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Le gouvernement Attal sera-t-il à la hauteur des enjeux de cybersécurité ?

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Par Frans Imbert-vier, CEO d'UBCOM, spécialisé dans la cybersécurité pour les entreprises

En novembre 2023, Élisabeth Borne, alors Premier ministre, avait imposé aux ministres et à leurs cabinets d'utiliser Olvid pour leurs communications officielles, afin de se protéger des failles de sécurité des applications grand public.

En ce début d'année, Gabriel Attal a succédé à Élisabeth Borne et a décidé de revenir sur l'obligation d'utiliser Olvid, application de messagerie instantanée française qui se veut la plus sécurisée du monde.

Après l’initiative Borne pour la mise en place d’une solution de communication chiffrée imposé au sein du gouvernement, on aurait pu s’attendre à voir nommer un Secrétaire d’État au Numérique, voir espérer un Ministère du Numérique, ambition qui aurait été aligné avec la fraicheur du Premier Ministre. Hélas, on revient en arrière, avec la note Borne désavouée et toujours pas de Secrétaire d’État au numérique ni même une mention dans le discours de la politique générale sur les enjeux du numérique au sein de l’État, pas un mot même sur la souveraineté.

C’est un retour en arrière que le Premier ministre propose en ignorant cet enjeu qui conditionne pourtant le libre arbitre politique de nos citoyens, surtout à la veille des élections européennes. On peut en conclure que le numérique reste une stratégie orientée vers nos amis outre-atlantique dans la doctrine du Gouvernement qui cède toute notre souveraineté digitale, sans concession. Ce terrain est déjà perdu par le gouvernement Attal.

Les prévisions de Kaspersky sur la protection de la vie privée en 2024

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Les accessoires intégrant l'IA vont susciter de plus en plus de débats sur la protection de la vie privée, et la prolifération attendue des technologies de réalité augmentée (RA) et de réalité virtuelle (RV) va probablement concourir à établir de nouvelles normes en matière de protection de la vie privée au cours de l’année 2024. Dans le même temps, le nombre de fuites de données liées aux mots de passe devrait diminuer à mesure que l'authentification à deux facteurs gagne en popularité, et que les utilisateurs mettent à profit les bots pour améliorer la protection de leur vie privée.

Selon Kaspersky, le domaine de la protection de la vie privée est en pleine mutation en raison de l'émergence de nouvelles technologies et de l'évolution des régulations. Les événements majeurs de 2023 dans les sphères sociales, économiques et politiques, ainsi que les nouvelles tendances technologiques, sont les principaux facteurs susceptibles d’influencer le paysage de la protection de la vie privée en 2024. Les principales prédictions des experts sont les suivantes :

  • Les dispositifs portables dotés d'IA pourraient relancer le débat sur la protection de la vie privée. 

Tandis que les consommateurs commencent à adhérer aux appareils tels que les smartphones et les assistants intelligents pour la maison, les accessoires portables, en particulier ceux dotés de caméras comme les lunettes intelligentes ou les badges AI pin, ont tendance à susciter plus de méfiance. À supposer qu'ils gagnent en popularité, la nature même de ces objets peut éveiller la méfiance des utilisateurs soucieux de protéger leur vie privée.

  • Les développements en matière de réalité augmentée et de réalité virtuelle vont générer de nouvelles normes en matière de protection de la vie privée en 2024. 

Les lancements de produits Apple attirent généralement l'attention du public, et suscitent des discussions sur la protection de la vie privée, en particulier lorsqu'il s'agit de technologies qui n'ont pas encore fait l'objet d'une réglementation appropriée. Avec l'introduction d'Apple Vision Pro et l'intégration croissante de la RA/RV dans la vie quotidienne, les préoccupations en matière de protection de la vie privée sont vouées à prendre de l’envergure.

  • Une protection de la vie privée renforcée par les bots.

La multiplication des bots, ces assistants automatiques basés sur le traitement du langage naturel (NLP), est un terrain d’opportunités pour améliorer la protection de la vie privée des utilisateurs dans divers secteurs. À l’avenir, les assistants pourraient jouer un rôle crucial dans la protection des données personnelles, en particulier pendant les appels. Un assistant robot sophistiqué pourrait gérer les appels des utilisateurs de manière transparente, en veillant à ce que les informations sensibles, telles que la voix de l'utilisateur, soient protégées.

Les fuites de mots de passe seront moins préoccupantes, car les enjeux qui y sont liés perdent en importance.

La raison principale de la diminution des craintes liées aux fuites de mots de passe se trouve dans la prévalence croissante de l'authentification à deux facteurs, où un code supplémentaire pour confirmer votre connexion est envoyé par SMS, ou généré dans une application d'authentification dédiée, telle que Kaspersky Password Manager. En outre, certains services, comme Google, proposent déjà une authentification sans mot de passe par le biais de passkeys, tandis que d'autres privilégient l'authentification biométrique par rapport aux mots de passe traditionnels.


« À une époque où les technologies ne cessent de se perfectionner, la notion de données privées doit être reconsidérée. L'avènement des accessoires intégrant l’IA, les développements des technologies RA/RV et la montée en puissance des assistants bots nécessitent une compréhension plus large de la protection de la vie privée. Alors que ces innovations font partie intégrante de la vie quotidienne, notre vision des données personnelles doit englober non seulement ce que nous partageons volontairement, mais aussi les interactions et informations que ces technologies intègrent automatiquement », commente Anna Larkina, experte en sécurité et en confidentialité chez Kaspersky.

Pour en savoir plus sur ce qui vous attend dans le domaine de la protection de la vie privée, visitez SecureList.

Adoption du Règlement européen sur l'IA : la France fait de la résistance

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Par Constantin Pavléas, avocat spécialisé en droit des nouvelles technologies, professeur et coordinateur du programme Droit du Numérique & Propriété Intellectuelle et responsable d'enseignements à l'école des Hautes Études Appliquées du Droit (HEAD).

Le règlement européen sur l’intelligence artificielle (IA) sera bientôt adopté. L’objectif affiché par les instances européennes est de promouvoir un environnement règlementaire qui favorisera l’épanouissement de l’intelligence artificielle tout en prévenant ses dérives. Cependant, pour la France, ce règlement risque de brider l’innovation des startups européennes. Une alternative plus équilibrée est sans doute possible pour préserver celles-ci tout en rémunérant les auteurs de contenu.   

Résultat d’un compromis âprement négocié entre gouvernements, après avoir fait l’objet d’un accord politique début décembre, le texte quasi définitif en version anglaise du règlement européen sur l’IA a circulé la semaine dernière. Entretemps, les groupes de travail ont rédigé les derniers articles. Au grand dam des positions françaises, le texte soumet les fabricants des modèles d’IA à des obligations de transparence sur les sources utilisées pour entraîner les algorithmes.

La nouvelle régulation européenne de l’IA va-t-elle trop loin ? Peut-elle entraver la révolution en mouvement de l’intelligence artificielle ? A cette question, les pouvoirs publics français semblent répondre par l’affirmative. 

