Technomedia

Numérique · médias · sciences · intelligence artificielle

Ces start-up d’Occitanie vont faire briller leurs innovations au CES de Las Vegas

 

CES

Les innovations de demain ne sont pas l’apanage des grands groupes numériques de la Silicon Valley. Elles peuvent être aussi le fait de petites start-up. La France en sait quelque chose, qui, depuis le lancement de la French Tech, connaît un développement fulgurant. Non seulement les start-up de la French Tech ont dépassé la barre symbolique des 10 milliards d’euros de fonds levés en 2021, mais leur notoriété ne cesse de grandir. Comme les années précédentes, la délégation française pour le Consumer electronic show (CES) de Las Vegas, l’un des plus grands salons de l’électronique grand public qui doit se dérouler du 5 au 8 janvier sera l’une des plus importantes. Business France, qui gère la délégation tricolore, prévoit d’emmener « plus de 150 représentants » au CES. Toutefois le salon enregistre des défections en raison de l’épidémie de Covid-19, mais il reste pour l’heure maintenu.

23 pépites de la région

Comment l’an passé, l’Occitanie va être dignement représentée avec 23 pépites, accompagnées par la Région et son agence Ad’Occ. Jalil Benabdillah, vice-président régional en charge de l’économie, l’emploi, l’innovation et la réindustrialisation représentera la présidente Carole Delga à la tête de cette délégation dont les membres ambitionnent de se faire remarquer parmi les quelque 1 700 exposants. D’ores et déjà, parmi les 23 entreprises régionales présentes, 17 ont été retenues pour exposer sur l’Eureka Park du CES aux côtés des meilleures innovations mondiales.

« L’écosystème particulièrement riche et innovant que nous avons en Occitanie nous permet d’être actifs à l’international et reconnu au CES. C’est une formidable vitrine pour nos start-up qui leur permet d’accélérer leur développement industriel et commercial. Après deux années de crise, la Région se mobilise plus que jamais pour aider les entreprises régionales à aller de l’avant et à renouer avec la très bonne dynamique d’avant 2020. » a déclaré Carole Delga.

Parmi les 23 entreprises, on peut citer Ellona (Surveillance des nuisances en atmosphère extérieure et intérieure), FittingBox (essayage virtuel de lunettes) Kryptulip (une fintech spécialisée sur la technologie NFT), MyOwnVoice (copie digitale de votre voix avec 50 phrases), Naio Technology (très connu pour ses robots agricoles et lauréate d’un CES Awards 2022), Cryosocks (récupération musculaire rapide), 3D aerospace (surveillance par satellite au service des industries), Nimble One (robot ARU) ou Bleujour et son ordinateur cubique design. Toutes seront sur l’Eureka Park. Eye-Light, qui a imaginé un affichage tête haute pour moto et voiture et Road-light et son dispositif de sécurité lumineux pour cycliste seront, elles, sur le pavillon auto-mobilité. Beaucoup de diversité donc et des innovations made in Occitanie.

Avec le télescope James Webb, l’Humanité va voir plus loin

 

telescope

Peut-on un instant ne plus s’intéresser aux courbes vertigineuses et angoissantes de la progression du variant Omicron ? Est-il encore possible d’oublier cette épidémie de Covid-19 qui, depuis bientôt deux ans, met à l’épreuve et épuise l’Humanité ? Non seulement on le peut, car les Hommes ont fait montre partout dans le monde d’une incroyable résilience, mais on le doit lorsque c’est précisément un projet à l’échelle du destin de la planète qui nous invite à faire une pause, à porter notre regard au loin, vers les confins de l’espace, terra incognita du XXIe siècle.

La communauté spatiale internationale – l’Agence spatiale européenne, celle du Canada, Arianespace et la Nasa – nous offre, en effet, un beau cadeau de Noël avec le lancement prévu aujourd’hui du télescope James Webb, le successeur du célèbre Hubble. Après trois reports, un créneau de 32 minutes sera disponible à 12 h 20 GMT aujourd’hui…

10 milliards de dollars, 10 000 personnes mobilisées

C’est peu dire que l’attente fut longue puisque le projet de ce télescope ultra-perfectionné a été lancé… dans les années 1990. Sa construction a commencé en 2004 et son lancement, initialement prévu en 2007, a sans cesse été repoussé, notamment à cause de la complexité de son développement dont le coût a explosé, avoisinant au final les quelque 10 milliards de dollars.

telescope

La construction du télescope a donc constitué une belle aventure scientifique, technique et industrielle qui a permis de mettre en œuvre une immense collaboration internationale puisqu’il intègre des instruments canadien et européen. Le projet aura mobilisé plus de 10 000 personnes au total qui vont retenir leur souffle lorsque la fusée Ariane V décollera depuis Kourou pour poursuivre l’aventure.

La prochaine étape sera le très délicat déploiement des miroirs du télescope à 1,5 million de kilomètres de la Terre, qui devrait prendre deux semaines. Viendra ensuite la partie scientifique de l’aventure, qui s’annonce fascinante tant les attentes sont grandes.

telescope


Big bang et exoplanètes

Car avec le télescope James Webb, qui sera en orbite autour du Soleil, l’Humanité chaussera de nouvelles lunettes pour voir plus loin et répondre à cette question qui passionne depuis la nuit des temps : une autre planète Terre est-elle possible ? Car ce nouveau télescope, le plus puissant et le plus grand jamais envoyé dans l’espace, va révolutionner notre façon de voir les atmosphères de ces planètes, reflet de ce qui se passe en surface. À côté de l’étude des exoplanètes, le télescope permettra d’explorer les premiers âges de l’Univers, en remontant jusqu’à seulement quelques centaines de millions d’années après le Big Bang. Les scientifiques pourront ainsi observer les premières galaxies et les premières étoiles.

Loin de l’infiniment petit d’un coronavirus, c’est vers l’infiniment grand que le voyageur James Webb nous convie.

Philippe Rioux


telescope


Quatre questions sur le JWST

À quoi ressemble-t-il ?

Sa pièce-maîtresse est son immense miroir principal, mesurant 6,6 mètres de diamètre et formé de 18 miroirs plus petits, de forme hexagonale. Ils sont faits debéryllium et recouverts d’or pour mieux réfléchir la lumière captée des confins de l’Univers. L’observatoire comporte également quatre instruments scientifiques: des imageurs permettant de faire des photos du cosmos, et des spectromètres, qui décomposent la lumière pour étudier les propriétés chimiques et physiques des objets observés. Le miroir et les instruments sont protégés par un énorme pare-soleil, composé de cinq couches superposées.
Grandes comme un terrain de tennis, elles sont aussi fines qu’un cheveu, et faites de kapton, un matériau choisi pour sa résistance à des températures extrêmes: une face sera à plus de 110°C et l’autre à -235°C. Également à bord: un module de service contenant le système de propulsion, de communication... Au total, l’observatoire pèse l’équivalent d’un bus scolaire.

Où va-t-il ?

Le télescope va être placé en orbite à 1,5 million de kilomètres de la Terre, soit quatre fois la distance de notre planète avec la Lune. Contrairement au télescope Hubble qui tourne autour de la Terre, James Webb sera lui en orbite autour du Soleil. Il évoluera en constant alignement avec le Soleil et la Terre, «derrière» celle-ci. Son miroir fera constamment dos à notre étoile. Il mettra environ un mois à atteindre cette position, appelée point de Lagrange L2. À cette distance, aucune mission habitée de réparation ne peut être envisagée, comme cela avait été le cas pour Hubble.


Comment va-t-il se déployer ?

Le télescope étant trop grand pour entrer dans une fusée, il a été plié sur lui-même. Une contrainte technique qui engendre la partie la plus compliquée de la mission: son déploiement dans l’espace, le plus périlleux jamais tenté par la Nasa. Environ 30 minutes après le décollage, l’antenne de communication et les panneaux solaires l’alimentant en énergie seront déployés. Puis le déploiement du pare-soleil, jusqu’ici plié comme un accordéon, commencera au sixième jour, bien après avoir dépassé la Lune. Ses fines membranes seront guidées par un mécanisme complexe impliquant 400 poulies et 400 mètres de câble. Durant la deuxième semaine, viendra enfin le tour du miroir. Une fois dans sa configuration finale, les instruments devront refroidir et être calibrés, et les miroirs très précisément ajustés. Au bout de six mois, le télescope sera prêt.

