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Grande criminalité : au-delà du narcotrafic, les nouvelles menaces liées au numérique et à l’IA

europol

Par Clotilde Champeyrache, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Un rapport européen analyse les mutations de la criminalité liées au numérique et à l’intelligence artificielle. Quel est le nouveau visage du crime ? Quelles sont les permanences ? Quelles politiques publiques pour répondre aux menaces, au-delà du narcotrafic, qui cristallise l’essentiel de l’attention politique et médiatique en France ?


Comme tous les quatre ans, Europol, l’agence de coopération policière européenne, a publié en mars dernier son rapport UE-Socta faisant le point sur la menace posée par la grande criminalité organisée en Europe. À partir des informations fournies par les États membres de l’Union européenne (UE) et des États tiers associés, Europol y analyse « les principales menaces criminelles, la dynamique des réseaux criminels et les tendances émergentes ». Cette synthèse permet d’établir des priorités dans la lutte que l’UE se doit de mener dans le champ de la criminalité et de proposer des moyens d’adapter cette lutte aux évolutions du panorama criminel.

L’accent est mis tout particulièrement sur les enjeux du numérique et sur une « hybridation » du crime. La lecture du document fait opportunément prendre du recul par rapport à la focalisation française actuelle sur le trafic de stupéfiants. Cependant, les évolutions observées ne doivent pas faire oublier les permanences de la criminalité organisée.

Les enjeux du numérique

Le rapport EU-Socta 2025 dresse un panorama du crime européen sous plusieurs angles : secteurs d’activités, dynamiques, tactiques et géographie sont analysés. Le recours accru aux nouvelles technologies, aux plateformes digitales et les risques d’appropriation criminelle des possibilités offertes par l’intelligence artificielle sont amplement soulignés.

Internet est attractif pour les réseaux criminels : des activités criminelles sont à la fois permises, amplifiées et masquées par le monde online. L’intelligence artificielle est, elle, porteuse de risques majeurs par sa capacité à augmenter la rapidité, l’échelle et la sophistication de la criminalité organisée. Elle permet par exemple d’amplifier les fraudes et arnaques grâce aux deepfakes). Ces risques font d’ailleurs déjà l’objet d’une réflexion de l’Université des Nations unies qui œuvre, depuis 2021, à l’élaboration d’une Convention internationale afin de contrer l’utilisation des technologies de l’information et de la communication à des fins criminelles.

Les débats ont notamment établi une distinction entre des crimes « cyber-dependent », c’est-à-dire réalisables uniquement via l’espace cyber (soit la cybercriminalité au sens de « crime high-tech »), et des crimes « cyber-enabled », à savoir des crimes potentialisés par le cyber, mais qui existaient déjà auparavant (comme peut l’être le trafic de substances prohibées en ligne).

Répondre à ce déploiement des activités criminelles en ligne suppose que les services d’enquête eux-mêmes se forment à ces nouvelles technologies. Cela pose par ailleurs la question du contrôle régalien sur un espace Internet échappant par essence à la réglementation. L’arbitrage entre les devoirs de coopération avec les forces de l’ordre des prestataires de certains services dévoyés par le crime et le respect des libertés individuelles reste une ligne de crête complexe à gérer. La problématique risque d’alimenter nombre de débats politiques et juridiques dans les années à venir.

L’arrestation du patron de Telegram), en France, illustre ce bras de fer. Il en va de même pour le bras de fer aux États-Unis opposant les partisans d’une mise en ligne des plans d’impression d’armes en 3D et la justice).

Instabilité géopolitique et hybridation de la menace

L’instabilité géopolitique est aussi désignée comme un facteur favorisant l’expansion des réseaux criminels. Les conflits par nature alimentent les trafics : armes, prostitution, stupéfiants, marché noir… La multiplication des guerres et des troubles intérieurs dans diverses régions du monde ces dernières années ne peut qu’alarmer les autorités.

Pour l’Europe, la guerre en Ukraine constitue une menace extrêmement proche. Le risque de circulation d’armes détournées du théâtre de guerre a été appréhendé dès le début du conflit. Mais les facteurs criminogènes du conflit sont plus étendus puisqu’ils concernent notamment la production de stupéfiants à destination du front, le trafic de dispense pour le service militaire, l’exploitation de la population en fuite.

De manière peut-être moins visible, l’instabilité géopolitique accrue crée ce qu’Europol appelle des phénomènes d’hybridation. Ce sont des configurations où les intérêts de la criminalité organisée rejoignent ceux d’acteurs, éventuellement étatiques, tirant profit de la déstabilisation d’autres États ou de certaines régions du monde. L’utilisation de groupes cybercriminels par des États à des buts de déstabilisation et d’ingérence est prise en compte par la DGSI, Direction générale de la sécurité intérieure). Mais cela ne se limite pas au cyberespace. Europol explicite comment des réseaux criminels de traite des êtres humains peuvent travailler pour des États. Le but est alors d’utiliser des masses migratoires à des fins de déstabilisation). Cette hybridation peut être déroutante à appréhender par les autorités policières et judiciaires en raison du caractère inédit de certaines alliances et de la profonde hétérogénéité des acteurs impliqués.

Sortir du prisme du narcotrafic

Le rapport oblige opportunément à sortir du prisme franco-français sur la question de la criminalité. Il ne se focalise pas sur les stupéfiants et évite l’amalgame entre narcotrafic et économie criminelle. La liste des activités recensées ne place pas le trafic de stupéfiants en tête de liste. L’importance des fraudes, dont celles réalisées en ligne, rappelle que l’économie illégale n’est pas seulement d’ordre productif avec l’offre de biens et services interdits mais aussi d’ordre appropriatif : les organisations criminelles captent de façon indue une richesse qu’elles n’ont pas produite. Le rapport alerte aussi sur l’ampleur des atteintes à l’être humain) : exploitation sexuelle des mineurs, traite des êtres humains et instrumentalisation des migrations illégales.

Cette mise en perspective salutaire passe également par les méthodes criminelles : le blanchiment de l’argent sale et l’infiltration de l’économie légale, le recours à la violence et/ou à la corruption et l’exploitation d’une main-d’œuvre très jeune. Ce dernier point, observé à l’échelle européenne, est particulièrement intéressant. Il replace ces acteurs généralement mineurs dans un contexte institutionnel. Plus que des criminels affiliés, ce sont des victimes de la criminalité forcée. Cela n’est pas sans implication sur la qualification pénale de leurs actes ainsi que sur le travail de prévention à l’encontre de la jeunesse.

Nouvel ADN ou virus mutant ?

L’ADN du crime a-t-il pour autant radicalement changé comme l’affirme le titre du rapport ? Cela reste à nuancer. La criminalité organisée s’adapte, ce n’est pas nouveau. L’histoire criminelle témoigne de la capacité des criminels à développer de nouvelles affaires et marchés, à se redéployer, y compris grâce aux nouvelles technologies. Les Brigades du Tigre), créées en 1907 par Clemenceau, sont des brigades mobiles motorisées pour répondre au défi posé par des bandes criminelles utilisant des véhicules et des armes à feu. La contrefaçon utilise depuis longtemps les évolutions technologiques en termes de piratage, reproduction et impression 3D.