Le gouvernement français s’inquiète notamment de l’obligation faite aux fabricants de modèles d’IA de « rendre public un résumé suffisamment détaillé » des données utilisées pour entraîner leurs logiciels. Il propose que la communication des données soit réservée au futur bureau européen de l’IA, qui agirait comme un tiers de confiance. Il pourrait renseigner les ayants droit inquiets de savoir si leurs contenus ont été utilisés par des IA, mais il ne partagerait pas ces informations avec les entreprises concurrentes. Les organisations professionnelles du cinéma, de la musique, de l’édition ou de l’audiovisuel se sont émues des positions françaises, craignant qu’elles n'affaiblissent la régulation protectrice du droit d’auteur.

La nécessaire protection face aux dangers que l’IA fait peser sur les droits des citoyens ne doit ni ralentir ni affaiblir l’innovation, tout le monde en convient. Les grands pays de l’UE, essentiellement la France, l’Allemagne et l’Italie, pour peser sur le marché de l’IA face à la concurrence américaine ou chinoise, souhaitent en effet préserver au maximum les marges de manœuvre de leurs entreprises - essentiellement des startups. A l’heure où celles-ci lèvent des centaines de millions d’euros pour accélérer la conception et la commercialisation de leurs produits, on ne peut courir le risque d’entraver leur développement. 

C’est dans ce contexte que, quelques semaines avant la décision sur l’IA Act, les ministres concernés de France, d’Italie et d’Allemagne se sont rencontrés et ont insisté sur la nécessité d’instaurer une législation "sans bureaucratie inutile". Ils ont appelé en particulier à la réduction des charges administratives pour les projets impliquant plusieurs États membres, ainsi qu'à la formation d'un solide écosystème européen de capital-risque "qui permettrait aux entreprises innovantes de recevoir le financement dont elles ont tant besoin".

Autre point contesté par la  France : le seuil à partir duquel les modèles les plus puissants sont considérés comme « systémiques » et soumis à des obligations renforcées d’évaluation et d’atténuation des risques (biais, désinformation, erreurs…). Paris souhaite baisser le critère de puissance de calcul informatique retenu, soit 10 puissance 25 Flops (l’unité de mesure de la rapidité de calcul d’un système informatique). 

Les inquiétudes exprimées par la France quant aux marges de manœuvre de ses entreprises face à des règles contraignantes sont largement partagées par les pays qui souhaitent investir dans l’IA, en Europe notamment mais pas seulement. L’Inde, qui se positionne comme un acteur majeur de l’IA et en fait un accélérateur clé de son développement technologique, exprime le même type de craintes quant aux risques que les géants de l’IA font porter sur sa souveraineté numérique. 

Une manière de surmonter ce clivage entre régulation et innovation aurait été effectivement de limiter la divulgation des sources aux seuls fournisseurs de systèmes qui intègrent et commercialisent les modèles IA, laissant à ces fournisseurs de systèmes le soin d’obtenir les informations nécessaires auprès de leurs fabricants. Surtout, on pourrait créer un droit dérivé pour rémunérer les auteurs de contenu dont l’œuvre a été utilisée à des fins d’entraînement des algorithmes, à l’instar du droit voisin institué pour les éditeurs de presse (art 13 de la Directive e-copyright de 2019). Enfin, pour éviter l’écueil d’interminables négociations entre les parties prenantes dans chaque pays de l’Union européenne, le nouveau droit voisin pourrait être rémunéré par un fonds européen d’indemnisation des auteurs de contenu financé par l’ industrie. 

IA générative : la nécessité d'une gouvernance forte des données

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Par Trevor Schulze, Chief Information Officer chez Alteryx, spécialiste de l’analyse des données.

Les cas d’usage performants de l'IA générative continuent d'émerger en entreprise, mettant en évidence les défis liés à la confidentialité des données et à leur réglementation. En France, l'évaluation récente de la CNIL sur l'application des lois de protection des données en matière d'IA générative a démontré l'importance de cette question. La législation de l'UE sur l'intelligence artificielle, première régulation officielle en la matière, stipule que les systèmes d'IA déployés en Europe doivent être sûrs, transparents, traçables, non discriminatoires et respectueux de l'environnement. Cette initiative européenne montre l’implication des régulateurs face aux préoccupations suscitées par l’adoption de l'IA.

D'après l'une de nos études, 47 % des CDO (Chief Digital Officer) identifient la confidentialité des données comme la principale raison pour laquelle l'IA n'a pas encore été implémentée au sein de leurs organisations. La compréhension des données utilisées pour entraîner ces modèles se révèle être une tâche particulièrement complexe même pour les organisations qui entament le déploiement avec les nouvelles capacités d'IA, via notamment des grands modèles de langage (LLMs) pour entreprises.

“Alors que l'utilisation et l'adoption de l'IA générative continuent d'évoluer de la planification à la production, beaucoup ressentent une certaine appréhension quant à la meilleure façon de l'utiliser." déclare Raphaël Savy, VP France and Southern Europe, Alteryx. Mais bien que la technologie offre d'innombrables possibilités pour améliorer notre qualité de vie, notre façon de travailler, et nos échanges, il est impératif de reconnaître notre responsabilité d’instaurer et de promouvoir une IA éthique et transparente.”

"Pour renforcer la confiance globale dans l'IA à l'avenir, il est crucial de mettre en place une politique de gouvernance des données claire. De même, créer ou renforcer les rôles de responsables des données au sein des entreprises, afin de mettre en place une utilisation sécurisée de l'IA qui respectera les réglementations en vigueur sur l'utilisation des données, témoignera d'un engagement envers la confidentialité des données et contribuera à accroître la confiance au sein de toute l'entreprise." conclut Trevor Schulze,  Chief Information Officer, Alteryx.

Et si les « bureaux paysagers » des années 1960 revenaient à la mode ?

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Par Jean-Pierre Bouchez, Université Paris-Saclay

L’entrée dans la décennie des années 1960 a marqué une forme de rupture en termes d’organisations spatiales : fini par exemple les grands pools d’employées dactylographes, ces dizaines de femmes en blouses blanches, sous surveillance, penchées sur leur « Remington », installées sur de simples tables alignées à des postes de travail standardisés. Ces espaces marqués par trois caractéristiques, ordre, discipline et recherche de l’efficacité sont assimilables à ce que l’ethnologue Marc Augé nommait en 1992, des « non-lieux » : des endroits réglés, interchangeables, anonymes et dénués d’interactions. d Parmi les initiatives qui ont fleuri alors à l’encontre de ces espaces tertiaires aux formes rigides, on retrouvait notamment celles des bureaux dits « paysagers » objet d’un développement dans notre ouvrage récent intitulé Le Travail et ses espaces, le pari du bien-être et de la performance, publié chez deboeck supérieur. Détourné rapidement après avoir été inventé, le concept pourrait cependant offrir des réponses à nombre de problématiques actuelles.

Un projet social

Ce sont les frères Eberhard et Wolfgang Schnelle, consultants en organisation, qui inventent et mettent en œuvre, en 1958 ou 1959 selon les sources, une forme d’aménagement d’espaces tertiaires singulièrement innovante au sein de la société pharmaceutique Boehringer à Mannheim. Elle est qualifiée de « bureaux paysagers ». L’originalité de la démarche pour l’époque est de s’inscrire dans le cadre d’une pensée globale, mettant l’humain au cœur d’un projet intégrant la conception, le mobilier, les espaces de travail et le processus de travail. Ce projet socio-organisationnel se donnait pour objectif de remettre en cause des pratiques antérieures et plus particulièrement la symbolique verticale du pouvoir hiérarchique cloisonné, des statuts et des rangs symboliquement attribués.

