Quand les Mangos dévorent les Gafam et inquiètent l'Europe
Longtemps dominée par les GAFAM, l’industrie technologique mondiale est en train de changer de visage. Portés par l’intelligence artificielle, de nouveaux acteurs s’imposent au sommet de la hiérarchie mondiale. Regroupés sous l’acronyme MANGOS, ils illustrent un déplacement du pouvoir technologique dont la décision de Washington de restreindre l’accès à certains modèles d’IA constitue la démonstration la plus spectaculaire.
Vous vous étiez habitué aux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), les géants de la Silicon Valley qui ont bouleversé notre vie et notre économie numériques ? Préparez-vous aux MANGOS, le nouvel acronyme qui réunit les géants de l'intelligence artificielle (IA).
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— Chris (@ChrissGPT) June 9, 2026
Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp), Anthropic (Claude), Nvidia, Google, OpenAI (ChatGPT) et SpaceX : derrière ces six lettres se dessine la nouvelle carte du pouvoir technologique mondial. En quelques jours à peine, l’expression MANGOS s’est imposée dans les réseaux de la tech, des marchés financiers et des investisseurs. Le 8 juin, l’ingénieur Krishna B. publie sur X un visuel accompagné d’un message lapidaire : "It's not FAANG anymore" (Ce n'est plus GAFAM). En quelques heures, le terme devient viral et cristallise une réalité déjà perceptible : la révolution de l’intelligence artificielle a rebattu les cartes.
Un changement d'ère
Les GAFAM représentaient l’ère du smartphone, des réseaux sociaux, du commerce en ligne et du cloud. Les MANGOS incarnent celle des modèles d’IA, des puces spécialisées, des centres de calcul géants et des infrastructures stratégiques. Google et Meta conservent leur place grâce aux dizaines de milliards investis dans l’IA depuis 2023. Mais Apple, Amazon et Microsoft reculent dans l’imaginaire collectif au profit d’Anthropic, de Nvidia et de SpaceX.
Le symbole est puissant. Nvidia est devenu l’acteur incontournable des semi-conducteurs destinés à l’IA. OpenAI et Anthropic se disputent la frontière technologique des grands modèles de langage (LLM). Quant à SpaceX, l’entreprise spatiale d’Elon Musk apparaît désormais comme une composante essentielle des futures infrastructures numériques mondiales.
Un coup de tonnerre pour les Européens...
Cette montée en puissance se traduit désormais sur le terrain géopolitique. Vendredi 12 juin, l’administration Trump a ordonné à Anthropic de suspendre l’accès à ses modèles les plus avancés pour tout ressortissant étranger, y compris les employés non américains de l’entreprise. Washington invoque des raisons de sécurité nationale et la possibilité de contourner certains garde-fous de cybersécurité intégrés aux modèles. Faute de pouvoir distinguer rapidement les utilisateurs concernés, Anthropic a choisi de désactiver l’accès pour l’ensemble de ses clients.
La décision marque un tournant. Jusqu’à présent, les restrictions américaines visaient principalement les semi-conducteurs ou les infrastructures matérielles. Cette fois, c’est directement l’accès à l’intelligence artificielle qui devient un instrument de puissance. Les modèles les plus avancés sont désormais considérés comme des actifs stratégiques comparables à des technologies sensibles.
... et pour les candidats à la présidentielle en France
En Europe, la réaction a été immédiate. La Commission européenne a estimé que cet épisode démontrait une nouvelle fois la nécessité de renforcer la souveraineté technologique du continent. Plusieurs responsables politiques français ont également alerté sur le risque d’une dépendance excessive aux plateformes américaines. Gabriel Attal a évoqué une "guerre de l’IA". Édouard Philippe a souligné que l’Europe ne maîtrisait ni les modèles ni les capacités de calcul. Jordan Bardella, Jean-Luc Mélenchon, Bruno Retailleau ou encore Olivier Faure ont tous appelé, chacun à leur manière, à accélérer les investissements dans des solutions européennes.
Au-delà de la polémique, l’affaire révèle une transformation profonde. Les entreprises qui dominent aujourd’hui l’IA ne sont plus seulement des groupes technologiques. Elles deviennent des instruments de puissance économique, industrielle et diplomatique. Les MANGOS ne remplacent pas seulement les GAFAM dans les classements boursiers ou les rêves des ingénieurs. Ils redéfinissent les rapports de force du XXIe siècle. Et l’Europe découvre que l’accès à l’intelligence artificielle pourrait demain dépendre de décisions prises à Washington.
Philippe Rioux