L’hybridation de la menace connaît aussi des antécédents : par exemple, la piraterie, officiellement réprouvée, a largement été, aux XVIe et XVIe siècles, un outil occulte au service des États européens). Au regard de ces permanences et récurrences, l’image d’un virus présentant des mutations est peut-être plus pertinente que celle d’un changement d’ADN.The Conversation

Clotilde Champeyrache, Maitre de Conférences HDR, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

En attendant PolarPod, Jean-Louis Etienne et les élèves du lycée Rascl d’Albi présentent TiPod

 

TiPod

Si son projet de bateau vertical révolutionnaire PolarPod, qui doit permettre de mieux comprendre les courants autour de l’Antarctique, a pris du retard notamment en raison de divergences entre l’Ifremer et le chantier naval chargé de construire cet incroyable vaisseau, Jean-Louis Etienne n’en poursuit pas moins cette aventure au long cours. Celle-ci fait étape ce jeudi 29 mai à Sète où le médecin explorateur tarnais va lancer TiPod, un petit Polar Pod imaginé en 2021… pour un grand projet pédagogique.

Des élèves de trois BTS à Albi

Porté par des étudiants en formations industrielles et des professeurs du lycée Louis Rascol d’Albi, TiPod est une bouée océanographique, réplique miniature de PolarPod, bardée de capteurs de données sur l’environnement marin. Conçu par les élèves des BTS CIEL-IR (Cybersécurité, Informatique et réseaux, Électronique Option Informatique et Réseau), CIEL-ER (Cybersécurité, Informatique et réseaux, Électronique Option Électronique et Réseau) et CPI (Conception de Produit Industriel), TiPod embarque des capteurs atmosphériques (pression, température de l’air, vitesse et direction du vent, humidité), d’autres pour mesurer l’état de la mer (hauteur des vagues et fréquence de la houle par une centrale inertielle) et enfin pour mesurer le rayonnement solaire par unité de surface en W/m2 qui permet d’évaluer l’activité biologique.

Chaque année, 12 élèves par section ont consacré près de 120 heures pour concevoir et fabriquer TiPod qui va être embarqué sur le bateau Persévérance ce jeudi depuis le Quai d’Alger à Sète et sera récupéré après 48 heures de tests en mer.

Équipé de panneaux photovoltaïques, TiPod est autonome en énergie et toutes les données qu’il transmettra via le système de communication par satellite Iridium seront présentées sur la plateforme dédiée et intégrées au programme pédagogique de PolarPod.

« L’exploration ne se limite pas aux pôles ou aux océans. Elle commence à l’école, là où naissent la curiosité, l’envie de comprendre et l’audace d’agir », assure Jean-Louis Etienne qui, en passeur de science, a toujours inclus des volets pédagogiques à ses projets.

Génération Z contre Millennials : deux visions du monde à l’ère du numérique

 

gen Z

Une étude « Génération Z vs Millennials », menée par Carat et Dentsu Insights, permet, à partir des données exclusives du CCS Panel 2024, de dégager les divergences et les convergences de deux générations numériques, qui partagent beaucoup mais qui ne sont pas interchangeables…

Millennials et Gen Z partagent un ADN technologique, ayant grandi avec internet comme horizon. Pourtant, l’étude montre que leurs rapports aux marques, aux médias et à la société divergent sensiblement.

Les millennials, plus installés dans la vie active et parentale (59 % ont des enfants), se distinguent par une vision plus fidélisée de la consommation : 74 % restent attachés à une marque une fois conquis. La Gen Z, encore majoritairement sans enfant (89 %), adopte une posture plus exploratoire, friande de nouveautés, de contenu immersif et de récompenses instantanées.

Les deux générations affirment néanmoins leur attachement aux marques expérimentées et aux offres personnalisées. L’indice d’engagement par les coupons ou contenus sponsorisés reste fort des deux côtés (environ 57 %), illustrant l’efficacité du marketing relationnel.

Consommations médias : convergence des écrans mais divergence des formats

Si Instagram, TikTok et YouTube dominent chez tous, la Gen Z les utilise avec une intensité inédite : 68 % visionnent des programmes courts (moins de 10 minutes), 69 % consomment des vidéos TikTok au moins une fois par semaine, contre 36 % chez les millennials. Ces derniers restent davantage attachés à des formats longs (TV, SVOD), et à des chaînes traditionnelles comme M6 ou TF1.

Côté contenus, les figures suivies disent tout : Squeezie, Hugo Décrypte et Inoxtag dominent chez la Gen Z ; les millennials citent encore McFly & Carlito ou Hugo Clément. L’univers est le même, mais la temporalité n’est plus la même.

Les usages sont également révélateurs dans les habitudes d’écoute musicale ou de visionnage : plus de 64 % de Gen Z écoutent de la musique via des plateformes, quand 58 % des millennials privilégient encore la radio linéaire ou les émissions.

Valeurs, engagements et projections : un miroir générationnel asymétrique

La Gen Z affiche une conscience plus aiguë des causes sociales et climatiques : 35 % déclarent que la protection de l’environnement naturel est une priorité, 33 % mentionnent la pauvreté, et 25 % l’égalité des chances. Les millennials partagent cette sensibilité, mais avec une hiérarchie différente — la protection des enfants ou l’achat immobilier apparaissent plus souvent comme objectifs à court terme.

Quant aux projections, elles dessinent deux âges de la vie : les Z veulent changer de travail (26 %), retourner en formation (13 %) ou quitter le domicile parental (13 %). Les millennials visent l’achat d’un bien immobilier (17 %), ou une nouvelle voiture (21 %), en phase avec un ancrage plus stable.

Au final, l’étude montre que les deux générations se croisent plus qu’elles ne s’opposent : l’une cherche encore sa place, l’autre tente de consolider la sienne.

Quand Google n’est plus le seul réflexe : les Français réinventent la recherche en ligne

 

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Pendant deux décennies, la recherche d’information en ligne obéissait à une mécanique simple et bien huilée : un besoin, une requête, un moteur, et particulièrement Google, n°1 des moteurs de recherche. Mais en 2025, ce paradigme se fissure… Une étude inédite menée par Eskimoz, spécialiste européen du marketing digital, avec Ipsos, révèle un changement d’ère : l’internaute français n’a plus un seul point d’entrée vers le web, mais une mosaïque de chemins, selon ses intentions, ses habitudes et son âge.

Plus de 70 % des Français utilisent un moteur de recherche plusieurs fois par jour ; un réflexe encore puissant, mais désormais concurrencé. Les réseaux sociaux, quotidiennement consultés par 75 % des femmes et 70 % des hommes, deviennent un vecteur d’information à part entière. Quant aux plateformes vidéo, elles s’imposent comme un canal majeur d’apprentissage, particulièrement pour les hommes (74 % de fréquentation hebdomadaire).

Les outils d’intelligence artificielle générative – ChatGPT en tête – font, eux, une percée remarquée, avec 30 % des hommes et 27 % des femmes les utilisant au moins une fois par semaine. Le quotidien numérique est devenu, d’évidence, fragmenté, multicanal, et surtout généralisé.

L’intention façonne le canal

Loin du réflexe unique, les Français choisissent désormais leur plateforme selon le besoin. Pour apprendre à faire, ils privilégient la vidéo (51 %), reléguant les moteurs à la seconde place (40 %). Pour découvrir des produits, les réseaux sociaux, notamment chez les jeunes, prennent l’ascendant. Et pour acheter, plus de la moitié des répondants passent directement par des plateformes d’e-commerce, court-circuitant les moteurs.

Ce changement n’est pas anodin et consacre la contextualisation des usages : un même individu choisira YouTube pour un tutoriel, TikTok pour une découverte, Amazon pour une comparaison, Google pour une synthèse. Le moteur n’est ainsi plus le centre, mais un élément parmi d’autres, ce qui a de quoi inquiéter Google qui a récemment présenté de nombreuses nouveautés dopées à l’IA pour conserver son leadership menacé.

La fin de la recherche linéaire

Le constat final de l’étude est sans appel : la recherche en ligne est devenue éclatée. Un Français sur cinq utilise désormais trois types de plateformes pour un même besoin. Cette tendance culmine chez les 18-34 ans, où seuls 26 % se contentent d’une seule source. Loin du modèle de la requête unique, l’expérience utilisateur se fait transversale, séquencée, pluraliste.