Concrètement, l’approche consiste à créer une nouvelle configuration spatiale ouverte, supprimant portes et cloisons, considérées comme des obstacles à la communication. L’ensemble était enrichi d’un décor « paysager » agréable et vaste, engendrant une forme de désordre apparent. On y trouvait ainsi des mobiliers de rangement, de plantes vertes faisant office de séparateurs que l’on peut déplacer en fonction des besoins, de manière à ce que chacun puisse bénéficier d’une sphère personnelle d’intimité et d’autonomie.

Surtout, ces aménagements qualitatifs spatiaux se trouvaient agencés en fonction de la circulation des informations et des documents entre les personnes. Étaient ainsi placés côte à côte celles et ceux qui étaient amenés à échanger des documents et à collaborer régulièrement. Cette logique de flux privilégiait ainsi les liens fondés sur les échanges horizontaux et fonctionnels égalitaires et de proximité. Elle remettait ainsi en cause les représentations symboliques statutaires traditionnelles susceptibles, dans ce contexte, de constituer des obstacles à la circulation des informations. Par ailleurs, les déplacements des personnes étaient autorisés et les aménagements reconfigurables en fonction des besoins.

Dans l’esprit de ses fondateurs, cette approche répondait à un véritable projet social, prônant un espace égalitaire permettant à chaque employé de prendre conscience de sa place et de sa responsabilité au sein de la société. On se situe donc, au niveau de l’intention, à l’exact opposé des espaces de travail tertiaire de l’entre-deux-guerres standardisés et sous surveillance.

Aussitôt adopté, aussitôt détourné

Après le succès de la mise en œuvre du projet au sein de la société pharmaceutique Boehringer, le concept se déploie en 1961 dans les locaux la Bertelsmann Verlag à Gütersloh en Rhénanie-du-Nord, puis gagne rapidement les États-Unis et la France en 1965, notamment dans les compagnies d’assurance. IBM, Krupp, la BBC, des firmes de tout horizon l’adoptent. Le bureau paysager devient alors une forme de référence, d’autant qu’il est relativement rapide de le mettre en place. Nombre d’entreprises sont séduites par un nouveau « rapport à la nature ». Le terme même de « paysager » entre en écho avec des thématiques qui semblent très contemporaines au lecteur d’aujourd’hui : rapport à la nature, nouvel équilibre entre le travail de bureau et qualité de la vie…

Et pourtant, dès la fin des années 1980, le concept est abandonné, son image dégradée et son usage détourné. La première cause en est l’utilisation dans des établissements aux locaux inappropriés. De plus, lorsqu’ils se déployèrent aux États-Unis, ces espaces paysagers furent diversement réinterprétés par des fabricants de mobiliers, lesquels rivalisèrent de configurations novatrices pour les concepteurs, avec pour effet d’annihiler les intentions initiales.

La raison principale de l’abandon des bureaux paysagers tient en effet au fait qu’ils ont amené avec eux une volonté systématique de certaines firmes de contracter et d’optimiser les surfaces de travail. C’est alors aussi du côté des usagers que vont apparaître les mécontentements et les contestations : manque d’intimité, fatigue liée aux nuisances sonores et aux déplacements ou encore difficulté de se concentrer. Ces soucis demeurent d’une redoutable actualité. Enfin, pour être complet, il faut souligner que la crise de l’énergie, l’arrivée de l’informatique et de la bureautique tertiaire ont également grandement contribué à remettre le modèle en cause.

Trop en avance ?

Il y a déjà plus de soixante ans, les frères Schnelle, créateurs des « bureaux paysagers » avaient proposé un véritable projet socio-organisationnel visant au départ à privilégier les relations fonctionnelles horizontales de proximité entre collègues Il tendait ainsi à remettre en cause la logique statutaire verticale et créant ainsi de nouveaux « lieux de vie » professionnels, se substituant radicalement aux « non-lieux ». Il ouvrait alors les perspectives de responsabilisation individuelles et collectives qui seront déployées par certaines entreprises éclairées dans la période contemporaine.

La logique financière, associée à l’optimisation des surfaces, pourtant antérieure au déploiement du flex-office, contribua à détourner ce projet de son intention initiale. On peut ainsi penser d’une certaine manière que cette innovation spatiale serait apparue trop en avance, en décalage sur son temps. Elle réémergera partiellement à travers les nouveaux espaces fondés sur les activités (Activity Based Working) à partir des années 2010, sans pour autant s’inscrire aussi nettement dans une remise en cause des statuts.The Conversation

Jean-Pierre Bouchez, Directeur de recherches en sciences de gestion, Université Paris-Saclay

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Il y a 40 ans, le premier Macintosh d’Apple : l’expérience utilisateur comme innovation

Le 1er Macintosh a été présenté le 24 janvier 1984. Marcin Wichary/FlickR, CC BY-NC-ND
Jacob O. Wobbrock, University of Washington

L’innovation technologique exige de résoudre des problèmes techniques difficiles… mais pas que ! Le Macintosh d’Apple fête ses 40 ans, et son concept mou d’« expérience utilisateur », priorité de la marque dans son produit phare de 1984, est, aujourd’hui, clairement devenu la clef du succès de tous les produits que la firme a fabriqués depuis. Penser les objets pour leur facilité d’utilisation, leur efficacité, leur accessibilité, leur élégance et le plaisir de les utiliser a été un choix payant. La capitalisation boursière d’Apple avoisine aujourd’hui les 3 milliards de dollars (soit le PIB de la France), et sa marque est associée au terme design au même titre que les plus prestigieuses maisons de couture de New York ou de Milan. Apple a fait de la technologie une mode, et ce grâce à l’expérience utilisateur.

Tout a commencé avec le Macintosh. La publicité télévisée qui présentait cet ordinateur personnel lors du Super Bowl XVIII, le 22 janvier 1984, ressemblait davantage à une bande-annonce de film surfant sur un imaginaire orwellien (on est en 1984) qu’à un lancement de technologie. Le spot avait d’ailleurs été réalisé par le cinéaste Ridley Scott. Le fondateur Steve Jobs savait bien qu’il ne vendait pas seulement de la puissance de calcul, du stockage ou une solution d’édition informatique. Il vendait plutôt un produit destiné à être utilisé par des êtres humains, installé à leur domicile et qui intègrerait leur vie.

Spot publicitaire présentant le Macintosh lors du Superbowl le 22 janvier 1984.

Il ne s’agissait plus d’informatique. IBM, Commodore et Tandy faisaient de l’informatique. En tant que spécialiste de l’interaction personne-machine, je pense que le premier Macintosh a permis aux humains de se sentir à l’aise avec une nouvelle extension d’eux-mêmes, non pas en tant qu’amateurs d’informatique, mais en tant que personnes ordinaires. Tous les « trucs informatiques » – circuits, fils, cartes mères et écrans séparés – étaient soigneusement emballés et cachés dans une boîte intégrée élégante. Vous n’étiez pas censé fouiller dans cette boîte, et vous n’aviez pas besoin de le faire, pas avec le Macintosh. L’utilisateur lambda ne pensait pas plus au contenu de cette boîte qu’il ne pensait aux coutures de ses vêtements. Au lieu de cela, il se concentrait sur les sensations que lui procurait cette boîte.

Quelle innovation ?

