Technomedia

Numérique · médias · sciences · intelligence artificielle

L’Occitanie présente en force à Barcelone pour le Mobile World Congress

mwc

Lundi prochain s’ouvre à Barcelone LE grand rendez-vous de la téléphonie mobile et des acteurs des télécoms : le Mobile World Congress (MWC), organisé par la GSM Association. Comme chaque année, l’Occitanie sera présente sur ce salon international via une délégation d’entreprises et de start-up.

La délégation régionale sera conduite par La Mêlée – l’association qui depuis 20 ans fédère un réseau de plus de 550 adhérents et 20 000 professionnels du numérique en Occitanie – et Aktantis, en collaboration avec le Pôle Action Média, la Région Occitanie et Ad’Occ.

La délégation pourra notamment rencontrer les géants mondiaux de la tech présente sur let salon comme Samsung, Intel, HP, Lenovo, Google, Dell, etc. Cette grand-messe attire chaque année quelque 100 000 participants, 2 700 partenaires de plus de 200 pays.

Les Occitans pourront notamment participer au French Time Barcelona, mardi 4 mars. Organisé en collaboration avec la French Tech Barcelone, cet événement permettra aux start-up de rencontrer des investisseurs, ou des partenaires stratégiques pour se développer.

70 exposants sur le stand de Business France

Cette année, la France sera à nouveau très présente sur le salon. « Avec plus de 400m² d’espace au cœur du Hall 5, 30m² sur le Hall 8.1 et forte de 70 exposants, la délégation française constituera, pour la douzième année consécutive le plus grand pavillon national du salon » se félicite Business France. « Les entreprises françaises que nous accompagnons cette année excellent dans des domaines variés allant des infrastructures de télécommunications aux plateformes gaming, en passant par l’IA, les solutions mobiles, la sécurité informatique… Cela montre la richesse de notre écosystème d’entreprises technologiques », précise Thomas Levy, Chef de projet Télécom – Broadcast de Business France.

Le MWC 2025 sera cette année particulièrement marqué par le développement de l’intelligence artificielle tant dans la gestion des réseaux que dans les usages sur les smartphones.

(Article publié dans La Dépêche du mercredi26 février 2025)

Ne croyez pas au battage médiatique du Mobile World Congress

barcelona



Par Thomas Husson, VP et Analyste principal chez Forrester

Même si le transhumaniste Ray Kurzweil ou d'autres PDG d'entreprises spécialisées dans l'intelligence artificielle laissent entrevoir un avenir radicalement différent sur la scène du Mobile World Congress, il est révolu le temps où le salon de la téléphonie mobile était le centre de gravité de l'innovation pour n'importe quel secteur d'activité. Ne vous méprenez pas, les acteurs des télécommunications jouent toujours un rôle essentiel en tant que catalyseurs de l'écosystème technologique au sens large, mais le MWC est redevenu un salon B2B des télécommunications avec quelques opportunités limitées dans le domaine des technologies grand public.

La nouvelle collection été/automne chinoise de smartphones

Comme toujours, la nouvelle collection d'appareils pour l'été et l'automne fera l'objet d'un certain battage médiatique. Au-delà de la démonstration du Samsung Galaxy S25, il faut s'attendre à de grandes nouveautés de la part de marques plus modestes. Les acteurs chinois lanceront probablement de nouveaux smartphones comme le Serie 14 Pro de RealMe, le One Plus Open 2 d'Oppo, le X200 Ultra de Vivo, le 15 Ultra de Xiaomi et l'accent sera mis davantage sur les téléphones d'entrée de gamme pour HMD ou les smartphones abordables avec Nothing.

L'IA partout, des réseaux aux appareils : un rôle transformateur mais pas une nouvelle activité

L'intelligence artificielle ne sera pas seulement intégrée dans les appareils, elle sera partout. Nous continuerons à assister à des transactions dans lesquelles les opérateurs de télécommunications tireront parti de leurs canaux de distribution pour conclure des accords avec divers acteurs de l'IA (par exemple, des LLM tels que DeepSeek, OpenAI, Gemini, mais aussi d'autres acteurs tels que Perplexity), mais la plupart des discussions porteront sur le rôle de l'IA dans la transformation des opérateurs de télécommunications. 

Celles-ci exploitent la technologie de l'IA depuis un certain temps pour améliorer l'efficacité opérationnelle du réseau et la maintenance prédictive, ainsi que l'efficacité et la qualité des appels vocaux, mais avec l'IA générative, il y aura davantage de discussions sur la manière dont l'IA peut transformer l'expérience des clients et stimuler la productivité interne. L'idée que les telcos puissent devenir des usines à IA semble prématurée et il sera plus pertinent de discuter de la manière dont l'IA peut aider les réseaux à devenir plus autonomes et économes en énergie tout en étant combinée avec les technologies edge et IoT.

6G, technologie quantique, cybersécurité et perturbation des satellites

La technologie 6G pourrait être présentée, mais ce n'est que pure spéculation puisqu'elle ne sera pas disponible commercialement avant la fin de la décennie. Il y aura également des discussions sur les futurs cas d'utilisation de la technologie quantique. 

En attendant, la question pour les opérateurs de télécommunications reste de savoir comment monétiser la 5G et tirer parti de l'IA pour permettre à d'autres secteurs verticaux de se moderniser, de l'industrie 4.0 à la cybersécurité alimentée par l'IA en passant par les options de service par drone. En ce qui concerne les perturbations potentielles, les opérateurs traditionnels devraient suivre de plus près le développement des satellites.

DeepSeek : entre enthousiasme et scepticisme, que disent les commentateurs sur les réseaux sociaux ?

 

Deepseek

Par Sabrine Mallek, ICN Business School

En janvier 2025, le lancement de DeepSeek-R1, un chatbot open source chinois, a suscité un engouement similaire à celui de ChatGPT en 2022, alimentant débats en ligne et réactions sur les marchés financiers, en particulier américains. Les réactions émanent d’un public plus large que celui qui s’est approprié ChatGPT à ses débuts. Elles sont également contrastées, entre enthousiasme et inquiétude, mais pas forcément pour les mêmes raisons.


Contrairement aux modèles propriétaires d’OpenAI, Google ou Anthropic, DeepSeek-R1 se distingue par son ouverture, permettant aux développeurs d’examiner son code et d’adapter son architecture. Les premières comparaisons indiquent que DeepSeek-R1 utiliserait un nombre de paramètres inférieur à ses concurrents, tout en affichant des performances impressionnantes notamment en raisonnement et en codage. L’annonce a provoqué une baisse des actions des géants américains de la tech, illustrant les enjeux économiques d’un concurrent chinois dans l’IA.

Mais que pensent réellement les utilisateurs de DeepSeek ? Une analyse des sentiments, réalisée sur un million de publications provenant de divers médias, enrichie par une exploration approfondie des émotions et des thèmes des 20 000 tweets (publications sur X) les plus engageants, a permis de dresser un portrait détaillé des réactions globales et d’affiner notre compréhension de la perception publique de cette IA.

Un aperçu des tendances globales : entre espoirs technologiques et craintes économiques

L’étude des perceptions des IA génératives comme ChatGPT, encore émergente, révèle une polarisation entre fascination et inquiétudes sur ses limites et usages détournés.

Dans le cas de DeepSeek, nous avons recensé plus de 3,5 millions de publications mentionnant l’outil dans différents types de médias, tels que Twitter (X), Reddit, Facebook, YouTube, ainsi que divers forums et blogs en ligne, entre le 26 décembre 2024 et le 29 janvier 2025. Notre étude repose sur l’analyse des sentiments d’un échantillon d’un million de publications les plus engageantes, afin de capturer les principales tendances de perception du public et d’en comprendre les motivations. Cette approche met en évidence une forte polarisation : tandis que certains commentateurs doutent des capacités de DeepSeek et s’inquiètent de la sécurité des données, d’autres soulignent ses atouts, notamment son accessibilité accrue grâce à son caractère open source et son écosystème décentralisé, à l’inverse des modèles d’OpenAI.

