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Les projets d’Elon Musk pour Twitter : un populisme de plate-forme ?

 


Par Barthélémy Michalon, Sciences Po

Le feuilleton à rebondissements lancé au début de ce mois a touché à sa fin : le 25 avril, les dirigeants de Twitter et Elon Musk annonçaient être parvenus à un accord pour que le patron de Tesla et SpaceX acquière le réseau social pour une somme de 44 milliards de dollars.

Bien que Twitter compte bien moins d’utilisateurs que ses concurrents comme YouTube, Facebook, Instagram ou encore TikTok, Twitter est considéré comme un véritable outil d’influence, notamment du fait de son usage par de nombreuses figures du milieu politique, artistique et médiatique. En outre, il est fréquent que les médias dits « traditionnels » reprennent et commentent sur leur propre support ce qui a été dans un premier temps publié sur la plate-forme de l’oiseau bleu, ce qui accroît la perception et la réalité de son importance pour le discours public.

L’examen des différentes déclarations de celui qui deviendra bientôt le nouveau propriétaire de Twitter révèle que son approche emprunte les codes du populisme, tel qu’il est usuellement conçu et pratiqué dans l’arène politique.

Le chercheur néerlandais Cas Mudde, un des principaux spécialistes du concept, souligne que, au-delà de la diversité des pratiques observables, le populisme consiste fondamentalement à s’adresser à un « peuple » pour lui promettre la mise en œuvre d’actions qui seraient conformes à ce qui est présenté comme une forme de « volonté générale », en rupture avec les intérêts d’une supposée « élite ».

Bien que Musk n’invoque aucun de ces mots-clés de façon directe, sa communication autour de sa prise de pouvoir épouse donc les contours de ce qui caractérise un discours populiste.

Pour le « peuple », contre les « élites » dirigeantes…

Ainsi, s’il n’invoque pas un « peuple » en tant que tel, Elon Musk a fait usage de l’outil qu’il s’apprêtait à acquérir pour s’adresser directement à la communauté d’utilisateurs de la plate-forme et recueillir son opinion sur différents sujets. Si certaines questions étaient d’ordre secondaire (comme le fameux « bouton d’édition » d’un tweet déjà publié), d’autres touchaient au fonctionnement même de la plate-forme et à son impact sur la démocratie.

Ces consultations, qui ont logiquement mobilisé en premier lieu ses propres « abonnés », ont produit des résultats dans le sens désiré, ce qui lui a permis de se présenter lui-même comme le relais efficace d’attentes censées bénéficier d’un fort soutien. Une telle façon de procéder n’est pas sans rappeler la tendance, relativement marquée chez les formations politiques populistes, à convoquer des référendums ou à en promettre l’organisation dans leurs programmes électoraux.

Ces sondages en ligne, véritables défis lancés sur la place publique au statu quo, visaient également à exercer une pression notable sur ceux qui étaient alors à la tête de Twitter, ce qui est à relier à autre composante du populisme, en l’occurrence le rejet de « l’élite » au pouvoir.

Musk est ensuite allé bien plus loin dans cette direction, en affirmant que la mise à l’écart de l’équipe dirigeante en place était une condition indispensable à la mise en œuvre des transformations d’ampleur promises sur la plate-forme. Selon ses dires, c’est cette intention qui a guidé sa décision de « transformer Twitter en une entreprise privée » (elle était alors une entreprise « publique » au sens anglo-saxon, car cotée en bourse), et donc d’en prendre le contrôle de façon directe. Dans son offre d’achat, il promettait ainsi sans ambages : « je débloquerai le potentiel de Twitter ».

L’élite dirigeante était donc mise sur la touche au profit d’un seul décideur dans une position centrale : la présence d’un leader dont la personne incarne le pouvoir en place constitue justement un autre trait marquant du populisme.

… et au nom d’une supposée « volonté générale »

Afin de satisfaire cette supposée « volonté générale », qui comme nous l’avons vu est la troisième composante du populisme tel que défini plus haut, Musk a mis sur la table une série de propositions pour faire évoluer la plate-forme, notamment lors d’une conversation publique, tenue le 14 avril dans le contexte de la conférence annuelle de TED. Tandis que ces mesures sont présentées comme répondant aux attentes de la base, les difficultés pratiques inhérentes à leur application sont passées sous silence, un décalage récurrent dans les discours populistes.

Conférence TED2022 d’Elon Musk, le 14 avril 2022 (Ted).

Musk propose ainsi de supprimer les comptes automatisés (bots), faisant l’impasse sur le fait que nombre d’entre eux présentent une réelle utilité, par exemple pour relayer des messages d’alerte de façon immédiate. Il promet également d’éliminer les messages frauduleux (scams), qui visent à tromper leurs destinataires, à des fins économiques et/ou de piratage. Une intention sans nul doute louable, mais qui fait mine d’ignorer que ce problème protéiforme ne se règle pas en quelques lignes de code. Bien au contraire, ceux qui s’adonnent à ces pratiques sont en constante adaptation face aux moyens de lutte qui sont déployés contre eux.

Quant aux algorithmes de classement et de sélection des contenus, il les rendrait accessibles à tous les utilisateurs afin de leur offrir l’opportunité de les comprendre. Bien qu’un large consensus existe sur la nécessité d’une plus grande transparence dans ce domaine, cette façon en particulier de procéder serait difficilement applicable, du fait de l’extrême niveau de complexité des algorithmes en question, qui de plus reposent sur un usage croissant de l’intelligence artificielle. Même en supposant que ce soit du domaine du faisable, un tel degré de transparence serait-il pas avant tout un merveilleux cadeau offert à ceux qui voudraient tirer parti du système pour obtenir une visibilité non méritée ?

Outre ces changements qui passent par des ajustements d’ordre principalement technique, Musk place au centre de son projet pour Twitter un net recul des règles qui encadrent la publication de contenus sur la plate-forme. Pour celui qui s’est ouvertement prévalu du statut d’« absolutiste de la liberté d’expression », cette plus grande latitude serait nécessaire au nom de la défense de la démocratie.

Tout d’abord, la pratique du dirigeant lui-même permet de douter de la réalité de l’absolutisme qu’il revendique : ce principe ne l’a pas empêché de bloquer des utilisateurs qui ont tenu des propos critiques à son encontre ou de prendre des mesures de représailles, en ligne comme hors ligne, contre ceux qui ont exprimé leur désaccord avec lui.

Ensuite, réduire la modération des contenus sur la plate-forme exposerait d’autant plus les groupes considérés comme minoritaires, qui sont déjà les premières victimes des comportements en ligne les plus nocifs. S’il se concrétise, ce détricotage des quelques règles qui, bien que de façon imparfaite, visent aujourd’hui à protéger les minorités face au pouvoir de la majorité constituera une manifestation additionnelle des traits populistes de la démarche de Musk.

Enfin, si la liberté d’expression est sans nul doute un des piliers fondamentaux de la démocratie, il est tout aussi vrai que ne lui reconnaître aucune limite constitue un profond danger pour ce mode de gouvernement, à plus forte raison dans un contexte où la désinformation ou les appels à la violence peuvent circuler avec tant de vitesse et de facilité. Par conséquent, l’affirmation selon laquelle plus la liberté d’expression est étendue, mieux la démocratie est défendue revient à ignorer, délibérément ou pas, les enseignements des dernières années.

Une conception nébuleuse de la liberté d’expression

Malgré cette emphase pour une liberté d’expression plus étendue sur la plate-forme, Musk semblait pris de court lorsque des questions plus précises lui ont été posées sur ce point, dans le contexte de la conférence du 14 avril mentionnée plus haut.

Pressé avec insistance sur ce sujet, il a reconnu que Twitter est et restera soumis aux lois nationales. Il a peu après introduit un autre facteur de limitation en admettant que la parole devrait y être libre « autant que raisonnablement possible », ce qui ouvre la porte à de possibles restrictions, sur la base de critères qui à ce stade demeurent mystérieux. Dans l’hypothèse, dans les faits très réaliste, où un propos se trouverait dans une « zone grise », Musk considère que celui-ci devrait être maintenu en ligne… ce qui coïncide étrangement avec la pratique actuelle des plates-formes existantes, et notamment Facebook comme l’avait souligné son dirigeant Mark Zuckerberg en 2019.