Alors que les ordinateurs disposaient généralement de séquences d’entrée complexes sous forme de commandes à saisir (Unix, MS-DOS) ou de souris à boutons multiples (Xerox STAR, Commodore 64), le Macintosh utilise une métaphore de bureau dans laquelle l’écran de l’ordinateur est une représentation de la surface physique d’un bureau. Les utilisateurs pouvaient cliquer directement sur les fichiers et les dossiers du bureau pour les ouvrir. Il disposait également d’une souris à un seul bouton qui permettait aux utilisateurs de cliquer, de double-cliquer et de glisser-déposer des icônes sans avoir à taper de commandes.

Néanmoins, si le Macintosh était innovant dans le paysage des ordinateurs, ce n’était pas pour une avancée informatique particulière. Il n’a en fait pas été le premier ordinateur à disposer d’une interface utilisateur graphique ou à utiliser la métaphore du « bureau » : icônes, fichiers, dossiers, fenêtres… C’est le Xerox Alto qui avait présenté pour la première fois le concept d’icônes, inventé par David Canfield Smith en 1975 dans sa thèse doctorale. Le Xerox Star de 1981 et l’Apple Lisa de 1983 ont utilisé des métaphores de bureau. Mais ces systèmes étaient lents à utiliser et encore encombrants dans de nombreux aspects de leur conception de l’interaction.

Le Xerox Alto, premier ordinateur a utilisé le concept d'icônes. Matthew Ratzloff/Flickr, CC BY-NC-ND

Le Macintosh n’était pas le premier ordinateur personnel destiné à une utilisation domestique, bureautique ou éducative. Il n’a pas été le premier ordinateur à utiliser une souris. Ce n’était même pas le premier ordinateur d’Apple à avoir l’une de ces caractéristiques. L’Apple Lisa, sorti un an plus tôt, les possédait tous.

Le Macintosh n’a pas été le premier à faire une chose technique en particulier. Mais le Macintosh a rassemblé de nombreuses avancées qui visaient à donner aux gens un accessoire. Il n’était pas destiné aux geeks ou aux techno-hobbyistes, mais aux mères et pères de famille, aux élèves de quatrième qui l’utilisaient pour rédiger des documents, éditer des feuilles de calcul, faire des dessins et jouer à des jeux. Le Macintosh a révolutionné l’industrie de l’informatique personnelle et tout ce qui allait suivre, car il mettait l’accent sur une expérience utilisateur satisfaisante et simplifiée.

Le Macintosh a simplifié les techniques d’interaction nécessaires à l’utilisation d’un ordinateur tout en proposant des vitesses de fonctionnement raisonnables. Les commandes complexes du clavier et les touches dédiées ont été remplacées par des opérations de pointer-cliquer, des menus déroulants, des fenêtres et des icônes pouvant être déplacées, ainsi que des fonctions d’annulation, de coupe, de copie et de collage à l’échelle du système. Contrairement au Lisa, le Macintosh ne pouvait exécuter qu’un seul programme à la fois, mais cela simplifiait l’expérience de l’utilisateur.

Le Macintosh a également fourni une boîte à outils d’interface utilisateur à destination des développeurs d’applications. Cela a permis aux programmes d’avoir une apparence et une sensation standard en utilisant des widgets d’interface communs, boutons, menus, polices, boîtes de dialogue, fenêtres… Avec le Macintosh, la courbe d’apprentissage des utilisateurs s’est aplatie, ce qui leur a permis de devenir rapidement compétents. L’informatique, comme les vêtements, était désormais à la portée de tous.

À l’origine d’une obsession

Bien que j’hésite à utiliser les termes « naturel » ou « intuitif » lorsqu’il s’agit de mondes fabriqués sur un écran – personne ne naît en sachant ce qu’est une fenêtre de bureau, un menu déroulant ou un double-clic – le Macintosh a été le premier ordinateur personnel à faire de l’expérience de l’utilisateur le moteur de l’accomplissement technique. Il était en effet simple à utiliser, surtout par rapport aux ordinateurs à ligne de commande de l’époque.

Steve Jobs présente le Macintosh.

Alors que les systèmes précédents privilégiaient les capacités techniques, le Macintosh était destiné aux utilisateurs non spécialisés – au travail, à l’école ou à la maison – pour qu’ils fassent l’expérience d’une sorte de convivialité prête à l’emploi qui est aujourd’hui la marque de fabrique non seulement de la plupart des produits Apple, mais aussi de toute une industrie d’électronique grand public, d’appareils intelligents et d’ordinateurs de toutes sortes.

Selon le cabinet d’études Market Growth Reports, les entreprises spécialisées dans la fourniture d’outils et de services d’expérience utilisateur valaient 548,91 millions de dollars en 2023 et devraient atteindre 1,36 milliard de dollars d’ici 2029. Les entreprises spécialisées du secteur fournissent des logiciels permettant de mener des tests de convivialité, connaître les utilisateurs, ou de développer les initiatives émanant du client.

Aujourd’hui, il est rare que les produits de consommation réussissent sur le marché sur la base de leur seule fonctionnalité. Les consommateurs attendent une bonne expérience utilisateur et sont prêts à payer le prix fort pour cela. Le Macintosh est à l’origine de cette obsession et a démontré sa centralité.

Il est ironique de constater que la technologie Macintosh qui fête ses 40 ans en janvier 2024 n’a jamais vraiment été une question de technologie. Il a toujours été question de personnes. C’est une source d’inspiration pour ceux qui cherchent à réaliser la prochaine percée technologique, et un avertissement pour ceux qui considèrent que l’expérience de l’utilisateur n’est qu’une préoccupation secondaire dans l’innovation technologique.The Conversation

Jacob O. Wobbrock, Professor of Information, University of Washington

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Étude DataDome : 3/4 des sites d’e-commerce européens sont vulnérables aux attaques de bots malveillants

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DataDome, fournisseur de premier plan de solutions de gestion de la fraude en ligne et des bots malvaillants alimentées par l'IA, dévoile les résultats de son rapport sur la sécurité face aux attaques de bots dans la région EMEA. Ce rapport révèle que la majorité des sites web français, allemands et britanniques ne sont pas protégés contre les attaques de bots, y compris les moins sophistiquées, mettant en évidence la vulnérabilité des entreprises face aux menaces automatisées. Les principaux enseignements de cette étude portant sur plus de 5 000 sites web sont les suivants :


73 % des sites web européens testés ne sont pas protégés contre les attaques de bots non sophistiqués.
  • Seulement 8,5 % des sites sont parvenus à bloquer toutes les requêtes de bots.
  • 18,8 % ont détecté et bloqué certains bots, mais pas tous.
  • 72,8 % n’ont détecté aucun des bots testés.
Les sites d’e-commerce sont les plus exposés aux attaques de bots.
  • 74,6% des sites d’e-commerce ont laissé passer l’ensemble des bots.
  • Les sites de petites annonces sont particulièrement vulnérables : près de 73% d’entre eux ont échoué à tous les tests menés.
  • Les sites de jeux d'argent en ligne sont les mieux protégés, mais presque un tiers d’entre eux (29,4 %) d'entre eux ont réussi à détecter toutes les requêtes de test effectuées par les bots.

Ces résultats sont étonnamment similaires dans les trois pays : Les sites de jeux d'argent en ligne sont systématiquement les mieux protégés, tandis que les sites de commerce électronique et les sites de petites annonces sont systématiquement les moins bien protégés.