L’évolution des sentiments suit une dynamique similaire à celle observée pour ChatGPT en 2022. Les premières discussions étaient majoritairement positives, mettant en avant une curiosité technologique et une opportunité de diversification dans l’IA. Après le lancement officiel, l’optimisme a été tempéré par des inquiétudes liées à la chute des valeurs boursières des géants technologiques américains et aux implications géopolitiques d’une IA chinoise avancée.

infographie
Professions des répondants au sondage. Sabrine Mallek et Sabrine Ben Abdrabbah, Fourni par l'auteur

Contrairement à ChatGPT, dont les premiers utilisateurs étaient principalement des développeurs, chercheurs et étudiants, DeepSeek séduit un public plus diversifié, incluant notamment des cadres dirigeants et des professionnels des secteurs économiques et financiers. Cette attractivité s’explique par son influence directe sur les marchés financiers. Par exemple, après le lancement de ChatGPT en novembre 2022, Nvidia a vu sa valeur multipliée par huit. En revanche, le lancement de DeepSeek-R1 en janvier 2025 a entraîné une baisse de 17 % de l’action Nvidia.

Un engouement pour une alternative à ChatGPT

Une analyse avancée de fouille de texte et d’apprentissage automatique des 20 000 publications sur X les plus engageantes mentionnant DeepSeek révèle une opposition marquée entre enthousiasme technologique et scepticisme sur la gestion des données personnelles.

De nombreux commentateurs considèrent DeepSeek-R1 comme un « game-changer » capable de rivaliser avec ChatGPT tout en étant open source. L’émotion dominante est la curiosité et l’excitation face à un modèle performant, accessible et potentiellement plus transparent.

Plusieurs benchmarks, tels que Codeforces et GPQA-diamond, montrent que DeepSeek-R1 excelle, surpassant notamment le modèle OpenAI-o1 dans le test MATH-500. Cette dynamique rappelle l’enthousiasme initial qui a entouré ChatGPT, lors de son lancement en 2022, quand les utilisateurs saluaient ses capacités à générer des textes de qualité et à répondre à des requêtes complexes.

Un scepticisme autour de la protection des données

Les réactions négatives se concentrent sur des inquiétudes réglementaires et éthiques. Les commentateurs s’interrogent sur la collecte des données personnelles, notamment celles des utilisateurs en dehors de la Chine. Le fait que les litiges liés à DeepSeek-R1 soient réglés sous la juridiction chinoise suscite une forte réticence en Occident.

À la différence de ChatGPT, dont les critiques portaient sur les implications éthiques et l’impact sociétal de l’IA, DeepSeek soulève des questions sur la souveraineté numérique et la sécurité des infrastructures.

Certains commentateurs pointent la persistance de biais idéologiques et de formes de censure, soulevant des questions sur la transparence et l’impartialité du modèle.

En outre, DeepSeek est perçu comme une menace pour les entreprises américaines du secteur technologique, notamment celles regroupées dans l’indice FANG+ (Facebook, Amazon, Netflix, Google, etc.). L’arrivée de cet acteur open source pourrait redéfinir les dynamiques concurrentielles, forçant les entreprises occidentales à repenser leurs stratégies.

Les discussions révèlent également des débats sur l’impact potentiel de DeepSeek sur diverses industries, notamment la blockchain et l’écosystème Ethereum, où DeepSeek pourrait être utilisé pour automatiser des processus de vérification et de développement.

Le cas de la France : entre fascination et méfiance

L’arrivée de DeepSeek-R1 en France s’inscrit dans un contexte où le pays tente de développer ses propres alternatives en intelligence artificielle, comme le montre le cas du chatbot Lucie. Lucie a fait l’objet de nombreuses critiques en raison de réponses jugées absurdes, conduisant même à une fermeture temporaire. L’analyse des publications liées à Lucie révèle une dominance de la frustration et du scepticisme, avec un vocabulaire marqué par la controverse et la critique.

En comparaison, les discussions autour de DeepSeek-R1 sont plus équilibrées, mettant en avant des attentes technologiques élevées et des interrogations sur l’impact géopolitique. L’analyse des émotions montre que DeepSeek suscite à la fois de la confiance et de l’anticipation, tandis que les publications sur Lucie sont davantage corrélées à des sentiments négatifs, notamment la colère et le mépris.

En France, les débats sur l’IA se concentrent sur deux points :

  • le développement d’une IA souveraine face aux limites des initiatives nationales face aux géants mondiaux,

  • et la méfiance envers les modèles non européens, en raison des enjeux de souveraineté et de régulation des données.

L’utilisation de DeepSeek-R1 en local est vue comme une solution pour limiter les risques de fuite. Cette tension entre innovation et scepticisme reflète la volonté européenne de réguler l’IA malgré des avancées technologiques rapides ailleurs.

Implications : une reconfiguration du paysage de l’IA ?

L’essor de DeepSeek-R1 marque une étape clé pour l’IA, montrant la capacité de la Chine à rivaliser avec les modèles occidentaux. Cela pourrait redéfinir le leadership en IA et pousser les entreprises américaines et européennes à ajuster leurs stratégies.

Bien que son caractère open source attire les développeurs, il soulève des questions sur la transparence, la confidentialité et la gouvernance des données. La méfiance envers DeepSeek-R1 reflète une défiance plus large envers les IA étrangères et pourrait accélérer la régulation en Europe. Ce modèle incarne ainsi des enjeux technologiques, économiques et géopolitiques majeurs.


Cet article a été écrit avec Sabrine Ben Abdrabbah, cheffe de projet R&D à Audensiel.The Conversation

Sabrine Mallek, Professeure Assistante en Transformation Digitale, ICN Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Comment retrouver les informations climatiques effacées par l’administration Trump

 

Les scientifiques de la NOAA recueillent et fournissent des informations publiques cruciales dont dépendent les entreprises, les particuliers et d’autres scientifiques. NOAA’s National Ocean Service
Par Eric Nost, University of Guelph et Alejandro Paz, Massachusetts Institute of Technology (MIT)

Alors que des informations importantes, notamment sur le changement climatique, disparaissent des sites Internet du gouvernement depuis l’investiture de Donald Trump, la résistance s’organise. Plusieurs groupes travaillent dans l’ombre à préserver outils et données.


Les informations sur Internet semblent être là pour toujours, mais elles ne sont permanentes que dans la mesure où certaines personnes choisissent de les rendre permanentes.

C’est ce que montre la deuxième administration Trump à travers ses efforts pour démanteler les agences scientifiques ainsi que les données et les sites Internet qu’elles utilisent pour communiquer avec le public. Les cibles vont de la santé publique à l’étude de la démographie en passant par les sciences du climat.

Nous sommes respectivement documentaliste de recherche et spécialiste des politiques, et nous appartenons à un réseau appelé Public Environmental Data Partners, une coalition d’organisations à but non lucratif, d’archivistes et de chercheurs. Celles-ci s’appuient, dans leur travail, sur des données fédérales et s’efforcent de faire en sorte que ces données restent à la disposition du public.

Au cours des trois premières semaines du second mandat de Trump, nous avons vu des agences supprimer l’accès à au moins une douzaine d’outils d’analyse du climat et de la justice environnementale. La nouvelle administration a également supprimé des termes comme « changement climatique » ou « résilience » des sites Internet gouvernementaux.

Voici comment nous procédons, au sein de Public Environmental Data Partners, pour que la science du climat, dont dépend le public, soit toujours disponible.

L’importance des sites gouvernementaux et de leurs données

La disponibilité des données et de l’information sur Internet est nécessaire à l’innovation, à la recherche et à la vie quotidienne.

Les observations des satellites de la Nasa sont par exemple utilisées par les climatologues de la Nasa, de même que les relevés météo de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), afin de comprendre les changements climatiques en cours et leurs causes.

D’autres chercheurs utilisent ces sources, ainsi que les données du bureau du recensement des États-Unis (Census Bureau) pour savoir qui est le plus touché par le changement climatique. Chaque jour, des personnes du monde entier se connectent au site Internet de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) pour comprendre comment se protéger des risques climatiques et pour savoir ce que le gouvernement fait – ou ne fait pas – pour les aider.

