Selon un rapport publié en mars 2026 par Sopra Steria, la désinformation représente désormais un coût économique global estimé à 417 milliards de dollars en 2024. Entre fraudes numériques, manipulation des marchés et fragilisation des démocraties, le phénomène s’impose comme une menace systémique pour les sociétés contemporaines.
La désinformation n’est plus seulement un problème démocratique ou médiatique ; elle est devenue un phénomène économique massif. C’est la conclusion d’un rapport que vient de publier le groupe Sopra Steria qui tente, pour la première fois, d’en mesurer l’impact financier, social et politique à l’échelle mondiale. L’exercice est délicat, mais le résultat donne la mesure du phénomène : en 2024, la désinformation aurait coûté environ 417 milliards de dollars à l’économie mondiale, soit un montant qui correspond à près de 15 % du PIB français. Cette estimation repose sur une méthodologie inspirée des travaux du GIEC : plusieurs scénarios – conservateur, médian et exploratoire – ont été établis afin de tenir compte des incertitudes. Selon ces hypothèses, le coût global de la désinformation oscille entre 356 et 516 milliards de dollars. L’essentiel provient des pertes économiques directes, mais les conséquences sociales et politiques ne cessent de s’étendre.
Car la désinformation s’est transformée. L’infodémie née pendant la crise sanitaire, l’essor des discours complotistes, la diffusion massive de contenus générés par l’intelligence artificielle et les deepfakes, ou encore l’usage de la manipulation informationnelle dans les stratégies de guerre hybride ont profondément modifié l’écosystème médiatique.
La production de contenus trompeurs est désormais industrialisée, tandis que les plateformes numériques en accélèrent la diffusion. Les pertes financières constituent la part la plus visible du phénomène. Les faux avis en ligne, qui influencent une grande partie des décisions d’achat sur internet, représenteraient à eux seuls 227 milliards de dollars de coûts pour l’économie mondiale. À cela s’ajoutent les fraudes aux cryptomonnaies, les manipulations boursières ou encore les revenus publicitaires captés par des sites diffusant de fausses informations.
Un coût social et sanitaire
Mais l’impact ne se limite pas aux marchés. La désinformation a également un coût social et sanitaire. La propagation de discours antivaccins ou complotistes a ainsi des conséquences mesurables sur la santé publique, tandis que la polarisation politique et l’érosion de la confiance dans les institutions fragilisent la cohésion démocratique. Les auteurs du rapport soulignent toutefois que ces estimations restent probablement en dessous de la réalité. De nombreux effets indirects – perte de confiance, dégradation du débat public ou fragilisation des processus électoraux – sont par nature difficiles à quantifier.
Une certitude demeure : à l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle générative, la désinformation n’est plus un simple bruit informationnel et son coût pourrait continuer de croître à mesure que les technologies de manipulation se perfectionnent.