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Pourquoi Meta et Google investissent massivement dans les câbles de télécommunication sous‑marins

 

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Photo Gaya Nagarajan, Alex-Handrah Aimé

Par Olivier Chatain, HEC Paris Business School

Meta et Google investissent dans les câbles sous-marins. L’explication selon laquelle ce serait une diversification « normale » pour une entreprise de la tech ne tient pas vraiment.
Il faut décrypter de près les spécificités du modèle de ces deux entreprises. Les deux offrent des services pour lesquels le déni de service doit être évité quoi qu’il en coûte ou presque. D’où des investissements importants, Meta prévoyant de financer un câble qui fera le tour de la planète.

Les câbles de communication sous-marins ont fait irruption dans l’actualité avec des soupçons de sabotage dans les zones de tension (mer Baltique, détroit de Taïwan). Il y eut même récemment dans le détroit d’Ormuz des menaces explicites de destruction. Ces câbles sont un pilier essentiel des communications mondiales et appartiennent très souvent à des entités privées. Comprendre pourquoi est un impératif pour tous les utilisateurs, citoyens et États.

Le réseau mondial s’est développé de manière spectaculaire avec l’essor des communications et d’Internet. Google et Meta sont à eux seuls responsables de 23 % de la bande passante installée dans la période 2020-2025 et de 32 % de celle des projets en cours (calculs de l’auteur, basé sur les données du Submarine Cable Almanac). Le projet Waterworth, dévoilé par Meta en 2025, prévoit d’installer un câble de 50 000 kilomètres autour du monde.

Se posent donc deux questions : pourquoi Meta et Google font-ils le métier des acteurs traditionnels ? Et pourquoi les autres géants du numérique n’ont-ils pas suivi le même chemin ? En effet, ces stratégies différenciées battent en brèche l’idée faussement évidente, selon laquelle les « gros » consommateurs de bande passante seraient naturellement enclins à investir dans les « tuyaux » où passent leurs données.

Pourquoi contrôler (ou non) les « tuyaux » d’Internet ?

Cette dernière question renvoie à un sujet fondamental de la théorie de la firme : quand doit-elle produire pour elle-même (« intégration ») ou, au contraire, quand doit-elle recourir au marché ? C’est typiquement une affaire de rapport entre les coûts et les bénéfices. Du côté des coûts, intégrer, c’est utiliser des ressources qui pourraient être déployées ailleurs et introduire de la complexité dans l’organisation. Du côté des bénéfices, c’est pouvoir faire du sur-mesure et, surtout, se prémunir des comportements opportunistes de la part d’un fournisseur.

Quand l’offre est abondante et le besoin peu différencié, il n’y a pas d’intérêt à intégrer, car on peut facilement changer de fournisseur. La réponse classique à la question posée est que l’intégration verticale doit être l’exception, pas la règle. Elle survient quand le besoin de l’entreprise demande un investissement spécifique qui donnerait à un tiers un (trop) fort pouvoir de négociation. Pour s’en prémunir, il faut intégrer l’activité dans l’entreprise.

Mais alors, pourquoi Meta et Google n’utilisent-ils pas seulement les services des opérateurs de télécommunications classiques ou d’opérateurs indépendants ? Pour cela, nous devons trouver ce qui les différencie des autres membres de la Big Tech (Microsoft, Amazon…) ainsi que ce qui distingue leurs câbles de ceux des acteurs traditionnels.

Deux points communs significatifs

Qu’est-ce qui rend Meta et Google spéciaux du point de vue qui nous intéresse ? En étudiant ce qui les réunit et qui les différencie des autres entreprises (par exemple, Amazon, Netflix, Microsoft), on trouve deux points communs à Meta et à Google :

  • les contenus servis sont personnalisés en temps réel dans un fil spécifique pour chaque utilisateur en fonction des actualités et de ses recherches ;

  • leurs revenus proviennent d’une plateforme publicitaire en libre-service. Le fil vu par chaque utilisateur est personnalisé et renouvelé en permanence. En particulier, les informations peuvent provenir du monde entier, car les annonceurs ont potentiellement accès à tous les utilisateurs.