Si les données et les outils utilisés pour comprendre des données complexes sont brusquement retirés du net, le travail des scientifiques, des organisations de la société civile et des fonctionnaires eux-mêmes peut s’arrêter.

La production de données et d’analyses scientifiques par les scientifiques du gouvernement est également cruciale. De nombreux gouvernements gèrent des programmes de protection de l’environnement et de santé publique qui dépendent de la science et des données collectées par les agences fédérales.

En supprimant des informations des sites Internet gouvernementaux, il est également plus difficile pour le public de participer au débat démocratique, en particulier en ce qui concerne l’évolution de la réglementation. Lorsqu’une agence propose d’abroger une loi, par exemple, elle est tenue de demander l’avis du public, qui dépend souvent des sites Internet gouvernementaux eux-mêmes pour trouver des informations relatives à celle-ci…

Lorsque les ressources internet sont modifiées ou mises hors ligne, la méfiance s’installe à l’égard du gouvernement et de la science. Depuis des années, les agences gouvernementales collectent des données sur le climat, effectuent des analyses complexes, fournissent des financements et hébergent des données accessibles au public. Les données fédérales américaines permettent à des personnes du monde entier de mieux comprendre le changement climatique. En les supprimant, on prive tout le monde d’informations importantes sur le monde dans lequel nous vivons.

Au revoir les données ?

La première administration Trump a supprimé des informations sur le changement climatique et les politiques climatiques à large échelle sur les sites Internet du gouvernement. Cependant, lors de nos recherches avec l’Environmental Data and Governance Initiative au cours de ces quatre premières années, nous n’avons pas trouvé de preuves que des ensembles de données avaient été définitivement supprimés.

La deuxième administration Trump semble différente, avec des suppressions d’informations plus rapides et plus généralisées.

En réponse à cette deuxième offensive, les groupes impliqués dans Public Environmental Data Partners ont archivé de nombreux jeux de données climatiques que notre communauté a classés par ordre de priorité. Nous les avons mis en ligne dans des dépôts publics, en renseignant où et comment les trouver s’ils disparaissaient des sites gouvernementaux.

La plupart des agences fédérales ont diminué leur recours à l’expression « changement climatique » sur leurs sites Internet au cours de la première administration Trump entre 2017 et 2020. Eric Nost, et coll., 2021, CC BY

Au 13 février 2025, nous n’avions pas encore assisté à la destruction de données scientifiques sur le climat. Nombre de ces programmes de collecte de données, tels que ceux de la NOAA ou le programme de déclaration des gaz à effet de serre de l’EPA, sont exigés par le Congrès. Cependant, l’administration a déjà limité ou supprimé l’accès à de nombreuses données.

Maintenir les outils qui permettent de comprendre le changement climatique

Nous avons observé un effort ciblé pour supprimer systématiquement les outils tels que les tableaux de bord qui résument et visualisent les dimensions sociales du changement climatique. Par exemple, le Climate and Economic Justice Screening Tool, qui a cartographié les communautés à faible revenu et autres communautés marginalisées qui devraient subir les plus graves effets du changement climatique, comme des pertes de récoltes et des incendies de forêt. L’outil de cartographie a été mis hors ligne peu après la première série de décrets de Trump.

La plupart des données originales sur lesquelles reposait l’outil de cartographie, comme les prévisions des risques d’incendies de forêt, sont toujours disponibles, mais il est désormais plus difficile de les trouver et d’y accéder. Mais comme l’outil de cartographie a été développé dans le cadre d’un projet open source et que son code source était disponible, nous avons pu le recréer.

Protéger les sites Internet sensibles

Dans certains cas, des pages web entières ont été mises hors ligne. Par exemple, la page du centre du changement climatique du ministère des transports, qui existait depuis 25 ans, n’existe plus. Le lien renvoie simplement les visiteurs vers la page d’accueil du ministère.

D’autres pages existent encore, mais sont difficiles d’accès. Par exemple, l’EPA n’a pas encore supprimé ses pages sur le changement climatique, mais elle a supprimé le terme « changement climatique » de son menu de navigation, ce qui rend ces pages plus difficiles à trouver.

Capture d’écran
Au cours de la première semaine de mandat de Donald Trump, le ministère des transports a supprimé la page Internet de son centre sur le changement climatique. Internet Archive Wayback Machine

Heureusement, nos partenaires de la End of Term Web Archive ont « capturé » des instantanés de millions de pages web gouvernementales et les ont rendus accessibles via la Wayback Machine d’Internet Archive. Le groupe procède à cette opération après chaque nouvelle administration présidentielle depuis 2008.

Si vous regardez une page web et que vous pensez qu’elle aurait auparavant dû inclure une discussion sur le changement climatique, vous pouvez utiliser l’outil « changements » de la Wayback Machine pour vérifier si le langage a été modifié au fil du temps, ou naviguer vers les instantanés du site de la page datant d’avant l’investiture de Trump

Ce qu’il est possible de faire

Vous pouvez également retrouver des ensembles de données et des outils archivés sur le climat et la justice environnementale sur le site web des Public Environmental Data Partners. D’autres groupes archivent les données du portail américain Data.gov et les rendent accessibles ailleurs.

Certains chercheurs mettent également en ligne des jeux de données dans des dépôts publics consultables comme OSF, géré par le Center for Open Science.

Si vous craignez que certaines données encore disponibles ne disparaissent, consultez cette checklist des bibliothèques du MIT. Elle indique les étapes à suivre pour contribuer à la sauvegarde des données fédérales.

Quand la sphère des connaissances rétrécit

Ce qui n’est pas clair, c’est de savoir jusqu’où l’administration Trump ira pour supprimer, bloquer ou dissimuler les données et la science du climat, et surtout dans quelle mesure elle y parviendra.

Le juge d’un tribunal fédéral a d’ores et déjà estimé que la suppression par les Centers for Disease Control and Prevention de ressources de santé publique sur lesquelles s’appuient les médecins était préjudiciable et arbitraire. Ces ressources ont été remises en ligne grâce à cette décision.

Nous craignons que d’autres suppressions ne réduisent la compréhension du public sur le changement climatique, laissant les personnes, les communautés et les économies non préparées exposées à des risques plus importants. Si les efforts d’archivage des données peuvent, dans une certaine mesure, endiguer la vague de suppressions, rien ne remplacera les infrastructures de recherche gouvernementales qui produisent et partagent les données sur le climat.The Conversation

Eric Nost, Associate Professor of Geography, University of Guelph et Alejandro Paz, Energy and Environment Librarian, Massachusetts Institute of Technology (MIT)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

L’IA : nouvelle arme forte dans l’investissement technologique des États

IA


Par Philippe Peter, Directeur, Spécialiste IA chez Sprinklr

La bataille de l’IA est lancée. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a fait prendre au sujet une forte envergure géopolitique. D’autant plus qu’avec l’arrivée de DeepSeek et l’investissement initial de 100 milliards de dollars dans le projet Stargate, la guerre technologique est officiellement lancée. Dans cette course effrénée à l’IA, alors que les États-Unis et la Chine intensifient leurs implications, la France compte bien tirer son épingle du jeu en restant au cœur des conversations. À l’occasion du récent Sommet pour l’action sur l’IA engagé à Paris, les nombreuses annonces d’Emmanuel Macron ont illustré la volonté de la France de se positionner en leader européen de l'intelligence artificielle, en misant sur des investissements stratégiques et des partenariats internationaux. Notamment un plan d'investissement de 109 milliards d'euros, soutenu par des partenaires privés et internationaux, un projet ambitieux de développements d’infrastructures de centres de données dédié à l'IA - évalué entre 30 et 50 milliards d'euros - ainsi qu’une attention particulière à la formation accrue des jeunes aux technologies de l’IA.

La France doit donc relever plusieurs défis pour limiter sa dépendance aux fournisseurs de cloud étrangers et consolider sa souveraineté numérique.

