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Approches, acteurs, enjeux, secrets, guerre hybride : plongée au coeur des services de renseignement dans le monde

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On leur devait déjà le remarquable « Opération d’influences chinoises : un moment machiavélien » (Ed. Les Equateurs) qui, en septembre 2021, détaillait minutieusement comment la Chine entendait « vaincre sans combattre, en façonnant un environnement favorable » à ses intérêts, en enrôlant, entre autres, des personnalités de premier plan en France. Aujourd’hui le duo formé par Paul Charon, directeur du domaine Renseignement, anticipation et stratégies d’influence de l’Institut de recherche stratégique de l’école minimaire (IRSEM) et Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, docteur en science politique et en philosophie, ancien directeur de l’IRSEM et aujourd’hui ambassadeur de France au Vanuatu, publient aux Presses universitaires de France (PUF) un colossal « Les mondes du renseignement. Approches, acteurs, enjeux. ».

PUF

Cette somme de 584 pages constitue une véritable encyclopédie sur le renseignement et une mine d’informations pour comprendre le rôle crucial qu’il a aujourd’hui dans un monde multipolaire, plus complexe que du temps de la Guerre froide, avec de nouveaux acteurs qui opèrent désormais à côté des traditionnels services de renseignement des États.

Paul Charon et Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer ont dirigé cet ouvrage qui fera date en s’entourant des meilleurs spécialistes français et étrangers – vingt-huit en tout – pour décrypter un monde en perpétuel mouvement très éloigné de l’image de James Bond qu’en a parfois l’opinion publique. Qu’est-ce que le renseignement aujourd’hui ? Comment l’étudier ? Comment fonctionnent les services secrets français, américains, russes, chinois, iraniens ou nord-coréens ? Comment faire face aux menaces cyber, terroristes ou de contre-espionnage ?

Le renseignement peut-il être éthique ?

Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans 32 chapitres foisonnants mais pour la majorité d’être eux accessibles au grand public. La première partie sur les approches scientifiques du renseignement aborde des thèmes rarement développés dans les médias comme l’éthique du renseignement, chapitre rédigé par Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer.

« Jusqu’où aller pour recruter une source ? Le mensonge, la manipulation, la tromperie qui sont au fondement même de l’activité sont-ils moralement défendables ? La torture n’est-elle pas parfois légitime ? », interroge l’auteur, qui explique que « la question n’est pas de savoir si le renseignement est éthique mais s’il peut faire l’objet d’une évaluation éthique. Et la réponse est affirmative tout simplement parce que l’être humain est un animal éthique ». Cette évaluation éthique du renseignement est d’autant plus souhaitable qu’elle permet de « distinguer les démocraties libérales des régimes autoritaires » et qu’elle est dans l’intérêt des services « car leur réputation d’immoralité leur fait du mal. »

En Russie des services secrets acteurs majeurs du système

La seconde partie s’intéresse aux acteurs du renseignement pays par pays et, guerre en Ukraine oblige, notre œil est attiré par le chapitre sur la communauté russe du renseignement. Julien Nocetti, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et enseignant-chercheur à l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidam, retrace l’historique des services secrets russes, du KGB soviétique au FSB d’aujourd’hui « érigé en gardien des valeurs du régime de Vladimir Poutine ».

L’auteur s’intéresse aussi aux évolutions récentes et notamment « le retour en force des mesures actives », c’est-à-dire le recours à des actes de piratage informatique, de manipulation informationnelle qui s’est singulièrement accentué depuis l’annexion de la Crimée en 2014.