Cette évolution signe un changement anthropologique. Le besoin d’information ne se contente plus d’une réponse : il appelle confrontation, vérification, adaptation au format.

Reste une question de fond, soulevée en creux : quelles conséquences pour la hiérarchie de l’information, sa fiabilité, sa visibilité ? Dans un écosystème éclaté, la bataille ne se joue plus sur la première page de Google, mais sur des terrains mouvants, parfois opaques, où l’algorithme influence autant que l’intention.

Les moteurs de recherche ne sont plus l’unique porte d’entrée

"On n’effectue plus de recherches sur Internet comme on le faisait il y a cinq ans. Aujourd’hui, un même utilisateur peut découvrir un produit sur les réseaux sociaux, regarder un tutoriel, lire un avis, interroger une intelligence artificielle, puis comparer les prix sur un site marchand — le tout dans la même journée. La recherche est devenue fluide, éclatée, mobile", explique Jérémy Lacoste, Directeur Général d’Eskimoz.

"Notre étude montre que les parcours se complexifient et que les moteurs de recherche, au sens classique, ne sont plus l’unique porte d’entrée. Il faut désormais penser la visibilité en ligne comme un écosystème global, où chaque canal peut déclencher une intention", explique le spécialiste.

L’écriture numérique : un défi pour l’enseignement ?

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Par Maëlle Ochoa, Université de Bordeaux

L’acquisition de l’écrit est un processus complexe, qui s’étale sur toute une scolarité. Et l’omniprésence d’outils numériques implique de repenser son apprentissage, dans la mesure où les écrans supposent un autre traitement des informations. Du cahier à l’ordinateur ou au smartphone, les logiques ne sont plus les mêmes. Quelques pistes de réflexion.


« L’écriture n’est pas en progrès ; il semble même qu’elle soit plutôt en décadence. » Si vous pensez lire là un extrait de l’annonce de François Bayrou, en mars dernier, à l’occasion de l’annonce d’un plan pour l’écriture à l’école, vous vous trompez. Il s’agit d’une citation de l’inspecteur d’académie Irénée Carré, en 1889.

La maîtrise de l’écrit et son enseignement ont toujours fait l’objet de prises de parole politiques, reflétant les enjeux sociaux autour de l’écriture qui, en plus d’être un puissant transformateur cognitif, est un outil indispensable pour s’insérer socialement. Que ce soit dans une langue maternelle ou dans une langue étrangère, sur papier ou sur écran, écrire, c’est penser.

En tant que besoin social, l’écrit catalyse des inégalités. Ajoutée à d’autres facteurs, sa maîtrise permet d’accéder à une meilleure réussite scolaire, académique, professionnelle, sociale. Et cette réussite est davantage susceptible de conduire à des situations dans lesquelles on continue à réfléchir et s’enrichir intellectuellement.

On comprend donc bien la nécessite d’enseigner l’écrit à l’école, et jusqu’à l’université. De plus, si les problématiques d’enseignement de l’écriture questionnent les professionnels depuis longtemps, l’omniprésence de l’écriture numérique soulève de nouvelles questions. Quelles différences entre l’écriture sur papier et l’écriture sur écran ? Qu’implique l’écriture numérique, à la fois sur le plan social et celui de son acquisition ?

Les spécificités de l’écriture numérique

Écrire est une activité complexe et coûteuse sur le plan cognitif. Pour écrire, vous devez mettre en œuvre un grand nombre de processus de manière simultanée : récupérer des informations dans la mémoire à long terme, transformer ces informations sémantiques en texte, produire le texte à la main ou le taper, vérifier le résultat en le comparant avec les buts initiaux, tenir compte de votre lecteur, respecter un certain nombre de normes linguistiques et discursives…

Si vous écrivez dans une langue étrangère, il y a des défis supplémentaires : vous n’avez peut-être pas accès à tout le lexique nécessaire, les opérations prennent plus de temps, vous avez votre langue maternelle en tête, etc.

Lorsque vous écrivez dans un espace numérique, d’autres spécificités sont aussi à prendre en compte. Il faut distinguer l’écrit numérisé, qui est une sorte d’écrit papier sur un support différent, de l’écrit numérique, qui implique une compréhension de l’environnement informatique. Maîtriser l’écrit numérique ne signifie pas apprendre à écrire ou à lire sur un écran. Cela suppose d’être capable à la fois de traiter des informations et de construire du sens en tenant compte de la machine.

Activer ou suivre des liens hypertextes, commenter un article, interagir avec le contenu grâce à des emojis, des likes ou des réactions, utiliser une messagerie instantannée, ou une IA générative, concevoir des diaporamas, collaborer sur un même document sont des exemples de situations qui relèvent de l’écriture numérique. Ces actions impliquent des processus qui ne peuvent être mis en œuvre dans le cas d’une écriture sur papier d’un texte numérisé.

Du point de vue de l’attention, l’apprentissage dans un espace numérique peut être facilité par une utilisation précise et appropriée de certains outils comme les plates-formes permettant de réguler l’écoute d’un document audio en autonomie par exemple, les liens permettant d’avoir accès à des informations supplémentaires, les correcteurs. Mais il peut aussi être entravé quand on est confronté à de trop nombreuses informations à la fois, ou qu’on ne cesse de naviguer d’un onglet à un autre.

Un exemple d’étude sur l’utilisation de la traduction en ligne

Dans le cadre de mes recherches, je me suis intéressée en particulier à l’apport de la traduction neuronale automatique, avec des outils comme DeepL, pour l’enseignement de la production écrite en français langue étrangère.

Il s’agit de comprendre dans quelle mesure l’utilisation de DeepL permet d’améliorer les performances des rédacteurs. Pour cela, j’ai mené une étude expérimentale auprès d’étudiants chinois à l’université en France. Les étudiants ont d’abord rédigé un essai sans aide, puis un deuxième essai pour lequel ils pouvaient recourir librement à DeepL.

Les écrans des étudiants ont été enregistrés pendant la rédaction. Cette technique permet d’observer et de comparer les activités de rédaction : le temps de frappe sur le clavier, le temps passé à traduire, les temps de pause entre chaque étape, les mouvements du curseur, etc.

Les résultats de cette étude ont mis en évidence des profils de rédacteurs variés. Lorsqu’ils peuvent utiliser DeepL, certains étudiants utilisent beaucoup leur langue maternelle et font ainsi plus de pauses, ce qui est bon signe puisque les pauses permettraient de s’intéresser à l’aspect global du texte, à sa cohérence, aux idées qu’il contient. D’autres étudiants passent plus de temps à écrire en français, ce qui pourrait correspondre aux objectifs des enseignants. De futures études permettront peut-être de faire des liens entre ces profils de rédacteurs et la progression des étudiants.

Nous avons également remarqué que, lorsqu’un étudiant passe d’une opération à l’autre rapidement, et de nombreuses fois, ses performances à l’écrit ont tendance à diminuer. Cela rejoint d’autres conclusions de recherche selon lesquelles les nombreux changements d’activités augmentent la charge cognitive et peuvent avoir un impact négatif sur les performances des étudiants.

Quelles stratégies pour repenser l’enseignement ?

Ces analyses ont aussi permis de montrer comment les apprenants se saisissent de l’outil et d’identifier différentes stratégies, qui peuvent être discutées avec les étudiants :

  • traduire des phrases ou des expressions de la langue maternelle vers la langue étrangère peut servir à lancer ou compléter la production ;

  • alterner les langues peut permettre de construire des idées complexes ;

  • traduire le texte entièrement peut servir à obtenir une version corrigée, à récupérer certains éléments, à rédiger uniquement en langue maternelle ;

  • Comparer la version en langue maternelle et la version en langue étrangère peut permettre de réfléchir sur la langue.