Dans ce contexte, nul doute que l’année 2025 marquera une période de bouleversements majeurs pour les entreprises, les utilisateurs et les forces économiques au niveau mondial.

Une technologie, deux modèles d’IA : des économies à couteaux tirés

Les avancées en matière d’IA sont souvent regardées avec le spectre du respect de la vie privée et donc des données personnelles permettant d’alimenter des modèles toujours plus puissants. Comme cela avait pu être le cas pour le Cloud, et la régionalisation des data centers pour mieux rassurer les entreprises responsables des données hébergées de leurs clients, l’IA se doit de gagner la confiance sur ce front. Il est désormais temps d’aborder le cœur du sujet : À qui accorder notre confiance en matière de développement de l’IA ? Il en est de même pour d’autres secteurs dont l’automobile par exemple, où ces deux super économies s’affrontent sans relâche, en omettant dans un premier temps que d’autres territoires sont amenés à utiliser également ces technologies, voire également à innover, et dans un second temps, que la législation se penchera tôt ou tard sur le sujet.

La question éthique dans l’innovation de l’IA devrait être primordiale. Comment faire puisque ces modèles deviennent toujours plus puissants grâce au grand nombre d’utilisateurs qui les alimentent ? Idéalement, chaque entreprise qui souhaite adopter une approche orientée vers l’extérieur doit se poser la question suivante « L’approche choisie surprendra-t-elle et satisfera-t-elle l’utilisateur final ? ». Si dans les faits, les innovations qui rencontrent un fort succès telles que ChatGPT ou DeepSeek ravissent les utilisateurs très vite, la question autour de la protection des données reste omniprésente. Alors que DeepSeek repose sur un modèle open source, ChatGPT reste un modèle propriétaire, limitant la transparence sur son fonctionnement. Ce type de modèle soulève donc des interrogations sur les biais potentiels et les risques liés à son utilisation pour les utilisateurs.

Vers la possibilité d’une IA universelle diverse et éthique ?

Le monde est divers et les attentes selon les cultures peuvent différer. Aujourd’hui, cette techno-guérilla prend des ampleurs inédites. Donald Trump déclarait que Stargate était « le projet le plus important de cette époque » avec un investissement initial de 100 milliards de dollars et 400 milliards supplémentaires sur les 4 prochaines années, pendant que l’entrepreneure chinoise Jennifer Zhu Scott rétorquait que les américains étaient « des gosses de riches qui se sont fait doubler par des gosses de pauvres » au sujet de l’explosion de DeepSeek vs ChatGPT. Comment apaiser les propos dans ce contexte tendu ? Car après le temps de l’innovation et de l’explosion vient celui de la pérennité. Tant d’avancées prometteuses sont par le passé retombées, se heurtant à la réalité de notre époque, comme le Metaverse par exemple.

On connaît aujourd’hui la règle des principes qui permettent de bâtir une culture d’IA éthique, à savoir la confiance dans les modèles utilisés et le développement des technologies, l’intégrité en visant à protéger à tout prix la vie privée des consommateurs puis sécuriser leurs données, et bien sûr les partenariats extérieurs afin d’éviter justement des fonctionnements opaques, et d’être soupçonnés de complaisance avec un état par exemple.

Une nouvelle ère industrielle qui va redessiner l’avenir économique du monde

Près de 240 ans après la première révolution industrielle qui a vu naître la mécanisation, la décennie 2020 semble accélérer celle de la personnalisation et de l’humanisation des technologies, ainsi que l’objectif des services rendus et vendus. À cheval entre ce besoin d’individualité et de réunir les communautés, tout en étant de plus en plus respectueux de l’environnement, l’industrie se dirige petit à petit vers sa prochaine révolution, celle qui devrait selon les prédictions, produire des technologies et des matériaux qui fonctionnent conjointement avec la nature, grâce aux matériaux organiques et l’intelligence écosystémique. Mais rien ne sert d’aller plus vite que la musique. Et pour y arriver, il faut se concentrer sur le présent pour ne pas commettre des erreurs qui pourraient freiner, voire orienter l’avenir dans le mauvais sens.

Passée l’euphorie de l’innovation qui souffle sur les marchés, la réglementation s’invitera rapidement dans le jeu. Bien qu’il soit difficile de réguler des nouvelles technologies, d’autant plus qu’elles évoluent constamment, il est nécessaire de considérer cet aspect. Les entreprises pourraient devenir de plus en plus méfiantes à l’idée d’utiliser des données lorsqu’elles voudront entraîner leurs modèles d’IA. Et qu’en est-il de celles qui en utilisent sans qu’aucune réglementation ne soit passée par là ?

L’avenir nous en dira plus, mais il est quasiment sûr que nous assisterons bientôt à un marché éthique des données, voire à la création de données synthétiques pour construire des modèles qui pourraient devenir plus courants.

X, Meta, Amazon et Google : le moment de bascule pro-Trump

 

trump

Par Dominique Boullier, Sciences Po

La puissance des plates-formes américaines telles que X, Amazon, Google ou Meta, désormais capables d’imposer leurs diktats aux États, est inédite à l’échelle de l’histoire. Récit d’une conquête fulgurante fondée sur une prédation généralisée.


La remise en cause des grands réseaux sociaux atteint aujourd’hui un niveau jamais rencontré, souligné par les appels massifs à quitter X. Elle fait suite à l’expression par leurs leaders, lors la prise de fonctions de Donald Trump, de positions politiques extrémistes. Mais la confusion règne et il est difficile de comprendre les logiques à l’œuvre dans une telle effervescence, où certaines postures se contredisent elles-mêmes (par exemple, interdire TikTok puis l’autoriser). Essayons d’y voir clair autour de mises en perspective.

Un enjeu de corruption du pouvoir politique comme point de départ

Les grandes firmes de la tech se sont bousculées pour financer la campagne de Trump puis sa cérémonie d’investiture, avec des montants tels qu’ils auraient été interdits en Europe. On peut s’en émouvoir, mais le fait est que ce faisant, elles ne font que profiter des modalités de financement politique (dites SuperPAC) introduites en 2010, qui autorisent des dépenses illimitées dans le cadre d’une élection. Il convient donc de se souvenir que les plates-formes du numérique avaient fait de même précédemment en faveur du camp démocrate, en espérant des retours qui ne sont pas venus. D’un point de vue structurel, c’est bien la corruption via les SuperPAC, comme l’avait indiqué dès 2010 le juriste Lawrence Lessig (Republic, Lost, 2011, 2eédition 2016), qui détruit la démocratie américaine et non les positions politiques des leaders de la tech.

Pourquoi l’alliance des démocrates et de la tech a-t-elle capoté ?

Dans les années 2010, le libéralisme économique assumé, la liberté d’expression sans entraves à la mode américaine, appartenaient au camp démocrate. Trump I était vent debout contre les plates-formes, assimilées à des entreprises de « fake news » comme les médias en général. Les soutiens financiers de Trump I venaient plutôt des industries traditionnelles, pétrolière ou automobile notamment, et des opérateurs de télécoms mobilisés contre les plates-formes.

Mais en 2018, le scandale Cambridge Analytica révèle la négligence voire la complicité de Facebook, permettant d’influencer certains comptes dans des États clés lors des élections de 2016. C’est alors qu’après avoir prôné un laisser-faire absolu, dirigeants républicains comme démocrates basculent vers une politique de fermeté. En 2019, 48 procureurs et la Federal Trade Commission se coordonnent pour engager une procédure de démantèlement des grandes plates-formes agrégeant quantité de services, telles que Google et Facebook/Méta. Ces procédures, rejetées une première fois en 2022, sont encore en cours.

Les élections de 2020 cristallisent cette méfiance dès lors que Trump en conteste les résultats et soutient l’insurrection du Capitole, le 6 janvier 2021. Dans la foulée, les grandes plates-formes suspendent les comptes de Trump et d’organisations des assaillants. Trump crée Truth Social, les Proud Boys se réfugient sur Parler, etc.

