rapports des groupes 2 (vulnérabilités, impacts, risques, options d’action pour l’adaptation) et 3 (émissions de gaz à effet de serre, options d’action pour l’atténuation) du GIEC, attendus le 28 février et 4 avril 2022.
Dans ce contexte, Don’t Look Up met l’accent sur les individus et le pouvoir (le sommet de l’État, la télévision, les milliardaires de la tech), au détriment de tout ce qui fait la société, notamment les organisations collectives et les mécanismes de solidarité.
Sortir du déni, par où ?
Ceci pose, en creux, la question de savoir d’où pourrait venir un sursaut collectif pour sortir du déni.
Par exemple, alors que les enquêtes d’opinion montrent que le changement climatique constitue une préoccupation majeure, pourquoi ne fait-il pas l’objet de questions sérieuses posées aux candidats et candidates pour toute élection ?
Quelles sont les propositions pour nous préparer aux conséquences inévitables d’un climat qui change, quelles sont les propositions pour apporter notre contribution à la baisse indispensable et rapide des émissions mondiales de gaz à effet de serre ? Quel futur voulons-nous construire, au lieu de se regarder le nombril ?
La réalité, hélas, est parfois pire que la fiction : le film ne montre que partiellement le cynisme de ceux qui profitent du statu quo, ou le rôle des marchands de doute qui ont construit la désinformation et le greenwashing pour semer la confusion et sauvegarder leurs profits.
L’exemple du rapport spécial du GIEC de 2018
Par exemple, lors de la COP21 (2015) et dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, l’ensemble des pays avait demandé au GIEC de rendre un rapport spécial sur un réchauffement de 1,5 °C.
Cette évaluation de l’état des connaissances, qui a demandé un travail colossal en peu de temps, a été finalisée en 2018 et approuvée par tous les pays (c’était un peu rock’n roll !). Je la résume en disant que chaque demi-degré compte, chaque année compte, et chaque choix compte ; le rapport de 2021 ajoute que chaque région est concernée, et que chaque tonne de CO2 compte… Tout est ici, sur le site du GIEC et dans mes fils Twitter.
Vidéo évoquant le rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C. (IPCC/Youtube, 2019)
Bref, quand ce rapport spécial avait été présenté à la COP24 en 2018, 4 pays (dont, à l’époque, les USA, la Russie et l’Arabie saoudite) ont tout fait pour que ses conclusions ne soient pas intégrées aux décisions de la Convention des Nations unies.
Cela illustre aussi les défis posés par les relations entre l’état des connaissances scientifiques et la manière dont elles peuvent être instrumentalisées ou, si elles dérangent, ignorées.
Les choses se sont un peu améliorées depuis, puisque la décision de la COP26 de novembre 2021 démarre par « science et urgence », soulignant l’urgence à accélérer l’action pour le climat.
Un succès à suivre
Je termine en soulignant que la satire et le rire sont des leviers formidables pour susciter la réflexion et stimuler l’esprit critique et la curiosité.
À cet égard, il sera intéressant de suivre le nombre de visionnages d’un film comme Don’t Look Up par rapport à ceux de documentaires comme Before the Flood de Leonardo DiCaprio, en 2016.
Ce film permettra-t-il de toucher un public plus large, ou est-ce une distraction qui fait porter le débat sur le film et non sur les problèmes de fond ? Je note en tout cas que mes commentaires concernant ce film, postés sur Twitter, ont généré davantage de réactions en un seul jour que mon résumé du rapport du GIEC de cet été en près de cinq mois !
Valérie Masson-Delmotte, Chercheuse en sciences du climat, coprésidente du groupe de travail I du GIEC, directrice de recherche au CEA (Commissariat à l’énergie atomique), Université Paris-Saclay
Comment réduire les émissions de CO2 issues du transport maritime mondial qui représentent, selon les données de la Commission européenne, 940 millions de tonnes, soit 2,5 % des émissions totales, alors même que le fret via cargo est indispensable à l’économie mondiale ? Pour résoudre cette équation la start-up toulousaine Airseas a imaginé doter les immenses cargos d’une voile. Mais pas n’importe quelle voile : une voile similaire à celle des kitesurfs, arrimée à la proue des géants des mers.