Les étudiants peuvent déléguer certaines opérations, ce qui facilite le processus de rédaction. Attention, toutefois, il est aussi possible d’éviter des opérations. Or, dans une visée cognitive de l’apprentissage des langues, on ne cherche par à faire éviter les opérations qui conduisent à résoudre des problèmes, mais à les accompagner. C’est ce qui amène les étudiants à résoudre des problèmes de plus en plus complexes par eux-mêmes.

Les traducteurs en ligne sont des aides à l’écriture qui peuvent servir l’enseignement de l’écrit en langue étrangère. Tenir compte de la façon dont le traducteur amène les étudiants à traiter l’information et à construire le sens apparaît essentiel pour enseigner l’écriture numérique.The Conversation

Maëlle Ochoa, Doctorante en didactique des langues secondes, Université de Bordeaux

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Médiamétrie a analysé les tendances mondiales : la télé n’a pas dit son dernier mot

 

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Dans un monde saturé d’écrans, de plateformes et de contenus à la demande, la télévision linéaire, qu’on disait en sursis, révèle une capacité de résistance que peu d’observateurs anticipaient. C’est l’enseignement principal de l’édition 2025 du rapport Une année de télévision dans le monde, publié par Médiamétrie – Glance. En 2024, les téléspectateurs de 86 pays ont passé en moyenne 2 h 19 par jour devant leur téléviseur – un chiffre certes orienté à la baisse chez les jeunes adultes (1 h 25), mais qui souligne un fait central : la télévision continue de rassembler, au moment même où les usages se dispersent.

C’est dans le direct que la télévision puise sa force. Près de 90 % du temps de visionnage est encore dédié à des programmes diffusés en temps réel ou en retransmission immédiate. Le sport, événement total et fédérateur, en est la meilleure incarnation. L’Euro de football en Allemagne et surtout les Jeux olympiques de Paris ont galvanisé les audiences en 2024, permettant à des chaînes publiques européennes – comme la BBC One au Royaume-Uni ou ZDF en Allemagne – de regagner du terrain. Outre-Atlantique, le Super Bowl a enregistré ses meilleures performances historiques, avec des hausses spectaculaires d’audience : + 7 % aux États-Unis, + 52 % au Canada.

Mais la télévision ne vit pas que de rendez-vous collectifs. Elle évolue, s’adapte, investit dans de nouvelles formes narratives. L’étude révèle qu’en 2024, 38 % des séries présentes dans les tops 10 des 70 pays analysés étaient des nouveautés – un bond de 24 % en un an. The Tale of Lady Ok, fiction coréenne portée par un personnage féminin, a quadruplé l’audience de sa case sur JTBC. Whiskey On The Rocks, satire historique suédoise, a conquis le public en faisant dialoguer passé et présent.

Nouveaux formats

Côté divertissement, les marques-programmes solides – Danse avec les stars, Mask Singer – demeurent incontournables dans de nombreux pays. Mais une nouvelle tendance émerge, à la croisée du contenu et de la publicité : le branded entertainment. Celebrity Send Off, diffusé au Royaume-Uni, en est un exemple frappant : un duo de célébrités organise de fausses funérailles, avec le soutien… d’une entreprise de pompes funèbres. L’humour noir devient outil marketing, et la frontière entre narration et promotion s’estompe.

Face à ces évolutions, la mesure d’audience devient un enjeu stratégique. Partout dans le monde, les instituts renforcent leurs méthodologies pour intégrer les usages numériques (preview, hors domicile, replay, SVoD, AVoD…). L’Australie, l’Allemagne, l’Italie, la France ou le Royaume-Uni développent désormais des dispositifs mixtes qui tentent de refléter la réalité plurielle des consommations.

300 grandes entreprises, administrations et start-up lancent un manifeste pour la souveraineté technologique et l’autonomie stratégique du numérique en France et en Europe

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En lançant son Manifeste pour la souveraineté technologique et l’autonomie stratégique du numérique, l’Innovation Makers Alliance (IMA), qui fédère depuis 2015 les directions technologiques de 150 grands groupes, ETI et administrations françaises, livre une feuille de route ambitieuse. Le manifeste, intitulé "Pour la souveraineté technologique et l’autonomie stratégique du numérique en France et en Europe" est le fruit d’une consultation inédite impliquant France 2030, La French Tech, Station F ou encore Hexatrust et le Hub France IA. Parmi les signataires figurent Airbus, Orange, OVH, Mistral AI ou encore la Région Occitanie.

Le contexte géopolitique et économique, marqué par la domination des technologies américaines et chinoises, confère à ce document un poids particulier. « La souveraineté technologique n’est pas un repli, c’est un choix stratégique », résume Christophe Grosbost, directeur de la stratégie de l’IMA.

IA, cloud, cybersécurité, quantique, data, low-code/no-code, IT : le manifeste ne se limite pas à un inventaire de priorités. Il articule les enjeux en sept axes technologiques clés, tout en fixant des objectifs mesurables et activables à court et moyen terme. En filigrane, une ligne claire : refuser le fatalisme face aux GAFAM et BATX – acronyme désignant Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, les quatre plus grandes entreprises technologiques de Chine – et faire émerger une alternative européenne viable, à la fois par le marché, la régulation et l’innovation collaborative.

Cinq recommandations phares, pour changer d’échelle

Parmi les 33 mesures proposées, cinq concentrent l’attention, tant elles ciblent les verrous structurels du système actuel.
D’abord, un Small Business Act européen, pour réserver une part des marchés publics aux startups et PME technologiques du continent. Une rupture avec le monopole implicite des acteurs américains.

Ensuite, une plateforme centralisée d’appels d’offres, accessible aux jeunes pousses, pour lever l’opacité qui entoure encore trop souvent les besoins technologiques des grandes entreprises et des administrations.

Après l’IMA propose un "Bonus Souveraineté", alliant subventions à l’achat et incitations fiscales, sur le modèle du bonus écologique. L’objectif est de rétablir la compétitivité-prix des solutions européennes.

Des investissements massifs dans les infrastructures IA, notamment les data centers et la puissance de calcul, pour combler le retard avec les initiatives comme Stargate aux États-Unis est une des autres propositions fortes. Enfin, l’IMA propose des "data spaces" sécurisés et interopérables, pour mutualiser les données sensibles en conformité avec le RGPD et construire une IA conforme aux valeurs européennes.

Un appel à la cohérence politique

Au-delà des aspects techniques, le manifeste interpelle directement les décideurs publics : unification des commandes publiques, régulation renforcée des marchés critiques, financement des deeptechs, formation massive aux compétences souveraines, mais aussi sensibilisation politique et institutionnelle. L’ambition affichée est claire : faire de la souveraineté numérique un pilier de la compétitivité européenne, au même titre que l’énergie ou la défense.



La cybersécurité managée : le bras armé d’une protection réussie pour les PME

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Par Peggy Demaison, directrice marketing du groupe Alphalink

Les cybermenaces connaissent chaque année une montée en puissance qui amène les entreprises à faire évoluer leurs dispositifs de protection pour ne pas être impactées par des attaques hétérogènes. Dans ce contexte, un constat se pose au niveau des petites et moyennes entreprises : ces dernières apparaissent beaucoup plus vulnérables au regard de leur manque de moyens financiers et humains pour gérer ce sujet de manière globale et continue. Alors, comment faire pour leur permettre de se protéger efficacement tout en prenant en compte leurs contraintes ?