Pour autant, les plates-formes, malgré leur prise de conscience de leur responsabilité, restent critiquées par les démocrates. Ils se rendent compte, un peu tard, que les formats de viralité qui guident les plates-formes, favorisent des expressions simplistes, réactives, clivantes, falsifiées, tout ce qui constitue un discours élémentaire d’extrême droite contre toutes les explications complexes des processus.

Jen Schradie, sociologue du numérique au Centre de recherche sur les inégalités sociales (Sciences po), a montré à quel point, dès les années 2010, ce sont ces courants qui ont profité des plates-formes et, particulièrement, depuis la pandémie de Covid qui a entraîné un recul très net de l’esprit critique de type scientifique.

Au même moment, les effets du Règlement général sur la protection des données (RGPD) commencent à se faire sentir en Europe. Il est même répliqué par l’État de Californie. À cela s’ajoute, le renforcement de la méfiance générale quant à la politique éditoriale trop tolérante vis-à-vis de Trump, de Steve Bannon et consorts, qui se conjugue à la suspicion de l’utilisation des données personnelles et aux effets délétères des réseaux sur certaines personnalités, ainsi que l’a montré Frances Haugen, lanceuse d’alerte qui publie les Facebook papers en 2019. Bref, le vent tourne pour les plates-formes du point de vue réglementaire, et la mise en place de modération, bien que coûteuse, s’annonce impérative.

La contre-offensive lancée par Musk et suivie par les autres plateformes

Nouvelle crise lorsque Elon Musk entreprend de racheter Twitter en 2022 : exode massif de comptes, départ d’annonceurs, rien n’arrête Musk qui taille dans les effectifs en visant en priorité les équipes de modération. Cet achat devient un moment clé de la campagne que Musk veut entreprendre contre l’idéologie dite woke qui, selon lui, aurait envahi ce réseau. Il a bien l’intention de devenir le porte-drapeau d’une révolution libertarienne en se servant de la plate-forme pour pousser tous ses arguments anti-État, antirégulation, anticensure. Il s’allie – alors provisoirement – avec les équipes de Trump issues d’une autre tradition réactionnaire, protectionniste et autoritaire, unis seulement par le culte du profit, de la concurrence sans régulation et de l’affaiblissement de l’État.

Cette alliance s’étend, à l’occasion de l’élection présidentielle de 2024, aux autres plates-formes qui ont compris qu’elles ont tout à gagner, premièrement, à interrompre le cycle de contrôle qui se mettait en place et à profiter de la dérégulation trumpiste ; deuxièmement, à bénéficier de son offensive extractiviste pour une énergie abondante, problème clé des data centers des plates-formes qui jettent aux orties leurs « engagements » environnementaux. Au point d’en rajouter sur le plan idéologique, comme Mark Zuckerberg affichant une prétention masculiniste qui rappelle les origines de cette application qu’il avait créée pour classer les filles à Harvard. Ou Musk qui se lance dans une campagne aux relents nazis, aux États-Unis puis à l’étranger, en s’affirmant anti-immigrants, tout en défendant une émigration sélective dont les entreprises de la tech ont besoin (et plus spécialement d’Indiens formés, travaillant sans limites horaires et dans l’obéissance totale).

Objectif numéro 1 des plates-formes : poursuivre leur entreprise de prédation générale

Le modèle économique, culturel et légal des plates-formes depuis 2009 repose sur la prédation, et cela concerne aussi bien YouTube que Meta ou Twitter/X. Prédation des données personnelles pour la publicité programmatique, contre le RGPD européen. Prédation des contenus produits par les médias professionnels, normalement protégés par des droits d’auteur qui ont suscité des conflits très vifs entre Google et Facebook et les médias en Australie et au Canada. Depuis, les enjeux se sont aggravés avec l’utilisation de ces contenus pour entraîner leur IA sans avertir les ayants droit, y compris des scénaristes qui, en protestation, ont fait grève à Hollywood. Certains médias ont conclu des accords contraints et forcés, d’autres ont refusé, comme le New York Times. Prédation des entreprises : depuis les années 2010, les plates-formes ont racheté leurs concurrents ou les sociétés possédant des technologies de pointe, comme l’IA. Enfin, prédation des investissements et des talents.

Cette toute puissance, devenue l’égale des États est inédite dans l’histoire, le seul modèle comparable étant celui des compagnies des Indes (néerlandaise, anglaise et française) à partir de 1600 (Boullier, Puissance des plateformes numériques, territoires et souverainetés, Sciences po, 2022, 2e édition).

Cette puissance leur permet aujourd’hui d’attaquer de front les États hors des États-Unis, d’où les conflits ouverts avec l’Union européenne et avec le Brésil. Elle leur permet aussi de pénétrer en profondeur l’État américain en vue de devenir son fournisseur exclusif – comme pour Amazon –, de lui dicter ses politiques industrielles et spatiales, et d’acheter des électeurs ou des candidats, comme l’a fait Musk avec Trump qui a immédiatement fourni le retour sous forme de poste quasi ministériel.

Des solutions existent, qui feront l'objet d'un nouvel article à retrouver sur The Conversation.The Conversation

Dominique Boullier, Professeur des universités émérite en sociologie. Chercheur au Centre d'Etudes Européennes et de Politique Comparée, Sciences Po

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

YouTube a 20 ans : comment la plateforme a surpassé la télévision et conquis le monde

  

YouTube

C’est l’histoire d’une success-story et d’une révolution qui, 20 ans après, continue à nous surprendre. Le 14 février 2005, trois anciens employés de PayPal, le service de paiement de Peter Thiel et Elon Musk, lançaient une plateforme qui allait bouleverser notre rapport aux images : YouTube. Deux décennies plus tard, l’ancien repaire de vidéos amateurs maladroites rivalise avec la télévision traditionnelle, attirant chaque jour des milliards de spectateurs. Si, au départ, les chaînes historiques voyaient YouTube comme un simple espace d’expérimentation pour créateurs en herbe, elles ont très vite mesuré la menace et composent aujourd’hui avec ce concurrent qui a redéfini les codes du divertissement et de l’information.

YouTube : de l’hébergement de vidéos à la télévision du XXIe siècle

En 2005, personne n’aurait imaginé en tout cas que ce site – dont le logo était une sympathique télé – où un jeune homme se filmait devant des éléphants du zoo de San Diego, deviendrait une menace pour ABC, CBS ou Disney. Pourtant, YouTube s’est imposé comme l’alternative numérique à la télévision. En 2024, selon Nielsen, il s’agit du premier service de streaming (vidéo à la demande) aux États-Unis en termes de temps de visionnage, et la télévision est même devenue l’écran privilégié pour consommer ses contenus. "Pour de plus en plus de gens, regarder la télévision signifie regarder YouTube. La 'nouvelle' télévision ne ressemble pas à l’ancienne : elle est interactive, mêle vidéos courtes, podcasts et flux en direct, à côté des sports et talk-shows traditionnels", assure Neal Mohan, PDG de YouTube :

Autrement dit, YouTube ne se contente pas d’imiter la télévision : il la dépasse en intégrant une dimension communautaire et interactive. Là où la télévision imposait une grille de programmes linéaire, YouTube offre une personnalisation totale du visionnage, grâce à des algorithmes de recommandation personnalisés toujours plus affinés.

Un rapport de force inversé : quand la télévision s’invite sur YouTube

Longtemps, les grandes chaînes ont vu YouTube comme une menace, accusant la plateforme d’héberger illégalement leurs contenus. Mais plutôt que de lutter contre ce rouleau compresseur, elles ont fini par l’intégrer dans leur stratégie. Aujourd’hui, les talk-shows américains comme The Tonight Show ou Saturday Night Live publient des extraits sur YouTube dès leur diffusion, captant ainsi un public qui ne regarde plus la télévision en direct. Même les événements politiques majeurs, comme l’élection présidentielle américaine de 2024, s’y jouent : le débat entre Donald Trump et Joe Rogan a cumulé 55 millions de vues sur la plateforme, un score inatteignable pour une chaîne d’information classique.

