Technomedia

Numérique · médias · sciences · intelligence artificielle

L'astronaute Sophie Adenot entre dans l'Histoire : première Française à sortir dans l’espace

 

Adenot

Trente ans après le premier vol de Claudie Haigneré, Sophie Adenot a franchi une nouvelle frontière pour les Françaises dans l’espace. Une sortie extra-véhiculaire préparée pendant des centaines d’heures, avec un objectif très concret : remplacer une antenne indispensable aux communications de la Station spatiale internationale.

C’est un moment historique que la France a vécu ce 18 août. Trente ans après avoir envoyé la première Française dans l’espace, Claudie Haigneré, sur la station Mir en août 1996, l’astronaute Sophie Adenot est devenue ce mardi la première Française à effectuer une sortie dans le vide spatial. Elle inscrit son nom à la suite de Jean-Loup Chrétien, Jean-Pierre Haigneré, Philippe Perrin et Thomas Pesquet.

« L’heure des pionnières. En devenant la première Française à sortir dans l’espace, Sophie Adenot incarne une fierté française autant qu’un horizon pour les petites filles qui rêvent d’infini. Le visage de tous les possibles », s’est félicité Emmanuel Macron. « Quelle fierté. Une femme entre dans l’Histoire et ouvre l’horizon à toutes les autres », a réagi la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet.

150 heures d’entraînement sous l’eau

Cette première sortie extra-véhiculaire (EVA) – une autre est prévue la semaine prochaine – a été préparée de longue date. Car une sortie dans l’espace ne s’improvise

pas. Bien avant de rejoindre l’ISS, Sophie Adenot avait accumulé plus de 150 heures d’entraînement sous l’eau au Centre européen des astronautes de Cologne, en Allemagne, et au Centre spatial Johnson de la NASA, à Houston. L’immersion permet de reproduire une partie des contraintes de déplacement rencontrées en apesanteur et d’apprendre à travailler durant plusieurs heures dans un scaphandre particulièrement encombrant. Une préparation indispensable pour obtenir la qualification aux activités extra-véhiculaires.

À bord de la Station, l’entraînement a laissé place aux ultimes répétitions. Ces dernières semaines, l’astronaute française et son coéquipier américain Anil Menon ont passé en revue les procédures, préparé leurs outils et vérifié minutieusement leurs combinaisons. « La réussite d’une sortie dans l’espace se prépare bien avant l’ouverture du sas », avait expliqué Sophie Adenot.

Chaque geste doit être anticipé car à 400 kilomètres au-dessus de la Terre, la moindre difficulté prend une tout autre dimension.

97e sortie extra-véhiculaire américaine

Pour cette 97e sortie extra-véhiculaire américaine, les deux astronautes devaient quitter l’ISS par le sas Quest et travailler environ six heures et demie à l’extérieur du complexe orbital. Anil Menon, désigné EV1, porte une combinaison identifiable à ses bandes rouges. Sophie Adenot, EV2, évolue dans une combinaison sans rayures.

La NASA a annoncé le début officiel de la mission à 14 h 29. Une vingtaine de minutes plus tard, Anil Menon a été le premier à sortir dans le vide spatial, suivi par Sophie Adenot. « Je me sens très bien », a affirmé l’astronaute française une fois dans l’espace. On a aussi pu l’entendre rire et échanger quelques mots avec son coéquipier américain.

Infographie

Leur mission n’avait rien de symbolique : il s’agissait d’une véritable opération de maintenance sur l’un des systèmes essentiels de la Station. L’objectif était, en effet, de remplacer une antenne Space-to-Ground, ou SGANT. Cet équipement assure les communications à haut débit et la transmission de données entre l’ISS et les équipes du centre de contrôle de mission de Houston.

Les deux astronautes ont dû d’abord démonter l’antenne défaillante, puis récupérer l’équipement de remplacement avant de le mettre en place. Venait ensuite l’une des phases les plus délicates : réaliser les connexions électriques nécessaires à son fonctionnement avec des outils conçus pour être manipulés en microgravité.

À l’extérieur, Adenot et Menon n’ont pas travaillé seuls. Depuis la Station, les astronautes de la NASA Jessica Meir, commandante de l’ISS, et Jack Hathaway ont participé à l’opération. Ils les ont notamment aidés à enfiler leurs lourds scaphandres avant l’ouverture du sas et également manœuvrer Canadarm2, le bras robotique de la Station, utilisé pour faciliter l’intervention.

Un travail d’équipe

Une mécanique collective que Sophie Adenot connaissait déjà pour y avoir participé depuis l’intérieur de l’ISS lors d’une précédente sortie de ses collègues. « Même si tous les regards sont braqués sur les astronautes en sortie extra-véhiculaire, une EVA est avant tout un travail d’équipe », avait-elle alors résumé.

Derrière les images spectaculaires d’un astronaute suspendu au-dessus de la Terre se trouvent ainsi des mois de préparation et des dizaines de personnes au sol et en orbite.

Adenot

Si la mission d’hier n’a pas pu être menée à son terme à cause de problèmes techniques et nécessitera une nouvelle mission pour brancher la nouvelle antenne, à 44 ans, l’ingénieure et ancienne pilote d’essai franchit en tout cas une nouvelle étape de son parcours spatial.

Elle était déjà devenue en février la deuxième Française à voler dans l’espace, après Claudie Haigneré. Sophie Adenot devient également la deuxième femme européenne à sortir dans l’espace après l’Italienne Samantha Cristoforetti en 2022.

Pour la France, cette EVA est la douzième réalisée par l’un de ses astronautes. Une nouvelle page, trente ans après Mir.