Sources ouvertes : information, renseignement et données

Dans la troisième partie de l’ouvrage consacrée aux activités de renseignements, l’ouvrage détaille le renseignement opérationnel, humain, technique, géospatial et aussi celui s’appuyant sur des sources ouvertes qui peut potentiellement changer la donne. « Certaines capacités qui étaient l’apanage de la puissance étatique sont désormais accessibles au secteur privé, voire à de simples individus », notamment des journalistes, explique le diplomate Yvan Lledo-Ferrer. La frontière entre information, renseignement et donnée se brouille. L’exploitation des sources ouvertes permet en tout cas de découvrir et comprendre certains faits comme l’ampleur de la destruction de mosquées dans le Xinjiang par les autorités chinoises entre 2016 et 2018, ou plus récemment tout le travail de structures comme Bellingcat ou ONSINT sur la guerre en Ukraine.

Enfin, la dernière partie s’intéresse aux enjeux et menaces. Les services de renseignements sont devenus les objets et les acteurs des relations internationales post-Guerre froide et des nouvelles compétitions, opérant notamment sur le cyber. Dans les années qui viennent, ils vont devoir traiter des menaces ou plutôt des questions fondamentales que sont par exemple le changement climatique, les pandémies, les technologies de rupture comme l’intelligence artificielle, la démographie, l’énergie ou la crise des démocraties.


(Article publié dans La Dépêche du Midi du lundi 18 mars 2024)

La France trop vulnérable aux ingérences étrangères

 

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C’est une vidéo de 39 secondes appelant au boycott des Jeux olympiques de Paris en 2024, qui a été visionnée des millions de fois sur les réseaux sociaux depuis fin juillet. Une vidéo dénoncée par les autorités françaises comme étant une campagne de manipulation de l’information visant à porter atteinte à la réputation de la France dans sa capacité à accueillir les JO.

Cette campagne a été orchestrée par des acteurs liés à l’Azerbaïdjan selon un rapport de Viginum, l’organisme de lutte contre les ingérences numériques étrangères, dévoilé hier. Cette opération a été vraisemblablement conduite en rétorsion à l’implication de la France ces derniers mois dans la médiation entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, deux anciennes républiques soviétiques en conflit depuis trente ans. Viginum a conclu que cette campagne « Olimpiya » (JO en azéri), « est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ». Et l’organisme s’attend à d’autres potentielles campagnes visant les JO.

Cette affaire est une illustration des ingérences étrangères qui frappent notre pays – et plus largement les démocraties européennes – comme celle des étoiles de David peintes au pochoir sur des façades parisiennes.

Le piratage des serveurs du candidat Macron en 2017

Opérations de désinformation sur les réseaux sociaux, de déstabilisation de l’opinion, notamment en périodes électorales, espionnage industriel, cyberattaques, lobbying puissant et enrôlement de personnalités françaises se multiplient depuis plusieurs années et mettent à l’épreuve la France comme l’Union européenne. Derrière ces opérations d’ingérence, la Russie, la Chine et parfois des puissances amies comme l’ont montré les révélations d’Edward Snowden sur les systèmes d’écoute de la NSA américaine ou l’affaire du logiciel Pegasus, utilisé par plusieurs pays, dont le Maroc, pour mettre sous surveillance les portables de nombreuses personnalités politiques et des chefs d’État et de gouvernement comme Emmanuel Macron.

L’actuel président de la République est d’autant plus sensible au sujet que durant la campagne présidentielle de 2017, les serveurs d’En Marche avaient été piratés entre les deux tours, vraisemblablement par la Russie. S’en était suivie une fuite massive de documents confidentiels, les MacronLeaks.

Ces dernières années, et particulièrement depuis 2017, plusieurs rapports fouillés ont documenté toutes ces opérations, souvent très sophistiquées et s’appuyant parfois sur des personnalités politiques de premier plan. En octobre 2021, Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer et Paul Charon publient au nom de l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (Irsem), un rapport qui fait date sur « Les opérations d’influence chinoises ». Sous-titré « un moment machiavélien », il décrypte « une russianisation » des pratiques de la Chine.