Cela fonctionne uniquement si la latence (durée de l’aller-retour des données) qui permet la fourniture de contenu est contrôlée étroitement. Toute lenteur ou déni de service ralentirait voire « tuerait » l’engagement. Et les bonnes publicités ciblées doivent être affichées dans le bon fil au bon moment, le tout à une échelle de milliards d’utilisateurs.

Dans le cas contraire, le chiffre d’affaires des deux groupes en pâtit directement. Pour une plateforme qui est fondamentalement un intermédiaire, il faut donc une combinaison unique de stabilité de la latence et de la résilience du réseau.

Des infrastructures informatiques avancées

Dans ce cas qu’apporterait la propriété des câbles ? Le bénéfice est de pouvoir être prioritaire en toute situation (en ne dépendant pas d’un fournisseur qui pourrait abuser en faisant monter les prix) et d’utiliser des protocoles propriétaires s’articulant avec le reste du réseau et des centres de données (investissements spécifiques pour la performance). Le fait que Meta et Google aient la réputation d’avoir les infrastructures informatiques les plus avancées conforte cette interprétation. Le besoin d’une telle solution chez les autres géants du numérique est plus faible.

Par exemple, Netflix peut garder des caches distribués de ses vidéos dans des centres de données situés à proximité de ses abonnés. De même, Amazon et Microsoft vendent leurs services à des utilisateurs à proximité de leurs centres de données, ce qui minimise la latence. Leurs besoins de communication mondiaux sont plus facilement satisfaits par des locations de longue durée de câbles offerts par des tiers.

De nouvelles routes résilientes ?

Les tracés de la dernière vague des projets de Meta et de Google laissent à penser qu’ils privilégient une forme de résilience. Une carte des câbles mondiaux de communication montre une vulnérabilité latente causée par leur passage dans des goulets d’étranglement qui sont les mêmes que ceux du commerce mondial.

Cela forme une ceinture dans l’hémisphère Nord : en partant de la Méditerranée, la dorsale centrale du réseau passe par l’isthme de Suez, la mer Rouge, le Bab-el-Mandeb, le détroit d’Ormuz pour les dérivations qui vont dans le golfe Persique, le détroit de Malacca, la mer de Chine méridionale et le détroit de Taïwan, avant de se diriger vers le Japon et la côte ouest nord-américaine.

Certains des derniers projets de Meta et de Google rompent avec ces tracés et évitent systématiquement tous ces goulets d’étranglement traditionnels. Le projet Waterworth de Meta relie les côtes est et ouest des États-Unis en passant par le Brésil, le cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud), l’Inde, le nord de l’Australie, avant de traverser l’océan Pacifique.

Les Échos, 2025.

En utilisant le réseau de Google, il est possible de faire le même trajet en sens inverse, en descendant de la Californie vers le Chili, puis de traverser le Pacifique Sud jusqu’en Australie, de rejoindre l’Afrique du Sud avant de remonter vers le Portugal et la côte est américaine. Il n’y a pas d’autre acteur qui construise un réseau créant une alternative intégrale à la dorsale traditionnelle. Ces projets sont corrélés à la géographie des centres de données de Meta et de Google et créent un maillage à l’échelle de la planète qui est moins tributaire de zones vulnérables aux aléas politiques.

Qui veut payer pour la résilience ?

Ce que révèlent ces projets, c’est une tendance à la privatisation et à la concentration de la résilience. Deux acteurs privés, de par leur taille et leur modèle d’affaires, sont plus enclins que les autres à lancer des projets qui ne seraient pas rentables pour des opérateurs traditionnels. Ces projets créent des routes alternatives qui peuvent bénéficier à tous les utilisateurs, car elles réduisent la vulnérabilité aux goulets d’étranglement.

Mais à la diversification géographique des routes répond un accroissement de la concentration de la propriété des chemins alternatifs. Cette concentration devient à son tour une source de vulnérabilité pour les utilisateurs finaux puisqu’elle crée une nouvelle dépendance qui remplace celle due à la géographie.

