La société israélo-américaine Stardust Solutions affirme avoir réuni 75 millions de dollars pour tester une technologie de réflexion du rayonnement solaire. Une avancée financière inédite pour un secteur – celui de la modification du climat – encore largement expérimental, que la communauté scientifique observe avec une inquiétude croissante.
La géo-ingénierie climatique a longtemps relevé du domaine de l’hypothèse théorique, mais elle s’invite désormais dans le champ industriel. Stardust Solutions, jeune entreprise fondée par deux physiciens nucléaires ayant travaillé pour l’administration israélienne, a annoncé avoir levé au total 75 millions de dollars afin de développer et tester une technologie de refroidissement planétaire par réflexion de la lumière solaire.
Selon ses dirigeants, cette somme doit permettre de mener des expérimentations en conditions réelles dès cette année, à haute altitude, grâce à des vols d’essai dans la stratosphère.
Pulvériser des particules dans l’air stratosphérique
Le principe proposé par Stardust s’inspire d’un phénomène naturel bien documenté : le refroidissement temporaire observé après certaines grandes éruptions volcaniques. L’entreprise affirme avoir mis au point une particule « inerte » capable de réfléchir une partie du rayonnement solaire, sans s’accumuler dans les écosystèmes, ni affecter la couche d’ozone ou provoquer de pluies acides. Les tests envisagés consisteraient à analyser le comportement de ces particules directement dans l’air stratosphérique, sans dispersion massive, afin d’en mesurer les effets physiques et chimiques.
Cette approche relève d’un champ plus large, celui de la modification du rayonnement solaire (SRM), qui regroupe principalement deux familles de techniques. La première est l’injection d’aérosols stratosphériques (SAI), à laquelle se rattache le projet de Stardust. La seconde est l’éclaircissement des nuages marins, qui vise à augmenter leur pouvoir réfléchissant par pulvérisation de fines gouttelettes d’eau salée. Des essais limités sont menés depuis plusieurs années, notamment au-dessus de la Grande Barrière de corail, dans l’espoir de réduire le stress thermique subi par les récifs.
La recherche est aujourd’hui dominée par des équipes nord-américaines, en particulier autour de l’université d’Harvard, même si plusieurs projets emblématiques ont été stoppés face à l’opposition sociale et politique. Le programme SCoPEx, destiné à tester l’injection de particules dans la stratosphère, a ainsi été abandonné après la contestation de communautés autochtones et d’organisations environnementales.
Parallèlement, des acteurs privés plus marginaux, comme Make Sunsets, ont déjà tenté de commercialiser des « crédits de refroidissement », sans cadre scientifique ou réglementaire reconnu.
En France, les mises en garde de l’Académie des sciences
C’est précisément cette dynamique que de nombreux chercheurs dénoncent. Dans un rapport publié le 2 octobre dernier, l’Académie des sciences dresse un constat sévère. Si le SRM peut, en théorie, réduire rapidement la température moyenne mondiale, il n’agit en rien sur la cause du réchauffement — l’accumulation de gaz à effet de serre — et expose la planète à des risques majeurs. Parmi eux, des perturbations régionales des précipitations, des effets possibles sur la couche d’ozone, et surtout le scénario dit du « choc terminal » : l’arrêt brutal d’un dispositif de refroidissement entraînerait une hausse extrêmement rapide des températures, aux conséquences potentiellement catastrophiques pour les sociétés et les écosystèmes.
L’Académie met également en garde contre un « risque moral » : la promesse d’un correctif technologique pourrait retarder les politiques indispensables de réduction massive des émissions. Sa recommandation est donc sans ambiguïté : interdire tout déploiement opérationnel de la géo-ingénierie solaire, publique ou privée, et limiter les travaux à une recherche fondamentale strictement encadrée au niveau international. Dans ce cadre, l’initiative de Stardust apparaît moins comme une solution climatique que comme le révélateur d’une faiblesse politique face à l’urgence d’action imposée par le réchauffement climatique.