Lors de cette même conversation publique, il a indiqué que la liberté d’expression existe selon lui si « des personnes que l’on n’aime pas sont autorisées à exprimer des idées que l’on n’aime pas ». Le moins que l’on puisse dire est que, sous sa forme actuelle, Twitter satisfait d’ores et déjà très largement à cette attente, étant donné le ton et la teneur de bien des échanges. Même les sympathisants républicains aux États-Unis, dont beaucoup reprochent pourtant à la plate-forme d’être trop restrictive et se réjouissent de sa prise de contrôle par Elon Musk, auraient bien du mal à l’accuser de ne pas permettre l’expression d’idées opposées aux leurs.

Un peu plus tard, cette fois sur son support numérique préféré, il affirmait que « les politiques d’une plate-forme de réseaux sociaux sont bonnes si les 10 % les plus extrêmes à gauche et à droite sont également mécontents ». Là encore, il serait difficile de reprocher à Twitter de ne pas remplir cette condition, compte tenu des critiques contradictoires dont l’entreprise fait l’objet en provenance des deux bords.

Un seul point a fait l’objet d’une prise de position relativement claire de la part d’Elon Musk : celui-ci s’est exprimé contre les suspensions permanentes de comptes, disant préférer celles de caractère temporaire. En cela, il s’écarterait en effet de la pratique actuelle de Twitter, qui applique l’une ou l’autre de ces sanctions en fonction de la gravité des faits. Par conséquent, s’il arrive à ses fins et s’il maintient cette position, une de ses toutes premières décisions pourrait consister à rétablir le compte de l’ancien président américain Donald Trump, suspendu pour « incitation à la violence » après l’assaut lancé contre le Capitole le 6 janvier 2021.

Ce geste envers l’ex-locataire de la Maison blanche, duquel Elon Musk s’est rapproché ces dernières années, serait perçu comme éminemment politique. Mais cela ne représenterait sans doute guère plus qu’un simple avant-goût des difficultés qu’il serait amené à affronter de façon récurrente s’il devait devenir le timonier d’une telle plate-forme. En effet, toute règle ou décision prise par Twitter serait immédiatement interprétée comme relevant de son fait à titre personnel. Dans un environnement aussi politisé que l’actuel, ce réflexe ne pourra que lui porter préjudice.

En somme, une fois ses déclarations générales mises de côté, le chef d’entreprise n’a en réalité que des notions bien vagues et peu novatrices pour développer ce qui est censé être la clé de voûte de son projet révolutionnaire pour Twitter. Ce qui pose, bien sûr, la question des mesures concrètes qu’il mettrait en œuvre au nom de la liberté d’expression, une fois aux commandes : marquerait-il une rupture aussi nette qu’il l’annonce avec force superlatifs ? Ou ces mots grandiloquents ne seraient-ils pas en porte-à-faux avec une pratique en fait peu différente de l’actuelle ? Compte tenu du tempérament du dirigeant, il y a fort à craindre qu’il écarte du revers de la main les politiques existantes de modération et décide de repartir d’une feuille blanche.

Évitons tout malentendu : la plate-forme en question est encore bien loin de gérer de façon satisfaisante les contenus dont elle permet la publication et la diffusion. Bien au contraire, les critiques contre elle et ses congénères restent abondantes. Cependant, la prise de contrôle du groupe par Musk risque de balayer les progrès lentement réalisés en matière de modération des contenus au cours des ans et, bien souvent, sous la pression des événements. Il s’agirait alors de repartir de zéro – ou presque – et évoluer au fur et à mesure que les erreurs commises seraient reconnues comme telles.The Conversation

Barthélémy Michalon, Professeur au Tec de Monterrey (Mexique) - Doctorant en Sciences Politiques, mention RI, Sciences Po

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Les citoyens actifs sur Internet sont-ils politiquement plus radicaux ?

 

On sait que les citoyens politiquement actifs sur Internet présentent différentes caractéristiques : ils sont plus intéressés par la politique, plus diplômés, et plus jeunes que la moyenne. Sont-ils plus radicaux ? KristopherK/Pixabay, CC BY-NC-ND
Par Marie Neihouser, Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées; Felix-Christopher von Nostitz, Institut catholique de Lille (ICL); François Briatte, Institut catholique de Lille (ICL); Giulia Sandri, Institut catholique de Lille (ICL) et Tristan Haute, Université de Lille

Les usages électoraux d’Internet et des réseaux sociaux ont été particulièrement scrutés lors de la campagne d’avant premier tour. De nouvelles plates-formes, telles que TikTok ou Twitch, ont été fortement investies afin de toucher les plus jeunes, et certains candidats semblent y avoir été plus performants que d’autres – notamment Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour. À cet égard, des études montrent que l’activisme sur Internet se structure souvent sur des bases idéologiques et est plus élevé aux extrêmes de l’échiquier politique. D’où une question : les citoyens actifs sur Internet sont-ils politiquement plus radicaux que l’ensemble des électeurs ?

Les citoyens actifs sur Internet sont-ils plus radicaux ?

En France, les usages électoraux d’Internet et des réseaux sociaux se sont développés depuis la présidentielle de 2012. Ils restent cependant relativement minoritaires. En témoignent les chiffres présentés en Figure 1 ci-dessous et récoltés lors de la première semaine de janvier :

Figure 1. Nombre de likes et de commentaires sur les publications Twitter et Facebook des candidats durant la première semaine de janvier 2022. Parmi les candidats présents au premier tour, seul Jean Lassalle ne figure pas dans ce tableau. Données People2022

Les commentaires à la suite de messages de candidats restent relativement peu nombreux tant sur Twitter que sur Facebook. Ainsi, si Jean-Luc Mélenchon récolte respectivement 23 491 et 126 465 commentaires, ce qui en fait le candidat le plus commenté, ces chiffres restent relativement modestes si on les rapporte au nombre d’inscrits sur les listes électorales, ou même au nombre de personnes inscrites sur les réseaux sociaux en France (40 millions d’utilisateurs mensuels de Facebook, 8 sur Twitter, 22 sur Instagram, 50 sur YouTube).

Surtout, certains candidats ne récoltent que quelques centaines de commentaires – ou même moins. Même si l’on regarde le nombre de likes, pratique moins coûteuse pour les internautes que le commentaire, les réactions aux messages des candidats restent relativement rares, a fortiori lorsqu’on les compare à leurs nombres d’abonnés. Pour ne prendre que quelques exemples, les likes recueillis par Emmanuel Macron sur Twitter durant la première semaine de janvier ne représentent que 2,6 % de ses abonnés, ceux reçus par Jean-Luc Mélenchon 4,4 %, ceux reçus par Marine Le Pen 1,8 %, et ceux reçus par Anne Hidalgo 0,8 %.

Reste que certains candidats suscitent plus de réactions que d’autres, et qu’à l’exception du cas particulier du président sortant, les candidats recueillant le plus d’interactions (likes et commentaires) sont les candidats d’extrême droite (Marine Le Pen, Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan) et Jean-Luc Mélenchon, ce qui tend à accréditer l’idée que les citoyens mobilisés sur Internet exprimeraient des choix électoraux plus radicaux et plus polarisés que la population électorale générale.

Pourquoi de telles différences d’activité sur Internet ?

On sait que les citoyens politiquement actifs sur Internet présentent différentes caractéristiques : ils sont plus intéressés par la politique, plus diplômés, et plus jeunes que la moyenne. Hormis en termes d’âge, ils ressemblent en réalité beaucoup aux citoyens actifs « hors ligne ». Ces pratiques politiques s’imbriquent d’ailleurs fortement : en 2012, par exemple, les électeurs ayant participé à un meeting étaient aussi parmi les plus actifs sur Internet.

Mais l’on sait aussi – et surtout – que, après avoir contrôlé par le sexe, l’âge, le niveau de diplôme, la situation professionnelle et l’intérêt pour la politique, les individus politiquement actifs sur Internet en 2012, ceux qui ont consulté le site ou la page Facebook d’un candidat lors des élections régionales de 2015, ou encore ceux qui ont suivi un candidat sur Internet lors de la campagne présidentielle de 2017, sont soit sensiblement plus à gauche, soit, pour une part plus faible, plus à droite, que le reste des citoyens. C’est en particulier le cas lorsque l’intensité de l’activisme sur Internet est plus faible, comme lors des régionales de 2015.