Cette bascule a poussé YouTube à repenser son modèle. Pour séduire les annonceurs, la plateforme a intégré des formats publicitaires inspirés de la télévision (avec des QR codes et des publicités interactives), tout en misant sur des services payants comme YouTube Premium et YouTube TV, qui comptent aujourd’hui plus de 100 millions d’abonnés.

Les YouTubeurs, nouveaux visages du divertissement mondial

Si YouTube a su rivaliser avec la télévision, c’est aussi grâce à une nouvelle génération de créateurs. Contrairement aux stars du petit écran, les YouTubeurs ont su bâtir des communautés engagées, transformant leur influence en véritables empires médiatiques. "Les créateurs apportent un état d’esprit de startup à Hollywood, construisant des studios et explorant de nouveaux modèles de production. Ce sont eux qui redéfinissent les règles du divertissement", estime le PDG.

En France, des figures comme Squeezie (19,3 millions d’abonnés) ou Tibo InShape (26 millions) génèrent plus d’audience qu’une chaîne câblée classique. En investissant dans des productions dignes des grands studios, certains YouTubeurs se hissent même au rang des géants du divertissement, concurrençant les formats traditionnels.

L’avenir : une hybridation entre YouTube et la télévision

YouTube est-il en train d’absorber la télévision ou assiste-t-on à une convergence des deux univers ? D’un côté, les chaînes historiques doivent s’adapter à la logique numérique et abandonner la programmation rigide qui a fait leur succès. De l’autre, YouTube intègre de plus en plus d’éléments empruntés à la télévision : diffusion en direct, partenariats avec des ligues sportives, et bientôt, une fonction Watch With permettant aux créateurs de commenter en direct des événements.

Si l’on en croit les tendances, l’avenir du divertissement ne sera ni totalement linéaire, ni entièrement algorithmique. La télévision, telle que nous l’avons connue, ne disparaîtra pas, mais elle se fondra dans un écosystème numérique dominé par YouTube et ses équivalents. L’écran de télévision restera un objet central dans nos salons… en tant qu’écran pour afficher la télévision TNT et pour diffuser des programmes venant de YouTube, des services de vidéos par abonnement (Betflix, Disney +, Prime, Max…) et ceux des chaînes traditionnelles qui ont développé leurs propres plateformes (TF +, M6 +, ArteTV, FranceTV…)

Vingt ans après sa création, Youtube le pionnier est toujours là car il a su se réinventer tant face aux chaînes de télé qu’aux nouveaux concurrents de la VOD ou aux réseaux sociaux (TikTok, Instagram). Au final, Youtube a fait bien plus que concurrencer la télévision : il l’a transformée et réinventée.

 

En 20 ans, YouTube est devenu incontournable en France : 61 % des Français s’y connectent chaque semaine

  

YouTube

Avec 61 % des Français qui s’y connectent chaque semaine, YouTube, qui fête ce vendredi 14 février ses 20 ans d’existence, s’impose comme un acteur majeur du paysage numérique hexagonal, relève la société Reech, spécialiste du marketing d’influence, qui vient e publier une note sur les chiffres clés de YouTube en France. Plus qu’un simple réseau social, la plateforme est devenue, constate Reech, un réflexe de recherche pour des millions d’internautes, notamment pour les tutoriels, les tests produits ou encore les contenus éducatifs. Son importance dépasse celle de nombreux concurrents : YouTube est le troisième réseau le plus utilisé après Facebook et Instagram et capte une audience massive et engagée.

L’écosystème YouTube en France se caractérise par une effervescence créative : en moyenne, une chaîne française fédère 132 000 abonnés, et chaque jour, 320 millions de vues sont générées. Les créateurs de contenu, souvent jeunes – 44 % ont entre 25 et 34 ans –, façonnent un paysage audiovisuel où gaming, lifestyle, cuisine ou encore vulgarisation scientifique se disputent l’attention des spectateurs. Plus impressionnant encore, près de 1 000 chaînes françaises ont dépassé le million d’abonnés, témoignant de la capacité de YouTube à transformer de simples passionnés en véritables figures médiatiques.

Un levier incontournable pour les entreprises

Pour les marques, YouTube est devenu un levier incontournable, explique Reech : 41 % des entreprises l’intègrent désormais dans leur stratégie, profitant de la puissance de recommandation des créateurs. En 2024, 7 % des vidéos comportaient ainsi un partenariat commercial, affichant un taux d’engagement moyen de 5,95 %. L’attractivité de la plateforme ne se dément pas : la croissance du nombre d’abonnés y est plus rapide que sur Instagram (+ 9 % contre + 7 % en six mois), traduisant une adhésion toujours plus forte du public.

Mais YouTube ne se repose pas sur ses acquis et la plateforme évolue pour répondre aux nouvelles attentes des utilisateurs. Si 72 % des Français l’utilisent avant tout pour se divertir, ils sont aussi nombreux à s’en servir pour s’informer (56 %) et s’inspirer (55 %). L’essor des contenus éducatifs et interactifs atteste de cette diversification des usages. Par ailleurs, le format court connaît un essor fulgurant : les YouTube Shorts, ces vidéos de moins de trois minutes, mises en place en réponse à TikTok ou au Reels d’Instagram/Facebook, ont généré 73 milliards de vues en France en 2024.

"En deux décennies, la plateforme est passée d’un simple site de partage à un véritable pilier du divertissement, du marketing et de la pop culture", estime Claire Decommer, Lead CSM chez Reech.

 

60 pays et organisations signent la déclaration sur une intelligence artificielle durable et inclusive pour la population et la planète

IA

A l'issue du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, co-présidé par la France et l’Inde les
10 et11 février 2025, à Paris, 60 pays et organisations signent la déclaration sur une intelligence artificielle durable et inclusive pour la population et la planète

1. Les participants de plus de 100 pays, notamment des chefs d’État et de gouvernement, des organisations internationales, des représentants de la société civile, du secteur privé, du monde universitaire et de la recherche, se sont réunis à Paris les 10 et 11 février 2025 pour le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle. Le développement rapide des technologies de l’IA entraîne un changement de paradigme majeur avec des conséquences diverses pour nos concitoyens et nos sociétés. Dans le prolongement du Pacte de Paris pour les peuples et la planète et du principe selon lequel les pays doivent concevoir eux-mêmes leurs stratégies en matière de transition, nous avons recensé les priorités et lancé des actions concrètes pour servir l’intérêt général et combler la fracture numérique en accélérant la réalisation des objectifs de développement durable. Nos actions suivent trois grands principes : la science, les solutions (l’accent étant porté sur des modèles d’IA ouverts respectant les cadres nationaux) et les normes, dans le respect des cadres internationaux.

2. Ce sommet a mis en évidence la nécessité de renforcer la diversité de l’écosystème de l’IA. Il a défini une approche inclusive ouverte et multipartite qui permettra à l’IA d’être éthique, sûre, sécurisée, digne de confiance et axée sur les droits de l’Homme et sur l’humain, tout en soulignant le besoin et l’urgence de réduire les inégalités et d’aider les pays en développement à renforcer leurs capacités en matière d’intelligence artificielle.

3. Prenant acte des initiatives multilatérales existantes sur l’IA, notamment les résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Pacte numérique mondial, la recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’intelligence artificielle, la Stratégie continentale de l’Union africaine sur l’intelligence artificielle et les travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques, du Conseil de l’Europe, de l’Union européenne, du G7, en particulier le processus de Hiroshima sur l’intelligence artificielle, et du G20, nous avons affirmé les grandes priorités ci-dessous : 
  • Promouvoir l’accessibilité de l’IA pour réduire la fracture numérique.
  • Veiller à ce que l’IA soit ouverte à tous, inclusive, transparente, éthique, sûre, sécurisée et digne de confiance, dans le respect des cadres internationaux.
  • Permettre l’innovation dans le domaine de l’IA en créant les conditions propices à son développement et en évitant la concentration du marché, soutenant ainsi le redressement industriel et le développement.
  • Encourager un déploiement de l’IA qui ait une incidence positive sur l’avenir du travail et des marchés du travail et qui ouvre des perspectives de croissance durable.
  • Rendre l’IA durable pour les populations et la planète.
  • Renforcer la coopération internationale et promouvoir la coordination de la gouvernance internationale.