Que va-t-il faire ?

James Webb a deux grandes missions scientifiques représentant plus de 50% du temps d’observation. D’abord, explorer les premiers âges de l’Univers, en remontant jusqu’à seulement quelques centaines de millions d’années après le Big Bang. Les scientifiques veulent observer les premières galaxies et les premières étoiles... Sa deuxième grande mission sera d’étudier des exoplanètes, c’est-à-dire des planètes autour d’autres étoiles que notre Soleil, en quête d’environnements habitables, en étudiant notamment leur atmosphère. La grande nouveauté de James Webb est qu’il opérera uniquement dans l’infrarouge proche et moyen. Il pourra ainsi voir à travers des nuages de poussière impénétrables pour Hubble, qui a une petite capacité infrarouge mais opère surtout dans la lumière visible et les ultraviolets. Sont aussi prévues des observations plus proches, dans notre système solaire, de Mars ou encore Europe, une lune de Jupiter.
 

Les 10 sujets de discussion qui ont affolé Twitter cette année

 

twitter

Il y a fort à parier que les sujets de discussions qui viendront à la table de Noël seront aussi ceux qui ont le plus suscité de débat sur les réseaux sociaux. Comme chaque année, Visibrain, société spécialisée dans la veille des médias sociaux, dresse le bilan des sujets qui ont marqué les Français sur Twitter en 2021 avec son palmarès des hashtags (mots-dièses) les plus cités. Sans surprise, le Covid-19 est sur la première marche du podium mais il baisse avec 6,4 millions de tweets en français (sur un total de 81 millions toutes langues confondues).

« L’épidémie de coronavirus s’impose, pour la deuxième fois consécutive, comme le sujet le plus commenté de l’année sur Twitter. Pourtant, deux fois moins de messages ont été publiés sur la crise sanitaire que l’année passée (en 2020, #Covid19 = 12,9 millions de tweets). », explique Visibrain. Peut-être les Français arrivent-ils à saturation ? « La crise sanitaire est actuellement moins commentée qu’en début d’année : 66 % des tweets sur le sujet ont été publiés pendant le 1er semestre 2021. Un léger regain d’activité s’observe toutefois fin novembre, lié à la troisième dose du vaccin » et au variant Omicron.

En 2e position, on trouve #Concours avec 6,2 millions de tweets en français. « Après une baisse du volume de tweets entre 2019 et 2020, les jeux concours reviennent en force Le hashtag génère ainsi 1,4 fois plus de messages que l’année dernière. Xbox, PS5, Switch… Près d’un jeu concours sur deux est associé au gaming, une tendance très forte sur Twitter. »

Du pass sanitaire à Zemmour

Troisième position : #PassSanitaire avec 4,6 millions de tweets en français. « Objet de tous les débats, il est au centre de 4,6 millions de tweets depuis le 1er janvier 2021. Mais c’est en juillet que les conversations autour du Pass grimpent réellement en flèche (4 tweets par seconde au plus haut pic d’activité). Le sujet restera au centre des conversations tout l’été : 67 % des tweets avec le hashtag #PassSanitaire ont été publiés en juillet et août 2021. »

À la 4e place, le président de la République avec ses nombreuses allocutions. #Macron a suscité 4 millions de tweets en français. Le chef de l’État est la figure politique dont on parle le plus sur la twittosphère française. « Toutefois, #Macron, qui était le deuxième hashtag le plus viral l’année dernière, se retrouve à la quatrième place du classement cette année. Et pour cause, il génère 1,3 moins de messages qu’en 2020. Ce sont ses différentes prises de parole sur la situation sanitaire (#Macron20h = 1 million de messages) qui font grimper le volume de tweets à son sujet. »

En 5e position, l’une des téléréalités préférées des Français : le jeu Koh Lanta. Avec 2,5 millions de tweets, #KohLanta est bel et bien l’émission de télévision la plus populaire sur Twitter. « Aucun rebondissement n’échappe aux internautes qui commentent activement, chaque soir de diffusion, l’émission sur Twitter. Le pic de messages le plus notoire a été enregistré le 24 août 2021 pour le lancement de « Koh-Lanta La Légende » : 201 161 tweets en français. »

twitter

À la 6e place, #FreeSenegal, apparu début mars 2021 pour dénoncer des atteintes à la démocratie, a suscité 2,1 millions de tweets en français.

Les supporters de l’Olympique de Marseille ont propulsé #TeamOM à la 7e position des hashtags les plus partagés en 2021 avec 1,9 million de tweets en français.

Suivent deux sujets plus politiques : #SaccageParis (8e) qui dénonce la malpropreté à Paris et fustige Anne Hidalgo a atteint 1,8 million de tweets en français et #Zemmour (9e) qui recueille 1,6 million de tweets en français. « Il génère, à titre de comparaison, 1,5 fois plus de messages que #Euro2020. Avec l’élection présidentielle qui approche, 71 % des messages sur le désormais candidat ont été publiés sur les 3 derniers mois (1er septembre – 1er décembre 2021) », note Visibrain.

Enfin, en 10e position on trouve #TPMP (Touche pas à mon poste, l’émission de Cyril Hanouna sur C8) avec 1,3 million de tweets en français.

Le premier SMS au monde adjugé 132 680 € chez Aguttes sous forme de NFT pour venir en aide aux réfugiés

sms

À l’issue de 32 minutes de vente, le marteau de Me Claude Aguttes est tombé ce mardi 21 décembre pour adjuger le tout premier SMS envoyé au monde.

Le nouveau propriétaire, un professionnel des télécommunications canadien, a déboursé 132 680 € (frais inclus) pour cette réplique du protocole de communication du tout premier SMS jamais envoyé et immortalisé sous la forme d’un NFT.

Vodafone a pris la décision de reverser le produit de la vente à l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) afin d'aider ces personnes.

« Nous sommes très heureux de ce succès. Nous croyons en l'importance de l’aspect caritatif de cette vente qui nous donne l’opportunité de soutenir une bonne cause. Il s'agissait d'une vente aux enchères unique, d'un véritable artefact numérique. Ce ne sera pas le dernier NFT qui passera sous le marteau au sein de la maison Aguttes, mais celui-ci restera exceptionnel pour nous. L’importance et l’histoire de ce premier SMS nous a motivé à vouloir la partager avec le monde entier et les retombées médiatiques ont démontré et démontrent encore la portée internationale de cette vente qui a été couverte par les rédactions des cinq continents. », a déclaré Maximilien Aguttes, responsable du développement au sein de la maison de ventes.

« Au début, il s’agissait simplement d’une idée. Cette idée s'est transformée en une somme d’argent réelle au service d’une bonne cause », a déclaré le PDG de Vodafone, Hannes Ametsreiter. « Nous avons fait équipe avec des programmeurs et des experts en crypto-monnaies ainsi qu'avec des professionnels du monde des enchères. Nous avons mené l’enquête au sein des archives de Vodafone, et interrogé les témoins de cette histoire, celle de l’envoi et de la réception du tout premier SMS de l’histoire. Notre équipe a travaillé dur pour obtenir le beau résultat obtenu cet après-midi. Le premier SMS au monde vendu sous forme de NFT. Pour aider et soutenir une bonne cause ».

Avec la puce Walletmor, le paiement dans la peau...

 

Walletmor

Voilà une nouvelle qui devrait effrayer les antivax et les anti-pass sanitaire persuadés qu’on cherche à les surveiller en les pistant, mais qui pourrait ravir tous ceux qui oublient leur carte bancaire : la société britannique Walletmor* vient d’annoncer le lancement en France du premier implant sous-cutané qui permet de payer sans contact. L’implant est disponible en France au prix de 199 euros et permet à son propriétaire de présenter sa main au-dessus d’un terminal de paiement comme il le ferait avec une carte bancaire classique.
Concrètement, l’implant Walletmor est un petit appareil, de la taille d’une petite épingle, d’un demi-millimètre d’épaisseur (0,5 x 7 x 28 mm) et pesant 1 gramme.