Le Tableau 1 ci-dessous complète ce portrait en montrant que, entre ceux qui se déclarent très à gauche et ceux qui se déclarent très à droite sur l’échiquier politique, des différences existent toutefois quant aux réseaux sur lesquelles ils choisissent d’être actifs :

Tableau 1. A consulté, partagé, « liké » ou commenté un contenu en lien avec la présidentielle 2022 sur les réseaux sociaux ces 7 derniers jours (en %) Champ : ensemble des répondants (N = 1619) Conseil de lecture : dans les 7 derniers jours avant la passation du questionnaire, 9,4 % des individus se déclarant au centre ont consulté, « liké » ou partagé un contenu en lien avec la présidentielle 2022 sur un réseau privé (WhatsApp, par exemple). French Election Study 2022, vague 1 (novembre-décembre 2021), CDSP, Fourni par l'auteur

Si Facebook semble autant mobilisé à l’extrême droite que par les individus se déclarant très à gauche, on note cependant des différences concernant tous les autres réseaux sociaux, qui sont bien plus utilisés à l’extrême droite.

L’écart est très important sur Twitter : seuls 2,5 % des individus se déclarant très à gauche affirment avoir consulté, partagé, « liké » ou commenté du contenu sur cette plate-forme dans les sept jours précédant l’enquête. Ce chiffre est quatre fois plus élevé chez ceux qui se positionnent très à droite (12 %), soulignant possiblement en miroir l’activisme intense des soutiens d’Éric Zemmour sur cette plate-forme.

Notons, enfin, que la sociologie des organisations partisanes offre une piste d’explication complémentaire à celle esquissée ci-dessus : contrairement aux partis structurés en courants ou tendances, les partis d’extrême droite, plus centralisés et constitués autour d’un leader charismatique, ont peut-être moins de difficulté à concevoir un discours unitaire et à le faire diffuser sur Internet par leurs bases militantes.

Sur la base de ces résultats, et bien qu’il faille relativiser l’influence des réseaux sociaux sur le résultat final d’une élection, on peut s’attendre à ce que les électeurs soutiens d’Emmanuel Macron se mobilisent moins fortement sur Internet que les électeurs d’extrême droite – alors même qu’il est le président sortant et que sa stratégie numérique tiendra compte de ce paramètre. De même, lors des élections législatives, on peut s’attendre à nouveau à un sur-investissement des réseaux sociaux par les citoyens exprimant des préférences politiques plus polarisées que l’électorat dans son ensemble.


Cet article a été co-publié dans le cadre du partenariat avec Poliverse qui propose des éclairages sur le fonctionnement et le déroulement de la présidentielle.The Conversation

Marie Neihouser, Chercheuse en science politique, Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées; Felix-Christopher von Nostitz, Research and Teaching Assistant in Political Science, Institut catholique de Lille (ICL); François Briatte, Assistant Lecturer in Political Science, Institut catholique de Lille (ICL); Giulia Sandri, Professeur en science politique, ESPOL, Université Catholique de Lille, Institut catholique de Lille (ICL) et Tristan Haute, Maître de conférences, Université de Lille

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Le rachat par Elon Musk risque d’aggraver le problème de désinformation de Twitter

 

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Elon Musk devant une Tesla Model S en 2011. Photo Maurizio Pesce from Milan, Italia — Elon Musk, Tesla Factory, Fremont (CA, USA). 



Par Anjana Susarla, Michigan State University

Elon Musk, la personne la plus riche du monde, a acquis Twitter pour 44 milliards de dollars américains le 25 avril 2022, 11 jours après avoir fait son offre. Twitter a annoncé que l’entreprise, côtée à la bourse de New York depuis 2013, passerait entièrement sous la propriété d’Elon Musk.

Dans son dépôt auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis, Elon Musk a expliqué :

« J’ai investi dans Twitter car je crois en son potentiel d’être la plate – forme de la liberté d’expression dans le monde entier, et je pense que la liberté d’expression est un impératif sociétal pour une démocratie en bonne santé. »

En tant que chercheuse spécialiste des réseaux sociaux, je trouve que l’acquisition de Twitter par Elon Musk et les raisons qu’il a invoquées pour ce rachat soulèvent des questions importantes. Ces questions sont liées à la nature même des plates-formes de médias sociaux, qui se distinguent des plates-formes classiques.

Ce qui rend Twitter unique

Twitter occupe une place unique. Ses messages courts et ses fils de discussion favorisent les conversations en temps réel entre des milliers de personnes, ce qui le rend populaire auprès des célébrités, du monde des médias et des politiques.

Les analystes des médias sociaux prennent en compte la demi-vie du contenu sur ces plates-formes, c’est-à-dire le temps nécessaire pour qu’un contenu atteigne 50 % de l’engagement qu’il aura totalisé à la fin de sa durée de vie, généralement mesuré en nombre de vues ou d’autres mesures de popularité. La demi-vie moyenne d’un tweet est d’environ 20 minutes, contre cinq heures pour les publications Facebook, 20 heures pour les publications Instagram, 24 heures pour les publications LinkedIn et 20 jours pour les vidéos YouTube. Cette demi-vie beaucoup plus courte illustre le rôle central qu’occupe désormais Twitter en suscitant des conversations en temps réel, à mesure que se déroulent les évènements.

La capacité de Twitter à façonner le discours en temps réel, ainsi que la facilité avec laquelle les données, y compris les données géomarquées, peuvent être recueillies sur Twitter, en ont fait une mine d’or pour les chercheurs qui souhaitent analyser une variété de phénomènes sociétaux, allant de la santé publique à la politique. Les données issues de Twitter ont été utilisées pour prédire les visites aux urgences liées à l’asthme, mesurer la sensibilisation du public aux épidémies et modéliser la dispersion de la fumée des feux de forêt.

Les tweets qui constituent une discussion sont affichés par ordre chronologique et, même si une grande partie de l’engagement d’un tweet se fait en amont, les archives de Twitter offrent un accès instantané et complet à tout tweet public. Twitter permet ainsi d’enregistrer les évènements, ce qui en fait, de facto, un outil pour « fact-checker » ce qui s’est réellement passé.

Les projets d’Elon Musk

Il est donc crucial de comprendre comment l’acquisition par Elon Musk de Twitter, ou plus généralement le contrôle privé de plates-formes de médias sociaux affectent le bien-être collectif. Dans une série de tweets supprimés, Elon Musk a fait plusieurs suggestions sur la façon de changer Twitter, notamment en ajoutant un bouton d’édition pour les tweets et en accordant aux utilisateurs premium des badges distinctifs sur leur profil.

Il n’existe aucune preuve expérimentale de la manière dont un bouton d’édition modifierait la transmission des informations sur Twitter. Cependant, il est possible d’extrapoler les analyses de recherches antérieures sur les tweets supprimés.

Il existe de nombreux moyens de récupérer les tweets supprimés, ce qui permet aux chercheurs de les étudier. Alors que certaines études montrent des différences de personnalité significatives entre les utilisateurs qui suppriment leurs tweets et ceux qui ne le font pas, ces résultats suggèrent que la suppression de tweets est un moyen pour les gens de gérer leur identité en ligne.

L’analyse du comportement menant à ces suppressions de tweets peut fournir des indices précieux sur la crédibilité et la désinformation en ligne. De la même façon, si Twitter ajoutait un bouton d’édition, l’analyse des comportements menant à l’édition des tweets pourrait fournir des informations sur les intentions des utilisateurs de Twitter et l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes.

Des études sur l’activité des robots informatiques sur Twitter ont montré que près de la moitié des comptes qui publient des tweets à propos du Covid-19 sont probablement des robots. Étant donné les clivages partisans et la polarisation politique dans les espaces en ligne, permettre aux utilisateurs – qu’il s’agisse de robots informatiques ou de personnes réelles – de modifier leurs tweets pourrait devenir une nouvelle arme dans l’arsenal de désinformation utilisé par ces robots et les propagandistes. L’édition des tweets permettrait aux utilisateurs de déformer ce qu’ils ont dit, de manière sélective, ou de nier certains de leur propos, y compris les plus controversés, ce qui pourrait compliquer le traçage de la désinformation.