Proposer des offres globales et simples à déployer

Sur ce sujet, il faut parfaitement intégrer que la majorité des PME ne disposent pas d’équipe IT ou cyber en interne. Il est donc pertinent de proposer des offres de services managés qui ne demanderont aucun effort au client final qui pourra se concentrer sur son métier tout en ayant un dispositif de cyberprotection performant. En ce sens, des briques fondamentales et avancées sont à prendre en compte. Parmi ces dernières, nous pouvons notamment évoquer les sujets suivants :

  • Scan de vulnérabilité : Conçu pour identifier, analyser et rapporter les menaces potentielles au sein des systèmes informatiques et réseaux des clients, le scan de vulnérabilité est un outil de cybersécurité essentiel. À la fin de l’analyse, un rapport détaillé est généré, résumant toutes les menaces détectées, leur niveau de gravité et les recommandations spécifiques pour y remédier.
  • Protection des postes de travail : L’XDR est une solution de cybersécurité de pointe qui étend la protection des postes fixes jusqu’aux mobiles, en passant par les emails et les applications SaaS, pour sécuriser l’écosystème de travail de chaque collaborateur et ainsi ne laisser aucune porte d’entrée aux cybermenaces avancées.
  • Le Firewall : Ce dernier est conçu pour sécuriser les infrastructures réseaux et agit comme un bouclier stratégique surveillant en temps réel tout type de flux pour détecter, bloquer ou isoler toute tentative d’intrusion ou activité suspecte. Il protège efficacement contre les cyberattaques sophistiquées, les intrusions avancées, les malwares et les attaques DDoS.
  • Le Security Operations Center : Le SOC souverain offre une protection continue face aux cybermenaces. Composé d’experts en cybersécurité et d’outils technologiques avancés, le SOC détecte, analyse et répond aux incidents de sécurité, garantissant une vigilance permanente sur les systèmes informatiques. En collectant et en analysant les données en temps réel, le SOC identifie les comportements anormaux et réagit immédiatement pour contenir les menaces potentielles.

S’appuyer sur des spécialistes de proximité

Au-delà de la technologie, le sujet de la cybersécurité dans les PME intègre également un volet humain important. En ce sens, les intégrateurs locaux ont tout intérêt à intégrer ce type d’offres dans leurs catalogues de services. Cela leur permettra d’une part de répondre à des attentes fortes tout en développant leur compétitivité. Ils élèveront ainsi significativement leur qualité de service et occuperont une place centrale pour accompagner leurs clients dans leur bascule vers le digital. Sur ce point, notons donc que les fournisseurs de services et de technologies doivent prendre en compte ce point pour packager des offres qui pourront rapidement être commercialisées, notamment en marque blanche, par des revendeurs et intégrateurs IT.

Face aux prédicateurs 2.0 des Frères musulmans sur les réseaux sociaux, comment riposter ?

 

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Une large partie du rapport sur les « Frères musulmans et islamisme politique en France » aborde le rôle des réseaux sociaux en évoquant notamment « une prédication 2.0 des influenceurs qui complète et parfois concurrence la prédication traditionnelle. »

Ces prédicateurs 2.0 opèrent à la croisée du religieux, de l’activisme identitaire et du marketing communautaire. Leur stratégie ? Investir massivement les plateformes numériques pour « produire des contenus en français au ton militant, défensif voire victimaire » et bâtir autour d’eux une communauté fidèle. « Ils s’adressent à une jeunesse connectée, parfois désaffiliée des institutions religieuses classiques, en promouvant une religiosité d’apparence et d’appartenance », indique le rapport. Voile, halal, pureté morale… : autant de marqueurs symboliques qui alimentent une narration clivante entre « eux » et « nous. »

Ces influenceurs n’appellent pas à la violence, mais jouent sur les lignes de crête. Leur discours, parfaitement ajusté aux codes numériques, valorise la pratique religieuse comme geste de résistance face à une société perçue comme hostile. Le rapport souligne que « le jihad s’efface au profit d’un registre victimaire, centré sur la dénonciation de l’islamophobie et la revendication d’une citoyenneté conditionnelle ».

Comment développer un contre-discours ?

Derrière cette stratégie se dessine une entreprise de contournement républicain. Elle ne prend pas d’assaut les institutions, elle les court-circuite par le bas, en créant ce que le rapport nomme une « contre-société numérique », transnationale, fluide, résolument déterritorialisée. En somme, une prédication algorithmique, où l’idéologie avance masquée derrière les filtres et les vues.

Toute la question pour l’État est de trouver la bonne réplique aux islamistes qui utilisent quotidiennement les réseaux pour exploiter l’actualité (notamment les controverses sur la laïcité), propager l’idée que l’État est islamophobe et retourner les valeurs républicaines contre la République elle-même. Qui doit intervenir entre l’État et la société civile ? Comment développer un contre-discours pour contrer la propagande islamiste ? Des questions qui appellent des mesures de la part du gouvernement.

IA au cinéma : de « 2001 » à « Mission impossible », 60 ans d’angoisse technologique

 

Dans Mission Impossible : The Final Reckoning, comme souvent, le septième art façonne notre peur de l’intelligence artificielle. Paramount Pictures
Par Mehdi Achouche, Université Sorbonne Paris Nord

Depuis Alphaville (1965) jusqu’à Terminator (1984), le cinéma exorcise ses angoisses en prêtant aux cerveaux mécaniques un pouvoir froid et totalitaire. Mission Impossible : The Final Reckoning ravive aujourd’hui ce vieux mythe : une IA tentaculaire s’empare des réseaux militaires et menace l’ordre mondial. Retour sur soixante ans d’écrans hantés par la même question : que devient l’humain quand la machine pense à sa place ?


Le cinéma s’intéresse aux créatures artificielles depuis ses débuts, mais ce qui peut plus rigoureusement être qualifié d’intelligence artificielle (IA) est un thème qui date des années 1960. Alors que robots et androïdes sont facilement utilisés comme la métaphore du prolétariat ou d’individus déshumanisés et objectifiés, les IA désincarnées sont plutôt représentées comme des entités inhumaines et mortifères. On peut rattacher cette vision à l’avènement de l’ordinateur et à la manière dont le grand public l’a peu à peu appréhendé.

Ce dernier découvre progressivement les ordinateurs au sortir de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle des machines comme Colossus ou l’Electronic Numerical Integrator And Computer (Eniac) ont été conçues pour aider à décrypter les communications allemandes ou calculer des trajectoires de missiles balistiques. La recherche s’accélère après 1945 et, très vite, la presse présente les premiers ordinateurs comme des « cerveaux géants », ainsi que le veut le titre d’un des tout premiers livres qui leur est consacré en 1949. L’année suivante Time Magazine pose en couverture une question à la fois excitante et inquiétante : « L’homme peut-il construire un surhomme ? »

Trois thématiques émergent ainsi peu à peu autour de la figure de l’ordinateur et bientôt de l’IA : l’automatisation du monde du travail et le chômage en résultant ; la technocratie et l’avènement d’une société vouant un culte démesuré aux machines ; et l’automatisation des armements militaires.

Le chômage technologique à l’écran

L’ordinateur est donc étroitement associé aux facultés mentales, à une époque où le terme « computer » (« calculateur » en français) est encore utilisé pour désigner des êtres humains qui réalisent des opérations mathématiques. Le magazine étatsunien Collier’s Weekly pose brutalement la question de l’automatisation dès 1953 en ces termes : « Un cerveau mécanique va-t-il vous remplacer ? »

La peur du chômage technologique est déjà au centre de la comédie romantique Une femme de tête (Desk Set, 1957), dans lequel un ordinateur menace de supprimer tous les postes de secrétaires et de documentalistes d’une grande entreprise. Mais le film est sponsorisé par IBM, alors leader du marché, et cherche en réalité à convaincre qu’il n’y a au contraire rien à craindre : l’inventeur (Spencer Tracy) finit même par épouser une des documentalistes (Katharine Hepburn). Le générique du film invite déjà littéralement le public à se rapprocher de l’intimidante machine et à constater qu’elle n’a rien de nocif.