L'implant n'envoie aucun signal

Il est constitué d’un microprocesseur et d’une enveloppe de silicium faisant office d’antenne, le tout enfermé dans une bio-enceinte hermétique. « L’implant est installé dans n’importe quelle partie du corps sous la peau (la paume est recommandée en raison de sa fonctionnalité). Il peut remplacer un portefeuille encombrant et constitue une alternative pratique à une carte de crédit ou à un appareil doté d’une fonction de paiement, y compris un smartphone », indique la société qui entend rassurer ses clients sur la sécurité et l’innocuité du dispositif qui utilise la technologie sans contact NFC (Near Field Communication)

Walletmor

« Les implants n’ont pas leur propre alimentation électrique, ils ne peuvent donc pas envoyer de signaux ou de données via GPS, Bluetooth, etc. La seule trace de notre présence dans un lieu donné peut être la transaction réellement effectuée, enregistrée sur le relevé bancaire, comme dans le cas d’un paiement par carte de crédit ou de débit » explique Walletmor.

Pas de risques pour la santé

Quant aux conséquences sur la santé, aucun risque. Walletmor a travaillé avec les laboratoires de VivoKey Technologies Inc., basés à Seattle, qui ont conduit des tests pendant trois ans. L’enveloppe de biopolymère est faite d’un plastique dit médical qui possède des certificats de biocompatibilité.

« L’implant n’est pas contre-indiqué pour les radiographies et ne provoque pas d’interférence lors de l’IRM. Des études ont confirmé que l’implant Walletmor ne provoque aucune maladie et peut être installé dans le corps sans le moindre risque », indique la société.

Walletmor

Toutefois si le client peut installer lui-même son implant avec le kit fourni, Walletmor recommande de passer par un cabinet médical.

Pass sanitaire et discothèque

Ce type d’implant n’est pas nouveau et peut évidemment servir à d’autres usages que le paiement sans contact. En Suède, Epicenter, une Maison de l’innovation numérique basée à Stockholm, fait ainsi la promotion d’une puce sous-cutanée qui sert… de pass sanitaire. D’autres puces permettent d’ouvrir des portes ou servent comme pass d’accès à des bâtiments.

Walletmor

Les puces sous-cutanées, premier pas vers le transhumanisme, ont également été utilisées il y a quelques années par une discothèque de Barcelone pour réserver son accès VIP à certains clients.

Comment l’« alt-right » à la française s’approprie les codes de TikTok, Instagram ou YouTube

altright
Navigation sur des chaines YouTube de l'Alt-Right française. J.G/The Conversation, CC BY-NC-ND

 


Par Nicolas Baygert, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Nul doute que les plates-formes en ligne constituent des espaces d’engagement civique et d’expression politique, plus particulièrement chez les jeunes. Les médias sociaux et les sous-cultures qu’elles renforcent remplissent une fonction non seulement d’organisation et de recrutement, mais aussi d’espace d’éducation et de socialisation politique pour adolescents et jeunes adultes.

Pour diffuser leurs idées, aux États-Unis comme en France, les influenceurs de la droite alternative « alt-right » se sont, sans surprise, approprié la grammaire et les gabarits prédéfinis de YouTube, Instagram ou TikTok.

Le terme alt-right est complexe à définir. Il peut être compris comme un terme générique désignant une coalition d’activistes en ligne opérant principalement dans les pays anglophones. Dans la recherche, l’alt-right est considérée comme une alliance englobant la culture de trolls en ligne, la mouvance masculiniste et les identitaires, avec des variations significatives des influences et des pratiques.

Sentiment de déclin civilisationnel

L’alt-right s’adresse spécifiquement aux jeunes générations partageant le sentiment d’un déclin civilisationnel corrélé aux poussées « immigrationnistes », « multiculturalistes » et plus récemment « wokistes ».

La fréquente convocation des termes de réacosphère ou de fachosphère dans le champ médiatique français atteste de l’importance accordée en France à ce phénomène. Pour Philippe-Joseph Salazar, professeur de rhétorique à l’université du Cap et auteur de « Suprémacistes. L’Enquête mondiale chez les gourous de la droite identitaire », le terme fachosphère désigne l’ensemble des acteurs ayant, depuis une dizaine d’années, appris à exploiter Internet et à redéployer le militantisme « grassroots », c’est-à-dire un activisme émanant de mobilisations spontanées et favorisant une organisation horizontale et participative.

En France, les médias témoignent d’un intérêt grandissant pour une nouvelle galaxie d’idéologues hexagonaux ayant dressé leur camp sur YouTube, Twitter, ou TikTok. Ceux-ci mènent une lutte métapolitique d’inspiration gramscienne – l’idée que le combat se mène d’abord sur le terrain culturel – avec pour objectif de développer un imaginaire alternatif, capable de rivaliser avec le « politiquement correct » véhiculé par les médias mainstream.

Faire un « contre Canal+ culturel »

Dans une interview datant de 2018, le youtubeur, pamphlétaire et influenceur d’extrême droite Papacito, évoquait déjà sa volonté de « faire un contre Canal+ culturel. Qui soit aussi fun, mais porteur d’idées patriotes et plus réactionnaires ».

À mille lieues du duo de youtubeurs stars Mcfly et Carlito, à l’humour potache dépolitisé (ce qui ne les a pas empêchés d’être reçus à l’Élysée), les influenceurs de l’alt-right française véhiculent des messages politiquement chargés : opération de « reconquista idéologique » à travers des tutoriels « lifestyle » masculinistes et volonté affichée de renouer avec un art de vivre enraciné, libéré de sa tutelle « woke ».

Proposant une socialisation politique alternative aux jeunes électeurs, les idéologues des réseaux oscillent entre parcours « en solo » et activisme coordonné. Le casque vissé sur les oreilles, le youtubeur Raptor, commente l’actualité dans ses « Raptor Talks » (capsules dépassant régulièrement les 600 000 vues) à grand renfort de mèmes. Son credo ? « Une revue d’actualité avec une bonne grosse dose de haine », comme il le dit lui-même.

Les codes de la dissidence s’américanisent

Comme le note le journaliste Paul Conge, auteur d’une enquête sur les « Les Grand-remplacés », ces figures se sont habilement fondues dans la LOL-culture, « gameuse », née sur les forums très fréquentés de jeuxvideo.com.

On remarquera au passage que les codes de la dissidence s’américanisent. Le discours « patriote » jadis francocentré s’efface régulièrement au profit d’un humour transgressif franchisé : ressorts humoristiques « netflixisés », icônes alt-right globalisées (à l’instar de « Pepe the frog »).

Aux États-Unis, cette mouvance alt-right a produit une sémantique propre au groupe avec des termes comme cuckservative (conservateur cocu, c’est-à-dire assujetti au « politiquement correct ») ou « SJW » (social justice warrior, « guerrier de la justice sociale », issu du camp progressiste).

TikTokeurs identitaires

Le pseudonyme d’Estelle RedPill, influenceuse d’extrême droite, renvoie également à la pilule rouge du film Matrix (1999), censée dévoiler le réel. Très médiatisée cette année, bien que récemment bannie de TikTok pour la neuvième fois, l’influenceuse (de son vrai nom Estelle Rodriguez) a longtemps incarné cette nouvelle génération de TikTokeurs « patriotes » ou identitaires, multipliant les formats courts caractéristiques de la plate-forme, depuis sa chambre.

L’influenceuse Estelle Redpill en compagnie de l’écrivain français d’extrême droite Renaud Camus, théoricien du « Grand remplacement ».

On notera que le processus de production de contenu simplifié et favorable aux mèmes, ainsi que l’extrême jeunesse des utilisateurs, font de TikTok un terrain particulièrement fertile pour l’observation des engagements des jeunes, comme l’indique cette étude récente.

Dans une autre recherche sur l’utilisation de TikTok par l’extrême droite [« Far-right »], Gabriel Weimann et Natalie Masri épinglent la page « For You » de ce réseau social.

Dans leur étude, les chercheurs ont constaté qu’après avoir visionné des vidéos d’extrême droite, la page « For You » commençait à recommander des vidéos similaires basées sur le contenu visionné, alors qu’ils n’interagissaient avec aucun de ces utilisateurs et ne les suivaient pas.

TikTok pourrait de ce fait amener les jeunes utilisateurs qui commencent à être exposés à ce type de contenu (parfois par accident) à visualiser quantité de ces mêmes vidéos dans le futur, offrant à cette plate-forme un haut potentiel métapolitique.