Les grandes entreprises sont mieux protégées, mais cela reste insuffisant.
  • Dans l'échantillon de DataDome, 74 % des entreprises dénombrant 50 employés ou moins étaient sans protection.
  • Parmi les entreprises comptant moins de 1 000 employés, seulement moins de 12 % ont réussi à identifier et à bloquer tous les bots.
  • Les grandes entreprises s'en sont tout juste un peu mieux sorties. Même parmi les organisations de plus de 10 000 employés, plus des deux tiers ont laissé passer toutes les requêtes de bots.

Cette tendance était moins prononcée en Allemagne qu'en France et au Royaume-Uni. En fait, l'enquête n'a révélé que de faibles différences entre les entreprises de différentes tailles et aucune proportionnalité linéaire entre la capacité de réaction aux attaques de bot et la taille de l'entreprise en Allemagne.

Les bots les plus « performants » (du point de vue de l'attaquant) sont les faux bots Chrome.
  • Seuls 11 % des faux bots Chrome de DataDome ont été détectés, démontrant un niveau élevé de risque pour les attaques DDoS de la couche 7, la fraude par account takeover et d'autres menaces automatisées ciblant les entreprises en ligne de la région EMEA.
  • 87 % des bots non sophistiqués basés sur Curl n’ont pas été détectés.
  • 76 % des faux bots Google (Googlebots) n’ont pas été détectés.

Dans le cadre de cette étude, DataDome a utilisé l'outil BotTester sur les 1 200 plus grands sites (en matière de trafic) basés en France, les 1 400 plus grands en Allemagne et les 2 500 plus grands au Royaume-Uni. Au total, l'entreprise a testé pas moins de 5 100 sites web. Après l’exclusion de 134 sites web pour cause de données incomplètes, l'échantillon final utilisé dans cette étude se compose de 4 966 sites web. En utilisant un ensemble complet de sources fiables, DataDome a classé les sites web en fonction de leur taille (nombre d'employés) et de leur secteur d'activité, parmi lesquels figurent : banque et assurance, billetterie, commerce électronique, petites annonces, jeux d'argent en ligne et médias.

L'outil DataDome BotTester est disponible ici : https://datadome.co/fr/bot-tester/.


« L’intensification des données oblige les entreprises à reconsidérer l’essentiel pour leur sécurité »

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Depuis quelques années, nous sommes confrontés à un certain paradoxe : les entreprises ont certes accéléré leur transformation digitale, mais plutôt que d’adopter des infrastructures nouvelles et robustes, elles ont préféré mettre à niveau celles qu’elles possédaient déjà, c’est-à-dire, des infrastructures vieillissantes, plus vulnérables aux attaques et aux perturbations. À cela s’ajoute la surabondance de données utilisées. Si celles-ci ont toutes des niveaux de sensibilité différentes, elles ont pourtant besoin d’être protégées des menaces. 

Alors que se tiendra la journée du Data Privacy le 28 janvier, Laurent Gelu, Advisory Leader Cyber, Kyndryl France livre son analyse.

« En 2024, où les données, particulièrement les données personnelles, sont devenues des biens convoités, leur protection s'avère cruciale pour chaque entreprise. La Journée de la protection des données nous rappelle l'importance de les protéger avec une vigilance accrue.

Au-delà de la sécurisation des infrastructures technologiques, cela nécessite une vision holistique incluant une organisation solide, une gouvernance rigoureuse et une base technologique évolutive.

Dans un environnement informatique moderne et dynamique, où les systèmes d'information sont complexes et externalisés, où coexistent différentes données, l'adoption de contrôles d'accès, de chiffrement avancé et de stratégies de défense multi-niveau est cruciale. Ces mesures doivent faire partie d'une gouvernance globale des données, incluant la classification, les politiques de rétention et la conformité. Cela implique également la mise en œuvre de mécanismes juridiques, comme les clauses contractuelles types, pour protéger son entreprise contre les législations extraterritoriales, surtout en dehors de l'Europe.

Face aux défis émergents, notamment les menaces liées à l'intelligence artificielle, à l'informatique quantique et à l'évolution rapide de l'Internet des objets, notre réponse doit être proactive, basée sur une culture de sécurité dès la conception et un engagement continu envers l'innovation responsable. L'intégration réfléchie de l'IA générative dans nos processus doit respecter la vie privée, la propriété intellectuelle et prévenir les fuites de données.

En modelant l'avenir numérique, protéger les données doit primer dans chaque décision, stratégie et innovation. La journée de la protection des données nous rappelle cette nécessité, nous incitant à renforcer nos standards de confidentialité et de sécurité. Il est de notre devoir de maintenir cet engagement, assurant ainsi que chaque avancée technologique s'accompagne d'une protection des données toujours plus robuste et fiable »


 

Trigo et Netto annoncent un supermarché autonome

netto

La chaîne de supermarchés à bas prix  Netto Marken-Discount (également appelés Netto) s’est associée à Trigo pour lancer la première épicerie au monde de taille normale offrant un processus d’achat entièrement sans friction, avec génération de tickets de caisse en « temps réel ».

Situé à Regensburg, en Allemagne, le magasin hybride rénové, qui propose également la possibilité d’achats traditionnels, bénéficie de la dernière extension du EasyOut®  actuel de Trigo permettant aux clients de sélectionner les articles qu’ils souhaitent et de simplement sortir du magasin sans avoir à passer à la caisse. Trigo a désormais ajouté une option qui permet aux clients de vérifier leur ticket de caisse, de l’approuver et de payer, avant même de quitter le magasin.

Entraînée par la technologie de vision par ordinateur IA de Trigo, la nouvelle station EasyOut génère les tickets de caisse des clients en temps réel, en utilisant deux caisses libre-service de Netto. Le paiement se fait par carte, Apple Pay, Google Pay ou par l’application Netto. L’application Netto permet également aux clients d’échanger leurs coupons et d’archiver le ticket de caisse numérique dans l’application. Contrairement aux caisses traditionnelles, la technologie EasyOut de Trigo auto-génère les paniers des clients alors qu’ils arrivent à la station, sans qu’il soit nécessaire de scanner les articles.

La fonctionnalité de génération du ticket de caisse en temps réel de Trigo vise à accélérer l’adoption par les consommateurs des caisses sans friction, tout en inspirant confiance en la technologie. En effet, les clients pourront voir leur ticket de caisse et confirmer qu’il correspond exactement à leurs achats avant de quitter le magasin. Par ailleurs, cette fonctionnalité permet désormais à la solution EasyOut de Trigo de gérer directement les réglementations les plus rigoureuses en matière de vente au détail, ouvrant ainsi de nouveaux marchés dans les régions où la loi exige la fourniture d’un ticket de caisse en temps réel pendant que le client est dans le magasin.

