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Défense : face aux drones, les armes laser passent du laboratoire au champ de bataille

Le laser français HELMA-P
Le laser français HELMA-P

Longtemps promises et jamais vraiment entrées en service, les armes laser, avec la prolifération des drones dans les conflits comme en Ukraine, intéressent de plus en plus les armées du monde entier. Leur faible coût par tir pourrait bouleverser l'économie de la défense aérienne.

Pendant un demi-siècle, l’arme laser a surtout été une promesse, restant alors de la science-fiction. Les États-Unis l’ont bien installée sur un Boeing 747 pour tenter d’intercepter des missiles balistiques, sur des véhicules terrestres ou encore sur des bâtiments de guerre, mais les démonstrateurs se sont succédé sans déboucher sur une véritable généralisation.

La prolifération des drones, constatée notamment dans la guerre en Ukraine, ou lors d’intrusions dans plusieurs pays européens comme l’Allemagne ou la Bulgarie la semaine dernière, pourrait aujourd’hui changer cette histoire.

La dronisation des conflits

Le problème est d’abord économique. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont, en effet, consacré l’emploi massif de drones relativement simples, produits en nombre et parfois pour quelques dizaines de milliers de dollars. Les abattre avec des missiles antiaériens qui valent plusieurs millions de dollars finit par épuiser aussi bien les stocks que les budgets. Le magazine Wired, qui vient de publier une enquête sur le sujet, cite ainsi le recours à des missiles Patriot de 4 millions de dollars contre des drones iraniens estimés… à 35 000 dollars.

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C’est dans cette asymétrie que le laser pourrait trouver sa place. Une fois installé, il ne consomme pratiquement que de l’électricité. Plus besoin d’entreposer des dizaines d’intercepteurs : tant que le générateur fournit de l’énergie et que le système peut évacuer la chaleur, l’arme laser peut théoriquement continuer à tirer. Elle devient donc particulièrement attractive face aux drones et aux munitions rôdeuses.

Le Pentagone prêt à signer un gros contrat

Washington – dont le budget militaire pour 2027 atteindra 1 150 milliards de dollars – semble désormais décidé à franchir un seuil. Selon Wired, l’US Army prépare un contrat portant sur l’Enduring High Energy Laser (E-HEL), destiné à protéger notamment des bases contre les attaques de drones. Le projet pourrait concerner jusqu’à vingt systèmes et, surtout, devenir un « program of record », c’est-à-dire un équipement officiellement inscrit dans la programmation du Pentagone. Ce serait une rupture après des décennies de prototypes.

Les États-Unis expérimentent déjà plusieurs autres architectures. La Navy a installé HELIOS, développé par Lockheed Martin, sur le destroyer USS Preble, tandis que des systèmes terrestres et des lasers destinés à perturber les capteurs électro-optiques sont également testés.

Une technologie délicate

Mais les essais rappellent combien la technologie demeure délicate : Wired rapporte qu’un système installé près de la frontière mexicaine a ainsi accidentellement frappé… un ballon de baudruche, puis un drone des gardes-frontières. Le laser conserve aussi des faiblesses physiques majeures : brouillard, pluie, poussière et fumée peuvent disperser ou absorber le faisceau. La cible doit rester en ligne de visée et être illuminée assez longtemps pour que l’énergie déposée endommage un moteur, une batterie, une structure ou un capteur. Wired souligne qu’il faut encore plusieurs secondes pour traiter certaines cibles et face à un essaim de centaines de drones, un seul laser peut donc être saturé.

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Le Dagon Fire britannique.

Pas de quoi entamer l’intérêt pour le laser, qui dépasse largement les États-Unis. Israël a par exemple placé l’Iron Beam au cœur de sa défense contre les menaces de courte portée. Le premier système opérationnel aurait été livré à l’armée israélienne fin 2025 pour compléter Iron Dome contre les drones, roquettes et obus de mortier.

Le Royaume-Uni suit une logique comparable avec DragonFire. Londres prévoit son installation sur des destroyers Type 45 à partir de 2027 et met en avant un coût de l’ordre de dix livres par tir. L’Allemagne a, de son côté, expérimenté en mer un démonstrateur développé par Rheinmetall et MBDA. L’Inde et la Chine sont aussi de la partie.

La France n’est pas en reste

La France suit le mouvement. Le laser HELMA-P (High Energy Laser for Multiple Applications – Power) de CILAS a déjà été expérimenté contre des drones légers, notamment depuis la frégate Forbin en 2023, avant d’être mobilisé dans le dispositif de protection antidrone des Jeux olympiques de Paris. Mais Paris prépare désormais une marche supplémentaire. Le démonstrateur SYDERAL, confié à MBDA, Safran Electronics & Defense, Thales et CILAS, doit atteindre plusieurs dizaines de kilowatts et viser drones tactiques, roquettes ou obus de mortier. Une éventuelle capacité opérationnelle est envisagée à l’horizon 2030.

La dronisation des conflits pourrait ainsi accomplir ce que cinquante ans de programmes technologiques n’avaient pas réussi : faire du laser non plus une arme du futur, mais un outil ordinaire de la défense aérienne.