Accéder au contenu principal

Marchés prédictifs en ligne : miser sur un résultat sportif… ou sur la guerre en Ukraine

Par  Léo-Paul Barthélémy , Université de Lorraine Certains parient sur l’issue de tel ou tel événement sportif. D’autres sur l’évolution à court terme d’un indicateur économique largement suivi. D’autres encore – parfois les mêmes – engagent des sommes importantes sur des questions nettement plus discutables d’un point de vue moral, comme la prise d’une ville en Ukraine par l’armée russe. Les sites permettant ce type de paris sont en plein essor. Un marché prédictif n’est pas tout à fait un site de paris. C’est un dispositif de spéculation collective dans lequel des participants achètent et vendent des contrats indexés sur la réalisation d’un événement futur précisément défini (« X aura lieu avant telle date », « Y gagnera l’élection », etc.). Le prix de ces contrats fluctue en fonction de l’offre et de la demande : plus un événement est jugé probable par les participants, plus le contrat associé est recherché et plus son prix augmente. À la...

La France face au premier plan social lié à l’intelligence artificielle

IA

Les salariés d’Onclusive, une société française installée à La Défense, ne s’attendaient pas à devenir les acteurs du premier plan social en France provoqué par l’irruption de l’intelligence artificielle (IA) dans le monde du travail : 209 personnes vont quitter l’entreprise, qui compte aujourd’hui 383 postes, licenciés pour être remplacés par des ordinateurs dopés à l’IA… Huit postes vacants seront laissés sans remplacement et 23 « nouvelles fonctions seraient créées » selon Libération qui a révélé l’affaire la semaine dernière.

« On est tous tombés de notre chaise »

La société, longtemps connue sous le nom de Kantar et aujourd’hui propriété du fonds d’investissement américain STG, est spécialisée dans la fourniture de synthèses d’articles de presse et d’extraits audiovisuels qui sont envoyées à quelque 9 000 clients, de grands groupes privés notamment du CAC40 (Rolex, TotalEnergies, L’Oréal…) et publics (FranceTélévisions, la SNCF…) , mais aussi des ministères, le service d’information du gouvernement (SIG) ou des services publics comme Pôle Emploi, la Banque de France, etc.

Cette activité est de celles qui se prêtent parfaitement à une automatisation que peut fournir une intelligence artificielle. Surtout depuis que l’IA, ces derniers mois, a connu de spectaculaires et très médiatisées avancées, avec des outils d’intelligences artificielles génératives comme ChatGPT d’OpenAI et ses concurrents lancés par les géants d’internet comme Google ou Meta (Facebook).

Au siège d’Onclusive, à Courbevoie, on accuse le coup, les syndicats dénonçant « le premier plan social lié à l’intelligence artificielle. » « On est tous tombés de notre chaise, on ne s’attendait pas à une telle ampleur », assurait au Parisien l’un des salariés qui ont appris la nouvelle le 5 septembre par un e-mail du PDG Rob Stone, expédié depuis le siège mondial de STG à Londres.

Le PDG, qui ne parle ni de « suppressions de postes » ni de « licenciements », justifie les départs forcés par la nécessité « de devenir plus agiles et plus compétitifs » en adoptant « de nouvelles technologies et de nouveaux outils qui rationaliseront [les] opérations […] et amélioreront l’efficacité et la précision ». Et d’ajouter cyniquement que les changements permettront d’ « améliorer les carrières [des] employés » – ceux qui restent – « en leur permettant de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée. »

Le 15 septembre, le dirigeant de la filiale française vantait lui aussi « l’apport de l’intelligence artificielle ». Un apport que contestent les syndicats qui assurent que l’IA ne peut remplacer l’humain dans son filtrage et son appréciation des informations, mais aussi dans sa connaissance des clients. « C’est une mauvaise idée sociale mais c’est aussi une mauvaise idée économique », expliquait dans Libération le délégué syndical Force ouvrière.

Ce premier plan social provoqué par le recours à l’IA interroge en tout cas jusqu’au gouvernement, qui est aussi le client d’Onclusive.