« Ce magasin a atteint une borne technologique dans le domaine des achats et des caisses sans friction, tout d’abord en raison de sa taille et de la complexité de sa gamme de produits, et ensuite parce qu’il s’agit de la première épicerie au monde de taille normale à fournir un ticket de caisse en temps réel avant la sortie du magasin » explique Daniel Gabay, co-fondateur et PDG de Trigo. « Cette fonction rehausse véritablement la barre en termes d’expérience client des achats sans friction et de l’efficacité opérationnelle. La percée technologique qui permet de générer un panier numérique en temps réel dans un magasin de cette taille et de cette envergure aura des implications considérables bien au-delà des caisses sans friction. »

Epicerie hybride sans caisse

Christina Stylianou, responsable des communications d’entreprise de Netto, a ajouté « Nous avons déjà ouvert la voie il y a deux ans, à Munich, avec notre épicerie hybride sans caisse entraînée par Trigo. Netto est donc fier de montrer une fois de plus son approche révolutionnaire au titre de premier détaillant permettant de faire des achats autonomes tout en fournissant un ticket de caisse en temps réel. Nous sommes ravis de poursuivre notre partenariat avec Trigo. »

Avec une superficie exploitable de 800 m² et un choix de plus de 5000 produits, le magasin Netto de Regensburg est jusqu’à présent le plus grand magasin au monde entraîné par Trigo, et il propose une épicerie offrant la gamme complète d’un supermarché, notamment les produits frais et la boulangerie, les articles interdits de vente aux mineurs (avec détection en temps réel), les journaux et magazines et les sections de produits à consommer rapidement.. Même si le supermarché de taille normale de Regensburg sert actuellement de magasin phare proposant un processus d’achat entièrement sans friction et la génération d’un ticket de caisse « en temps réel », cette fonctionnalité est en cours de lancement dans plusieurs magasins entraînés par Trigo à travers le monde.

La technologie de vision par ordinateur qui vient étayer le système EasyOut de bout en bout de Trigo « voit tout » et peut fournir une vaste gamme de services aux détaillants, au-delà des caisses sans friction, selon les besoins opérationnels particuliers de leurs magasins. Ils offrent par exemple des services qui aident les détaillants à améliorer l’expérience client, à optimiser les opérations et la main d’œuvre, à contrôler la démarque inconnue et les pertes, à créer de nouvelles sources de revenus grâce aux précieuses données fournies en temps réel, en magasin, et plus encore.

Bien-être et fausse médecine : quand la physique quantique est récupérée par les pseudosciences

 

science

Par Aymeric Delteil, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Le 2 janvier dernier, la parfumerie Guerlain a mis au jour un nouveau produit cosmétique, assurant qu’il était basé sur la physique quantique. En proposant une « nouvelle voie de réjuvénation […] basée sur la science quantique [qui] aide à restaurer la lumière quantique d’une cellule jeune », l’entreprise a suscité les réactions indignées de la communauté scientifique, de médias et youtubeurs, qui ont poussé le parfumeur à modifier rapidement sa communication.

Cette affaire n’est qu’une étape de plus dans une longue histoire de détournement des concepts et du lexique de la mécanique quantique – et de la science en général – dont le résultat est la promotion des pseudosciences, ces disciplines qui revêtent les apparats de la connaissance établie sans en avoir le moindre fondement.

Le qualificatif « quantique » est désormais omniprésent dans le monde du bien-être, des médecines « alternatives » et des sphères ésotériques (salons, sites de vente en ligne, praticiens, réseaux sociaux, rayons « bien-être » voire « médecine » de grandes librairies).

Plaque professionnelle d’un thérapeute en région parisienne. Aymeric Delteil, Fourni par l'auteur

Certains appareils de soins quantiques ont été fortement médiatisés, tel le « Taopatch » arboré par la star du tennis Novak Djokovic lors du dernier Roland-Garros. Ce dispositif de la taille d’une pièce de monnaie prétend améliorer les performances physiques, mais aussi soigner les maladies neuromusculaires. De telles prétentions sèment la confusion dans le grand public, qui a fort à faire pour distinguer le vrai du faux.

Des risques en termes de santé, de dérives sectaires… et pour le porte-monnaie

Le danger est réel, car la confusion peut avoir des conséquences nocives pour la population.

En effet, les tenants des médecines quantiques prétendent parfois pouvoir guérir la quasi-totalité de nos troubles, y compris des maladies graves. Ainsi, dans le livre Le Corps quantique de Deepak Chopra (1989), ouvrage fondateur vendu à près d’un million d’exemplaires, non seulement l’auteur suggère que son approche peut guérir le cancer, mais ses propos engendrent de plus une défiance à l’égard de la médecine. Ce type de discours, désormais répandu dans ce milieu et notamment sur Internet, peut pousser les gens à se détourner du monde médical.

Un autre exemple plus récent : le « Healy », un appareil de thérapie soi-disant basé sur un « capteur quantique », vendu à près de 200 000 exemplaires à des prix allant de 500 à 4 000 euros, propose des programmes pour un grand nombre de soins via des applications payantes, qui pourraient même remplacer une partie de notre alimentation. Une analyse par rétro-ingénierie a pourtant révélé qu’il ne contient pas de capteur quantique – et même pas de capteur du tout.

En poussant les gens à se détourner de la médecine et/ou à adopter des conduites risquées, ces arguments peuvent provoquer des pertes de chances d’un point de vue médical.

Les médecines alternatives peuvent également déboucher sur des dérives sectaires : le dernier rapport de la Miviludes montre que 24 % des signalements pour dérives sectaires concernent les « pratiques de soin non conventionnelles ».

Rayon médecine d’une librairie francilienne, où se côtoient sciences et pseudo-sciences, notamment quantiques. Aymeric Delteil, Fourni par l'auteur

Des comportements quantiques au monde classique que nous expérimentons au quotidien : une histoire d’échelle

Disons-le tout net : ces approches n’ont rien de quantique.

Pour s’en rendre compte, rappelons que la physique quantique a été construite afin de comprendre les phénomènes d’interaction entre la lumière et la matière à l’échelle atomique. Elle a abouti à une description très féconde de la nature à l’échelle microscopique, tout en révélant des phénomènes contre-intuitifs, qui sont difficiles à interpréter.

Ainsi, selon la mécanique quantique, les particules élémentaires peuvent se comporter comme des ondes, elles peuvent être en superposition de plusieurs états (par exemple en deux endroits simultanément) voire intriquées, lorsque les états de deux particules dépendent l’un de l’autre même éloignées. Or le monde à notre échelle ne se comporte pas de cette façon. Nous en faisons l’expérience quotidienne : les objets qui nous entourent sont dans un seul état, à un seul endroit, ils ne se propagent pas. Les chats ne sont pas à la fois morts et vivants.

La raison de cette différence entre le comportement de la matière à notre échelle et celui des particules qui la composent est l’objet de recherches fondamentales depuis plus d’un demi-siècle, et les résultats de ces recherches sont sans équivoque. Les effets quantiques sont très fragiles, et leur observation nécessite des conditions extrêmes : très basse température (souvent proche du zéro absolu), vide très poussé, obscurité totale, nombre de particules très réduit. Hors de ces conditions, les effets quantiques disparaissent très rapidement sous l’effet d’un phénomène omniprésent appelé « décohérence ». Ce terme désigne l’effet destructeur de l’environnement (lumière, atmosphère, chaleur) sur les effets quantiques.

« Les superpositions quantiques à grande échelle sont si fragiles et si promptes à être détruites par leur couplage avec l’environnement qu’elles ne peuvent pas être observées en pratique. Aussitôt créées, elles se transforment en un éclair en des mélanges statistiques sans intérêt. » (Serge Haroche, prix Nobel de physique 2012 et pionnier de la décohérence, dans « Exploring the Quantum » aux éditions Oxford, 2006)

La décohérence quantique. Source : ScienceClic.

