Présidentielle 2027 : les Français redoutent une campagne manipulée par l’IA… mais veulent déjà l’utiliser pour voter
À un an de l’élection présidentielle, l’intelligence artificielle s’impose comme un sujet politique majeur. Selon un sondage Odoxa-Backbone paru ce vendredi 8 mai pour Le Figaro, les Français craignent massivement les manipulations liées aux IA génératives et reconnaissent leur difficulté à distinguer le vrai du faux. Pourtant, un quart d’entre eux envisage déjà d’utiliser ChatGPT ou d’autres assistants pendant la campagne.
L’intelligence artificielle s’installe dans la campagne présidentielle avant même son ouverture officielle. Et les Français semblent déjà pris dans une contradiction dont les responsables politiques peinent encore à mesurer l’ampleur : ils redoutent les effets démocratiques des IA génératives tout en commençant à intégrer ces outils dans leur propre manière de s’informer et de se forger une opinion.
Le sondage Odoxa-Backbone réalisé pour Le Figaro met en évidence cette tension profonde. D’un côté, l’IA reste associée à des progrès concrets et utiles. De l’autre, elle nourrit une inquiétude grandissante sur la manipulation de l’information, les deepfakes et la fragilisation du débat public.
Les Français continuent d’identifier des bénéfices très nets dans certains secteurs. La santé apparaît largement en tête : 69% considèrent l’intelligence artificielle comme une opportunité, soit huit points de plus qu’en septembre dernier. La productivité recueille également une majorité d’avis favorables à 59%. Même l’éducation, sujet plus sensible, est perçue positivement par 43% des personnes interrogées.
Les menaces de l'IA et le retard des politiques
Mais cette adhésion se fissure dès que l’IA touche aux équilibres démocratiques et informationnels. Les chiffres deviennent alors massifs : 87% y voient une menace pour les données personnelles, 80% pour la propriété intellectuelle, 79% pour la véracité de l’information et 75% pour la démocratie elle-même. Là encore, les inquiétudes progressent fortement en quelques mois.
Cette anxiété démocratique est d’autant plus forte que les Français estiment les responsables politiques très en retard sur le sujet. Huit personnes sur dix considèrent que les candidats à la présidentielle et les responsables publics ne parlent pas suffisamment d’intelligence artificielle. Ce reproche traverse presque tous les électorats, des sympathisants RN à ceux du PS. Seuls les proches de La France insoumise apparaissent plus partagés.
Le décalage entre la vitesse de diffusion des outils d’IA et la faiblesse du débat politique alimente désormais une peur très précise : celle d’une campagne présidentielle influencée ou manipulée artificiellement. Sept Français sur dix pensent que l’intelligence artificielle sera utilisée pour influencer le résultat de l’élection de 2027. Et cette crainte dépasse largement les clivages partisans.
Les plus âgés apparaissent comme les plus inquiets. Parmi les plus de 65 ans, 76% anticipent des tentatives de manipulation pendant la campagne. Les plus jeunes se montrent moins alarmistes mais restent majoritairement convaincus que l’IA jouera un rôle dans l’influence électorale.
Les Français se savent mal armés
Cette inquiétude est directement liée à un autre constat majeur du sondage : les Français savent qu’ils sont mal armés face à ces technologies. 81% reconnaissent ne pas être capables d’identifier au moins un type de contenu généré par intelligence artificielle. Les difficultés sont particulièrement fortes pour les textes : 71% disent ne pas savoir reconnaître un article rédigé par IA. Plus d’un Français sur deux échoue également à identifier une photo ou une vidéo artificielle.
Le facteur générationnel reste déterminant. Chez les plus de 65 ans, 82% déclarent ne pas savoir reconnaître un texte produit par IA. Même chez les 18-24 ans, pourtant plus familiarisés avec les usages numériques, 61% disent rencontrer des difficultés face aux contenus textuels générés artificiellement.
Mais ils vont utiliser l'IA
Le paradoxe apparaît alors dans toute son ampleur. Malgré cette méfiance et cette sensation de vulnérabilité, les Français commencent eux-mêmes à intégrer l’IA dans leur rapport à la politique. Un quart d’entre eux prévoit d’utiliser des outils comme ChatGPT, Gemini, Claude ou Le Chat pendant la campagne présidentielle.
L’usage envisagé reste d’abord informationnel. 22% veulent s’en servir pour consulter les programmes des candidats, 17% pour mieux connaître une personnalité politique. Mais 10% déclarent déjà qu’ils pourraient utiliser une intelligence artificielle pour les aider à faire leur choix électoral. Chez les 25-34 ans, cette proportion grimpe à 18%.
L’étude souligne ainsi l’émergence d’un nouveau rapport à l’information politique : conversationnel, immédiat et personnalisé. L’IA n’apparaît plus seulement comme un outil technique mais comme un intermédiaire potentiel entre le citoyen et le débat démocratique.
Cette ambivalence se retrouve également dans les conversations observées sur les réseaux sociaux par Backbone. Entre fascination technologique et inquiétude diffuse, les internautes oscillent entre admiration pour les capacités des IA génératives et peur d’un brouillage général du réel. Les deepfakes, les images truquées et les contenus impossibles à vérifier alimentent une défiance croissante.
À un an de la présidentielle, l’intelligence artificielle semble donc déjà avoir trouvé sa place dans le paysage électoral français. Pas encore dans les discours des responsables politiques, mais déjà dans les inquiétudes, les usages et les réflexes des électeurs eux-mêmes.