16 % des emplois actuels devraient disparaître

« Le SIG […] interrogera l’entreprise sur les garanties qu’elle entend fournir pour maintenir le niveau de compétences, d’expertise et de qualité des livrables dans le cadre des marchés qui les lient à l’administration », a indiqué le SIG à Médiapart. Lundi soir, le ministre délégué chargé du Numérique Jean-Noël Barrot reconnaissait de son côté qu’« il faut se préparer à ce type de bouleversements ».

Depuis l’accélération de l’intelligence artificielle, on sait que certains métiers vont évoluer voire disparaître et que d’autres vont émerger. Un rapport publié fin mars par Goldman Sachs estimait que deux tiers des emplois actuels pourraient être menacés par l’IA en Europe. En France, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime qu’environ 16 % des emplois actuels devraient disparaître d’ici quinze à vingt ans. « Pour le moment, l’IA ne supprime pas les emplois, elle les transforme et modifie les compétences qu’ils requièrent », indique l’enquête sur les « Perspectives de l’emploi 2023 de l’OCDE : Intelligence artificielle et emploi », parue en juillet.

« L’incidence réelle de l’IA sur les travailleurs et l’organisation du travail, et la question de savoir si ses avantages l’emporteront sur les risques, dépendront également des mesures prises par les pouvoirs publics », assure l’organisation pointant là l’importance d’une régulation et d’un cadre réglementaire strict. L’Unesco sur l’école, de grands journaux américains voire les concepteurs des IA eux-mêmes ont d’ores et déjà appelé à une régulation.

Interrogé par Le Revenu, le mathématicien Cédric Villani, qui avait remis à Emmanuel Macron en 2018 un premier rapport sur la stratégie IA française, estime qu’« il faut dédramatiser. Il faut aussi apprécier lucidement les risques humains – usages mal informés ou mal intentionnés, déstabilisation d’élections, propagation du climato-scepticisme, publicité trop efficace ou encore oppression des employés… Est-ce une révolution ? Je dirais plutôt un remarquable chapitre de la révolution de l’information, qui a débuté dans les années 1950. »

(Article publié dans La Dépêche du jeudi 21 septembre 2023)

Posts les plus consultés de ce blog

Le bipeur des années 80 plus efficace que le smartphone ?

Par André Spicer, professeur en comportement organisationnel à la Cass Business School (City University of London) : Vous vous souvenez des bipeurs ? Ces appareils étaient utilisés largement avant l'arrivée massive des téléphones portables et des SMS. Si vous aviez un bipeur, vous pouviez recevoir des messages simples, mais vous ne pouviez pas répondre. Un des rares endroits où on peut encore en trouver aujourd’hui sont les hôpitaux. Le Service National de Santé au Royaume-Uni (National Health Service) en utilise plus de 130 000. Cela représente environ 10 % du nombre total de bipeurs présents dans le monde. Une récente enquête menée au sein des hôpitaux américains a révélé que malgré la disponibilité de nombreuses solutions de rechange, les bipeurs demeurent le moyen de communication le plus couramment utilisée par les médecins américains. La fin du bipeur dans les hôpitaux britanniques ? Néanmoins, les jours du bipeur dans les hôpitaux britanniques pourraient être compté...

Quelle technologie choisir pour connecter les objets ?

Par Frédéric Salles, Président et co-fondateur de Matooma   En 2021, le nombre total d'objets connectés utilisés atteindra les 25 milliards selon Gartner. Il est ainsi légitime de se demander quelles sont les technologies principales permettant de connecter les objets, et quelle pourrait être celle la plus adaptée pour sa solution. Un projet de vidéosurveillance par exemple n'aura absolument pas les mêmes besoins qu'un projet basé sur le relevé de température au milieu du désert. Ainsi pour trouver la meilleure connectivité pour son objet, de nombreuses questions peuvent se poser : mon objet fonctionne-t-il sur batterie ou est-il alimenté ? Mon objet restera-t-il statique ou sera-t-il mobile ?  Mon objet est-il susceptible d'être dans un endroit difficile d'accès ou enterré ? A quelle fréquence mes données doivent-elles remonter ? Etc. Voici les différentes solutions actuellement disponibles sur le marché. Courte distance : RFID/Bluetooth/WiFi La RFID (Ra...