Ainsi, en biologie, où la matière est dense et la température relativement élevée, on peut certes identifier quelques phénomènes purement quantiques, mais très localement, à l’échelle de quelques électrons (par exemple, la détection du champ magnétique terrestre par les oiseaux migrateurs implique la superposition d’états de deux électrons au sein d’une molécule appelée cryptochrome). En revanche, les phénomènes physiques à l’échelle de nos organes, d’une cellule ou même d’une molécule biologique, comme une protéine ou de l’ADN, sont purement classiques, en vertu de la décohérence.

Un vocabulaire et des concepts dévoyés par les tenants des pseudosciences

Ces considérations ne dérangent toutefois pas les tenants des discours pseudoscientifiques, qui saupoudrent le jargon de la mécanique quantique sans aucune rigueur et de façon ambiguë, multipliant les contresens et les contrevérités. Ils se cachent fréquemment derrière des citations de grands physiciens qui ont quelquefois affirmé leurs propres difficultés d’interprétation.

Guerlain sort sa « crème quantique » (G. Milgram).

Qu’on ne s’y trompe pas : la physique quantique est très bien comprise et extrêmement précise dans ses prédictions. Les difficultés énoncées par les scientifiques du domaine proviennent de l’interprétation, de la représentation mentale que l’on se fait des phénomènes quantiques, troublants, très différents de notre expérience quotidienne et si éloignés de notre intuition.

C’est la raison pour laquelle la mécanique quantique constitue un terreau idéal pour le mysticisme. Elle fournit un mélange de phénomènes fascinants, de concepts abstraits réputés difficiles et d’un vocabulaire évocateur qui est dilué dans un amalgame de lexique ésotérique New Age. Cela donne un beau mélange de « vibrations », « lumière », « champ énergétique », « biorésonance quantique », « élévation de son niveau d’énergie », « clés d’harmonisation multidimensionnelle » et tant d’autres formulations vides de sens.

Les phénomènes de la mécanique quantique eux-mêmes sont dévoyés : l’intrication permettrait de soigner à distance, la bioluminescence fournirait une justification aux méridiens de l’acupuncture, le vide quantique expliquerait la mémoire de l’eau.

Une imposture intellectuelle à but lucratif

Cette démarche constitue une imposture intellectuelle, telle que définie par Alan Sokal et Jean Bricmont, c’est-à-dire une « utilisation abusive du vocabulaire scientifique […] pour se donner une illusion de crédibilité ».

Le business est lucratif : de consultations à quelques dizaines d’euros la séance, à des formations en ligne à plusieurs centaines voire milliers d’euros, en passant par des appareils à l’apparence de dispositifs médicaux dépassant les 20 000 euros.

Leur promotion, basée sur les réseaux sociaux, utilise souvent un système pyramidal, où les acheteurs sont enrôlés en tant que revendeurs, puis embauchent à leur tour des revendeurs. Ce schéma protège les fabricants derrière les utilisateurs qui assurent la promotion et assument les fausses prétentions.

Surfer sur la vague médiatique de technologies réellement quantiques

Si les appareils de médecine quantique ne sont pas plus quantiques que votre stylo, les phénomènes quantiques néanmoins sont bel et bien exploités à l’heure actuelle, notamment pour réaliser les premiers ordinateurs quantiques. Ceux-ci sont opérés dans les conditions très exigeantes que les phénomènes quantiques exigent : ultravide et très basses températures (quelques degrés voire fractions de degrés au-dessus du zéro absolu, c’est-à-dire la bagatelle de -273 °C).

Avec le développement actuel de ces technologies quantiques bien réelles, il est à craindre que les charlatans ne surfent de plus belle sur la vague médiatique actuelle.

Il convient donc d’être particulièrement vigilants quant au contenu scientifique et à la sincérité de ceux qui nous font miroiter des promesses de santé ou de prospérité quantiques, afin que la médecine quantique ne devienne pas l’homéopathie de demain.

En ce sens, l’affaire Guerlain peut être vue comme une lueur d’espoir car elle a été un électrochoc pour de nombreux scientifiques, médias et vulgarisateurs – relais essentiels entre les scientifiques et le grand public – qui se sont exprimés en chœur sur cette thématique. Le fait que la totalité des grands médias leur ait donné un écho immédiat et sans ambiguïté – ce qui n’est pas toujours le cas en ce qui concerne les pseudosciences – est en ce sens rassurant.The Conversation

Aymeric Delteil, Chercheur CNRS, Groupe d'étude de la matière condensée, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Alunissage japonais : pourquoi tant de missions cherchent à se poser sur la Lune

 

La mission japonaise SLIM en phase d'atterrissage (vue d'artiste), prévue dans la nuit du 19 au 20 janvier 2024. JAXA
Par Yaël Nazé, Université de Liège

Il y a 60 ans, une véritable course à la Lune eut lieu entre l’Union soviétique et les États-Unis, avec comme point d’orgue les six atterrissages Apollo entre 1969 et 1972. Puis le soufflé retomba : pas de base lunaire, pas même d’autre mission vers la Lune pendant pas mal de temps.

Notre satellite restant un objet scientifiquement intéressant, quelques missions lunaires se mirent en place quand même dans les années 1990, comme l’Américaine Clementine en 1994. Petit à petit, d’autres acteurs vinrent s’ajouter : le Japon (Hiten en 1990 puis Kaguya/Selene en 2007), l’Europe (SMART-1 en 2003), la Chine (Chang’e 1 en 2007) et l’Inde (Chandrayaan en 2008). Cependant, il s’agissait d’orbiteurs – des satellites tournant autour de la Lune, l’étudiant de loin.

Désormais, le devant de la scène est occupé par les atterrisseurs… Le Japon tentera ce 19 janvier de devenir le cinquième pays à atterrir sur la Lune avec sa sonde SLIM. C’est l’occasion de faire le point sur les missions qui constituent cette « course à la Lune », et de comprendre pourquoi notre satellite attire les convoitises.

rover en cours de déploiement
Dans la mission japonaise SLIM, ce rover LEV doit déployé par l’atterrisseur à la surface de la Lune (vue d’artiste). JAXA

Le signal de départ de cette nouvelle course à la Lune a été donné en 2007 avec le Google X-Prize (le secteur privé marque le secteur spatial depuis les années 2000). Cette initiative devait récompenser le premier acteur privé à atterrir sur la Lune. Cinq équipes avaient été choisies comme finalistes mais au moment de clôturer en 2018, aucune n’avait réussi. Néanmoins, deux lancèrent quand même avec un peu de retard : l’Israélienne Beresheet lancée en 2019 et la Japonaise Hakuto-R lancée fin 2022… hélas sans succès. C’était le début, mais pas la fin. Examinons la situation actuelle.

La NASA états-unienne, figure de proue entre missions publiques et privées

Côté américain, le programme lunaire est multiforme. Il y a tout d’abord le programme de la NASA, actuellement baptisé Artemis, censé ramener des astronautes sur la Lune. Il a souffert de divers délais, dus à la fusée SLS… sans oublier un financement insuffisant ou des dépassements divers, qui font qu’Artemis I, mission inhabitée, n’a été lancée qu’en 2022, Artemis II (mission habitée autour de la Lune) vient d’être retardée à 2025 et Artemis III (mission habitée avec atterrissage) n’arrivera pas sur la Lune avant 2026. À noter que les Européens et les Canadiens sont impliqués dans ce programme. Artemis est aussi le nom d’accords internationaux non contraignants rassemblant 23 pays principalement d’Amérique et d’Europe et précisant des « règles » pour les activités lunaires futures.