Elon Musk a également indiqué vouloir lutter contre les robots sur Twitter, ces comptes automatisés qui tweetent rapidement et de façon répétitive tout en se faisant passer pour de vrais utilisateurs. Il a appelé à authentifier les utilisateurs comme de véritables êtres humains.

Compte tenu des défis posés par les atteintes malveillantes à la vie privée en ligne, comme la pratique dite du « doxxing » – la divulgation de données personnelles pour nuire à un individu –, il est nécessaire que les méthodes d’authentification respectent la vie privée des utilisateurs. Cela est particulièrement important pour les activistes, les dissidents et les lanceurs d’alerte qui sont menacés à cause de leurs activités en ligne. Des mécanismes tels que les protocoles décentralisés permettraient l’authentification tout en garantissant l’anonymat.

La modération du contenu sur Twitter et son business model

Pour comprendre les intentions d’Elon Musk et ce qui attend les plates-formes de médias sociaux telles que Twitter, il est important de prendre en compte le gargantuesque – et opaque – écosystème de la publicité en ligne, qui comprend une variété de technologies utilisées par les réseaux publicitaires, les médias sociaux et les éditeurs qui proposent des espaces publicitaires. La publicité est la principale source de revenus pour Twitter.

Elon Musk a pour projet de générer les revenus de Twitter à partir des abonnements plutôt qu’à partir de la publicité. En s’épargnant le souci d’attirer et de retenir les annonceurs, Twitter aurait moins besoin de se concentrer sur la modération du contenu. Twitter deviendrait ainsi une sorte de site d’opinion, pour des abonnés payants, dénué de contrôle. À l’inverse, Twitter s’est montré jusqu’à présent très actif dans sa modération du contenu afin de lutter contre la désinformation.

La description faite par Elon Musk d’une plateforme qui ne se préoccupe plus de modérer le contenu est inquiétante en considération des préjudices causés par les algorithmes des médias sociaux. Des recherches en ont mis en évidence un grand nombre, comme les algorithmes qui attribuent un sexe aux utilisateurs, les inexactitudes et biais potentiels des algorithmes utilisés pour récolter des informations sur ces plates-formes, et les conséquences pour la santé de ceux qui s’informent en ligne sur ce sujet.

Le témoignage de la lanceuse d’alerte Frances Haugen, ancienne employée de Facebook, et les récents efforts de réglementation, tels que le projet de loi sur la sécurité en ligne dévoilé au Royaume-Uni ou les futures législations de l’Union européenne, montrent que le public est largement préoccupé par le rôle joué par les plates-formes technologiques dans la formation des idées de société et de l’opinion publique. L’acquisition de Twitter par Elon Musk met en lumière toute une série de préoccupations réglementaires.

En raison des autres activités d’Elon Musk, la capacité de Twitter à influencer l’opinion publique dans les secteurs sensibles de l’aviation et de l’automobile provoque automatiquement un conflit d’intérêts, sans compter les implications quant à la divulgation des informations importantes nécessaires aux actionnaires. En ce sens, Elon Musk a déjà été accusé de retarder la divulgation de sa participation dans Twitter.

Le challenge lancé par Twitter aux hackers pour détecter les biais existants dans ses propres algorithmes a montré qu’une approche communautaire était nécessaire pour créer de meilleurs algorithmes. Ainsi, le MIT Media Lab a imaginé un exercice très créatif consistant à demander aux collégiens de réimaginer la plate-forme YouTube en tenant compte de l’éthique. Il est peut-être temps de demander à Elon Musk de faire de même avec Twitter.The Conversation

Anjana Susarla, Professor of Information Systems, Michigan State University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Il rachète Twitter pour 44 milliards de dollars : faut-il avoir peur d’Elon Musk ?

 

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Même ceux qui connaissent mal le monde du numérique ont entendu parler d’Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, qui s’est offert lundi le réseau social Twitter pour quelque 44 milliards de dollars. À 50 ans, le milliardaire américain d’origine sud africaine a fondé Tesla, la marque de voitures électriques de luxe après laquelle court toute l’industrie automobile, ou encore Space X, l’entreprise spatiale qui bouscule les acteurs historiques comme la Nasa, avec des lanceurs réutilisables et des capsules ultramodernes dont un exemplaire a amené Thomas Pesquet dans la station spatiale internationale. Et c’est lui qui est derrière le réseau satellite Starlink dont il a envoyé des terminaux pour aider la résistance ukrainienne.

De l’espace au lance-flamme

Au sens des affaires et de l’innovation, Elon Musk, qui n’aime rien tant qu’être dans la lumière, ajoute un côté fantasque qui ravit ses fans et donne des sueurs froides à ses partenaires et investisseurs : capable d’envoyer un coupé Tesla dans l’espace ou de créer… un lance-flammes après un simple pari, Elon Musk est à la fois surdoué et franc-tireur, iconoclaste et colérique, visionnaire et avide de buzz au point de vouloir baptiser ses enfants… par des numéros.

Lorsqu’il est monté au capital de Twitter il y a un mois à hauteur de 9,2 % puis a affiché sa volonté de racheter le réseau social déficitaire, fondé en 2006 par Jack Dorsey et devenu depuis LE véritable espace numérique du débat public mondial, certains se sont demandé s’il s’agissait d’un nouveau caprice ou s’il y avait derrière une réelle stratégie de développement. Il est vrai que le montant proposé par action, 54,20 $, faisait référence à 420, le nom de code pour la marijuana dont Musk est un partisan de la légalisation…

Après avoir tenté de repousser son offre, Twitter a fini par céder et accepté d’être racheté par ce raid financier qui marque déjà l’histoire. À Wall Street, l’arrivée d’Elon Musk à la tête de Twitter a été plutôt bien accueillie, l’action s’envolant avant que la cotation ne soit suspendue. « Elon Musk est la seule solution [pour Twitter]. Je fais confiance à sa mission d’étendre la lumière de la conscience », a réagi Jack Dorsey.

Mais l’enthousiasme était loin d’être de mise chez les groupes de défense des droits de l’Homme et chez certains politiques, aux États-Unis comme en Europe. Car Elon Musk semble avoir une idée bien précise de ce qu’il pourrait faire de Twitter qu’il veut retirer de la Bourse.

Liberté d'expression absolue : oui mais...

« La liberté d’expression est le fondement d’une démocratie qui fonctionne, et Twitter est la place publique numérique où sont débattues les questions vitales pour l’avenir de l’humanité. Je veux aussi rendre Twitter meilleur que jamais en améliorant le produit avec de nouvelles fonctionnalités, en rendant les algorithmes open source pour augmenter la confiance, en battant les robots spammeurs et en authentifiant tous les humains » , a déclaré le milliardaire.

Mais derrière ces bonnes intentions, le libertarien Musk, qui entend s’en remettre au seul 1er amendement de la constitution américaine qui garantit la liberté d’expression, pourrait mettre à bas tous les mécanismes de modération mis en place des dernières années pour lutter contre le cyberharcèlement, les arnaques ou les fake news. Ou au contraire, adapter cette modération pour servir ses propres intérêts dans des pays pratiquant une censure d’État comme la Chine (25% des revenus de Tesla), ou en favorisant des opérations de lobbying de grande ampleur pour faire modifier des lois en faveur des sociétés de son empire….

L’avertissement d’Obama

Amnesty International s’est dite ainsi préoccupée par tout affaiblissement des outils de modération encore très perfectibles. A contrario, les partisans de Donald Trump – banni de Twitter après l’assaut sur le Capitole en janvier 2021 – et plus généralement l’Alt-right, l’extrême droite américaine qui verse souvent dans le complotisme, se réjouissent de pouvoir quitter le confidentiel réseau Truth Social (la vérité) lancé par l’ex-Président et de rejoindre un nouveau Twitter sans filtre où tout pourrait être dit.

Tout en félicitant Elon Musk pour l’opération, Trump a bien expliqué ne pas vouloir revenir sur Twitter…. mais à quelques mois des élections de mi-mandat dont il veut faire un référendum contre Biden, il pourrait changer d’avis. C’est dire la lourde responsabilité d’Elon Musk dans la bonne tenue du débat public.

