Rapport sur l'état des médias en 2026 : l’IA progresse, mais la confiance reste la monnaie forte du journalisme
Publiée alors que se tient le Congrès mondial de la presse de la WAN-IFRA à Marseille, la 17e édition du rapport "State of the Media" de Cision dresse le portrait d’une profession confrontée à une accumulation de défis. Entre désinformation, contraintes économiques et montée en puissance de l’intelligence artificielle, les journalistes réaffirment la primauté de la vérification et de la confiance.
À l’heure où l’industrie des médias s’interroge sur son avenir, les journalistes identifient un ennemi prioritaire : la désinformation. Selon la 17e édition du rapport "State of the Media" de Cision, réalisée auprès de plus de 2 000 journalistes dans 19 pays et territoires, la vérification des faits et la lutte contre les fausses informations constituent désormais le principal défi de la profession pour 50 % des répondants.
Cette préoccupation retrouve la première place du classement après avoir été dépassée en 2025 par les interrogations liées à l’évolution des usages du public. Le contexte informationnel, marqué par la multiplication des contenus trompeurs, des deepfakes et des flux numériques permanents, semble avoir replacé la question de la fiabilité de l’information au cœur du métier.
Les réductions de ressources et l’irruption de l’IA : deux sujets majeurs
Les difficultés économiques demeurent toutefois omniprésentes. Près d’un journaliste sur deux (49 %) cite les réductions de ressources comme l’un des principaux obstacles à son activité. Moins de budgets, moins de postes et davantage de travail composent un environnement de plus en plus contraint. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle s’impose comme un sujet majeur. Ses impacts sur le journalisme sont considérés comme un défi par 43 % des personnes interrogées, contre 30 % un an plus tôt.
Pour autant, l’IA générative s’est rapidement installée dans les rédactions. Alors que 53 % des journalistes déclaraient y avoir recours en 2025, ils sont désormais 79 % à l’utiliser. Cette adoption massive ne signifie pas pour autant une délégation du travail éditorial. Les répondants décrivent principalement l’IA comme un outil d’assistance. Elle sert à trouver des idées de sujets pour 48 % d’entre eux ou à gérer certaines tâches pratiques, notamment les transcriptions, pour 41 %. Son utilisation dans la rédaction elle-même demeure plus limitée : 27 % y ont recours tandis que 20 % préfèrent l’éviter totalement.
53 % des journalistes opposés à la réception de contenus générés par l’IA par les professionnels des relations publiques
Cette relation ambivalente à l’intelligence artificielle se retrouve dans les échanges entre journalistes et communicants. Si les premiers utilisent largement ces outils dans leur propre activité, ils se montrent nettement plus réservés lorsqu’ils sont employés par les professionnels des relations publiques.
Plus de la moitié des journalistes interrogés, soit 53 %, se déclarent opposés à la réception de contenus générés par l’IA. À l’inverse, seuls 21 % y sont favorables. Le message adressé aux communicants est clair : l’exactitude des informations, leur personnalisation et une approche humaine restent des critères déterminants.
L’influence des réseaux sociaux s’érode
Autre enseignement du rapport : les réseaux sociaux demeurent incontournables, mais leur influence semble s’éroder. Pas moins de 97 % des journalistes les utilisent encore dans le cadre de leur travail. Toutefois, plusieurs usages reculent sensiblement par rapport à 2025.
La promotion des contenus reste la première fonction, mais elle perd dix points en un an. L’interaction avec le public et la collecte d’informations enregistrent également des baisses marquées. Plus significatif encore, le recours aux réseaux sociaux pour vérifier ou confirmer des informations chute fortement. Cette évolution peut traduire une prudence accrue face à la difficulté croissante de distinguer le vrai du faux dans les environnements numériques.
LinkedIn est devenu le réseau préféré des journalistes, X s’effondre
Dans ce paysage, LinkedIn confirme sa position dominante. Le réseau est utilisé par 62 % des journalistes et apparaît comme la plateforme la plus utile à leurs yeux. Instagram et Facebook complètent le trio de tête. À l’inverse, X poursuit son recul tandis que YouTube et WhatsApp progressent.
Le rapport souligne également la place centrale des professionnels des relations publiques dans l’écosystème de l’information. Les contenus qu’ils fournissent constituent la première source d’inspiration pour 66 % des journalistes, devant les réseaux sociaux et les autres médias. Les agences de presse arrivent plus loin dans le classement, derrière les événements de réseautage. Quant aux outils d’IA, ils ferment la marche comme source d’idées de sujets.
Cette position privilégiée n’exonère cependant pas les communicants d’exigences élevées. Les journalistes dénoncent le manque de pertinence d’une grande partie des sollicitations reçues. Près des trois quarts d’entre eux estiment que moins d’un quart des messages qui leur sont adressés correspondent réellement à leurs centres d’intérêt. Les informations pertinentes pour leur secteur, leur audience ou leur territoire demeurent de loin le premier facteur susceptible de retenir leur attention. Ils réclament également davantage de données fiables, d’études documentées, d’informations exclusives et d’accès à des experts.
À l’inverse, les contenus promotionnels sans lien avec leur activité figurent parmi les comportements les plus susceptibles de conduire à une mise à l’écart. Les argumentaires ressemblant à des brochures marketing ou les informations inexactes et insuffisamment sourcées sont également particulièrement mal perçus.
Au final, l’édition 2026 de "State of the Media" met en lumière une profession qui adopte rapidement les innovations technologiques sans renoncer à ses fondamentaux. Dans un environnement marqué par l’accélération des cycles de l’information et la montée des contenus artificiels, la confiance, la vérification et la pertinence apparaissent plus que jamais comme les valeurs cardinales du journalisme.
Philippe Rioux