En parallèle est lancée dès 2018 l’initiative CLPS (Commercial Lunar Payload Services). Elle vise à soutenir les entreprises privées (14 actuellement) dans le développement de cargo vers le pôle sud lunaire et consiste en une somme de 2,6 milliards jusque 2028. Il faut donc relativiser un rien le côté « privé » : comme pour le développement du New Space au début du millénaire, l’élan privé est fortement soutenu par l’argent public.

C’est cette année que CLPS se concrétise. Astrobotic vient de lancer Peregrine le 8 janvier 2024, mais cette sonde n’alunira pas suite à un problème de carburant ayant mené à une explosion. Astrobotic doit aussi envoyer le rover VIPER de la NASA en fin d’année 2024. Intuitive Machine lancera en février et dans quelques mois ses missions Nova-C, tandis que Firefly lancera bientôt la mission Blue Ghost.

rover dans un grand bac à sable
Le rover VIPER de la NASA, en test au laboratoire SLOPE (Simulated Lunar Operations Lab). SLOPE lab, GRC

Plus de missions encore sont prévues dans les années qui viennent. Point commun : il y a toujours un cargo NASA, plutôt de nature scientifique, mais il est parfois complété par du cargo privé. Par exemple, Peregrine emportait des cendres humaines… au grand dam des Navajos qui ont protesté contre la désacralisation de la Lune (la NASA leur ayant répondu que le privé faisait ce qu’il voulait).

Enfin, Musk développe son propre programme, avec une petite visite touristique prévue « bientôt » pour le milliardaire Maezawa…

La Chine et la série Chang’e explore la face visible et la face cachée de la Lune

Côté chinois, le programme lunaire porte le nom de la déesse associée à notre satellite, Chang’e. Il avance doucement mais sûrement : Chang’e-3 atterrit sur la face visible en 2013, Chang’e-4 atterrit sur la face cachée en 2019, Chang’e-5 ramène un échantillon de la face visible en 2020, et Chang’e-6 fera de même avec la face cachée cette année. On aura ensuite Chang’e-7 pour vérifier les « ressources » disponibles du côté du pôle sud et Chang’e-8 qui préparera l’utilisation in situ de celles-ci. Les atterrisseurs habités suivront dans les années 2030.

À noter : la Chine mène aussi un accord international visant une « international lunar research station » avec comme partenaires la Russie, le Venezuela, l’Afrique du Sud, le Pakistan, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, et l’Égypte.

L’Inde, quatrième nation à réussir un alunissage

Si l’Inde a signé les accords Artemis, elle possède son propre programme lunaire. La sonde Chandrayaan-3 s’est posée en 2023, ce qui a donné lieu à une grande célébration – et pas mal de récupération politique par le Premier ministre !

l’atterrisseur de Chadrayaan-3 sur la Lune
Chadrayaan-3 sur la Lune – photo prise par le rover Pragyan. ISRO

La suite s’appelle LUPEX (Lunar Polar Exploration Mission), une mission prévue pour 2026 avec récolte et analyse sur place d’échantillons lunaires.

Restent deux acteurs non négligeables. La Russie, tout d’abord, mais elle est un peu en perte de vitesse. Après un arrêt de 47 ans, l’atterrisseur Luna 25 fut un échec en août 2023 et l’orbiteur Luna 26 n’arrivera pas avant 2027.

Cette année sera aussi celle d’un nouvel essai pour la sonde privée japonaise Hakuto-R, après une échec lors de la phase d’approche pour se poser sur le sol lunaire fin avril 2023.

Pourquoi tant de convoitise

Une tripotée de missions vont donc se poser sur la Lune dans les mois et les années qui viennent. Il est légitime de se demander pourquoi…

Plusieurs aspects entrent ici en jeu. Tout d’abord, il y a bien sûr le côté scientifique : notre satellite naturel garde encore quelques secrets et il reste donc pas mal de choses à étudier là-bas, le mieux étant bien sûr de le faire sur place (avec un atterrisseur) et non de loin (avec un orbiteur). Soyons cependant clairs : faire avancer les connaissances fondamentales ne rapporte pas grand-chose, même si la science sert souvent d’alibi. L’intérêt du privé dans ce domaine est surtout de faire payer des laboratoires scientifiques qui veulent envoyer leurs missions.

Deuxième aspect : la fierté nationale. Comme dans les années 1960, les divers pays et chefs d’entreprise bombent le torse… la Lune apparaît ici comme un trophée, convoité par tous.

Troisième objectif : le tourisme. Le milliardaire japonais Maezawa serait le premier d’entre eux, et probablement pas le dernier… Reste à voir évidemment si la chose sera rentable à long terme, l’effet de nouveauté s’estompant rapidement et le nombre de clients fortunés restant faible.

La Lune, nouvel eldorado minier ?

Enfin, il y a évidemment l’attraction principale :les ressources lunaires… Qu’y a-t-il donc de si précieux sur la Lune ?

De l’hélium-3, un isotope de l’hélium pouvant être fort utile dans les centrales nucléaires à fusion. Seuls problèmes : pour l’extraire en grandes quantités, il faudra quasiment retourner toute la surface lunaire, la défigurant à jamais, et il n’existe encore aucune centrale de ce type (juste des prototypes comme ITER, où la fusion est maîtrisée au mieux pendant 10 minutes).

Divers éléments chimiques, ensuite, mais à ce niveau, les astéroïdes métalliques sont plus intéressants, le jour où l’on maîtrisera le « mining » spatial (ce qui est loin d’être le cas).

De la glace d’eau, enfin – surtout présente là où il fait froid, dans les cratères jamais éclairés des pôles lunaires, ce qui explique que de nombreuses missions se dirigent vers ces pôles.

schéma
Schéma de la production de dihydrogène et de dioxygène par électrolyse de l’eau. Nécropotame, Wikipedia

En lui faisant subir une électrolyse, on récupère de l’oxygène et de l’hydrogène à partir de cette eau. L’oxygène pourrait être utile pour des astronautes installés sur place – mais rappelons qu’aucune base n’est financée à ce jour, il n’y a que des projets loin d’être 100 % concrets. Les deux composés peuvent aussi servir de carburant pour des fusées, ce qui pourrait être utile pour des entreprises construisant et lançant des satellites depuis la Lune – là aussi, étant donné qu’il n’y a pas encore de base lunaire, ce genre de plan (usine, base de lancement) relève à ce jour de la science-fiction. Enfin, une « station-service » sur une autoroute spatiale a été évoquée, mais les mêmes réserves s’appliquent évidemment. Bref, au mieux, l’exploitation des ressources lunaires est à envisager à très long terme, et certainement pas pour les années qui viennent.

Un dernier aspect semble intéressant à mentionner dans ce contexte : ces ressources lunaires peuvent être qualifiées de non renouvelables. En effet, l’hélium-3 et l’eau se sont accumulées sur des milliards d’années, et il faudra donc très longtemps pour que vent solaire et comètes remplacent ce qui serait exploité. La question est donc : est-ce une bonne idée de reproduire sur la Lune ce qu’on a fait sur Terre ?The Conversation

Yaël Nazé, Astronome FNRS à l'Institut d'astrophysique et de géophysique, Université de Liège

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.