Le rachat de Trump par Elon Musk est en tout cas un nouvel épisode de la bataille que se livrent les démocraties libérales face aux GAFAM. L’Europe dispose de nouveaux outils de régulation qu’elle entend bien appliquer, les États-Unis n’en sont qu’à la prise de conscience. Jeudi dernier, devant des étudiants de Stanford, l’université au cœur de la Silicon Valley, Barack Obama a estimé que les réseaux sociaux avaient amplifié « les pires instincts de l’humanité » et affaiblissaient les démocraties.

La cyber-préparation face à l'escalade d'un conflit en zone grise

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Par Benoit Grunemwald, expert en cybersécurité chez ESET France

Les organisations du monde entier doivent rester en état d'alerte pour les cyberattaques, face au risque d'un débordement majeur de la crise en Ukraine

Guerre asymétrique

Comme il est probable que les tensions géopolitiques resteront élevées pendant un certain temps, les pays dont les gouvernements soutiennent activement l'Ukraine ou la Russie seront probablement la cible de cyberattaques visant à perturber, endommager et voler des informations. Il existe déjà des groupes de pirates qui choisissent leur camp et décident d’entrer sur le champ de bataille cybernétique en fonction de leurs alliances. La complexité s'accroît encore avec l'introduction d'une longue liste de sanctions, qui fait planer le spectre de cyberattaques de représailles sur des cibles de grande valeur comme les infrastructures critiques, les organismes du secteur public et les grandes entreprises, par exemple les institutions financières.

La chaîne d'approvisionnement, tant physique que numérique, est une autre cible de choix pour les cyberattaques. Dans le domaine numérique, un certain nombre de vulnérabilités récentes ont démontré l'impact qu'une compromission de la chaîne d'approvisionnement peut avoir sur les organisations en aval. Bon nombre des risques observés avec NotPetya en 2017 pourraient se manifester encore aujourd'hui.

On ne peut oublier l’impact des compromissions SolarWinds Orion, Kaseya Virtual System Administrator et Centreon, et de services de messagerie comme Microsoft Exchange. Afin d'éviter des répercussions de cette ampleur, plusieurs équipes nationales de cybersécurité, comme le National Cyber Security Centre au Royaume-Uni, ont émis des avertissements et des conseils sur les mesures à prendre en cas de cybermenaces accrues. Ces conseils dépassent les frontières et doivent être considérés comme essentiels pour se protéger des cyberattaques et atténuer les risques et les conséquences. Même les entreprises qui semblent éloignées du jeu géopolitique sont à risque. Ces entreprises apparemment moins intéressantes pourraient tout simplement être le camp d'entraînement idéal pour de futures attaques à plus grande échelle.

Se préparer aux cyberattaques

Subir une cyberattaque peut être très stressant et déroutant, la préparation est donc primordiale. Il est important d'éviter la panique, et le meilleur moyen d'y parvenir est de former le personnel et de procéder à des exercices réguliers. La clé du succès réside dans l'élaboration de plans de continuité des activités et de reprise après sinistre fondés sur une compréhension concrète de ce qui doit être fait et dans quel ordre.

N'oublions pas que les menaces continueront à croitre en volume et en sophistication. Soyons conscient de notre exposition, de notre mission, nos produits ou les services. Sont-ils en lien avec une infrastructure critique ou des processus gouvernementaux essentiels ?

Les entreprises et les institutions qui ont des préoccupations devraient envisager des partenariats avec le secteur privé et les pouvoirs publics pour faire face aux cybermenaces croissantes. Cela nécessite un effort d'équipe soutenu mais en vaut la peine. Les équipes de sécurité de votre entreprise devraient envisager de s'associer à un fournisseur de sécurité réputé pour s'assurer que les systèmes sont correctement configurés et que les administrateurs et le personnel informatique soient formés et impliqués.

Votre smartphone dispose-t-il de toute la sécurité dont il a besoin ?

smartphone


Par Bastien Bobe, Regional Sales Engineer Manager chez Lookout

Le téléphone mobile est devenu le centre de notre vie personnelle et professionnelle. La sécurité de celui-ci doit permettre de protéger nos données importantes.

Les smartphones et tablettes sont devenus pour chacun d’entre nous des outils de prédilection pour faire des achats, effectuer des opérations bancaires, regarder la télévision et discuter avec nos amis. Pour certains d’entre nous, même travailler depuis ces appareils mobiles est également devenu possible.

Voici le dilemme auquel sont alors confrontées de nombreuses entreprises : lorsqu'ils ne sont pas au bureau, vos employés utilisent-ils leurs smartphones pour rester productifs ? Et si oui, le font-ils tout en jonglant avec leurs responsabilités personnelles sur ces mêmes appareils ? Ainsi comment sécuriser les données de l’entreprise dans cette nouvelle réalité ?

1. Demandez-vous si la formation de vos employés est trop axée sur les ordinateurs de bureau et l’e-mail

Les appareils mobiles sont davantage exposés aux menaces de phishing et subissent les mêmes menaces, voire davantage, que les applications, les appareils et les réseaux. Ils ont également autant accès à vos données et à votre infrastructure que n'importe quel autre terminal.

Vos employés doivent comprendre qu'ils peuvent recevoir un lien de phishing au sein de n'importe quelle application, sur une tablette ou un smartphone. Outre les e-mails, ils peuvent recevoir un message malveillant au sein même des plateformes de réseaux sociaux. Les moyens classiques de repérer les liens de phishing sur un ordinateur de bureau ne sont ainsi plus possibles sur les tablettes et les téléphones. Avec une interface utilisateur simplifiée, de nombreux détails sont cachés comme l'adresse e-mail complète et l'URL.

En tant qu’entreprise, les employés doivent comprendre les risques liés aux applications. Le mélange de la vie privée et professionnelle sur un appareil mobile entraîne des risques cachés et des problèmes de conformité. Certaines applications peuvent sembler inoffensives du point de vue de l'utilisation personnelle, mais en réalité, elles ont des effets néfastes sur les exigences de gouvernance, de risques et de conformité de votre entreprise.

2. Votre stratégie Zero Trust devrait inclure tous vos Endpoints

Le but du Zero Trust est que vous devez partir du principe qu'aucun utilisateur n'est digne de confiance tant que son niveau de risque n'est pas vérifié. En outre, les niveaux de risque doivent être vérifiés en permanence et les privilèges d'accès ajustés. Ceci est d'autant plus important que la plupart travaillent en dehors du bureau et utilisent des appareils et des réseaux non gérés pour accéder aux données de l'entreprise. Si vous ne disposez pas de visibilité et de contrôles d'accès mis en œuvre sur ces appareils, les cyberattaquants exploiteront cette faille de sécurité, rendant votre stratégie Zero Trust inefficace.

3. Enquêter sur les incidents liés aux menaces doit toujours être possible

Le coût et la fréquence des violations de la cybersécurité sont en augmentation. Et outre les menaces telles que les logiciels malveillants, vous savez qu'il existe des cyberattaques sans fichier qui n'incluent pas de code malveillant et qui concernent différents types d’Endpoints. Pour vraiment comprendre et enquêter sur un incident lié à une menace, votre équipe a besoin de données télémétriques provenant de tous les Endpoints.

De nombreuses entreprises disposent désormais de données de télémétrie pour les serveurs, les ordinateurs de bureau et les ordinateurs portables, ce qui permet de rechercher les menaces et d'enquêter sur les incidents. Mais si la visibilité s'arrête là, vous ne pouvez pas être informé des attaques par phishing, des vulnérabilités des applications ou de la compromission des appareils sur vos terminaux mobiles.

La sécurisation des appareils mobiles n'est plus une option

Que vous soyez prêt ou non, les appareils mobiles constituent désormais un élément essentiel de la productivité de votre personnel. Par conséquent, ils constituent un élément clé du  Zero Trust et de la chasse aux menaces.

Certains outils de sécurité permettent d'effectuer des contrôles ponctuels des comptes utilisateurs, mais cela ne suffit pas. Vous avez besoin d'une évaluation continue des risques et d'une télémétrie riche à partir du Endpoint. Ce n'est qu'avec ces informations que vous pouvez activer l'accès dynamique Zero Trust, ainsi que la chasse aux menaces et l'investigation des cyberattaques avancées.

