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Interdire les réseaux sociaux aux mineurs : un frein aux alternatives vertueuses ?

  Digital Nomads Beyond the Cubicle by Yutong Liu & Digit. Yutong Liu & Digit , CC BY Par  Julien Falgas , Université de Lorraine et Dominique Boullier , Sciences Po La proposition de loi visant à « protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux » sera bientôt examinée par le Sénat. Elle élude le cœur du problème : le modèle économique fondé sur la captation de l’attention. Sans s’attaquer à cette architecture, la régulation risque de manquer sa cible. Loin de cibler les plateformes toxiques bien connues, la proposition de loi visant à « protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux » pourrait entraver l’émergence d’alternatives vertueuses pour nos écosystèmes d’information et de communication. Les sciences humaines et sociales ne sont pourtant pas avares de propositions systémiques plus constr...

Approches, acteurs, enjeux, secrets, guerre hybride : plongée au coeur des services de renseignement dans le monde

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On leur devait déjà le remarquable « Opération d’influences chinoises : un moment machiavélien » (Ed. Les Equateurs) qui, en septembre 2021, détaillait minutieusement comment la Chine entendait « vaincre sans combattre, en façonnant un environnement favorable » à ses intérêts, en enrôlant, entre autres, des personnalités de premier plan en France. Aujourd’hui le duo formé par Paul Charon, directeur du domaine Renseignement, anticipation et stratégies d’influence de l’Institut de recherche stratégique de l’école minimaire (IRSEM) et Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, docteur en science politique et en philosophie, ancien directeur de l’IRSEM et aujourd’hui ambassadeur de France au Vanuatu, publient aux Presses universitaires de France (PUF) un colossal « Les mondes du renseignement. Approches, acteurs, enjeux. ».

PUF

Cette somme de 584 pages constitue une véritable encyclopédie sur le renseignement et une mine d’informations pour comprendre le rôle crucial qu’il a aujourd’hui dans un monde multipolaire, plus complexe que du temps de la Guerre froide, avec de nouveaux acteurs qui opèrent désormais à côté des traditionnels services de renseignement des États.

Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer ont dirigé cet ouvrage qui fera date en s’entourant des meilleurs spécialistes français et étrangers – vingt-huit en tout – pour décrypter un monde en perpétuel mouvement très éloigné de l’image de James Bond qu’en a parfois l’opinion publique. Qu’est-ce que le renseignement aujourd’hui ? Comment l’étudier ? Comment fonctionnent les services secrets français, américains, russes, chinois, iraniens ou nord-coréens ? Comment faire face aux menaces cyber, terroristes ou de contre-espionnage ?

Le renseignement peut-il être éthique ?

Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans 32 chapitres foisonnants mais pour la majorité d’être eux accessibles au grand public. La première partie sur les approches scientifiques du renseignement aborde des thèmes rarement développés dans les médias comme l’éthique du renseignement, chapitre rédigé par Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer.

« Jusqu’où aller pour recruter une source ? Le mensonge, la manipulation, la tromperie qui sont au fondement même de l’activité sont-ils moralement défendables ? La torture n’est-elle pas parfois légitime ? », interroge l’auteur, qui explique que « la question n’est pas de savoir si le renseignement est éthique mais s’il peut faire l’objet d’une évaluation éthique. Et la réponse est affirmative tout simplement parce que l’être humain est un animal éthique ». Cette évaluation éthique du renseignement est d’autant plus souhaitable qu’elle permet de « distinguer les démocraties libérales des régimes autoritaires » et qu’elle est dans l’intérêt des services « car leur réputation d’immoralité leur fait du mal. »

En Russie des services secrets acteurs majeurs du système

La seconde partie s’intéresse aux acteurs du renseignement pays par pays et, guerre en Ukraine oblige, notre œil est attiré par le chapitre sur la communauté russe du renseignement. Julien Nocetti, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et enseignant-chercheur à l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidam, retrace l’historique des services secrets russes, du KGB soviétique au FSB d’aujourd’hui « érigé en gardien des valeurs du régime de Vladimir Poutine ».

L’auteur s’intéresse aussi aux évolutions récentes et notamment « le retour en force des mesures actives », c’est-à-dire le recours à des actes de piratage informatique, de manipulation informationnelle qui s’est singulièrement accentué depuis l’annexion de la Crimée en 2014.

Sources ouvertes : information, renseignement et données

Dans la troisième partie de l’ouvrage consacrée aux activités de renseignements, l’ouvrage détaille le renseignement opérationnel, humain, technique, géospatial et aussi celui s’appuyant sur des sources ouvertes qui peut potentiellement changer la donne. « Certaines capacités qui étaient l’apanage de la puissance étatique sont désormais accessibles au secteur privé, voire à de simples individus », notamment des journalistes, explique le diplomate Yvan Lledo-Ferrer. La frontière entre information, renseignement et donnée se brouille. L’exploitation des sources ouvertes permet en tout cas de découvrir et comprendre certains faits comme l’ampleur de la destruction de mosquées dans le Xinjiang par les autorités chinoises entre 2016 et 2018, ou plus récemment tout le travail de structures comme Bellingcat ou ONSINT sur la guerre en Ukraine.

Enfin, la dernière partie s’intéresse aux enjeux et menaces. Les services de renseignements sont devenus les objets et les acteurs des relations internationales post-Guerre froide et des nouvelles compétitions, opérant notamment sur le cyber. Dans les années qui viennent, ils vont devoir traiter des menaces ou plutôt des questions fondamentales que sont par exemple le changement climatique, les pandémies, les technologies de rupture comme l’intelligence artificielle, la démographie, l’énergie ou la crise des démocraties.


(Article publié dans La Dépêche du Midi du lundi 18 mars 2024)

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