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Humanoïdes : pourquoi Renault et Bosch accélèrent

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Longtemps distancée par les États-Unis et surtout par la Chine, l’Europe cherche à reprendre pied dans la course aux robots humanoïdes. Les annonces récentes de Renault et de Bosch témoignent d’une montée en puissance industrielle qui dépasse désormais le simple stade expérimental. Derrière ces investissements se dessine aussi une question stratégique : celle de la souveraineté technologique.

Des forums économiques aux cérémonies protocolaires, les robots humanoïdes, c’est-à-dire avec l’apparence d’un humain, connaissent un essor spectaculaire. Aux États-Unis, le déploiement est en phase de pré-commercialisation avancée mais reste modeste. Agility Robotics a ainsi réalisé un premier déploiement commercial avec son robot Digit dans un entrepôt de GXO Logistics en Géorgie. Figure AI teste ses robots en milieu industriel et vise 100 000 unités sur quatre ans. Et Tesla poursuit des essais d’Optimus dans ses propres usines, avec des ambitions industrielles massives mais un déploiement réel encore limité.

La Chine a fait de la robotique humanoïde une priorité nationale

La Chine, en revanche, est déjà passée à l’échelle industrielle massive. En 2025, 87 % des 13 318 robots humanoïdes livrés dans le monde provenaient d’entreprises du pays. La Chine a fait de la robotique humanoïde une priorité nationale avec 160 constructeurs soutenus par 600 fournisseurs.

L’Europe semble en retard mais, ces derniers jours, deux annonces venant de Renault et de Bosch montrent que les choses avancent. Le signal le plus fort est venu de Renault Group. Le constructeur français a officialisé une prise de participation minoritaire dans Wandercraft, société française connue pour ses exosquelettes médicaux. Au-delà de l’opération financière, les deux partenaires ont conclu un accord industriel visant à développer Calvin, une nouvelle famille de robots humanoïdes destinée en priorité aux usines. L’objectif affiché est de soulager les opérateurs des tâches les plus pénibles et les moins ergonomiques tout en améliorant la productivité des sites industriels.

Le robot Calvin-40 peut porter une charge de 40 kg

Le robot Calvin-40, imaginé en 12 mois, est un robot sans tête mais avec deux jambes et deux bras, qui lui confèrent une capacité de charge pouvant atteindre 40 kg. Il dispose d’une architecture modulaire permettant son adaptation à différents usages, d’un système de vision avancé pour la navigation et l’évitement d’obstacles ainsi que d’un raisonnement s’appuyant sur les grands modèles de langage.

Son logiciel est issu d’une technologie développée initialement pour des applications médicales, un argument mis en avant pour garantir sa fiabilité et sa sécurité.350 exemplaires de ce robot, testé à l’usine de Douai, devraient être déployés.

Mercredi, c’est Bosch qui a confirmé son accélération. Confronté aux difficultés du marché automobile traditionnel, l’équipementier allemand voit dans la robotique humanoïde un nouveau relais de croissance. Le groupe mise notamment sur les capteurs, un domaine où il dispose déjà d’une position forte. Pour Bosch, la qualité des robots de demain dépendra largement de leur capacité à percevoir leur environnement. Les capteurs doivent permettre à une machine de moduler sa force, de manipuler aussi bien des pièces robustes que des objets fragiles. Depuis janvier, le groupe collabore avec la start-up allemande Neura afin d’entraîner des robots humanoïdes grâce aux données collectées auprès de milliers de salariés équipés de combinaisons de capteurs sur ses sites industriels.

Derrière la mécanique, un fort enjeu de souveraineté

Ces initiatives européennes interviennent alors que la compétition mondiale dépasse désormais la seule question de la mécanique. L’enjeu porte de plus en plus sur le contrôle de l’intelligence embarquée. Un robot humanoïde accumule des données, apprend de son environnement et dépend d’un écosystème logiciel complet. Dans l’industrie comme dans la santé, ces données possèdent une valeur stratégique.

Pour certains acteurs européens, comme Wandercraft, la priorité consiste donc à bâtir une filière souveraine associant intelligence artificielle, robotique et maîtrise des données. La France dispose déjà d’atouts avec ses laboratoires spécialisés, son écosystème d’intelligence artificielle. Et pour les composants critiques, des partenariats avec le Japon pourraient être déterminants.

Car l’enjeu pour l’Europe n’est plus seulement de fabriquer des robots mais de pouvoir maîtriser leur cerveau, leurs données et leur chaîne d’approvisionnement afin d’exister face aux géants américains et chinois. Les annonces de Renault et de Bosch montrent que cette prise de conscience est engagée. Reste à savoir si elle sera suivie d’investissements suffisamment massifs pour transformer l’essai.