Pour contrer infox et propagande, le fact-checking ne suffit pas

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L'expansion du storytelling nourrit une méfiance généralisée.
Par Laurent Petit, Sorbonne Université

La rencontre avec des individus tenant des discours complotistes ou relayant des « infox » est toujours chose étonnante. De même que les Parisiens de Montesquieu, rencontrant pour la première fois des personnes venues d’ailleurs, s’exclamaient « Comment peut-on être persan ? », la tentation est grande de réagir par la stupéfaction et de se demander « Comment est-ce possible ? »

Lorsqu’il s’agit de personnes relativement proches et que l’on estime capables d’esprit critique, une autre question fuse : « Comment en sont-ils arrivés là ? » Quels sont les biais cognitifs – ou les ratés de l’insertion dans une société qui reste, quoi qu’on en dise, démocratique – susceptibles d’apporter un début d’explication ? À moins qu’il ne s’agisse, dans un temps prompt à accuser l’école de tous les maux, d’une défaillance du système scolaire, incapable de s’adapter au régime nouveau de la « post-vérité » ?

Quoi qu’il en soit, nous avons tous fait le constat que, lorsque nous subissons pareille confrontation, il est bien tard pour opposer à notre interlocuteur des arguments rationnels ou des faits que nous estimons établis. Le dialogue semble alors dresser l’un contre l’autre deux récits et, à ce jeu, il n’est pas sûr que les critères pour choisir le « meilleur » aient forcément à voir avec la vérité. Le récit plausible, le discours le plus en rapport avec les angoisses des intervenants sont ceux qui risquent le plus souvent d’emporter l’adhésion.

Une injonction à « faire récit »

Il serait dommage cependant de s’en tenir à des explications psychologisantes. Le souci est qu’il y a derrière ces informations fausses, intentionnellement ou pas, une « part de vérité » comme on dit. De la part de vérité à la vérité « à dévoiler », il n’y a qu’un pas, que la méfiance (envers les institutions, les médias alors qualifiés d’« officiels », etc.) aide à franchir.

Il faut y voir ici une raison profonde : tout est désormais mis en récit, qu’il s’agisse du marketing, du jeu, de la politique, voire de la science elle-même. Christian Salmon invite « à se méfier d’une pensée narrative de plus en plus instrumentalisée par les spin doctors de la communication politique, les stratèges du marketing ou de l’art de la guerre. »

Il est vrai qu’aucune activité sociale ne semble aujourd’hui épargnée et il serait fâcheux de confondre le phénomène et le thermomètre. Les racines d’une méfiance aujourd’hui largement distribuée ne sont pas à rechercher dans une expression ou une mise en scène de soi plus faciles via le « numérique » ou les réseaux sociaux mais davantage dans une injonction généralisée à faire récit qui clôture l’expression publique. L’interprétation des faits semble en effet de plus en plus bornée par des récits qui se présentent comme des commentaires autorisés. Sans vouloir les excuser, les réactions épidermiques (trop souvent de bas niveau) que l’on constate sur les réseaux sociaux (accentuées il est vrai par un anonymat déresponsabilisant) découlent certainement en partie de ce verrouillage.

Ajoutons que ces récits ne s’embarrassent pas toujours de vérité, voire la manipulent. Il n’y a qu’à souligner ici la puissance de récits alternatifs véhiculés, avec une ampleur de moyens souvent insoupçonnée, par des groupes de pression ou des États illibéraux, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en fournissant des exemples quotidiens, le plus énorme étant certainement la prétendue russophobie des Ukrainiens, « un premier pas vers un génocide » selon Poutine.

Russie – Ukraine : la désinformation comme arme de guerre • FRANCE 24 (février 2022).

D’autres récits, sans vouloir induire sciemment en erreur, ont davantage, dans le cas du marketing par exemple, la vraisemblance comme horizon. Ils s’apparentent alors à des discours fictionnels auxquels il est possible d’adhérer. Citons ici les discours promotionnels sur l’intelligence artificielle, censée faire advenir un monde meilleur. Cet état généralisé laisse penser que les discours les plus relayés, car portés par des institutions, y compris démocratiques, ou par des médias à forte audience, ou bien encore correspondant à une opinion majoritaire, sont nécessairement suspects.

Face à ces récits « mainstream », il est plus payant de s’afficher comme un récit alternatif qui cherche, en bravant les obstacles, à faire émerger la vérité face à un récit plus puissant. Les relais de la propagande russe dans les pays occidentaux se présentent souvent ainsi.

Cultiver le doute constructif

On prend la mesure, jour après jour, des ravages d’une méfiance généralisée. Il faut reconnaître qu’elle peut être parfois fondée lorsqu’il y a collusion d’intérêts entre les multinationales et les scientifiques, lorsque les scientifiques sortent dans les médias de leur domaine de compétences, lorsque les médias et les politiques affichent une proximité suspecte, etc.

Comment y remédier ? Les outils de « fact-checking » ne manquent pas. Tous les grands journaux et les agences de presse ont désormais un service dédié : en France, citons celui du journal Le Monde, de Libération ou de l’AFP. De nombreux sites spécialisés dans la lutte contre la désinformation ont été créés. À l’École, l’éducation aux médias et à l’information (EMI), quoiqu’on en dise et quelles que soient ses insuffisances, existe et dans les établissements scolaires les professeurs-documentalistes font un travail remarquable : en témoigne la 33e édition de la « semaine de la presse et des médias dans l’École » organisée par le CLEMI.

La semaine de la presse dans les écoles en 2015, reportage en collège (France 3 Nouvelle-Aquitaine).

Il faut évidemment accentuer l’effort mais je ne m’intéresse pas principalement dans cet article aux personnes qui sauront utiliser toutes les ressources mises à disposition lorsqu’un doute sur une information surgit. Il y a une réflexion à mener sur les gestes à inculquer en amont d’une éducation spécifique mobilisant une riche panoplie d’outils.

La piste mise en avant ici pourra paraître paradoxale et susceptible d’aggraver le mal : il s’agirait d’apprendre à douter ! Mais pas n’importe comment. Il ne s’agit pas d’introduire le doute nihiliste qui s’applique à tout, sans discernement, et qui essaie de faire passer l’ignorance des faits et des mécanismes de la communication pour la manifestation la plus aboutie de l’esprit critique. Mais le doute constructif, celui qui amène à une suspension provisoire du jugement, dans l’attente d’investigations plus poussées menées de manière méthodique.

L’esprit de la démarche scientifique

Ce doute-là, qui pousse dans une démarche rationnelle à poser les « bonnes » questions pour trouver ensuite des éléments de réponse plausibles, n’est autre que celui qui est pratique dans la recherche. Ces réponses sont certainement provisoires, dans tous les cas discutables, mais dans le respect des règles collectives de la discussion.

Une objection peut alors être faite : pourquoi vouloir introduire les méthodes de la recherche dans un plus large public alors que la science s’établit dans un dialogue pointu et spécialisé entre pairs ? Parce que nous partons d’un fait établi : la science, ses résultats comme ses méthodes, sont présents dans le domaine public, par la figure de l’expert, aujourd’hui omnipotente. La pandémie de Covid-19 n’a rien inventé mais a exacerbé cette tendance lourde.

Or, il serait tout à fait irresponsable de contribuer à cette exposition médiatique sans donner les moyens aux publics d’accueillir ces informations. Il s’agit de leur permettre de les soumettre à un questionnement fécond, pas à une remise en question indifférenciée et systématique, la nuance est d’importance.

Vouloir être à la hauteur de cette ambition suppose une autre approche du rôle de la recherche dans l’enseignement et donc en amont dans la formation des enseignants. La recherche y est encore trop souvent convoquée pour présenter les dernières avancées scientifiques dans une discipline, plus rarement pour faire comprendre les méthodes. Lorsque l’apprentissage de celles-ci est mis en avant dans l’enseignement scolaire, c’est encore trop exclusivement dans le spectre limité des disciplines expérimentales.