Convivialité gaillarde

D’autres acteurs choisissent de s’inscrire dans une dynamique collaborative. Papacito et l’ancien président du Front national de la jeunesse, l’essayiste Julien Rochedy, signent ainsi un ouvrage commun.

Ces deux figures sont régulièrement accueillies par Baptiste Marchais sur sa chaîne YouTube « Bench & Cigars », aux 234 000 abonnés, diffusant des idées de droite identitaire, sous couvert d’humour et de bonne chère.

Cette dynamique conversationnelle fonctionne sur le principe de l’hypertexte : des contenus renvoyant vers d’autres contenus, consolidant de la sorte un corpus référentiel (culturel, historique et spirituel) commun. Une convivialité gaillarde qui se distingue notamment par l’expression d’une grivoiserie fustigeant l’esprit de sérieux du camp d’en face.

Citons, à titre d’exemple, cette vidéo récente postée sur YouTube (dépassant les 700 000 vues) dans laquelle les protagonistes susmentionnés décortiquent l’émission « d’Arrêt sur images » consacrée à l’humour dans la fachosphère sur YouTube. Une performance ludique sous forme de mise en abyme.

L’interaction entre ces acteurs suit une logique « socio-sémiotique ». La « socio-sémiotique » conçoit les productions signifiantes d’un ensemble d’acteurs comme un processus réflexif plus complexe par lequel ils organisent le monde et s’organisent en son sein – une dynamique d’association se présentant ici sous l’aspect d’une camaraderie numérique.

Dans son article sur l’alt-right américaine, Philippe-Joseph Salazar démontre comment celle-ci parvient à rassembler une communauté d’acteurs et un collectif d’auteurs esquissant les contours d’une « communauté [fellowship] de discours » tournée vers l’avenir.

Dans son dernier « Entretien Choc », Papacito partage ainsi sa volonté de fédérer un ensemble de personnalités susceptibles de « parler à différentes strates de la société » – une ambition se matérialisant par le lancement prochain d’un trimestriel intitulé « La Furia » regroupant un collectif d’auteurs élargi. La revue se présente comme « occasion unique d’occuper l’espace, de réarmer les esprits. D’offrir à la reconquête un vaisseau amiral ».

Gettr, nouveau réseau de l’alt-right

Enfin, pour maintenir le lien avec son audience agrégée, l’objectif de cette nébuleuse en voie de consolidation est de s’immuniser contre toute possibilité de censure de la part des plates-formes.

Le risque – réel – a récemment convaincu certains acteurs à rejoindre Gettr (voir à ce sujet l’analyse de France Inter), un réseau social créé par un ex-conseiller de Donald Trump et présenté comme un lieu « indépendant des grands médias, indépendant de la “cancel culture” et embrassant la liberté d’expression ».

À côté de l’équipe de campagne d’Éric Zemmour, d’ores et déjà présente sur ce réseau, on y retrouve justement Baptiste Marchais et Papacito. Cette migration numérique d’une « diaspora alt-right » vers d’autres plates-formes est plus que jamais susceptible d’accroître le phénomène de sécession de la « réacosphère », à savoir la dislocation d’un espace public en ligne en chambres d’écho autoréférentielles ; d’écosystèmes médiatiques en vase clos soumis, de part et d’autre, aux biais de confirmation et au renforcement idéologique.The Conversation

Nicolas Baygert, Maître de conférences à l'Université libre de Bruxelles, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Ces ballons qui pourraient révolutionner le tourisme spatial

 

ballon

Le tourisme spatial est désormais devenu une réalité grâce aux entrepreneurs milliardaires du numérique comme Elon Musk, Jeff Bezos ou Richard Branson dont les sociétés du New Space – respectivement Space X, Blue Origin ou Virgin Galactic – ont amené cette année les premiers civils dans l’espace. Et cette semaine, c’est l’agence spatiale russe Roscosmos qui vient d’amener un milliardaire japonais vers la Station spatiale internationale (ISS).

Mais ces vols de « découverte » ont un inconvénient : leur coût de plusieurs millions d’euros. On parle de 22 millions d’euros la place chez SpaceX ou 28 millions chez Blue Origin même si ces tarifs devraient baisser aux alentours de 250 000 $ à l’avenir.

Une start-up de l’Hérault

Le tourisme spatial va-t-il se démocratiser dans les prochaines années ? C’est le rêve de plusieurs sociétés dans le monde qui veulent recourir à des ballons stratosphériques pour que l’on puisse admirer la courbure de la Terre depuis l’espace.

La start-up américaine Space Perspective, dirigée par deux anciens ingénieurs de la Nasa, l’agence spatiale américaine (Nasa), a mis au point une capsule pressurisée bien plus confortable que les vols réalisés cette année et dotée de très larges baies vitrées pour admirer le spectacle. Huit personnes peuvent ainsi embarquer à bord de cette capsule baptisée « Neptune » pour une lente ascension vers la stratosphère. La société a réalisé un test en juin dernier avec succès : le ballon est monté à 33 043 mètres avant de redescendre et d’amerrir dans le golfe du Mexique, à 80 kilomètres au large de la côte ouest de la Floride. Le vol aura duré 6 h 30. Space Perspective prévoit des vols commerciaux fin 2024 et a d’ores et déjà ouvert sa billetterie : le ticket d’entrée est à 125 000 $ (110 400 €). 450 personnes ont déjà acheté leur place. La cofondatrice de la société, Jane Poynter, entend faire baisser les prix entre 30 000 et 40 000 $ (35 000 €).

capsule

Initiative similaire avec les Français de Zephalto, installés au Pouget dans l’Hérault, qui travaillent avec le CNES et l’Agence spatiale européenne sur leur projet. Soutenue par la Région Occitanie et l’Europe, la société occitane, fondée en 2016 par Vincent Farret d’Astiès et dirigée avec Guillaume Aldegheri, a déjà réalisé en septembre un vol d’essai à faible altitude avec un ballon de 70 m de hauteur. Le ballon définitif devrait faire 130 m et soulever une capsule pour des vols de 6 heures à une semaine à 25 km d’altitude, grâce à un ingénieux régulateur d’altitude fonctionnant à l’énergie solaire. La perspective de croisières dans l’espace est à portée de main.

Apprentissage profond et consommation énergétique : la partie immergée de l’IA-ceberg

 

ia

Par Denis Trystram, Université Grenoble Alpes (UGA); Romain Couillet, Université Grenoble Alpes (UGA) et Thierry Ménissier, Université Grenoble Alpes (UGA)

Depuis une dizaine d’années, l’essor considérable du monde numérique et en particulier de l’intelligence artificielle a eu des effets spectaculaires dans quelques domaines scientifiques, tels que la vision par ordinateur (pour la détection automatique d’objets, de visages) ou le traitement du langage naturel (traduction automatique, filtres antispam, suggestions de réponses automatiques).

Aujourd’hui, on imagine ce développement capable de bouleverser tous les autres champs de la société. On nous promet un avenir radieux fait de bien-être et de confort améliorés par la santé digitale, les véhicules autonomes, les interfaces humains-machines sophistiquées, les robots pour l’aide à domicile, ou encore les visites virtuelles de tous les musées du monde portant toute la culture humaine à portée de clics.

En tête de proue de cet essor se trouve l’apprentissage profond (ou deep learning en anglais), ces fameux « réseaux de neurones artificiels » qui se sont vite diffusés. Cependant, le coût énergétique de cet outil technique est peu connu des utilisateurs alors qu’il est particulièrement préoccupant.

Au-delà des questions de performances, de rapidité ou de passage à l’échelle qui intéressent les ingénieurs en quête de toujours plus de prouesses technologiques, c’est d’un point de vue environnemental, et en particulier sur le plan des émissions de gaz à effet de serre que la question inquiète.

Une consommation énergétique impressionnante

Concrètement, la consommation énergétique d’une seule exécution d’entraînement (en général il en faut plusieurs pour obtenir un résultat abouti) des réseaux de neurones artificiels les plus récents, dédiés au traitement naturel du langage, dépasse le million de kilowatts-heures dépensés au bout de plus d’un mois de calculs sur des machines équipées de quelque 10 000 processeurs, parmi les plus puissantes actuelles.

