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Congrès mondial de la presse : la confiance résiste, mais l’adaptation devient urgente selon une enquête

 

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À l’occasion du 77e Congrès mondial des médias d’information organisé à Marseille, une enquête Toluna Harris Interactive révèle une réalité plus rassurante qu’il n’y paraît : les Français continuent de faire confiance à la presse, mais attendent d’elle une transformation profonde pour répondre aux nouveaux usages numériques.

C’est un événement rare que Marseille va accueillir à partir de demain lundi et pour trois jours, trente ans après la dernière édition organisée en France : le 77e Congrès mondial des médias d’information, organisé au Palais du Pharo par l’Association mondiale des journaux (WAN-IFRA) avec le groupe CMA Media. Ce rendez-vous international, qui réunira des dirigeants de médias du monde entier, des éditeurs, des rédactions et des acteurs du numérique, abordera les mutations d’un secteur secoué par la désinformation, l’intelligence artificielle ou les nouvelles façons de s’informer. C’est d’ailleurs pour mieux comprendre comment les Français s’informent qu’une grande enquête Toluna Harris Interactive pour CMA Media a été réalisée. Une enquête revigorante pour la profession, car elle raconte une réalité bien différente du récit souvent alarmiste sur l’avenir des médias.

Contrairement à une idée largement répandue, la presse n’a pas disparu du quotidien des Français. Les résultats de cette étude menée auprès de 1 059 Français dessinent, en effet, un paysage bien plus nuancé que le récit souvent alarmiste entourant l’avenir des médias. Près de huit Français sur dix (77 %) déclarent continuer à s’informer grâce aux journaux et magazines, qu’ils soient consultés sur papier ou sous forme numérique. Plus significatif encore, 68 % considèrent que la presse reste incontournable pour comprendre l’actualité. Même lorsqu’elle n’est plus le premier réflexe d’information, elle conserve un rôle essentiel de décryptage et de mise en perspective.

L’IA perçue comme une menace

Cette crédibilité se retrouve dans les indicateurs de confiance. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les journaux et magazines apparaissent comme le deuxième média jugé le plus fiable pour suivre la campagne électorale (37 %), derrière la télévision (64 %), mais devant la radio (33 %). Ils distancent largement les réseaux sociaux, les influenceurs et les outils d’intelligence artificielle (IA), dont l’essor nourrit davantage d’interrogations que d’adhésion. Car l’autre enseignement majeur de l’étude concerne précisément l’IA. Plus d’un utilisateur sur deux (51 %) affirme y recourir davantage qu’il y a deux ans pour s’informer. Pourtant, seuls 39 % déclarent lui faire confiance et 63 % des Français la considèrent comme une menace pour la presse.

Un paradoxe qui renforce, en creux, la valeur ajoutée du travail journalistique. Dans un univers saturé de contenus, les missions de vérification, de hiérarchisation et de contextualisation – c’est-à-dire l’essence même du journalisme – apparaissent plus nécessaires que jamais.

L’envie de presse toujours là

C’est précisément cette question qui sera au cœur des débats du Palais du Pharo. L’étude invite également à dépasser certaines idées reçues sur les jeunes générations. Les 18-24 ans ne désertent pas l’information ; ils en modifient les modes de consommation. Vidéos courtes, contenus mobiles, réseaux sociaux et formats visuels constituent désormais leurs principales portes d’entrée vers l’actualité. Le défi pour les éditeurs n’est donc pas de convaincre les jeunes de s’intéresser à l’information, mais de leur proposer des formats adaptés à leurs usages.

La conclusion de l’enquête tient sans doute dans une formule : les Français ne veulent pas moins de presse ; ils veulent une presse différente. Une presse capable de préserver ses fondamentaux – indépendance, expertise, enquête et vérification – tout en investissant pleinement dans un large panel de formats. Lorsqu’on les interroge sur les formats à développer en priorité, les réponses se répartissent entre le papier (28 %), la vidéo (26 %), les formats d’explication et de décryptage (25 %), ainsi que les formats réseaux sociaux et live (24 %). Plus qu’une crise de survie, c’est donc bien une crise d’adaptation et de légitimité que traverse aujourd’hui le secteur.

Plus de 1 000 participants dont le groupe La Dépêche

Cette question sera précisément au cœur des débats marseillais du congrès. Près de 1 000 participants venus de plus de 60 pays et représentant plus de 450 groupes de presse sont attendus au Palais du Pharo. Parmi les intervenants annoncés figurent plusieurs personnalités majeures du secteur, dont Arthur Mensch (Mistral AI), A.G. Sulzberger (New York Times), Almar Latour (Dow Jones et Wall Street Journal), Katharine Viner (The Guardian), Xavier Niel ou encore Louis Dreyfus (Le Monde). Parmi les dirigeants français figurera également Jean-Nicolas Baylet. Le directeur général du groupe La Dépêche interviendra sur un sujet devenu central pour l’ensemble de la profession : la diversification des activités des entreprises de presse.

Au-delà des interventions prestigieuses, l’enjeu du congrès est en tout cas considérable. Face à la montée de l’intelligence artificielle, à la fragmentation des audiences et à la concurrence des plateformes numériques, les éditeurs doivent réinventer leurs modèles économiques tout en préservant leur mission démocratique. Les conclusions de l’enquête française offrent à cet égard un message plutôt encourageant : la confiance accordée à la presse demeure réelle. À Marseille, pendant trois jours, c’est finalement la même question qui sera posée à l’ensemble de la profession : comment conserver cette confiance dans un univers médiatique en pleine recomposition ? Reste désormais à transformer cet héritage en capacité d’innovation pour conserver une place centrale dans le débat public des prochaines décennies.