Comment savoir si je suis touché par un logiciel espion ?

Par Allan Camps, Senior Enterprise Account Executive chez Keeper Security Les logiciels espions sont des logiciels malveillants qui, installés à votre insu sur votre appareil, permettent aux cybercriminels de vous espionner et de voler vos informations privées. Ces informations peuvent ensuite être utilisées par des cybercriminels ou vendues sur le dark web pour commettre des fraudes ou des usurpations d'identité. Il est possible de repérer ces logiciels malveillants sur votre appareil en observant des signes particuliers tels que l'épuisement rapide de la batterie, la surchauffe, l'augmentation du nombre de fenêtres pop-up ou de l'utilisation des données, et la présence d'applications inconnues. Comment détecter un logiciel espion sur votre smartphone Android ou votre iPhone ? Recherchez les applications que vous n'avez pas téléchargées. Les applications que vous n'avez pas téléchargées peuvent se cacher dans votre bibliothèque et contenir des logiciels ...

La fin du VHS

La bonne vieille cassette VHS vient de fêter ses 30 ans le mois dernier. Certes, il y avait bien eu des enregistreurs audiovisuels avant septembre 1976, mais c’est en lançant le massif HR-3300 que JVC remporta la bataille des formats face au Betamax de Sony, pourtant de meilleure qualité. Ironie du sort, les deux géants de l’électronique se retrouvent encore aujourd’hui face à face pour déterminer le format qui doit succéder au DVD (lire encadré). Chassée par les DVD ou cantonnée au mieux à une petite étagère dans les vidéoclubs depuis déjà quatre ans, la cassette a vu sa mort programmée par les studios hollywoodiens qui ont décidé d’arrêter de commercialiser leurs films sur ce support fin 2006. Restait un atout à la cassette VHS: l’enregistrement des programmes télé chez soi. Las, l’apparition des lecteurs-enregistreurs de DVD et, surtout, ceux dotés d’un disque dur, ont sonné le glas de la cassette VHS, encombrante et offrant une piètre qualité à l’heure de la TNT et des écrans pl...

Tribune libre. Maison et objets connectés : une véritable French touch

Alexandre Chaverot est président d' Avidsen et de Smart Home International Réjouissons nous que la France soit précurseur dans le domaine de la maison et des objets connectés. Oui, il existe un vrai savoir faire, une véritable « patte » française. Il n'y a qu'à voir le nombre de start-up qui existent et évoluent dans ce domaine là : Sigfox pour la partie protocole de communication, Netatmo sur l'objet connecté autour de la régulation thermique, MyFox sur la sécurité et, évidemment, Avidsen sur l'univers de la maison intelligente. Sans parler des grands groupes comme Legrand , Schneider , Somfy qui travaillent aussi sur ces sujets là et qui nous challengent. A moins que ce ne soit nous, les petites « boîtes » qui les challengions. En tant qu'entreprises françaises, nous n'avons donc pas à rougir par rapport à ce qu'il se passe en Asie ou aux États-Unis en matière de produits et de développement. Le « faire savoir » devient plus que nécessai...

Le retour de la pellicule argentique : Kodak investit pour l'avenir

La photographie argentique, longtemps considérée comme une relique du passé, connaît un regain d'intérêt spectaculaire en 2024. Kodak, l'emblématique entreprise américaine, a récemment annoncé des investissements significatifs pour moderniser ses infrastructures et augmenter sa production de pellicules. Cette décision intervient alors que la demande pour les films argentiques explose, portée par une nouvelle génération de passionnés et de créateurs en quête d'authenticité. L'engouement pour l'argentique n'est pas un simple effet de mode. Il s'agit d'un véritable retour aux sources, où la qualité des couleurs, les textures uniques et le processus créatif de la photographie analogique séduisent autant les amateurs que les professionnels. Kodak, conscient de cet engouement, s'engage à produire des films aussi longtemps que la demande existera. Cette modernisation de l'usine de Rochester, où sont fabriqués les films emblématiques de Kodak, représente...