Côté porte-monnaie, la facture électrique excède les 100 000 euros et pour la planète plus de 500 tonnes d’émissions de CO2, soit une empreinte carbone équivalente à 500 vols aller-retour Paris-New York. En comparaison, le cerveau humain consomme en un mois environ 12 kWh, soit cent mille fois moins, pour des tâches bien plus complexes que la traduction en langage naturel.

Contrairement à dix ans plus tôt, il est d’ailleurs aujourd’hui devenu inenvisageable d’entraîner un réseau de neurones comme celui que l’on vient d’évoquer sur notre ordinateur de bureau (cela prendrait théoriquement 405 ans). En clair, l’intelligence artificielle est une réelle révolution numérique, mais une révolution qui coûte extrêmement cher.

Quelques facteurs d’énergie utilisés pour l’entraînement de plusieurs réseaux de neurones modernes (ici pour le traitement du langage). Nombre d’années équivalent-GPU (bleu), facture électrique en MWh (pour information, 1MWh équivaut environ à 100 heures) en rouge, et tonnage équivalent en CO₂ (pour information, 1TeqCO2 équivaut à 1 A/R Paris-New York), en jaune. Le simple coût d’entraînement d’un réseau de neurones sur une application ciblée est 250 fois supérieur au maximum annuel autorisé à chaque Européen (2TeqCO2) pour atteindre l’équilibre carbone en 2050. Patterson & al., Carbon emissions and large neural network training
Quantité de calculs exigés par les réseaux de neurones : du perceptron de Rosenblatt aux derniers réseaux profonds. Le taux de croissance de l’IA est supérieur au taux de croissance moyen des autres biens industriels et services, pourtant déjà trop élevé pour éviter l’effondrement écologique (voir figure suivante). Open AI

Un danger pour l’équilibre planétaire ?

Il n’est en fait pas surprenant que des solutions « d’intelligence informatique » soient bien moins énergétiquement efficaces que trois milliards d’années d’évolution biologique. Ce qui choque avant tout, c’est que la consommation absolue atteint des seuils indécents, à une époque où le poids du dérèglement climatique exige de la société des hommes un vif effort de sobriété énergétique.

Bien sûr, « une fois entraîné » l’algorithme sera réutilisé des millions de fois par nos téléphones ou nos voitures à un coût comparativement négligeable. Mais le développement de l’intelligence artificielle s’est accompagné du déploiement fulgurant et toujours croissant de clusters de calculs dédiés à l’apprentissage et d’infrastructures réseau aujourd’hui dissimulés dans la nébuleuse du cloud mondial.

Cette virtualisation du calcul loin de l’ordinateur de bureau de l’ingénieur moderne induit au passage cette nouvelle illusion d’un caractère « inoffensif » de l’intelligence artificielle. En réalité, la fabrication et l’usage de ce cloud – qui n’est nullement immatériel – engendrent des centaines de tonnes de CO2 additionnelles (cycle d’extraction de métaux, transformation, transport, usage).

Cette fuite en avant sur le décompte des émissions de CO2 ne saurait d’ailleurs être complète si l’on oublie d’évoquer le problème des déchets électroniques majoritairement non recyclables. Ils devraient être traités à la fin de vie de ces matériels mais ne le sont en réalité qu’à hauteur de 17 % (un smartphone contient plus de 50 métaux devenus impossibles à désolidariser).

Un contexte qui invite à la sobriété

Il est désormais acquis rapports du GIEC à l’appui, que le volume des rejets de CO2 dans l’atmosphère et la dégradation de la biosphère induits par les activités humaines des cinquante dernières années menace la stabilité du système Terre.

Dans le scénario où l’humanité conserverait sa trajectoire actuelle, les études envisagent un effondrement de la société et de la vie sur Terre entre 2025 et 2050. Pour nombre d’auteurs, la seule réponse viable est d’engager notre civilisation dans une diminution drastique (5 % à 7 % par an pendant 30 ans) de la production de biens et services puisés directement ou indirectement à la planète – minerais, eau, vivant – et dans une refonte de la symbolique de « croissance ».

Ceci pose naturellement la question de ce qui doit être supprimé ou réduit de la pression industrielle qui pèse sur la planète ainsi que des stratégies socialement acceptables pour atteindre ces objectifs.

Le modèle « World3 » dans le scénario « business as usual ». Construites en 1972, ces prédictions sont encore correctes en 2021. Il prévoit un effondrement de la population induit, par l’augmentation d’une pollution devenue impossible à endiguer et qui, par manque de ressources, domine la production de biens et services puis la production alimentaire (elle-même affectée fortement par la pollution et l’érosion des sols). Le manque d’équipement et les famines font alors basculer la mortalité et effondrent la population. Meadows, D., Meadows, D., Randers, J., & Behrens III, W. W. (2012). Les limites de la croissance. Rue de l’échiquier, Paris, 1, CC BY-NC-ND

Dans le cas de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage profond, la réflexion à mener est la suivante.

Gadget ou besoin indispensable ?

L’intelligence artificielle s’est propagée au point de toucher des domaines traditionnels qui reposent pourtant sur des modèles mathématiques solides (finance, sismologie, biologie, etc.). Dans un monde fortement contraint par des limites énergétiques et en proie à une pollution galopante, la question se pose de la plus-value réelle des innovations pour ces nouveaux venus.

Mais le gros de la dépense des applications du numérique et de l’intelligence artificielle se trouve hors des laboratoires de recherche : il se concentre dans les usages technologiques dédiés aux loisirs et aux appareils de confort, que notre civilisation invente tous les jours et qui passent trop vite du statut de gadgets à celui de besoins supposés indispensables. Devant le constat de l’état du monde, n’est-il pas évident, sinon un devoir moral, dans cette nécessaire croissance symbolique où primerait la protection de la nature et du vivant, de commencer par renoncer à la plupart de ces gadgets et de focaliser nos efforts sur des pratiques plus vertueuses ?

On ouvre de fait une réflexion sur les compromis. Comparer la pertinence d’outils ayant produit des progrès sociaux n’est pas facile, d’autant qu’elle intègre des paramètres non techniques (d’ordre social, éthique ou psychologique). Une fois les outils vertueux identifiés, ils devront d’ailleurs nourrir une éthique attentive aux nouveaux impératifs, tâche pour laquelle il est déjà possible de s’appuyer sur les pionniers de l’éthique environnementale.

L’intelligence artificielle moderne fait-elle alors partie de ces outils vertueux ?

La difficile émergence de la « low tech »

Dans l’anticipation d’une énergie plus rare, les technologies dont l’étude elle-même est onéreuse deviennent non soutenables. Dans le cadre de l’intelligence artificielle, on peut anticiper un point prochain de bascule où les coûts de la recherche en intelligence artificielle prendront le pas sur les gains de performance, aussi conséquents soient-ils, apportés par les réseaux de neurones.

Ce constat sonne-t-il pour autant le glas de l’intelligence artificielle ? Pas forcément. Mais peut-être faut-il l’aborder avec un regard neuf. Un exemple éloquent dans ce sens est celui du travail du Dr d’Acremont en Tanzanie qui démontre sur le terrain l’intérêt, en matière de résilience et de performance, d’une technologie « low-tech » (qui n’utilise même plus d’ordinateur), cependant initialement construite sur un modèle d’intelligence artificielle « high-tech ».

Comme l’illustre parfaitement le Dr d’Acremont, tout l’enjeu repose ici sur notre capacité à extraire de ces brillantes machines une interprétabilité suffisante pour parvenir à exploiter leurs résultats tout en se passant au final de la machine elle-même. Et ce, dans le but de se préparer au moment où, tôt ou tard, il faudra peut-être abandonner définitivement l’outil.

Elles ne font pas la une des journaux mais on voit déjà émerger des démarches sobres et efficaces d’intelligence artificielle, qui entrent globalement dans le mouvement vertueux vers une économie symbiotique (cette économie radicalement nouvelle qui s’appuie sur la résilience et la génération « gratuite » de ressources par la nature) et un outillage low-tech.

En dépit d’une réelle sensibilité à l’éthique manifestée par les concepteurs de l’intelligence artificielle, ces idées restent difficilement valorisables dans les conférences académiques ou les grands appels à projets. Il est en particulier délicat aujourd’hui pour un jeune chercheur ou ingénieur d’envisager positivement l’avenir en se soustrayant à l’appel de l’apprentissage profond.