En l’absence de fournisseurs alternatifs, la question de la construction d’un marché de la résilience reste posée. À ce titre, le marché des câbles sous-marins représente un microcosme des questions posées par la menace de l’arsenalisation des infrastructures numériques et permet de comprendre en profondeur les mécanismes qui la rendent possible et les stratégies pour la contrer.The Conversation

Olivier Chatain, Professor, Strategy and Business Policy, HEC Paris Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

IA à l’école : 87 % des élèves l’utilisent, mais pas comme on l'imagine

 

IA

L’intelligence artificielle s’est déjà imposée dans les méthodes de travail des élèves. Selon une enquête de Nomad Éducation menée auprès de 3 850 jeunes, 87 % l’utilisent pour apprendre. Mais 90 % disent faire confiance aux IA éducatives reposant sur des contenus validés par des enseignants.

L’intelligence artificielle n’attend plus à la porte des salles de classe et s’est déjà  installée dans les usages des élèves, jusque dans leurs révisions. Selon une enquête de Nomad Éducation menée auprès de 3 850 jeunes de 11 à 22 ans, 87 % déclarent utiliser l’IA pour apprendre. Une pratique encore peu assumée : 55 % disent s’en servir discrètement et 32 % en secret. Cette adoption massive ne vaut pourtant pas blanc-seing. Les élèves interrogés semblent tracer eux-mêmes une frontière entre l’efficacité de l’outil et la confiance qu’ils peuvent lui accorder. Ils sont 71 % à se méfier des IA généralistes et 90 % à déclarer faire confiance aux IA éducatives fondées sur des contenus validés par des enseignants. Derrière l’usage, la question de la source reste donc centrale.

Reformuler une notion ou trouver des idées

Les motifs avancés éloignent également l’IA de la seule logique du raccourci scolaire. D’après l’enquête, 34 % des élèves l’utilisent pour reformuler une notion ou trouver des idées, 29 % pour vérifier leurs réponses et 19 % pour mieux comprendre leurs cours. Le gain de temps n’arrive qu’ensuite, cité par 14 %. Au total, 84 % considèrent que l’IA les aide à comprendre et 30 % déclarent avoir amélioré leurs résultats.

Les usages varient selon les disciplines. L’histoire-géographie arrive en tête, avec 26 %, devant les sciences, à 17 %. Le français et les langues atteignent chacun 12 %. Mais la progression de l’IA ne signifie pas, dans les réponses recueillies, l’effacement du professeur. Pour 46 % des élèves, enseignant et intelligence artificielle sont complémentaires ; 36 % disent préférer les cours de leurs professeurs.

Où sont les repères

Reste un décalage entre des pratiques déjà largement installées et l’accompagnement proposé dans les établissements. Toujours selon Nomad Éducation, 58 % des élèves estiment que leur établissement parle de l’IA, mais insuffisamment. Trois sur dix disent n’avoir reçu aucune explication sur ses usages responsables. L’enjeu n’est donc plus seulement de savoir si les élèves utilisent ces outils, mais avec quels repères ils apprennent à en mesurer les limites.

Nomad Éducation inscrit son propre outil, Nomad’IA, dans cette logique. L’entreprise indique disposer de plus de 150 000 ressources pédagogiques et met en avant des contenus conçus par des professeurs. Elle présente cette articulation entre technologie et validation pédagogique comme une réponse au besoin de fiabilité exprimé par les élèves.

Caroline Maitrot-Feugeas, fondatrice et PDG de Nomad Éducation, défend une IA qui accompagne l’élève sans travailler à sa place. "Nos chiffres le montrent : les élèves ne demandent pas moins d'IA, ils demandent une IA digne de confiance. Chez Nomad Éducation, nous avons fait un choix clair : mettre la technologie au service de la pédagogie, et non l'inverse. Nomad'IA repose sur des contenus conçus par 350 professeurs, parce qu'on n'apprend bien qu'à partir de savoirs justes. Mais notre ambition va au-delà de la fiabilité : l'IA ne doit pas faire le travail à la place de l'élève. Elle doit l'accompagner, l'encourager, l'aider à comprendre ses erreurs et à progresser. Notre mission reste la même depuis nos débuts : transmettre aux jeunes le plaisir d'apprendre et le goût de l'effort."

Philippe Rioux