En 1964, la série télévisée la Quatrième Dimension met en scène à son tour un patron d’usine qui installe un ordinateur afin de rationaliser les opérations de son entreprise. La machine licencie bientôt tous les ouvriers, les secrétaires (plus besoin de s’encombrer de congés maternité, comme le souligne le dirigeant) – jusqu’au patron lui-même, remplacé dans une ultime ironie par un robot dans la dernière scène de l’épisode.

L’homme face à la pensée technocratique

L’avènement des superordinateurs dans les années 1960 permet à l’idée de l’intelligence artificielle – terme inventé en 1956 – de se populariser au cinéma. Parce qu’ils sont souvent utilisés pour développer les programmes d’IA, les superordinateurs sont étroitement associés au phénomène. L’idée fait presque instantanément son chemin à l’écran : si l’ordinateur est un cerveau géant et ultracompétent, alors peut-être un esprit surgira-t-il de ce cerveau ?

S’ensuit une certaine ambiguïté, qui perdure jusqu’à nos jours : dans le terme « intelligence », la culture populaire entend surtout conscience, ou « sentience », c’est-à-dire l’existence d’une subjectivité, de la capacité non seulement à raisonner mais aussi à ressentir. Un être à part entière – mais aussi, paradoxalement, un pur cerveau, c’est-à-dire un être froid, asservi au calcul logique et ultrarationnel, et qui est souvent utilisé pour caricaturer la pensée scientifique.

On doit la première manifestation majeure de cette idée à Jean-Luc Godard, qui dans Alphaville popularise, dès 1965, des idées (il s'inspire pour cela de la science-fiction littéraire) que l’on retrouvera très souvent dans les années à venir : une société dystopique dirigée par un supercalculateur conscient et doué de la parole, l’Alpha 60. L’IA a créé une société ultrarationnelle qui est la satire des technocraties, de la planification et de la standardisation du quotidien. C’est ce qu’explicite Godard lui-même dans la fausse interview de scientifiques et « simulateurs de pensée » parue dans le Nouvel Obs à l’occasion de la sortie du film. Pour le réalisateur, l’IA est avant tout le symbole d’une société qui abandonne sa liberté de penser à des machines et aux technocrates qui se cachent derrière.

Alphaville
Wikimedia

Bientôt d’autres films et séries télévisées reprennent l’idée d’un héros individualiste et libre qui combat l’ordinateur ultrarationnel et parvient, comme chez Godard, à vaincre la machine en lui soumettant un dilemme ou une question insoluble qui provoque son autodestruction. Le capitaine Kirk fera – plusieurs fois – exactement la même chose dans plusieurs épisodes de Star Trek (1966-1969). Le héros de la série le Prisonnier (1967), captif d’une société qui nie l’individualité de tout un chacun, parvient de même à pousser l’IA à imploser en lui posant une simple question, insoluble pour elle : « Pourquoi? » Ce type de scène devient rapidement un cliché, au point qu’elle est parodiée, dès 1974, dans Dark Star, où le héros débat de phénoménologie et de Descartes avec… une bombe nucléaire sentiente.

L’apocalypse nucléaire

Enfin, une troisième thématique voit le jour en 1964 : celle d’un Armageddon atomique provoqué par un ordinateur ou une IA. Dans Point limite (Fail-Safe), de Sidney Lumet, l’automatisation des défenses nucléaires du pays par le biais d’un nouvel ordinateur est responsable d’une catastrophe nucléaire. L’idée fait référence à Sage (Semi-Automatic Ground Environment), un système informatique national utilisé pour la défense nucléaire des États-Unis dans le contexte de la guerre froide.

L’idée est reprise dès 1970 dans Colossus (dont le titre français, le Cerveau d’acier, montre que la même caractérisation des ordinateurs existe en France). Le film est tourné au printemps 1968, donc avant la sortie de 2001, l’odyssée de l’espace, de Kubrick, et imagine l’IA éponyme prendre le contrôle de l’arsenal nucléaire des États-Unis et de l’Union soviétique. L’idée sera reprise plusieurs fois par la suite, notamment dans les Terminator, dans lesquels l’IA militaire, Skynet, fait la même chose et provoque même l’apocalypse nucléaire.

Mission Impossible : The Final Reckoning suit les mêmes pas, rappelant même Point limite par plus d’un aspect. L’IA, dénommée ici « l’entité », utilise Internet pour prendre peu à peu le contrôle des arsenaux nucléaires du monde. Comme dans le film de 1964, un des personnages est le président des États-Unis (une présidente, ici), qui doit décider si elle doit lancer une attaque nucléaire préemptive voire, comme Henry Fonda autrefois, sacrifier une ville étatsunienne pour sauver le plus grand nombre. L’idée principale dans le film est, comme toujours, de contraster la froideur de la machine aux doutes, à l’éthique et à l’empathie des êtres humains (même celle des militaires, ce qui éloigne plutôt Mission impossible de ses prédécesseurs, plus critiques).

Enfin, classiquement, dans Mission impossible, l’IA est assimilée à une possible nouvelle divinité qui régnerait sur l’humanité et pourrait exercer son courroux si cette dernière lui désobéissait (on apprend même qu’une secte vient d’apparaître, vénérant l’entité). L’idée est, là aussi, présente sur les écrans dès les années 1960, appliquant à l’ordinateur et à l’IA une critique plus ancienne relative au culte des machines. Le mot ordinateur lui-même n’a-t-il pas été créé, dans les années 1960, en référence à l’ordre divin ?The Conversation

Mehdi Achouche, Maître de conférences en cinéma anglophone et études américaines, Université Sorbonne Paris Nord

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

L’intelligence artificielle et la cybersécurité : une équation complexe pour les entreprises françaises

 

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Dans un contexte marqué par la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA) au sein des entreprises françaises, une étude réalisée par QBE, en collaboration avec Opinium, révèle un paradoxe : si l’IA offre des promesses indéniables d’automatisation et d’innovation, elle s’accompagne également d’une hausse significative des risques cyber.

L’étude montre que 66 % des entreprises françaises utilisent déjà l’IA, tandis que 81 % des dirigeants anticipent un impact positif sur leur activité. Parmi les principaux bénéfices attendus figurent l’accélération des opérations (51 %), l’amélioration de la cybersécurité (43 %) et la réduction des coûts (40 %). Cependant, cette adoption ne se fait pas sans appréhensions : 19 % des dirigeants redoutent une intensification des risques cyber, un point qui se vérifie par la montée des menaces. En effet, 86 % des répondants rapportent une augmentation des cyberattaques, avec près de la moitié des entreprises ayant été directement visées au cours des 12 derniers mois.

66 % des entreprises envisagent de renforcer leurs investissements en cybersécurité

Le paradoxe est d’autant plus marqué par la source de ces attaques : plus de la moitié d’entre elles sont liées à des fournisseurs, un point crucial souligné par Amanda Maréchal, directrice des Lignes Financières chez QBE France.

« Dans plus de la moitié des cas, lorsqu'une entreprise subit une attaque cyber, cela est lié à un fournisseur. Il est donc primordial, lorsqu'on veut renforcer sa sécurité informatique, d'examiner toute sa chaîne d'approvisionnement. Notre économie est plus que jamais interconnectée. Les entreprises en ont conscience et doivent agir en conséquence », souligne la spécialiste.

Ainsi, la majorité des entreprises (66 %) envisage de renforcer leurs investissements en cybersécurité, tandis que 80 % d’entre elles disposent déjà d’un plan de réponse en cas d’incident.