À cet effet : 
  • Les membres fondateurs ont lancé une grande plateforme et un incubateur de l’IA d’intérêt général, pour soutenir, amplifier, réduire la fragmentation entre les initiatives publiques et privées sur l’IA d’intérêt général et combler la fracture numérique. L’initiative sur l’IA d’intérêt général soutiendra les biens publics numériques, l’assistance technique et les projets de renforcement des capacités dans le domaine des données, du développement de modèles, de l’ouverture et de la transparence, de l’audit, du calcul, des talents, du financement et de la coopération pour soutenir et créer conjointement un écosystème de l’IA digne de confiance au service de l’intérêt général de tous, pour tous et par tous.
  • Nous avons discuté pour la première fois lors du Sommet et dans un format multipartite des questions liées à l’IA et à l’énergie. Cette discussion a conduit à partager les connaissances pour favoriser les investissements dans des systèmes d’IA durables (matériel, infrastructures, modèles), à encourager les discussions internationales sur l’IA et l’environnement, à créer un observatoire sur les effets de l’IA en matière d’énergie dans le cadre de l’Agence internationale de l’Énergie et à mettre en valeur les innovations de l’IA sobres en énergie.
  • Nous reconnaissons la nécessité d’améliorer nos connaissances communes sur les effets de l’IA sur le marché du travail en créant un réseau d’observatoires pour mieux anticiper ces effets pour les postes de travail, la formation et l’éducation, et pour utiliser l’IA dans l’objectif d’améliorer la productivité, le développement des compétences, la qualité, les conditions de travail et le dialogue social.

4. Nous reconnaissons la nécessité de dialogues pluripartites inclusifs et de la coopération sur la gouvernance de l’IA. Nous soulignons la nécessité d’une réflexion mondiale notamment sur les questions de sécurité, de développement durable, d’innovation, de respect du droit international, y compris le droit humanitaire et de le droit des droits de l’Homme, la protection des droits de l’Homme, l’égalité entre les femmes et les hommes, la diversité linguistique, la protection des consommateurs et celles des droits de propriété intellectuelle. Nous prenons note des efforts et des discussions liées aux enceintes internationales au sein desquelles la gouvernance de l’IA est examinée. Comme indiqué dans le Pacte numérique mondial adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies, les participants ont également réaffirmé leur volonté de lancer un dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA et le groupe scientifique international multidisciplinaire indépendant sur l’IA et d’harmoniser la gouvernance actuelle des efforts en veillant à leur complémentarité et en évitant les doublons.

5. Pour que nous puissions tirer parti des atouts des technologies de l’IA au profit de nos économies et de nos sociétés, la confiance et la sécurité doivent progresser. Nous soulignons le rôle du sommet de Bletchey Park sur la sécurité de l’IA et des sommets de Séoul qui ont été déterminants dans le renforcement de la coopération internationale en matière de sécurité de l’IA et nous notons les engagements volontaires qui y ont été pris. Nous continuerons de traiter les risques que l’IA pourrait faire peser sur l’intégrité de l’information et de renforcer la transparence de l’IA.Nous attendons avec intérêt les prochaines échéances sur ce sujet, notamment le Sommet de Kigali, le 3e Forum mondial sur l’éthique de l’IA qui sera organisé par la Thaïlande et l’UNESCO, la Conférence mondiale sur l’IA en 2025 et le Sommet mondial de 2025 sur l’IA au service du bien social, afin d’assurer le suivi de nos engagements et de continuer de prendre des mesures concrètes compatibles avec une IA inclusive et durable.

Pays signataires :

  1. Arménie
  2. Australie
  3. Autriche
  4. Belgique
  5. Brésil
  6. Bulgarie
  7. Cambodge
  8. Canada
  9. Chili
  10. Chine
  11. Croatie
  12. Chypre
  13. République tchèque
  14. Danemark
  15. Djibouti
  16. Estonie
  17. Finlande
  18. France
  19. Allemagne
  20. Grèce
  21. Hongrie
  22. Inde
  23. Indonésie
  24. Irlande
  25. Italie
  26. Japon
  27. Kazakhstan
  28. Kenya
  29. Lettonie
  30. Lituanie
  31. Luxembourg
  32. Malte
  33. Mexique
  34. Monaco
  35. Maroc
  36. Nouvelle-Zélande
  37. Nigéria
  38. Norvège
  39. Pologne
  40. Portugal
  41. Roumanie
  42. Rwanda
  43. Sénégal
  44. Serbie
  45. Singapour
  46. Slovaquie
  47. Slovénie
  48. Afrique du Sud
  49. République de Corée
  50. Espagne
  51. Suède
  52. Suisse
  53. Thaïlande
  54. Pays-Bas
  55. Emirats arabes unis
  56. Ukraine
  57. Uruguay
  58. Vatican
  59. Union européenne
  60. Commission de l’Union africaine


IA et gouvernance : trouver l’équilibre entre innovation et responsabilité

IA



Par Cécil Bove, Directeur Solutions Techniques, Startups et Scale-ups EMEA, Snowflake

“L’intelligence artificielle transforme en profondeur les mécanismes de prise de décision, aussi bien dans le secteur privé que dans la gestion des politiques publiques. Si elle promet des avancées majeures, elle soulève également des questions fondamentales sur la transparence et la responsabilité. Jusqu’où une société peut-elle déléguer ses décisions à des modèles probabilistes ? La question dépasse la simple performance technologique : il s’agit de mettre en place des garde-fous pour éviter que ces outils ne renforcent des biais systémiques ou n’accentuent les inégalités.”

“La puissance des systèmes d'IA dépend des données sur lesquelles ils sont formés. Assurer des données de haute qualité, accessibles et sécurisées est une condition indispensable pour générer des analyses plus rapides et plus précises, tout en réduisant les hallucinations de l’IA. Une IA plus fiable et responsable favorisera son adoption à l’échelle mondiale.”

“Dans ce contexte, des initiatives comme le Sommet de l’IA organisé par la France jouent un rôle clé dans la structuration d’une approche commune. En réunissant gouvernements, entreprises et chercheurs, ces événements posent les bases d’une gouvernance internationale qui concilie innovation et responsabilité. L’objectif est d’éviter une fragmentation entre des modèles dérégulés et des cadres trop restrictifs pouvant freiner la compétitivité. Ces rencontres sont également une opportunité de promouvoir une IA plus inclusive, accessible et efficace, en intégrant notamment des préoccupations sur son impact environnemental.”

2025 : une année décisive pour une IA inclusive et responsable

“L’intelligence artificielle atteint un stade de maturité tangible. Elle n’est plus seulement une technologie expérimentale : elle commence à remodeler la manière dont nous travaillons, innovons et prenons des décisions. Nous sommes à un tournant : l’IA améliorera-t-elle l’efficacité des entreprises tout en creusant l’écart entre les précurseurs et les retardataires ? Ou, au contraire, deviendra-t-elle un outil au service du bien commun, avec un accès démocratisé ? 2025 est une année charnière : c’est à ce moment que se décidera si cette technologie profite à la majorité ou seulement à une élite.”

“D’un point de vue concret, il est essentiel de se rappeler que les systèmes d'IA ne sont aussi puissants que les données auxquelles ils sont formés. Disposer de données de haute qualité, accessibles et sécurisées est essentiel pour garantir des analyses plus rapides et précises, tout en minimisant les risques d’hallucinations de l’IA. Une IA plus fiable et responsable en facilitera l’adoption à l’échelle mondiale.”

“Tout comme un modèle d’IA doit être entraîné sur des ensembles de données diversifiés pour garantir son inclusivité, une diversité d’experts technologiques doit être impliquée dans l’élaboration des réglementations afin d’assurer leur efficacité et leur applicabilité. L’IA responsable repose sur une approche collaborative, renforçant ainsi l’importance de ces sommets internationaux.”

