Emmanuel Macron estime qu""il faut encadrer l’intelligence artificielle dans le domaine militaire"
Dans un contexte de tensions croissantes, l’intelligence artificielle s’impose comme une force de transformation dans le domaine militaire. Les exemples de son utilisation ne manquent d’ailleurs pas. En Ukraine, l’IA se mêle ainsi aux systèmes de drones et aux dispositifs de surveillance, offrant une réactivité inédite sur le champ de bataille. Les algorithmes sophistiqués détectent les menaces et ajustent en temps réel les stratégies, redéfinissant ainsi les contours d’une guerre moderne en perpétuelle évolution.
En Israël, pionnier en innovation technologique, l’IA se conjugue avec des systèmes de défense avancés. Des programmes d’analyse de données massives optimisent la prise de décision pour déterminer des cibles, conférant à l’armée une capacité de réaction quasi instantanée.
Google a modifié sa charte éthique pour permettre des développements militaires de ses IA
Pourtant, l’essor de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire suscite des interrogations éthiques majeures, car la délégation du jugement humain à des machines, en pleine crise, interpelle sur les limites de l’automatisation. Surtout, la récente décision de Google. Le géant américain a récemment modifié ses principes éthiques en matière d’intelligence artificielle en supprimant l’engagement qui interdisait auparavant l’utilisation de ses technologies à des fins militaires, notamment pour le développement d’armes et d’outils de surveillance
Cette révision s’inscrit dans une tendance plus large observée dans le secteur technologique, où plusieurs acteurs, tels qu’OpenAI, Microsoft ou Amazon, entretiennent déjà des partenariats avec des entités de défense.
Interrogé par La Dépêche du Midi à l’occasion de l’entretien qu’il a accordé jeudi à la presse régionale, Emmanuel Macron a expliqué que le Sommet pour l’action sur l’IA qui s’ouvre lundi pour deux jours à Paris évoquera ces questions.
Emmanuel Macron plaide pour des restrictions pour certains types d’armes
"Il y a aujourd’hui de l’IA dans des équipements militaires et dans ce qui est utilisé par des armées, des sociétés du monde entier, que ce soit dans des systèmes de guidage, des radars, que ce soit d’ailleurs dans des capacités terrestres, aériennes ou spatiales. La question, le débat éthique et juridique que nous portons, que la France, les Européens portent et que nous souhaitons porter aussi dans un cadre Onusien – ça fait partie de ce que la France a défendu à l’ONU il y a quelques mois – c’est qu’il puisse y avoir des restrictions sur l’interface entre l’IA et des victimes sur les théâtres militaires, en particulier des victimes civiles, et l’interface entre l’IA et certains types d’armes, en particulier ce qui touche aux chimiques ou au nucléaire", a expliqué le président de la République.
Un débat qui rappelle celui des armes nucléaires pendant la Guerre froide
"Au moment où nous nous parlons, il y a eu en effet des déclarations qui ont été faites, des contraintes qui avaient été mises sur les modèles qui ont été levées de manière unilatérale. Je pense que ce n’est pas une bonne chose pour aborder la question. La France et l’Europe, elles, vont continuer de porter ce dialogue stratégique et juridique pour permettre de créer un cadre commun afin de limiter ces utilisations", précise Emmanuel Macron.
Le Président a par ailleurs indiqué qu’une session du sommet était prévue sur ce thème, avec plusieurs industriels de l’armement et avec des experts.
"Nous avons pris l’initiative lors de ce sommet d’avoir une discussion pour justement poursuivre ce travail d’encadrement et de limitation qui correspond, au fond, à une discussion stratégique internationale que le monde a connue sous la Guerre froide par exemple, lorsqu’il s’était agi de limiter la prolifération des armements nucléaires ou d’encadrer les usages. Ce n’est évidemment pas la même chose, mais qu’est-ce qu’on veut pour être très concret, limiter ou encadrer ? Eh bien ce serait des mécanismes de décision qui ne soient pas à la maîtrise des gouvernements ou des dirigeants et qui touchent justement des armes létales."
S’il n’existe pas actuellement de déclaration internationale commune sur le sujet, l’utilisation de l’IA en situation de conflit armé, en particulier, doit être conforme aux obligations des États au titre du droit international humanitaire, y compris ses principes fondamentaux. Mais les approches divergent entre pays, notamment en ce qui concerne les armes autonomes.
(Article publié dans La Dépêche du 9 février 2025)