Le secteur de l’assurance commence également à réagir à ces nouvelles dynamiques. Près de six entreprises sur dix disposent désormais d’une couverture dédiée contre les cyberattaques. Mais la question demeure : face à une interconnexion de plus en plus forte, les entreprises sauront-elles maintenir un équilibre entre innovation technologique et vigilance sécuritaire ?

L’intelligence artificielle au travail : un fossé de confiance entre dirigeants et employés

 

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Dans un contexte où l’intelligence artificielle (IA) devient un pilier incontournable des stratégies d’entreprise, une étude récente de Freshworks met en lumière une tendance inquiétante : la confiance envers l’IA est profondément marquée par des disparités hiérarchiques. Les dirigeants, qui ont la main sur la transformation numérique des entreprises, montrent une confiance nettement plus élevée dans l’IA que les collaborateurs plus juniors. Ce phénomène, révélateur de l’impact stratégique de l’IA, pose de nouvelles questions sur l’acceptation de cette technologie au sein des équipes.

Une adoption de l’IA à deux vitesses

Les données de l’étude Freshworks révèlent une fracture importante entre les différentes strates hiérarchiques. Ainsi, 24 % des cadres dirigeants français, qu’il s’agisse de C-level, de VP ou de directeurs, déclarent avoir "entièrement confiance" dans l’IA. En comparaison, cette confiance s’effondre chez les collaborateurs de niveau inférieur : seuls 7 % des managers, 8 % des chefs d’équipe, 2 % des contributeurs individuels et 2 % des stagiaires partagent ce même degré de confiance.

Cette disparité met en lumière un élément fondamental : l’IA est perçue comme une ressource stratégique pour les dirigeants, mais reste une technologie encore insuffisamment comprise et acceptée par les autres niveaux hiérarchiques. Les résultats soulignent un lien direct entre la position décisionnelle et la confiance envers ces technologies, suggérant que les dirigeants sont les premiers bénéficiaires de la transformation digitale rendue possible par l’IA.

Plus les responsabilités sont stratégiques, plus la confiance dans l’IA est élevée

En un an, la confiance envers l’IA a connu une évolution notable au sein des différents groupes hiérarchiques. Parmi les dirigeants, la confiance a progressé de 49 %, soit un bond considérable. Les managers, bien qu’enregistrant un accroissement de 35 %, demeurent nettement moins enclins à faire confiance aux outils d’IA que leurs supérieurs. Cette dynamique se retrouve à chaque échelon de l’entreprise, mais l’écart reste frappant : plus les responsabilités sont stratégiques, plus la confiance dans l’IA est élevée.

Les données indiquent que la transition vers une plus grande confiance dans l’IA est d’abord vécue par ceux qui influencent directement les résultats business et les choix technologiques. À l’inverse, les collaborateurs sur le terrain, qui interagissent au quotidien avec des outils d’IA comme des agents de service client ou des plateformes d’analyse, semblent moins enclins à lui accorder leur pleine confiance.

Pour les entreprises françaises, un impératif de formation et de transparence

Face à ce constat, les entreprises françaises doivent repenser leur approche de l’IA à l’échelle organisationnelle. Bien que l’IA devienne un vecteur majeur d’optimisation des opérations, la méfiance persistante parmi les jeunes collaborateurs pourrait constituer un frein à son déploiement à grande échelle. Il est impératif de ne pas se contenter d’une adoption en haut de l’échelle : pour exploiter tout le potentiel de l’IA, l’ensemble des collaborateurs doit être impliqué.

Les entreprises doivent concentrer leurs efforts sur trois axes principaux pour instaurer une culture de confiance envers l’IA.

Le premier est la formation des collaborateurs juniors. Une montée en compétences via des formations pratiques, favorisant une meilleure compréhension et une immersion dans les processus IA, est essentielle. L’exposition concrète à l’IA permettrait aux jeunes collaborateurs de mieux appréhender les bénéfices réels de cette technologie.

Le deuxième axe met l’accent sur la transparence et la pédagogie. Les entreprises doivent créer des cadres transparents pour expliquer les décisions prises par l’IA. La transparence sur le fonctionnement des algorithmes et des décisions prises par ces outils renforcera la confiance des employés dans leur utilisation.

Enfin, le troisième axe concerne la culture de l’innovation. L’instauration d’une culture où chaque collaborateur se sent légitime pour interagir avec l’IA est un élément clé. En offrant à tous une place dans cette transformation technologique, les entreprises pourront surmonter les réticences et faire de l’IA un outil démocratisé au sein de l’organisation.

L’IA : un levier stratégique ou un obstacle à surmonter ?

L’IA est désormais un moteur central de la transformation numérique des entreprises françaises, mais son adoption efficace ne pourra se réaliser qu’avec une gestion fine de la confiance à tous les niveaux. Les entreprises qui réussiront à instaurer cette confiance chez leurs collaborateurs juniors auront un avantage compétitif indéniable. Mais plus encore, elles auront les moyens d’intégrer l’IA de manière éthique et transparente, en s’assurant que son usage profite à l’ensemble des parties prenantes.

Dans un contexte où l’IA est en passe de redéfinir les modèles de productivité et d’innovation, le défi est de taille : transformer cette technologie en un atout véritablement collectif. Et pour cela, il est désormais indispensable de renforcer la confiance au sein de toute l’entreprise, en particulier parmi les jeunes talents, qui seront les utilisateurs de demain.

L’IA au travail : un gain de confort qui pourrait vous coûter cher

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Par Kathleen Desveaud, Kedge Business School

L’intelligence artificielle promet un soulagement face à l’ennui des tâches répétitives au travail, mais son usage excessif pourrait entraîner une déqualification progressive et une nouvelle forme de frustration professionnelle. Entre automatisation bénéfique et risque de « travail zombie », comment faire de l’IA un allié du développement des compétences plutôt qu’une source d’appauvrissement cognitif ?


L’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur les métiers est un sujet majeur, qui a été traité dans de nombreuses études. Si la question de la disparition des emplois retient souvent l’attention, une autre question de fond mérite d’être considérée : comment ces technologies transforment et transformeront-elles concrètement le quotidien, les compétences et la motivation des travailleurs ?

L’IA, un remède contre l’ennui au travail ?

L’IA est parfois présentée comme un parfait remède au bore-out, ce syndrome d’épuisement et de désengagement professionnel causé par l’ennui. Le bore-out touche de nombreux salariés contraints d’effectuer des tâches monotones et intellectuellement peu stimulantes. En pratique, ce phénomène apparaît lorsque les compétences d’un employé sont sous-exploitées : passer ses journées à copier-coller des données dans Excel ou à réaliser des tâches administratives répétitives finit par miner la motivation.

Face à cela, l’IA émerge comme une solution prometteuse, grâce à sa capacité à automatiser les tâches répétitives. Libérés de ces activités fastidieuses, les travailleurs peuvent alors voir leur temps de travail réduit, ce qui permet de diriger leur énergie vers des missions plus créatives. Ainsi, une enquête récente révèle que 63 % des salariés français estiment que l’automatisation aide à lutter contre la fatigue et améliore la satisfaction au travail.

L’idée est simple : en déléguant le « sale boulot » à la machine, les humains pourraient se concentrer sur des activités plus épanouissantes et à plus forte valeur ajoutée. Par exemple, dans l’administration française, l’État expérimente l’utilisation d’un agent IA baptisé « Albert » pour assister les fonctionnaires. Cet agent est conçu pour prendre en charge les tâches administratives les plus rébarbatives comme remplir des formulaires, classer des dossiers ou traiter des demandes identiques à répétition, afin de permettre aux agents publics de se consacrer à des échanges plus personnalisés avec les usagers.