Il faudrait y mettre sur le même plan les sciences humaines et sociales et leurs méthodes, parfois jugées « molles », mais infiniment mieux armées pour rendre compte de l’humain en société dont les ressorts comportementaux ne sont pas que biologiques ni psychologiques. En bref, c’est à un art du questionnement que nous appelons, fondé sur les méthodes de la recherche et à inculquer dès le plus jeune âge.The Conversation

Laurent Petit, Professeur en sciences de l'information et de la communication, Sorbonne Université

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Economiques, écologiques et pratiques : la SNCF imagine déjà les trains de demain

 

flexy

Si les lignes à grande vitesse Toulouse-Bordeaux et Montpellier-Perpignan ont mobilisé ces derniers mois élus et habitants d’Occitanie, il n’y a pas que le TGV pour répondre aux enjeux de la mobilité. Si le réseau de transports express régionaux (TER) a connu une spectaculaire amélioration depuis le lancement du premier Plan rail sous l’ère Malvy et si des expérimentations ont lieu actuellement avec les trains à hydrogène, la SNCF voit plus loin. Elle a récemment présenté trois innovations qui dessinent ce que pourraient être les transports du quotidien du futur dans les territoires et particulièrement les zones rurales.

Première idée : des trains légers pour les petites lignes. Développé dans le cadre du programme Tech4Rail, ce concept de « train léger », plus adapté aux besoins de certaines petites lignes, porte aussi bien sur le matériel roulant que sur l’infrastructure. Le train en lui-même est un autorail moins lourd que les TER que l’on connaît. Au design très moderne, il disposera d’une motorisation électrique et d’un stockage d’énergie embarqué par batterie pour réduire les émissions de CO2. Les premières expérimentations du train léger, aux coûts d’exploitation et de maintenance allégés, seront menées à partir de 2024.

Seconde idée de la SNCF et de ses partenaires : deux projets particulièrement innovants imaginés au sein du programme Tech4Mobility, Draisy et Flexy, qui cherchent à adapter au ferroviaire des solutions et technologies venues du monde automobile. Ressemblant un tramway, Draisy est un petit train modulaire de 80 voyageurs (30 place assises) destiné aux lignes ou aux segments de lignes d’une centaine de kilomètres à faible trafic. Pilotée par un conducteur, cette navette au design là aussi moderne et élégant, fonctionne avec une motorisation électrique et un stockage d’énergie embarqué par batterie et dispose de systèmes d’aide à la conduite et de détection d’obstacle. Draisy promet de diviser par deux les coûts d’exploitation. Première expérimentation sur une ligne pilote en région courant 2025.

Flexy est sans doute le projet le plus spectaculaire et celui qui, s’il est mené à terme, pourrait révolutionner le transport collectif dans des territoires qui en sont dépourvus. Capable de rouler à la fois sur rail et sur route, cette navette ultralégère de 9 places (qui ressemble à une grosse voiture) s’adressera, en effet, en priorité aux petites lignes ferroviaires fermées, dont la longueur varie entre 10 et 30 kilomètres et qui offrent un potentiel de trafic trop faible pour justifier une desserte purement ferroviaire. Accessible sur réservation, Flexy, qui sera testé en 2024, vient chercher les usagers par exemple dans un bourg avant de les rapprocher d’une ville ou d’une gare, le tout en empruntant des routes et/ou des lignes de chemins de fer (à 60 km/h sur voie ferrée).
 

La fin des cookies tiers ne répond pas au besoin de contrôle des internautes sur leurs données

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Pour le moment, la plupart des solutions alternatives aux cookies privilégient l’objectif commercial aux dépens des attentes des internautes. Piqsels, CC BY-SA
Par Carlos Raúl Sánchez Sánchez, Montpellier Business School – UGEI; Audrey Portes, Montpellier Business School – UGEI et Steffie Gallin, Montpellier Business School – UGEI

Les révélations du Wall Street Journal contenues dans les « Facebook Files », publiés en septembre dernier, ont une nouvelle fois montré que les utilisateurs s’exposaient à des risques liés à la divulgation des informations personnelles. Les réseaux sociaux ne sont pas les seuls en cause : les nombreux data breach (incidents de sécurité en termes de données confidentielles) rendus publics, illustrent régulièrement la vulnérabilité des individus face à une navigation quotidienne sur les moteurs de recherche, sites de e-commerce et autres ayant recours à des « cookies tiers » , ces fichiers de données envoyés par un site web et stockés dans le navigateur web d’un utilisateur pendant que celui-ci navigue sur un site pour le suivre et optimiser le ciblage publicitaire.

Face à ces techniques répandues, les internautes restent aujourd’hui dans l’attente d’une plus grande transparence de la part des entreprises. Ainsi, en août 2019, Google a annoncé son intention de supprimer progressivement les cookies tiers (third party) d’ici à 2023 (initialement prévu pour 2022) afin de mieux protéger la vie privée des utilisateurs. D’autres navigateurs avaient déjà entamé cette démarche : par exemple, Apple sur son navigateur Safari (2017) ou bien Mozilla sur son navigateur Firefox (2019). L’annonce de Google a toutefois provoqué de très nombreuses réactions dans la sphère web car Chrome possède plus de 62 %des parts de marché de la recherche en ligne.

Deux logiques s’opposent

De telles initiatives provenant d’acteurs majeurs montrent l’importance du sujet de la protection de la vie privée. Les cookies tiers étant voués à disparaître, diverses organisations tentent de s’emparer du sujet afin de proposer des alternatives permettant de « mieux faire de la publicité ». Toutefois, ces solutions protègent-elles réellement mieux les données personnelles des internautes ? Pas forcément, car la suppression des cookies tiers ne supprime pas complètement le traçage des individus sur le web ! Surtout, selon une étude récente publiée dans la revue Recherche et applications en marketing, menée par l’une des auteures de cet article, les utilisateurs cherchent avant tout à retrouver du contrôle sur la divulgation et l’accès à leurs informations personnelles à des fins publicitaires.

Pour le moment, la plupart des solutions proposées sur le marché pour remplacer les cookies ont en effet un objectif commercial en ligne de mire… et bien moins de répondre aux véritables attentes des utilisateurs. Évidemment, les alternatives ne sont pas si faciles à mettre en place car deux logiques s’opposent : d’un côté, les utilisateurs et la protection de leur vie privée ; et de l’autre, les annonceurs et leur besoin croissant de cibler avec précision pour plus de performance. C’est pourquoi la CNIL a rappelé, fin 2021, que « le développement de techniques alternatives aux cookies tiers ne peut se faire aux dépens du droit des personnes à la protection de leurs données personnelles et de leur vie privée ».

Cohortes et empreintes numériques

À ce jour, deux alternatives à l’utilisation des cookies tiers semblent plus pertinentes que les autres sur le marché :

  • D’abord, le Privacy Sandbox, tel que celui proposé par le navigateur Google Chrome, basé sur un algorithme d’apprentissage automatique non supervisé qui créé des cohortes d’individus. Autrement dit, les internautes ne sont plus ciblés individuellement car leurs comportements sont anonymes, agrégés. Ils sont intégrés à des cohortes d’individus qui ont les mêmes caractéristiques et centres d’intérêt. Il n’est alors pas possible pour un internaute d’être identifié parmi les autres internautes au sein de la même cohorte, mais les informations sont suffisantes pour réaliser un ciblage pertinent.

  • Une seconde alternative au cookieless est le « fingerprinting » (ou empreinte numérique). Elle permet de récupérer un maximum d’informations techniques (navigateur, processeur, type d’écran, adresse IP, débit, etc.) concernant l’internaute. Grâce à ces informations, il est possible de créer un profil unique qui pourra être utilisé par les annonceurs. Le « fingerprinting » permet en quelques millisecondes d’identifier avec 99,5 % de précision un utilisateur, sans avoir à stocker d’informations. Pour le moment, le Règlement général sur la protection des données européen (RGPD) ne l’interdit pas explicitement. Cette pratique est autorisée si un consentement est donné par l’utilisateur (ce qui n’est pas sans rappeler le consentement demandé pour les cookies) et si les résultats de l’algorithme ne sont pas stockés dans la machine de l’utilisateur.

« Privacy by design »

Ainsi, ces nouvelles approches poursuivent le besoin de ciblage des individus, mais ne répondent pas aux attentes de contrôle des internautes concernant leur vie privée. N’allons-nous donc pas finalement revenir au ciblage contextuel, c’est-à-dire l’utilisation d’algorithmes sémantiques permettant d’associer une page à un mot clé, dans le déclenchement des publicités affichées ? Rien n’est moins sûr : en effet, la performance de ce ciblage contextuel est loin d’égaler les performances des cookies en termes d’hypersegmentation et de reciblage.