Ce constat est d’autant plus alarmant que ces jeunes talents sont érigés en sauveurs d’une planète que leur travail au quotidien œuvre à dégrader. Cette dissonance cognitive forte provoque de nouvelles maladies de civilisation que sont l’écoanxiété et la solastalgie.

En définitive, s’il est admis que la finalité de la recherche en intelligence artificielle, au même titre que toute autre forme de recherche, est d’améliorer les connaissances afin de contribuer au progrès et de maximiser le bien-être collectif, il est regrettable que nous mettions délibérément en péril la survie de l’humanité et annihilions l’engagement de nos jeunes talents alors que des alternatives plus vertueuses et moins coûteuses sont à portée de main.The Conversation

Denis Trystram, Professeur des universités en informatique, Université Grenoble Alpes (UGA); Romain Couillet, Professeur des universités, spécialisé en mathématiques appliquées et intelligence artificielle, Université Grenoble Alpes (UGA) et Thierry Ménissier, Professeur de philosophie politique, Université Grenoble Alpes (UGA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

La réalité virtuelle : futur de l’assurance ?

vr

Par Georges Eric Pfister, expert risques NTIC chez  Stelliant Expertise 

La réalité virtuelle (VR) gagne de plus en plus de terrain dans notre quotidien. Véritable vecteur de productivité, cet outil aura, dans les années à venir, des impacts sur l’ensemble des secteurs d’activités, y compris l’assurance. D’un point de vue assurantiel, plusieurs questions se posent déjà, tant en termes de prévention, d’apprentissage que de technique. Autant de réflexions d’un point de vue sociétal, auxquelles notre expert NTIC, Georges-Eric PFISTER essaiera de répondre.

Entre réalité et virtuel 

Technologie permettant de simuler numériquement un environnement par ordinateur, la réalité virtuelle permet, selon les dispositifs utilisés (lunettes ou casque), à l’utilisateur de ressentir un univers virtuel par le biais de ses différents sens (la vue le plus souvent mais aussi le toucher, l’ouïe et l’odorat), et, de plus en plus souvent, d’interagir avec lui. Cette technologie permet à une personne de vivre une expérience d’immersion et de mener une activité senso-motrice dans un monde artificiel. Pour garantir une immersion totale, l’utilisateur se sert d’un casque de réalité virtuelle. Celui-ci utilise le principe d’affichage en 3D stéréoscopique pour placer l’utilisateur dans un monde virtuel généré par une machine.

La réalité virtuelle de l’assurance

Dans les années à venir, il est certain que le monde assistera à une augmentation de l’utilisation de cette technologie pour l’ensemble des secteurs d’activités, engendrant ainsi de nouveaux risques, tant en dommages qu’en responsabilité civile. Par exemple, si dans un hôpital un chirurgien est en train de réaliser une opération à distance via un casque VR, et que la connexion coupe à cause de l’arrachage d’un câble de fibre optique lors de travaux sur un TRAM proche du centre médical ou plus simplement en raison d’une panne des moyens de télécommunication, vers qui ce dernier devra-t-il se tourner ? Une solution de secours, via la 5G par exemple, s’avèrera indispensable pour limiter les risques et pourrait devenir un prérequis incontournable au moment de souscrire une police d’assurance.

Dans un monde en profonde mutation, le marché de l’assurance s’adapte à des risques qui évoluent. Dorénavant les risks managers devront prendre en compte de nouveaux éléments pour s’assurer de la continuité d’activité d’une entreprise. Les coûts d’assurance pourraient très bien être amenées à évoluer en fonction d’un apprentissage qui se fait en présentiel ou en distanciel. Par exemple, une prime d’assurance automobile pourrait être plus élevée pour un conducteur ayant suivi une formation via un simulateur qu’une personne ayant suivi la formation de manière « traditionnelle ».

Un outil pour prévenir et assister assurés et assureurs

Malgré cela la VR reste un formidable outil de prévention pour les assureurs et leurs assurés. A titre d’illustration, elle pourrait permettre de se plonger dans une simulation qui met en avant les dégâts occasionnés par une inondation, un incendie ou un sinistre automobile. Il s’agirait d’une expérience immersive permettant un traitement ludique pour détailler les différentes options dont dispose le client pour composer son contrat d’assurance multirisques industriels. Par exemple, dans chaque pièce de l’usine ou de l’entrepôt virtuel, un scénario de sinistre peut être élaboré, puis, en réalité augmentée, une fiche produit détaillée des garanties proposées par l’assurance peut apparaître. Le client peut ainsi voir l’intégralité des risques en s’équipant d’un casque VR.

De même, une gestion des réclamations en ligne permettrait un contact direct avec l’assureur via une application conçue à cet usage. Un constat de sinistre peut ainsi être réalisé en temps réel avec l’envoi des photographies des dommages, du matériel dégradé, constat auquel l’assureur va répondre en instantané. La réalité augmentée est particulièrement adaptée pour simplifier les demandes d'indemnisation.

Elle peut également servir à la formation des assureurs en incluant des dispositifs d’immersion totale, à l’image d’un simulateur de vol utilisé en aviation. Cette technologie pourrait également être utilisée pour former à distance les agents, en classe virtuelle, à travers des formations, collectives ou individuelles. De même, les équipes commerciales pourraient être formées en s’appuyant sur les technologies de l’intelligence artificielle et du « machine learning ». Pour les évaluations sur site, nous pourrions très bien imaginer que les experts moins expérimentés utilisent cette technologie pour être guidé, à travers une évaluation du sinistre, étape par étape, et être mis en relation avec un sapiteur technique si le cas le nécessite. Mais la vraie question à se poser est de savoir si cet outil pourra véritablement remplacer l’expérience réelle, celle acquise sur le terrain en présentiel ? Si l’apprentissage à distance offrait une qualité comparable à l’enseignement en face-à-face, la télévision se serait déjà emparée de cette aubaine. Acquérir un savoir, maîtriser une pratique, confronter ses compétences à la réalité du terrain, cela requiert un temps long en présence de ses camarades d’apprentissage et des « sachants ». 

Avec l’arrivée d’une nouvelle technologie, il n’est pas rare de voir apparaître de nouveaux risques. La réalité virtuelle ne déroge pas à cette règle ; et même si ses implications d’un point de vue assurantiel sont encore difficiles à mesurer aujourd’hui tant cette technologie est jeune, l’impact sociétal promet d’être significatif. Bien que ce dernier nécessite d’être pris en compte, c’est bien la transformation numérique de l’économie entière qui nécessite une prise de conscience. En effet, avec la digitalisation et la mise en place de nouveaux outils numériques ainsi que de nouvelles données, la problématique de la sécurité informatique est prépondérante. Malgré toutes les mesures de prévention, aucun système informatique n'est infaillible. D’où l’intérêt de mettre en place un système de détection fiable et performant. 

Téléphonie mobile : l'Europe prolonge la gratuité de l'itinérance en voyage

 

smartphone

Voilà une bonne nouvelle pour tous les Européens qui voyagent dans les 27 pays de l'Union : la gratuité des frais d'itinérance (roaming) a été prolongée. "0 frais pour au moins 10 ans ! Cette nuit à Bruxelles, avec le Parlement de l'Union européenne et les 27, nous avons prolongé l’itinérance sans supplément. 0 frais additionnel pour les appels, SMS & data lors des déplacements en Europe, une mesure concrète au bénéfice des Européens!" s'est félicité ce jeudi Thierry Breton, commissaire européen chargé de la politique industrielle, du marché intérieur, du numérique, de la défense et de l'espace.

Mêmes prestations en voyage à l'étranger que dans son pays

"Dans le cadre de cet accord, qui fait suite à la suppression des surtaxes d'itinérance en 2017, les consommateurs pourront continuer à utiliser leur téléphone portable lors de leurs déplacements à l'étranger dans l'UE sans frais supplémentaires par rapport à ce qu'ils paient déjà chez eux. En outre, ils auront droit à la même qualité et au même débit de connexion mobile à l'étranger que chez eux. Les fournisseurs d'itinérance seront obligés d'offrir la même qualité d'itinérance que celle offerte au niveau national, si les mêmes conditions sont disponibles sur le réseau dans le pays de visite. À cette fin, les députés ont obtenu une disposition visant à interdire les pratiques qui réduisent la qualité des services d'itinérance (par exemple, en faisant passer la connexion de la 4G à la 3G)", a précisé le Parlement européen.

