IA générative, droit d’auteur, presse : Qwant teste un partage de la valeur à rebours des grandes plateformes
Alors que les eurodéputés veulent renforcer la protection des œuvres utilisées par l’IA générative, Qwant lance avec des médias français une expérimentation de neuf mois pour mesurer l’usage des contenus de presse dans ses réponses instantanées et tester un partage publicitaire à parts égales avec les éditeurs.
Au moment où le Parlement européen cherche à resserrer l’encadrement de l’intelligence artificielle générative, Qwant tente d’occuper un espace politique et économique laissé vacant par les grandes plateformes. Le moteur de recherche français a lancé en janvier une expérimentation de neuf mois avec des médias et éditeurs de presse afin de mesurer la valeur créée par l’IA générative dans la recherche en ligne, et d’en tester les modalités de partage.
Maintenir un lien vers les médias
L’initiative s’inscrit dans un débat devenu central pour les éditeurs : celui de la captation de valeur par les moteurs de recherche, les plateformes et, désormais, les interfaces conversationnelles dopées à l’IA. Depuis plusieurs années, la presse réclame un meilleur équilibre économique face aux intermédiaires numériques qui distribuent, indexent, résument ou agrègent ses contenus. Avec l’essor des réponses générées automatiquement, l’enjeu s’est déplacé : il ne s’agit plus seulement de renvoyer vers un article, mais de produire directement une synthèse qui peut détourner une part du trafic, donc des revenus associés.
C’est précisément sur ce terrain que Qwant veut se distinguer. Sa fonctionnalité de « Réponse Flash », intégrée à ses moteurs ainsi qu’à ceux de Lilo dans le cadre de l’expérimentation, doit fournir un élément de contexte ou de compréhension tout en maintenant un lien explicite avec les sources d’information. L’entreprise présente cette approche comme transparente, mesurable et construite avec les ayants droit. Concrètement, les informations liées à l’usage de la fonctionnalité sont partagées avec les éditeurs participants, de même qu’un modèle de partage des revenus publicitaires générés dans cet espace. Selon la source fournie, ces revenus sont répartis à égalité entre Qwant et les éditeurs, tandis que plusieurs formats publicitaires sont testés.
Test grandeur nature
L’enjeu dépasse le seul cas d’un acteur français. Les députés européens de la commission des affaires juridiques ont justement adopté des propositions visant à imposer davantage de transparence sur les contenus protégés utilisés pour former les systèmes d’IA générative, à permettre aux titulaires de droits de refuser certains usages, et à garantir une rémunération équitable. Dans leur logique, l’accès à des données de haute qualité ne peut être dissocié d’une compensation pour les secteurs créatif, culturel et médiatique. Le rapport souligne aussi le risque, pour le pluralisme, de systèmes capables d’agréger l’information de manière sélective tout en captant l’audience et les recettes.
Dans ce contexte, l’expérimentation de Qwant prend valeur de test grandeur nature. Elle ne règle pas la question structurelle du rapport de force entre éditeurs et géants du numérique. Mais elle propose une méthode : documenter les usages réels, objectiver la contribution des contenus de presse à la réponse générée, puis poser les bases d’un modèle négocié. Pour les représentants des éditeurs cités dans vos sources, c’est là son intérêt principal : la transparence comme préalable à la rémunération.
Reste à savoir si cette voie peut peser au-delà d’un cadre expérimental de neuf mois. Car la bataille qui s’ouvre est celle de la redistribution de la valeur dans un internet où la réponse synthétique, et non plus seulement le lien, devient le produit central.