Sommet Paris AI Action : poser les bases d’une IA transparente et maîtrisée

“Le Paris AI Action Summit n’est pas un événement de plus sur l’intelligence artificielle — c’est un moment clé pour définir collectivement le cadre de cette technologie et les principes qui doivent guider son développement. Entre innovation, réglementation et impact sociétal, notre responsabilité est claire : faire de l’IA un moteur partagé du progrès, et non une force incontrôlable.”

“Il est essentiel de rappeler que l’efficacité des systèmes d’IA repose entièrement sur la qualité des données qui les alimentent. Des données fiables, accessibles et sécurisées sont fondamentales pour produire des analyses plus rapides et précises, tout en limitant les hallucinations de l’IA. Renforcer la fiabilité et la responsabilité de l’IA accélérera son adoption à l’échelle mondiale.”

“L’IA, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est puissante mais présente encore des zones d’ombre. Sans normes strictes de transparence et d’explicabilité, nous risquons de voir émerger des hallucinations, des décisions biaisées, des erreurs coûteuses et une perte de confiance collective. Les modèles d’IA doivent être auditables, compréhensibles et responsables. Nous avons aujourd’hui une opportunité unique d’établir un cadre avant que l’IA ne nous échappe. Ce n’est pas seulement une question éthique, c’est une nécessité pour garantir que l’IA reste un outil au service de ceux qui l’utilisent. Ce sommet doit marquer le passage d’une approche fragmentée à une vision globale et cohérente de l’IA.”

Publication du premier baromètre européen de l’IA par JFD

IA

Le Baromètre Européen de l'IA 2025, publié par JFD - Join Forces and Dare, met en évidence des avancées notables mais aussi des défis persistants dans l'adoption de l'intelligence artificielle en Europe. Cette 13ème étude annuelle, menée en partenariat avec EY Fabernovel et OpinionWay, examine les progrès et les disparités dans huit pays européens et huit secteurs économiques.

En matière de parité et d'inclusion, seulement 29 % des responsables IA au sein des comités exécutifs sont des femmes, avec des variations significatives entre les pays, comme 38 % au Royaume-Uni et en Irlande, contre 24 % en France. La France et le Royaume-Uni se distinguent par leur maturité et leurs initiatives éthiques en matière d'IA.

Les investissements dans l'IA sont massifs, avec 99 % des entreprises interrogées ayant déjà investi dans cette technologie, et 99 % prévoyant d'augmenter leurs investissements dans les 12 prochains mois. De plus, 25 % des entreprises ont déjà déployé leurs propres modèles de langage (LLM), et 61 % explorent cette possibilité.

La confiance et l'éthique : des préoccupations majeures

La confiance et l'éthique sont également des préoccupations majeures. 51 % des entreprises ont mis en place des protocoles pour tester et corriger les biais de leurs modèles, mais seulement 33 % des responsables IA considèrent ces protocoles comme essentiels pour renforcer la confiance. La France est en tête avec 56 % des entreprises ayant des protocoles de correction des biais.

L'impact de l'IA sur l'emploi varie selon les secteurs, avec des effets positifs et négatifs sur les professions, les systèmes de support et d'automatisation étant les plus affectés. En termes de souveraineté technologique, l'Europe reste en retrait avec seulement 14 % des LLM les plus utilisés dans le monde étant européens. Les entreprises cherchent activement des solutions pour renforcer leur souveraineté technologique.

Au final, l'étude souligne la nécessité d'accélérer la parité et de promouvoir une IA plus éthique et performante. Des initiatives concrètes, telles que des formations paritaires et des chartes éthiques, sont mises en place pour atteindre ces objectifs. La France et le Royaume-Uni montrent la voie, mais il reste encore beaucoup à faire pour une adoption équitable et responsable de l'IA en Europe.

Qui remporte le match de l’IA dans les médias ?

IA

Par l'Observatoire du traitement de l’IA dans les médias

Alors que la France organise dès ce lundi le Sommet pour l’action de l’intelligence artificielle qui réunira plusieurs grandes figures de l’IA et une centaine de chefs d’Etat, Tagaday, 1ère plateforme de veille médias, publie la troisième édition de son Observatoire du traitement de l’intelligence artificielle dans les médias en France.

Tagaday a mesuré la visibilité médiatique de la thématique Intelligence Artificielle et celles des principaux acteurs, applications et personnalités associés sur un corpus de 410 chaînes et stations TV/radio (plus de 5 400 programmes différents pour 2 400 heures par jour indexés en temps réel), et 3 000 titres de la presse française et sites du web éditorial.

Le cap du million de contenus sur l’IA atteint dès 2025 ?

678 023. C’est le volume de contenus médiatiques enregistrés en 2024 sur le thème de l’intelligence artificielle. Soit une progression de +53% par rapport à 2023, qui était déjà une année record. Le volume de contenus enregistrés durant le mois de janvier 2025, couplé au fulgurant développement de la technologie qui touche tous les secteurs du quotidien et de l’économie, laissent penser que le cap du million de contenus pourrait être atteint dès cette année 2025.

IA

« L’effet Stargate »

Fin janvier, le président des Etats-Unis Donald Trump annonçait un programme d’investissement colossal de 500 milliards de dollars en faveur de l’intelligence artificielle. Ce dimanche, Emmanuel Macron répliquait à la veille du Sommet pour l’action de l’IA en dévoilant un plan d’investissement de 109 milliards d’euros.

Bien plus qu’un sujet technologique, l’IA devient un véritable enjeu géopolitique comme en témoigne le trio des personnalités les plus associées au sujet dans les médias : Emmanuel Macron, Donald Trump et Elon Musk.

Avec près de 23 500 contenus médiatiques, Emmanuel Macron était en 2024 la première personnalité du classement associée à la thématique IA. Son principal pic de visibilité enregistré en mai 2024 était lié au Sommet sur l’intelligence artificielle de Séoul qu’il a clôturé en visioconférence, ainsi qu’un rassemblement au Palais de l’Elysée des plus grands talents français de l’IA à la veille de l’ouverture du salon VivaTech. L’élection de Donald Trump fin 2024, et ses dernières annonces avec son « Plan Stargate » ont clairement bouleversé la dynamique. Le Président américain domine depuis le début de l’année 2025, très nettement le « match médiatique » de l’IA, suivi par Elon Musk. Les dirigeants des grands acteurs de l’IA sont loin derrière, et notamment Sam Altman (dirigeant d’OpenAI) avec près de 5 000 contenus en 2024.

IA

ChatGPT perd des parts de voix médiatiques

Comptabilisant 74% du total de citations des 5 solutions IA les plus médiatisées en 2024, ChatGPT est toujours loin devant mais de façon moins écrasante qu’en 2023 (- 15 points). Cette tendance se poursuit début 2025 sous l’effet du lancement de DeepSeek, qui concentre 17% du total des citations en janvier, à suivre également l’impact des performances de téléchargements du nouvel assistant le Chat du Français Mistral dans un futur proche.

IA


En 2024, ce sont Google Gemini (11%, +10 pts) et Mistral AI (10%, +7 pts) qui ont enregistré les plus fortes progressions. D’autres solutions comme Sora, Grok ou encore Claude 3 n’ont pas enregistré suffisamment de citations pour figurer dans ce top 5 médiatique.

IA


 Autre donnée illustrant la baisse de la « dominance ChatGPT », le thème de l’intelligence artificielle est de moins en moins systématiquement associé à la solution d’OpenAI. 10% des contenus sur l’IA évoquaient ChatGPT en 2024, contre 18% en 2023.

Méthodologie : étude réalisée sur la base de l’analyse de 5 400 programmes d’information (diffusés par 410 chaînes et stations TV/radio pour une moyenne de 2 400 heures quotidiennes) et d’une sélection de 3 000 publications de presse écrite (titres de la presse imprimée et sites web éditoriaux). Les articles paraissant dans plusieurs éditions de publications print régionales ne sont comptabilisés qu’une fois.