Les voyageurs auront par ailleurs accès aux services d'urgence sans frais supplémentaires, que ce soit par appel ou par message texte, y compris la transmission des informations de localisation de l'appelant. Les opérateurs devront également fournir des informations sur le numéro d'urgence européen 112.

"Nous sommes parvenus à un accord progressiste qui conduit à une qualité et un service encore meilleurs pour les citoyens européens. Nous créons un marché de l'itinérance plus équitable, en mettant l'accent sur les petits opérateurs en réduisant considérablement les plafonds de gros. En tant que négociatrice en chef du Parlement européen, mon objectif était d'améliorer sensiblement la situation des consommateurs", a déclaré la rapporteure sur le dossier, Angelika Winzig.

L'accord informel devra maintenant être formellement approuvé par le Parlement et le Conseil pour entrer en vigueur. La commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie votera sur le texte lors d'une prochaine réunion.
 

Vacances de Noël : 5 conseils pour surfer sur internet en toute sécurité où que l'on soit

internet


Qui dit vacances, dit itinérance ! Les Français seront nombreux à voyager pendant les vacances de la Toussaint ou dans quelques mois pour les fêtes de fin d'année. Aéroport, gare, hôtels … des lieux où l'on se connecte depuis notre téléphone portable, ordinateur, tablette depuis les réseaux wifi disponibles. Ces connexions dans les espaces publics ne sont pas sans risque, c'est pourquoi Mozilla partage 5 conseils pour surfer sur Internet en toute sécurité.

1. Faites attention lorsque vous nommez vos appareils

Pour commencer, il est utile de repenser les noms de ses appareils. C'est bien courant, de nombreux utilisateurs nomment leurs smartphones, tablettes ou ordinateurs - après tout, c'est pratique et facile à retenir. Mais, d'un autre côté, cela permet aux autres d'attribuer des appareils à des personnes dans des lieux publics également, ce qui peut s'avérer pratique pour les personnes malintentionnées. Il est important  de maintenir sa vigilance et d'être pleinement conscient des risques lorsque vous vous connectez occasionnellement à un réseau wifi public ou si la fonction Bluetooth est activée.

2. Identifier les réseaux dignes de confiance 

Même en prenant toutes les précautions de sécurité possibles, personne n'est à l'abri d'une menace en utilisant le réseau wifi public. Dans la plupart des cas, les réseaux wifi fournis dans ou autour des aéroports, cafés, hôtels ou autres espaces publics sont légitimes. Cependant, il peut aussi y avoir des réseaux mis en place par des cybercriminels, avec des noms très similaires à ceux des points d'accès wifi légitimes à proximité, qui sont destinés à tromper les visiteurs et à leur nuire. Afin de vous protéger, assurez-vous de confirmer que chaque point d'accès wifi auquel vous souhaitez vous connecter est légitime avant d'accepter la connexion : vérifiez que le nom du point d'accès wifi ne comporte pas de fautes d'orthographe, de doubles lettres ou d'autres caractères suspects ou essayez de repérer les panneaux d'information sur le wifi destinés aux visiteurs du lieu où vous séjournez.

3. Se procurer un VPN (réseau privé virtuel)

Lorsque que l'on se connecte à un réseau wifi public, ce dernier est d'office non sécurisé. L'utilisation d'un VPN permet de chiffrer des données qui seront rendues illisibles par tout logiciel malveillant ou pirate. Dans l'optique de préserver la sécurité de ses utilisateurs, Mozilla a développé son propre VPN qui fonctionne via un réseau mondial de serveurs alimentés par Mullvad et utilise le protocole le plus avancé WireGuard®. En plus de chiffrer l'activité réseau de l'internaute, ces serveurs sont utiles pour masquer son adresse IP. 

4. Utiliser un pare-feu et un antivirus

En moyenne, les connexions publiques sont plus vulnérables au vol de données que les connexions privées, comme celle de votre domicile. Lorsque vous êtes en déplacement et que vous naviguez sur Internet par le biais d'un ordinateur, il est recommandé d'installer un pare-feu et un logiciel antivirus afin de minimiser les risques. Cela concerne notamment les attaques ou les installations à distance de logiciels malveillants qui peuvent donner aux pirates un accès complet aux données de votre ordinateur à votre insu. Pour une efficacité optimale, il est important de toujours effectuer les mises à jour. 

5. Se déconnecter du wifi public dès que possible 

Même si l'on n'est pas activement connecté à un réseau, la connexion wifi équipant son ordinateur continue à transmettre des données sur les réseaux situés à proximité. Bien que des mesures de sécurité soient renforcées pour ne divulguer aucune donnée personnelle, les menaces externes restent omniprésentes. Pour maintenir la sécurité, il est recommandé d'utiliser le réseau Wi-Fi uniquement en cas de besoin et de l'oublier lorsque vous n'en avez plus l'utilité. Sinon, vos appareils risquent de s'y reconnecter automatiquement dès que vous êtes à proximité. Vous ne le remarquerez peut-être même pas, mais cela crée un risque inutile.

Débat : Métavers, taxis volants et autres armes de destruction massive de la planète

 

vr
Par Fabrice Flipo, Institut Mines-Télécom Business School

5G, 8K, taxis volants et métavers fascinent tout autant qu’ils posent question, mais assez rarement, voire jamais, sous l’angle écologique.

Dans un récent article du quotidien Le Monde – paru le 18 octobre 2021 et intitulé « Facebook va recruter 10 000 personnes en Europe pour créer le métavers » –, sont ainsi évoqués l’emploi, la localisation du lieu de production de l’innovation, des « cas d’usage » de cette application et les expériences qu’elle permettra ; les risques soulignés concernent seulement l’addiction ou les droits de l’individu dans le métavers.

On retrouve cette même trame narrative au sujet des taxis volants : les promesses d’un côté et le rapport des individus entre eux, lorsqu’ils seront aux commandes de l’engin.

À Toulouse, Airbus présente son taxi volant prévu pour 2023. (AFP, 2021).

Le lien n’est toutefois jamais établi entre ces initiatives et leurs potentiels impacts sur la biosphère. Pour trouver un tel lien, il faut aller dans les pages « Planète » ou « Livres » du Monde : ici, le consommateur est mis en cause pour ses usages excessifs de vidéo ou d’emails.

Cette manière de « compartimenter » les débats et les enjeux ne date pas d’hier et feuilleter de vieux numéros du Monde conduira aux mêmes observations.

Technologies hype vs écologie punitive

La réglementation procède de façon identique. D’un côté, des lois et directives qui organisent l’expansion du numérique et de ses applications ; de l’autre, celles qui s’intéressent aux implications écologiques de ces technologies, gérées par d’autres agences – comme l’Ademe (Agence de la transition écologique) en France.

Une première conséquence de cette partition est de faire apparaître l’écologie comme « punitive ». D’un côté, les innovations techniques et leur « hype », leur lot de promesses de nouvelles expériences, de joie, de bonheur, de réalisations fantastiques. De l’autre, la question écologique, qui parle déchets, efficacité énergétique, destruction de la planète et autres questions « déprimantes » et « ennuyeuses ».

Cela vaut aussi pour la recherche : les chercheurs avec de bonnes nouvelles » technologiques sont placés en tête de gondole, les autres restent en fond de cale. Ainsi la médiatrice de France Info expliqua-t-elle que le transfert du footballeur Messi « valait » plus de temps d’antenne que le rapport du GIEC, le premier sujet relevant du feuilleton, alors que le rapport du GIEC constitue un événement ponctuel.

Sobriété oblitérée

Autre conséquence : la réglementation écologique reste globalement cantonnée au domaine de « l’efficacité écologique » ; ce terme technique désigne la quantité de matière et d’énergie nécessaire pour fabriquer un bien ou rendre un service.