20% de CO2 en moins, 20% de fuel en moins
Ces kites géants et semi-automatisés, ont été appelés « SeaWing » (« ailes marines ») et devraient permettre d’économiser 20 % de carburants et diminuer de 20 % les émissions de CO2 d’un cargo. AirSeas « fonctionne comme un auxiliaire des moteurs du navire. Un simple interrupteur marche/arrêt lance ou récupère le kite. SeaWing se déplie, fonctionne et se replie de manière autonome. Le système collecte et analyse automatiquement les données météorologiques et océaniques de son environnement en temps réel. Il s’adapte à ces informations afin d’optimiser ses performances tout en garantissant une sécurité maximale. De plus, l’interface du logiciel AirSeas conseille le capitaine quand utiliser le système et propose l’itinéraire le plus rentable pour atteindre la destination à temps en utilisant le kite », explique la société qui travaille sur son idée depuis plus de cinq ans et qui vient d’entrer dans une phase d’expérimentation avec Airbus. Vincent Bernatets, PDG et co-fondateur d’AirSeas, est d’ailleurs un ancien ingénieur d’Airbus.
The installation of Airseas’ Seawing on Louis Dreyfus Armateur’s Ville de Bordeaux - with formal approval from @BV_Marine to begin operations at sea - represents a significant milestone in #shipping’s pathway towards a more #sustainable future. Watch the installation ⬇ pic.twitter.com/1WDt5allST
L’avionneur européen, qui dispose de plusieurs rouliers pour transporter ses pièces d’avion, avait passé un contrat en septembre 2018 avec AirSeas. Le mois dernier, la société a donc installé sa voile sur le « Ville de Bordeaux », qui réalise, entre autres, des rotations mensuelles entre Saint-Nazaire et le site d’assemblage de l’A320 de Mobile, aux États-Unis.
Une voile de 1 000 m2
Un mât télescopique de 30 mètres de haut et la cuve qui renferme le kite replié de 500 m2 et 700 mètres de câbles ont ainsi été installés mi-décembre sur le navire de 154 mètres de long appartenant à Louis Dreyfus Armateur, qui le loue à Airbus. Une campagne de tests va désormais être conduite pour les six prochains mois. AirSeas envisage à terme d’équiper une cinquantaine de cargos avec sa SeaWing, dont la version finale pourrait atteindre 1 000 m2. Des tests sont également prévus avec l’armateur japonais K-Line.
L’idée d’associer des voiles aux cargos pour leur permettre de rentrer dans les clous des nouvelles législations – réduire de 40 % l’émission de CO2 du transport maritime d’ici 2030 – a aussi été développée par d’autres sociétés, comme l’allemand Skysails.
L’Europe dira-t-elle merci à Marck Zuckerberg, le PDG de Facebook (aujourd'hui rebaptisée Meta) lorsqu’elle lancera son euro numérique ? En tout cas, c’est bien le fondateur du réseau social aux 2 milliards de membres qui aura accéléré la prise de conscience sur le sujet. En juin 2019, Mark Zuckerberg présente le libra, le nouveau nom du Facebook Coin, une monnaie virtuelle qui devait être utilisée pour des paiements et des transferts d’argent à partir des messageries WhatsApp et Messenger (propriétés de Facebook).
« Zuck » voit les choses en grand et réussi à réunir vingt-huit partenaires, dont des poids lourds du secteur du paiement et des transactions sur internet comme Mastercard, Visa, Paypal, mais aussi Uber, Spotify et en France, Iliad, la maison – mère de Free. Si les banques centrales regardent l’initiative avec intérêt – Facebook pourrait essuyer les plâtres pour elles – il en va autrement des Etats qui voient l’une de leur prérogative régalienne, frapper monnaie, leur échapper. « Que Facebook crée un instrument de transaction, pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il ne peut pas en être question », tonne Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances. Les critiques se multiplient sur la protection des données personnelles, le G7 crée un groupe de travail, Facebook est sommée de venir s’expliquer devant le Congrès américain.
Facebook contraint à faire marche arrière
Le Prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz assène que « seul un imbécile ferait confiance à Facebook pour son bien-être financier. » Face à la bronca, les partenaires initiaux quittent le projet les uns après les autres et Zuckerberg est contraint de changer ses plans. Exit le libra indépendant, place au diem, une cryptomonnaie adossée à des monnaies nationale (on appelle ce type de monnaie une stablecoin). Pour l’heure seul un diem adossé au dollar (1 diem = 1 $) est dans les tuyaux.
Le projet avorté du libra a, en tout cas, convaincu les Etats de s’intéresser de près au sujet et poussé les banques centrales à vouloir créer leur monnaie numérique. La Chine aura son yuan numérique. En Europe, la Banque centrale (BCE) et les banques centrales nationales des pays de la zone euro réfléchissent à un euro numérique et lancent en septembre 2020 une expérimentation à laquelle participent des représentants des milieux universitaires et du secteur privé.