L’hypersegmentation reste la méthode la plus efficace en termes de ciblage publicitaire. Piqsels, CC BY

D’autres pistes sont donc à envisager concernant les alternatives aux cookies tiers. Par exemple, selon un article publié dans International Journal of Information Management, l’« expérience algorithmique » (« algorithmic expérience » ou AX) vise à rendre les interactions utilisateurs-algorithmes plus explicites. Certains travaux académiques montrent ainsi qu’une expérience algorithmique optimale est possible si les utilisateurs connaissent le fonctionnement des algorithmes et les données qu’ils traquent.

Au-delà des besoins de performance des entreprises et autres annonceurs, cette piste constituerait ainsi un premier pas dans la diffusion du privacy by design, c’est-à-dire permettre aux individus d’exercer leurs droits en matière de protection de leurs données personnelles (retrouver du contrôle) grâce à la mise en place par les acteurs du web d’interfaces intuitives, claires et conviviales.The Conversation

Carlos Raúl Sánchez Sánchez, Professeur associé, Montpellier Business School – UGEI; Audrey Portes, Assistant Professor, Montpellier Business School – UGEI et Steffie Gallin, Professeur Assistant, Montpellier Business School – UGEI

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Qui parle du climat en France ? Ce que nous apprennent les réseaux sociaux

 

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Par Albin Wagener, Université Rennes 2

Depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, en 2017, l’urgence climatique a fini par s’imposer comme un sujet majeur en France.

Rythmée par les rapports du GIEC, par les marches climat et par la Convention citoyenne pour le climat proposée par le président de la République, cette thématique à la fois écologique et environnementale a fini par colorer bon nombre de sujets de la vie quotidienne des Français : logement, énergie, transports, agriculture et biodiversité font ainsi parte des thématiques majeures.

Mais au-delà des sujets, il est important de comprendre qui parle, et la manière dont les opinions ont fini par se structurer lors de ces cinq dernières années.

Les mots du climat en ligne

Dans un rapport d’analyse de narratifs sur les réseaux sociaux que j’ai eu l’opportunité de conduire sous l’égide d’Impakt Faktor, l’étude a porté notamment sur les conversations en ligne, les commentaires produits sur les réseaux sociaux et les galaxies d’interactions sur Twitter.

Ainsi, en utilisant l’analyse de corpus appliquée aux discours sur les réseaux sociaux, il devient possible d’isoler les grands ensembles discursifs qui animent ce qui se dit à propos du climat, de l’écologie et de l’environnement, comme cela a déjà été démontré, entre autres, par les travaux de Kjerst Fløtum ou Béatrice Fracchiolla.

Par ailleurs, de nombreux groupes de recherche se sont récemment structurés pour mieux comprendre les liens entre discours, communication et environnement, comme le GER « Communication, environnement, science et société ».

Représentation du réseau conversationnel sur Twitter entre le 7 mai 2017 et le 1ᵉʳ février 2022. Rapport Impakt Faktor, CC BY-NC-ND

Quatre familles politiques bien distinctes

Que nous apprend ce rapport ? D’abord, il montre qu’il existe plusieurs réseaux d’opinions politiques qui proposent une vision particulièrement des questions environnementales et climatiques. En d’autres termes, il indique qu’il ne peut y avoir de solution écologique sans proposition politique structurée et ancrée dans une philosophie économique et sociale bien particulière.

Ainsi, quatre familles politiques délimitées ont pu se positionner quant à la vision du climat au cours de ces cinq dernières années :

  • Une écologie libérale, compatible avec le système politique et économique actuel, qui propose une adaptation des mesures écologiques nécessaires à la réalité du capitalisme et de ses effets économiques, financiers et commerciaux. Ce positionnement est notamment porté par le gouvernement actuel, et constitue l’axe directionnel de la politique climatique d’Emmanuel Macron.

  • Une écologie réformiste, qui propose de modifier certains aspects du système politique et économique afin de le rendre apte à intégrer les nécessaires réformes écologiques. Du point de vue de la galaxie politique, on trouve ici plutôt le Parti socialiste ainsi qu’Europe Écologie Les Verts, ainsi que certains activistes qui souhaitent sensibiliser le grand public, comme Cyril Dion, le Réseau Action Climat ou encore des personnalités politiques comme Benoît Hamon ou Pierre Larrouturou.

  • Une écologie radicale, qui propose de changer complètement de système économique et politique afin de répondre à l’urgence climatique. Ce courant est notamment porté par des médias comme Mediapart et Reporterre, des mouvements activistes comme Greenpeace et Attac, des économistes comme Thomas Porcher et Maxime Combes, ou encore le parti de La France insoumise.

  • Enfin, une dernière frange produit des discours anti-écologistes particulièrement relayés au sein des sphères climatosceptiques, dans la mesure où elle estime que les exigences liées au climat sont incompatibles avec notre mode de vie, notre réalité économique et nos habitudes culturelles. On retrouve ici des personnalités comme Laurent Alexandre ou Gilles-William Goldnadel, des médias comme Valeurs Actuelles, des représentants du Rassemblement national – et, en embuscade dans une logique critique et conservatrice, la journaliste Emma Ducros ou encore l’animateur Mac Lesggy.

Pas qu’une affaire de communication

Cette répartition particulièrement intéressante offre ainsi aux Françaises et aux Français quatre débouchés politiques pour envisager l’action climatique du point de vue social et économique.

Qu’il s’agisse d’activistes, de personnalités médiatiques ou d’élu·e·s politiques, aucun camp n’est insensible à la question et tout le monde se positionne. Cela montre aussi, comme l’a déjà largement illustré Thierry Libaert, que l’écologie n’est pas qu’une affaire de communication ; au-delà des tentatives des entreprises et des associations, c’est bien une réforme politique structurelle qui est nécessaire pour répondre à l’urgence climatique.

Néanmoins, au-delà de ces quatre familles politiques, on remarque que d’autres causes émergent en marge des discours environnementaux, précisément grâce à la sensibilisation à l’urgence climatique.

Ainsi, pendant ces cinq dernières années, les vidéos de L214 et les prises de position de plusieurs acteurs médiatiques ont permis à la cause animale de s’inviter dans le débat public – entre questionnements éthiques et nécessités écologiques. Cette nouveauté politique n’a rien d’anodin : elle montre à quel point les discours politiques et les narratifs en émergence autour du climat questionnent un nombre important d’habitudes sociales que la société considère comme « normales » ou « allant de soi ».

Les scientifiques, inaudibles ?

Hélas, cette étude nous permet aussi un enseignement non négligeable : la difficulté des scientifiques à se faire entendre dans les conversations, afin d’imposer des discours à la fois pédagogiques et audibles pour le grand public, et dont la sphère politique pourrait s’emparer aisément.

Malgré les alertes incessantes et dramatiques du GIEC, malgré les engagements des milieux activistes pour vulgariser et communiquer sur ces réalités, les personnalités scientifiques ont véritablement peiné à structurer un narratif durable.

Si des personnalités comme Valérie Masson-Delmotte ont été particulièrement actives en France, notamment du fait de leur notoriété en lien avec le GIEC, il s’agit malheureusement d’exceptions qui confirment une règle particulièrement cruelle – règle régulièrement soulignée par les mouvements militants, et reprise jusqu’à la parodie par le film Don’t Look Up.

Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence, les héros de Don’t look up. NIKO TAVERNISE/NETFLIX

Ainsi, malgré l’information ponctuellement animée par les grands médias à propos de l’écologie, de l’environnement et du changement climatique, on remarque que la prise en considération de ces thématiques reste d’abord largement cantonnée à une approche purement événementielle : manifestations pour le climat, catastrophe climatique ou sorte d’une étude permettent, de manière hélas trop sporadique, d’animer les discussions.

Mais au-delà de ces moments, l’imposition de narratifs réguliers et durables dans le débat public reste une gageure. Cela est également dû, comme nous le soulignons dans le rapport d’analyse, à un manque dans notre pays de figures capables d’incarner le climat.

Lorsque des figures étrangères comme Greta Thunberg sont représentées, elles sont souvent raillées et excitent le climatoscepticisme ; ainsi, le défi des prochaines années, au-delà même de ce à quoi les travaux du GIEC nous invitent à nous préparer, sera de faire monter des figures capables de captiver durablement les médias et l’opinion sur ces questions.The Conversation

Albin Wagener, Chercheur associé l'INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS, Université Rennes 2

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.