Cette efficacité masque d’autres approches, essentielles dans la transition écologique : celles relatives à la sobriété. Celle-ci pose la question de savoir si nous avons vraiment besoin de ce bien ou ce service. Que ce soit pour la 8K ou de la 5G, l’association Shift Project remet ainsi en cause son intérêt, au regard de ses effets prévisibles sur la planète.

Troisième conséquence de cette partition entre expansion numérique et impact environnemental, l’écologie a toujours un temps de retard. On y assiste dans les faits : en dépit des réglementations, l’impact écologique du secteur numérique ne cesse de grandir. Les applications sont développées à coup de millions, voire de milliards. Ensuite seulement se pose la question environnementale. Il est alors déjà trop tard !

Des dépendances massives… et prévisibles

Pourtant, dans bon nombre de cas, les effets de ces projets sont prévisibles – on peut dire bien en amont quelles sont les idées désastreuses, ou du moins fortement problématiques.

Mener cette réflexion en amont permettrait d’éviter des situations de lock-in technologique, telles que la dépendance massive des modes de vie à l’automobile ou au smartphone. Des situations dont il est difficile de sortir, parce qu’elles impliquent de coordonner un changement d’infrastructures et d’habitudes, à l’image de l’implantation du vélo en ville, « contre » la voiture.

Ces conséquences facilement anticipables, on les retrouve avec la 5G, la 8K, les taxis volants et le métavers.

Conçue pour favoriser une forte hausse du trafic de données, la 5G a par exemple un énorme coût énergétique, même si des gains tout aussi énormes en termes d’efficacité sont réalisés dans ce domaine depuis les années 1950. Comme le souligne le Shift Project dans son rapport, ces gains d’efficacité sont cependant stables à l’échelle du système technique ; ils ne pourront donc pas compenser la multiplication des données…

Le raisonnement vaut pour la 8K et les métavers, que l’on pourrait décrire sur un plan conceptuel comme une variante améliorée de Second Life, univers numérique persistant mis en service en 2003. À l’époque, le spécialiste de la technologie Nicholas Carr avait fait remarquer qu’un avatar sur ce réseau consommait plus d’énergie qu’un Brésilien moyen.

Des œuvres de fiction comme Virtual Revolution (2016) esquissent un monde dans lequel les métavers absorberaient l’essentiel de nos interactions sociales, de même que les réseaux sociaux sont aujourd’hui un véhicule majeur des conversations quotidiennes.

La quantité d’information qu’il sera nécessaire de produire et de traiter est facile à anticiper, par comparaison avec ce qui existe déjà. L’entreprise informatique Cisco prévient : ces univers pourraient facilement devenir la première source de trafic sur Internet.

Quant aux taxis volants, ils cherchent à retrouver dans les airs la place « perdue » au sol ; bref, à encombrer l’un des derniers espaces encore disponibles, tout en sachant que monter et descendre consomme généralement plus d’énergie que de se déplacer à l’horizontale, du fait de la gravité.

Notre relation à la nature

On le voit, les liens entre innovation technologique et situation écologique ne sont pas compliqués à établir ; il n’y a pas ici de difficulté conceptuelle. Et l’écologie n’est pas condamnée à être en retard.

Marx nous expliquait déjà que la question du rapport des êtres humains à la nature, c’est la technique, les choix techniques, et non l’admiration béate d’espaces supposément vierges que l’on contemplerait lors de balades le week-end…

Les écologistes l’affirment haut et fort, depuis longtemps : certains choix techniques posent un problème de compatibilité avec les conditions d’une vie bonne sur Terre. Mais ces problèmes sont formulés dans l’espace public de manière compartimentée, ce qui empêche toute problématisation sérieuse.

Pourquoi ça coince ?

L’écologisme n’est pas condamné à demeurer dans le « punitif ». Vélos, circuits courts, énergies renouvelables, isolation, autoconstruction… les initiatives écologiques sont nombreuses et peuvent peser, dès lors que les différentes voies possibles sont convenablement informées, dans le débat public.

Qu’est-ce qui pose problème alors ? Pourquoi la hype bénéficie-t-elle autant à des projets dont on peut facilement montrer qu’ils poseront d’énormes problèmes dès qu’ils atteindront une certaine échelle ? Les explications sont multiples.

Les projets de « la tech » sont les mieux financés, bénéficiant d’une grande force de frappe en matière de puissance de persuasion. Marketing, enquêtes… le storytelling est savamment dosé et étroitement ciblé pour toucher les publics les plus réceptifs, avant d’être progressivement étendu vers de nouvelles franges de la population, jusqu’à saturation.

Ces histoires partielles s’inscrivent aussi dans l’histoire plus large des sociétés développées et leur course aux technologies les plus capitalistiques, comme Marx le montra dès 1867, soulignant les effets de la reproduction élargie du capital. Les socialismes ont d’ailleurs placé beaucoup d’espoir dans cette « expansion des forces productives ».

Rompre avec cette histoire linéaire, puisque poursuivant toujours le même but, c’est comme « régresser » et l’on préfère en quelque sorte maintenir cette narration que la vie sur Terre. Une narration où science et science-fiction se mêlent, à l’image d’Elon Musk évoquant une installation prochaine sur Mars. Le biais cognitif, appelé « effet Othello », joue ici à plein.

Une autre explication concerne la capitalisation elle-même, qui constitue une mesure de la puissance des organisations. Plus la capitalisation est importante, plus les réseaux contrôlés par l’organisation s’avèrent étendus – et plus la puissance de persuasion est élevée. Elon Musk, encore lui, ambitionne de contrôler l’ensemble de la flotte de véhicules particuliers, avec ses robotaxis et ses voitures autonomes. Et ce qui est vrai des entreprises l’est aussi des États, comme le souligne François Fourquet dans l’ouvrage Les Comptes de la puissance.

Si les conceptions dominantes du socialisme au XXe siècle ont toujours été fascinées par ce pouvoir collectif que le capitalisme faisait naître, et qu’elles cherchaient à mettre au service du plus grand nombre, l’écologisme soutient pour sa part l’initiative décentralisée et les boucles de petite taille.

Ce courant rompt ainsi fréquemment avec la « politique de puissance », expliquant notamment son opposition forte aux conservatismes. Est-ce « réaliste », dans un monde où les États cherchent à se dominer les uns les autres ? Mais, à l’opposé, la course à la grandeur peut-elle durer indéfiniment si elle mine les conditions de vie sur Terre ?The Conversation

Fabrice Flipo, Professeur en philosophie sociale et politique, épistémologie et histoire des sciences et techniques, Institut Mines-Télécom Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

TechTheMoon : les start-up de Toulouse en piste dans la reconquête de la Lune

spartan

La Lune ce n’est pas que l’affaire des grandes agences spatiales mondiale ou des firmes comme Space X. Cela peut aussi être des start-up qui peuvent participer à la reconquête de la Lune. C’est en tout cas la conviction du Centre national d’études spatiales (CNES) et de l’incubateur Nubbo, basé à Toulouse, qui ont lancé « TechTheMoon », un incubateur spécialement dédié à de « jeunes pousses » qui veulent « créer et développer des solutions, technologies, produits et services innovants pour répondre aux enjeux d’une présence humaine durable sur la Lune. » 12 start-up ont candidaté, 8 projets ont été soumis au comité de sélection et 5 start-up ont finalement été sélectionnées début octobre pour intégrer cet incubateur unique, basé au sein du campus de Startups de La Cité.

5 projets innovants

Anyfields veut développer un système de visualisation des rayonnements électromagnétiques et de mesure de la performance des antennes.

Metis veut proposer un nouveau concept d’instrumentation d’imagerie technique. Objectif : localiser et discriminer des matières et des défauts non détectables par les dispositifs actuels.

Orius Technologies veut développer des technologies de production végétale en environnement contrôlé. Objectif : maximiser la qualité et le rendement des cultures, tout en minimisant l’espace et les ressources.

Spartan Space (photo), développe des habitats spatiaux pour l’exploration de la Lune et des habitats sous-marins. EuroHab/ILOT est un habitat lunaire gonflable, ce qui permet d’offrir plus de volume habitable pour une masse donnée. Il inclut également une fonction de mobilité pour proposer un habitat capable de se mouvoir à la surface de la Lune.

Enfin, The exploration company veut démocratiser l’accès à la Lune pour les industries spatiales et non-spatiales grâce à des véhicules spatiaux réutilisables.