Lutte contre le piratage : l’Arcom durcit sa stratégie face à l’essor de l’IPTV et des réseaux contournant la régulation
Dans son rapport 2025, l’Arcom dresse le bilan d’une stratégie globalement efficace contre le piratage des contenus audiovisuels, marquée par une baisse significative des usages illicites. Mais derrière ces résultats, le phénomène se reconfigure autour d’acteurs plus complexes, notamment l’IPTV, obligeant le régulateur à adapter en profondeur ses outils.
Le reflux du piratage numérique se confirme, mais il ne signe pas sa disparition. Tel est l’enseignement du dernier rapport de l’Arcom sur la lutte contre le piratage des contenus culturels et sportifs. Le gendarme de l’audiovisuel note que 7,7 millions d’internautes français consomment encore des contenus illicites mais cela correspond à une baisse de 34 % depuis 2021. Une tendance nette, portée par la progression parallèle de l’offre légale et par l’intensification des dispositifs de lutte contre le piratage.
Le piratage sportif en forte baisse
Le streaming et le téléchargement concentrent toujours l’essentiel des usages frauduleux, à hauteur de 79 %. Mais c’est surtout du côté du sport en direct que le recul est le plus spectaculaire : – 70 % en quatre ans. Une évolution que le régulateur attribue à l’efficacité accrue des blocages en temps réel et à une stratégie judiciaire plus offensive.
Dans ce paysage en recomposition, l’IPTV (TV par internet) apparaît comme un point de résistance. Stable, malgré les efforts engagés, ce mode de diffusion illégal illustre un déplacement du piratage vers des solutions plus techniques, plus structurées et plus difficiles à neutraliser, selon l’Arcom. Loin des sites de streaming classiques, ces offres reposent sur des infrastructures distribuées, souvent adossées à des services tiers comme les VPN ou des DNS alternatifs.
80 000 premiers avertissements envoyés en 2025
Face à cette mutation, la réponse graduée conserve néanmoins un rôle central. En 2025, près de 80 000 premiers avertissements ont ainsi été envoyés, suivis de plus de 16 000 seconds avertissements et de 1 338 transmissions judiciaires. Le dispositif conserve un effet dissuasif notable : 75 % des abonnés ne récidivent pas à chaque étape, et 57 % se tournent vers une offre légale après un signalement. Au total, 17 % des Français ont déjà été concernés.
L’action de l’Arcom s’est également durcie sur le terrain technique. Depuis 2022, plus de 19 000 noms de domaine ont été bloqués, dont près de 9 700 pour la seule année 2025. Le secteur sportif concentre une part croissante de ces mesures, avec un volume de blocages multiplié par huit et une hausse de 71 % sur la période.
Les infrastructures dans le viseur
Mais le tournant majeur réside ailleurs : dans l’élargissement du périmètre des acteurs ciblés. Désormais, les moteurs de recherche, certains fournisseurs de DNS et les services VPN — encore inégalement coopératifs — sont intégrés à la stratégie de régulation. Une évolution qui marque le passage d’une logique de sanction des contenus à une approche systémique des infrastructures.
Cette transformation s’accompagne d’ajustements juridiques. L’Arcom contribue à la mise en place de dispositifs de blocage en temps réel pour les contenus sportifs et prépare l’introduction du blocage IP à partir de 2026. Le cadre s’aligne également sur les décisions européennes récentes, traduisant une volonté de renforcer la rapidité des interventions.
En parallèle, le régulateur continue de soutenir l’offre légale, avec 512 services recensés et un portail dédié. Si son audience reste limitée — environ 2 100 visiteurs mensuels —, cette initiative participe d’une stratégie globale visant à réduire l’attractivité du piratage.
Faire de la pédagogie
Enfin, la dimension pédagogique n’est pas absente. Depuis 2018, 63 000 élèves ont été sensibilisés aux enjeux de la création et du droit d’auteur, dont 8 000 en 2025. Un investissement de long terme, destiné à agir sur les comportements plutôt que sur les seuls usages.
Le bilan dressé par l’Arcom est donc double. D’un côté, une baisse réelle et mesurable du piratage. De l’autre, une recomposition vers des formes plus sophistiquées, dominées par l’IPTV et des outils de contournement. Une évolution qui impose au régulateur de changer d’échelle, en ciblant non plus seulement les contenus, mais l’ensemble de l’écosystème technique qui les rend accessibles.