Alors que la mission Artemis relance les ambitions lunaires, le projet Sanctuary on the Moon prévoit d’y déposer, d’ici 2030, une archive composée de disques de saphir, destinée à conserver les traces scientifiques, biologiques et culturelles de l’humanité sur le temps long.
Le retour annoncé des missions lunaires habitées avec Artemis – dont la seconde doit être lancée la semaine prochaine par la NASA – ne se limite pas à l’exploration. Il ouvre aussi un champ d’initiatives où la Lune devient aussi un espace de conservation. Le projet « Sanctuary on the Moon » (sanctuaire sur la Lune) s’inscrit dans cette dynamique avec l’ambition de déposer sur la surface lunaire une archive matérielle de l’humanité.
À l’horizon 2030, une capsule devrait ainsi être acheminée vers la Lune. Elle contiendra 24 disques de saphir gravés au laser, représentant plus de 100 milliards de pixels d’information. Chaque disque, d’un diamètre de 100 mm et d’une épaisseur de 1 mm, est conçu dans un matériau dont la dureté atteint 9 sur l’échelle de Mohs. Ce choix vise à garantir la résistance aux conditions extrêmes de la surface lunaire et la stabilité des données dans le temps. Les informations sont micro-gravées sans codage numérique, rendant leur lecture possible sans dépendance technologique.
Les disques sont organisés selon plusieurs thématiques, de la matière et des atomes à l’espace et à l’univers, de l’eau et de la biologie au temps et à la société. Le génome humain y occupe une place centrale, réparti sur plusieurs supports. L’ensemble doit être intégré dans un container en aluminium sécurisé, destiné à être fixé à un atterrisseur lunaire fourni par la NASA.
Le projet se déploie en trois phases. « What We Are » (qui nous sommes) est consacré au génome humain. « What We Know » (ce que nous savons) rassemble les connaissances scientifiques fondamentales de l’humanité. Le troisième volet, « What We Make » (ce que nous faisons), se concentre sur les productions artistiques et culturelles. Il s’accompagne du concours « Les Enfants de la planète Terre », mené avec la Commission nationale française pour l’UNESCO, invitant des élèves à proposer des créations destinées à être gravées sur les disques.
Deux ambassadeurs de renom
Le projet est soutenu par deux ambassadeurs : Jean-François Clervoy, astronaute ayant participé à trois missions spatiales à bord des navettes Atlantis et Discovery, et Allan Petre, ingénieur aérospatial et doctorant. « Sanctuary On The Moon incarne la capacité de notre humanité à se projeter bien au-delà de sa propre existence. Un témoignage de notre volonté de transmettre l’essentiel, même lorsque nous ne serons plus là », assure Jean-François Clervoy tandis qu’Allan Petre voit dans la capsule « pas une machine, mais bien une mémoire ».
À l’origine du projet, son fondateur, Benoît Faiveley, explique s’être inspiré de l’ouvrage « Murmurs of Earth : The Voyager Interstellar Record », consacré au Golden Record des sondes Voyager. Cette filiation inscrit ainsi Sanctuary dans une histoire plus ancienne. Dès les années 1970, en effet, les sondes Pioneer embarquaient des plaques destinées à situer l’humanité dans l’espace. En 1977, Voyager 1 et 2 emportaient un disque en cuivre plaqué or réunissant sons, images et messages en 55 langues. Plus récemment, les missions Lucy et Europa Clipper ont intégré des plaques associant contenus scientifiques et culturels. Pour Europa Clipper, le disque en tantale présente des gravures d’ondes sonores traduisant le mot « eau » prononcé dans 103 langues différentes
« Sanctuary on the Moon » prolonge ainsi cette histoire en la déplaçant vers la Lune, un environnement stable à l’échelle des temps longs. Cette trace matérielle silencieuse de l’humanité posée dans la poussière lunaire, sera une réponse anticipée à une question encore sans destinataire.