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IA : la fracture numérique française se creuse dans les entreprises

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Une étude Saegus/Odoxa révèle un décalage croissant entre la vitesse de déploiement de l’intelligence artificielle et la capacité des organisations à accompagner leurs salariés. Les cadres, en première ligne, anticipent déjà une transformation profonde de leurs métiers.

L’intelligence artificielle n’est plus une projection théorique. Dans les entreprises françaises, elle s’impose désormais comme un facteur de transformation immédiate des métiers, des organisations et des modèles de production. Mais à mesure que les outils se diffusent, une autre réalité apparaît : le niveau de préparation des salariés ne suit pas le rythme des déploiements.

C’est le principal enseignement de l’étude dévoilée par Saegus, cabinet de conseil indépendant spécialisé en stratégie IA, réalisée avec Odoxa. Le constat est sévère. Alors que 88 % des professionnels du numérique considèrent que l’intelligence artificielle va révolutionner le monde du travail, seuls 17 % estiment que les entreprises forment correctement leurs collaborateurs.

Cette dissociation entre investissement technologique et accompagnement humain nourrit une inquiétude croissante dans les organisations. Les fonctions d’encadrement apparaissent comme les plus conscientes de l’ampleur de la mutation en cours : 61 % des cadres anticipent une transformation profonde de leurs missions. L’étude met ainsi en lumière une bascule qui ne concerne plus seulement les métiers techniques ou industriels. Les activités de coordination, d’analyse, de gestion ou de pilotage sont désormais directement exposées aux effets de l’automatisation cognitive.

77 % des Français pensent que l’IA détruira davantage d’emplois qu’elle n’en créera

L’enquête révèle également une convergence inhabituelle entre l’opinion publique et les experts du numérique. Selon les données publiées, 77 % des Français pensent que l’IA détruira davantage d’emplois qu’elle n’en créera. Plus significatif encore, 70 % des professionnels de la Tech partagent cette analyse. Pour Saegus, cet alignement traduit une prise de conscience collective : l’intelligence artificielle ne constitue plus une simple évolution technologique, mais un changement de paradigme susceptible de redéfinir l’équilibre du travail qualifié.

Le point de rupture identifié par l’étude concerne désormais la capacité des entreprises à organiser la montée en compétences de leurs équipes. Derrière les annonces d’investissements et les expérimentations d’outils génératifs, les usages opérationnels restent encore limités. Faute d’acculturation structurée, une partie des déploiements risque de produire des gains marginaux, sans véritable transformation des métiers.

« Dette d’acculturation »

Saegus décrit ainsi une forme de « dette d’acculturation » accumulée par les organisations. Dans cette lecture, la performance des projets IA dépend moins de la sophistication des algorithmes que de la capacité des salariés à comprendre les usages, les limites et les conséquences des outils mis à leur disposition.

Cette difficulté est accentuée par la vitesse du cycle technologique. Là où les précédentes révolutions industrielles se déployaient sur plusieurs décennies, l’IA générative impose un tempo beaucoup plus court. Selon l’étude, 66 % des experts de la Tech jugent que les entreprises françaises ne s’adaptent pas suffisamment vite. Un constat partagé par 57 % des salariés interrogés.

Pour Marc Trilling, président et cofondateur de Saegus, l’enjeu dépasse désormais la seule logique d’automatisation. Dans le communiqué publié par le cabinet, il estime que les entreprises ne peuvent plus « empiler des licences logicielles » sans stratégie d’appropriation. Selon lui, l’IA doit être utilisée comme un levier d’augmentation des capacités humaines plutôt que comme un simple outil de réduction des coûts.

L’étude souligne finalement un risque plus large pour les entreprises françaises : celui d’une désynchronisation durable entre innovation technologique et adaptation organisationnelle. Dans un contexte de concurrence accélérée, la question de la formation devient désormais un enjeu de compétitivité autant que de transformation du travail.