Derrière l’automatisation, le risque de déqualification

Mais ce gain de confort pourrait se retourner contre les travailleurs. En effet, les IA ne se contentent pas d’automatiser les tâches ingrates, elles suppriment aussi des opportunités d’apprentissage par la pratique. Peu à peu, les compétences s’érodent et la motivation en pâtit.

On parle alors de syndrome de déqualification (deskilling syndrome), défini comme le remplacement de travailleurs qualifiés par d’autres moins qualifiés, ou la réduction des opportunités d’exercer leurs compétences. En s’appuyant régulièrement sur l’IA, les travailleurs perdent leurs compétences par manque de pratique.

Par exemple, une étude académique récente rapporte des cas d’entreprises où l’automatisation a rendu des comptables incapables d’effectuer certaines tâches clés comme la rédaction de rapports fiscaux conformes. Ce phénomène, qualifié de « cercle vicieux de l’érosion des compétences », se manifeste lorsque les employés deviennent excessivement dépendants de la technologie. Cette dépendance engendre une diminution de la réflexion critique et de la compréhension des processus sous-jacents, ce qui a de vrais effets sur l’engagement des employés.

De plus, quand la performance des IA est bonne, les entreprises sont tentées de recruter des travailleurs moins qualifiés car moins coûteux, ce qui peut poser un vrai problème, surtout dans des secteurs particulièrement sensibles. Prenons l’exemple de la santé. Il a été démontré que les IA étaient plus performantes que les médecins pour identifier une pathologie comme le cancer du sein à partir d'une mammographie. Naturellement, l’imagerie médicale a été l’une des premières applications pratiques de ces IA de reconnaissance d’image. Si cela a aidé dans la réalisation de diagnostics, on constate cependant un phénomène de déqualification potentiellement dangereux, comme l’explique ce médecin radiologue dans ce thread X :

De plus, ces pertes de compétences entraînent une vraie perte d’autonomie et une dépendance cognitive : la dépendance à l’IA peut éroder des compétences cognitives essentielles comme la pensée analytique ou la résolution de problèmes.

Ainsi, paradoxalement, alors que l’automatisation semblait initialement simplifier le travail et réduire l’ennui, elle peut par la même occasion créer une déqualification progressive, qui impacte les aptitudes cognitives et crée une nouvelle forme de frustration au travail : les salariés se sentent démotivés, vulnérables, inutiles voire incompétents.

A ce titre, une étude révèle que 42 % des managers interrogés ont abandonné leur pouvoir décisionnel au profit des systèmes d’IA après avoir pris une mauvaise décision. Le constat est alarmant : face à l’incertitude, on préfère laisser faire la machine. Or, quand les employés ne peuvent plus utiliser et développer leurs compétences, la démotivation s’installe.

Vers un travail « zombie » ?

Une étude académique sur les UX designers a montré qu’avec l’IA on passe progressivement de rôles de « participation active » à des « rôles de surveillance passive ». Les employés risquent ainsi de devenir des opérateurs passifs, validant les décisions de l’IA sans implication intellectuelle. Ce risque se développe à mesure que les IA gagnent en performance. Comme le montre cette même étude, plus l’IA assume des tâches fondamentales du métier, moins les professionnels sont exposés aux processus cognitifs de leur métier.

David Graeber définissait les « bullshit jobs » comme des emplois que même ceux qui les occupent considèrent comme vides de sens. Avec l’IA, nous pourrions voir émerger une nouvelle catégorie : les « emplois assistés par l’IA » où les travailleurs deviennent de simples validateurs de ce que l’IA a produit. Ce phénomène, que Bernard Stiegler qualifiait de « prolétarisation cognitive », capture l’essence de ces savoir-faire progressivement absorbés par les systèmes techniques.

L’efficacité de l’IA a un revers : réfléchir, c’est calculer, traiter l’existant, alors que penser, c’est explorer, inventer, questionner.

On assisterait ainsi à un nouveau type de frustration professionnelle : celle d’être réduit à un « complément humain » de la machine plutôt qu’un créateur ou un penseur autonome.

Comment éviter ce piège ?

Pour échapper à cette déqualification programmée, repenser l’automatisation est crucial. L’IA doit augmenter les capacités humaines plutôt que simplement les remplacer. Cette approche nécessite d’encourager l’apprentissage continu et de valoriser l’expertise humaine.

Comme le montre la récente étude publiée dans le Journal of Marketing, les personnes qui connaissent peu l’IA sont plus enclines à l’utiliser aveuglément, la percevant comme « magique ». Il est donc nécessaire de former les salariés à ces technologies, et surtout les encourager à développer un véritable esprit critique. Il ne s’agit pas simplement de suivre les recommandations algorithmiques, mais d’apprendre à les questionner avec discernement. Cette capacité à porter un regard critique sur les résultats générés par l’IA représente une compétence fondamentale à l’ère de l’automatisation.

Ainsi, pour tirer au mieux les fruits de l’IA comme solution intéressante contre l’ennui au travail, l’enjeu est de transformer l’automatisation en un levier d’enrichissement des compétences, plutôt qu’en un facteur de dépendance et d’appauvrissement cognitif, où les employés se retrouveraient réduits à de simples validateurs de décisions automatisées.The Conversation

Kathleen Desveaud, Docteur en sciences de gestion, professeur de marketing, Kedge Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Une moto-cheval mécanique nommée Corleo : le concept révolutionnaire de Kawazaki

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Les expositions universelles permettent de faire se rencontrer les peuples et cultures du monde entier, leurs savoir-faire et leurs inventions. L’actuelle exposition universelle d’Osaka ne déroge évidemment pas à la règle et des innovations étonnantes sont à découvrir dans les différents pavillons nationaux. L’une d’entre elles est particulièrement étonnante : le projet Corleo, imaginé par Kawazaki.

Il s’agit d’un cheval robotique à hydrogène, fusion audacieuse entre la moto tout-terrain et la robotique quadrupède. Ce destrier d’acier, capable d’atteindre les 80 km/h, évoque autant les chiens-robots sans tête de l’Américain Boston Dynamics que le cheval d’argent des JO de Paris qui avait stupéfié des millions de téléspectateurs lorsqu’il avait traversé Paris sur la Seine lors de la cérémonie d’ouverture.

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Corleo est un véhicule personnel à quatre pattes, conçu pour affronter les terrains les plus accidentés. Chaque jambe, articulée indépendamment, se termine par un sabot en caoutchouc fendu, offrant une adhérence optimale sur divers types de surfaces, des prairies aux champs de gravats. Le système de suspension, inspiré des bras oscillants des motos, permet au pilote de maintenir une posture stable, même en gravissant des pentes abruptes ou en franchissant des obstacles.

Propulsé par un moteur à hydrogène de 150 cm³, Corleo génère de l’électricité pour alimenter ses moteurs, assurant une mobilité silencieuse et sans émissions polluantes. Le réservoir d’hydrogène est astucieusement intégré à l’arrière du robot, tandis qu’un tableau de bord affiche des informations essentielles telles que le niveau d’autonomie, la position du centre de gravité et la route à suivre. Pour les aventures nocturnes, des marqueurs lumineux sont projetés sur le sol devant Corleo, guidant le chemin du cavalier du futur.

L’interaction entre l’homme et la machine est d’ailleurs au cœur de ce concept. Des capteurs situés dans les étriers et le guidon détectent les déplacements du pilote, permettant à Corleo de réagir de manière intuitive, comme s’il s’agissait d’un véritable cheval. Il peut d’ailleurs emporter deux personnes : le pilote et un passager sur sa selle.

Bien que Corleo soit actuellement un concept, Kawasaki, qui a dévoilé une vidéo digne d’un film de science-fiction, envisage une commercialisation à l’horizon 2050.