Opérations d’influence chinoises massives

Ce rapport de 646 pages montre que la Chine entend « vaincre sans combattre, en façonnant un environnement favorable » à ses intérêts. Les acteurs principaux de ces opérations d’influence chinoises sont des émanations du Parti communiste chinois (département de Propagande, Bureau 610, qui a des agents dans le monde entier, Ligue de la Jeunesse), de l’État, de l’Armée (notamment les cybersoldats de la base 311) mais aussi des entreprises publiques et privées.

Tous ont deux objectifs : « séduire et subjuguer les publics étrangers, en faisant une narration positive de la Chine » et surtout « infiltrer et contraindre » via une diplomatie agressive et coercitive, qui s’appuie aussi sur des personnalités en France comme l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

Guerres hybrides

Autre rapport, celui de « la commission d’enquête relative aux ingérences politiques, économiques et financières de puissances étrangères – États, organisations, entreprises, groupes d’intérêts, personnes privées – visant à influencer ou corrompre des relais d’opinion, des dirigeants ou des partis politiques français ». Remis le 1er juin dernier par les députés RN Jean-Philippe Tanguy et RE Constance Le Grip, ce rapport estime que la Russie est la principale menace pour les démocraties occidentales en termes d’ingérence, mais il pointe aussi la Chine, l’Iran, le Maroc, le Qatar et la Turquie. Soulignant les vulnérabilités de la France, il considère que « les ingérences peuvent être des actes d’une guerre hybride d’États qui nous sont hostiles. »

La perspective d’une guerre hybride inquiète au plus haut point l’armée française, qui voit l’impact des manipulations étrangères survenues en Afrique autour de l’opération Barkhane, ou celles liées à la guerre en Ukraine. « Les guerres hybrides seront de plus en plus complexes à appréhender » , prévenait déjà fin 2022 Sébastien Lecornu, ministre des Armées. « L’invasion russe en Ukraine a également été favorable à des campagnes d’espionnage stratégique au cours de l’année 2022 et a fourni un contexte favorable à des actions de déstabilisation en Europe », relève l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) dans son panorama de la cybermenace 2022.

Le rapport de la délégation parlementaire au renseignement publié ce mois-ci résume l’état actuel des ingérences en estimant que les puissances étrangères profitent « d’une forme de naïveté et de déni » de la France dont elle doit rapidement sortir…

(Article publié dans La Dépêche du Midi du 15 novembre 2023)

Espionnage des données bancaires : l'eurodéputée Françoise Castex appelle l'Europe à suspendre l'accord Swift



Les révélations cette semaine d'un espionnage massif des télécommunicatons des Français par la NSA a entraîné comme une réaction en chaîne. Le jour de ces  révélations, la commission LIBE du parlement européen a adopté à une large majorité le rapport sur le futur règlement et la future directive européens qui doivent mettre à jour les dispositions actuelles obsolètes qui datent de 1995.
Mais l'affaire a jeté en Europe le doute sur les autres échanges numériques et notamment bancaires. Scandalisés par les pratiques de l'agence de sécurité américaine, des eurodéputés viennent de demander au Parlement européen la suspension temporaire de l'accord Swift. Cet accord, signé 2010 entre les Etats-Unis et l'Union européenne, autorise le Programme américain de pistage des financements terroristes (TFTP) de consulter des données bancaires stockées sur le réseau de la société Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication). Aux seules fins de lutte anti-terroriste ? Ou les Américains vont-ils plus loin, notamment en terme d'intelligence économique ?

Demande d'enquête à Europol

"Il existe, selon nous, des indications claires selon lesquelles la NSA pourrait récupérer des informations relatives à nos entreprises et à nos concitoyens sur le serveur Swift et les détourner. Nous appelons les 28 à suspendre cet accord, le temps de faire toute la lumière sur cette affaire. A partir du moment où votre partenaire vous espionne, la confiance est rompue", explique l'eurodéputée du Sud-Ouest Françoise Castex, spécialiste des questions numériques. "Nous demandons, en outre, à Europol d'ouvrir une enquête sur l'accès non autorisé aux données financières de paiement."