Des tests sont réalisés dans quatre domaines essentiels : registre propre à l’euro numérique ; confidentialité et lutte contre le blanchiment de capitaux ; limites à la circulation d’un euro numérique ; accès pour les utilisateurs finaux non connectés à l’internet et soutien à l’inclusion avec des appareils appropriés. Aucun obstacle technique majeur n’est alors détecté.
La BCE lance une étude pour 2 ans
En juillet 2021, s’appuyant sur cette expérimentation, le Conseil des gouverneurs de la BCE décide de lancer un projet d’euro numérique. « La phase d’étude, qui durera 24 mois, vise à traiter les questions essentielles se posant en termes de conception et de distribution. Un euro numérique doit répondre aux besoins des Européens mais aussi contribuer à prévenir les activités illégales et éviter tout effet indésirable sur la stabilité financière et la politique monétaire », indique la BCE.
Un euro numérique garantirait que les habitants de la zone euro puissent bénéficier d’un moyen de paiement gratuit, simple, universellement accepté, sans risque et inspirant confiance et serait accessible à tous, ménages comme entreprises. « Un euro numérique existerait parallèlement aux espèces, sans les remplacer. L’Eurosystème veillera à ce que vous disposiez toujours de billets et pièces, dans l’ensemble de la zone euro », précise la BCE.
La phase d’étude a officiellement commencé en octobre dernier pour deux ans et tout reste encore ouvert. Certains craignent qu’un euro numérique tue l’innovation en matière de cryptomonnaies. Verdict fin 2023.
(Article publié dans La Dépêche du Midi du 2 janvier 2022)
C’est un harnachement qui a longtemps relevé de la science-fiction : des hommes enfilaient une lourde combinaison qui leur permettait de décupler leurs forces, soulever de lourdes charges en se jouant des obstacles, Les exosquelettes – ou squelettes externes à assistance motorisée – sont aujourd’hui une réalité et dépassent le seul cadre d’un usage militaire. Comme souvent, en effet, ce sont les armées qui se sont intéressées de près au sujet : en 2016, l’armée de terre américaine et le corps des fusiliers marins avaient ainsi développé PowerWalk, un exosquelette qui récupérait l’énergie grâce aux mouvements des jambes des soldats. Des soldats plus autonomes et plus endurants.
En mars dernier, le Battle Lab Terre de l’Armée de terre française, a lancé une campagne exploratoire de mise en situation opérationnelle des exosquelettes passifs, acquis par l’Agence Innovation Défense (AID), auprès de la société Mawashi. Trois régiments ont mené des tests (1er RCP, 17e RGP et 13e BCA). Le Battle Lab Terre interroge également l’apport d’une telle technologie lors d’une mission type Sentinelle.
De l’industrie à la médecine
Mais les exosquelettes se développent désormais dans la sphère civile avec différents degrés de sophistication. Ils intéressent beaucoup l’industrie (automobile, aéronautique), le secteur du BTP ou l’agriculture, autant de domaines où l’on est amené à porter de lourdes charges. Dans le domaine de la viticulture par exemple, des vignerons ont essayé plusieurs types de harnais (Corfor, Hapo, Lift suit…).
L’exosquelette est également utile dans le domaine médical. Wandercraft, spécialisée dans la robotique dynamique de marche, commercialise un exosquelette dédié à la rééducation depuis 2019. Son exosquelette Atalante vient d’être adopté par les hôpitaux AP-HP Rothschild à Paris, Raymond-Poincaré AP-HP à Garches et par la Clinique des Trois Soleils à Boissise-le-Roi. « L’exosquelette auto-stabilisé de Wandercraft nous intéresse particulièrement car, en libérant la partie supérieure du corps du patient, il permet d’imaginer de nouvelles approches thérapeutiques en dédiant la marche ainsi retrouvée à une activité intégrant l’utilisation des mains. Des traitements plus intensifs et plus précoces sont envisageables, avec une motivation accrue des patients et une charge diminuée pour les soignants », se félicite le professeur Philippe Thoumie, chef du service de rééducation neuro-orthopédique de l’hôpital Rothschild AP-HP.
« Nous attendons de ce dispositif qu’il nous aide à proposer des traitements optimaux pour tous types de patients, en particulier ceux atteints d’une lésion cérébrale aiguë ou d’une lésion médullaire. » explique le professeur Djamel Bensmail, chef du service de MPR de l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP. Wandercraft travaille avec des laboratoires universitaires de robotique dynamique et des équipes médicales de premier plan, en Europe et aux Etats-Unis.