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Avec Astra, OpenAI accélère la course vers l’intelligence humaine

 

astra

Avec GPT-6 Astra, OpenAI ne présente plus seulement une intelligence artificielle capable de répondre, mais un système conçu pour agir de manière autonome sur un ordinateur. Performances records, capacités cyber inédites et progrès en raisonnement rapprochent encore ChatGPT de son objectif d’intelligence artificielle générale. Mais cette accélération nourrit aussi la rivalité avec la Chine, révèle le retard européen et pose avec une urgence nouvelle la question du contrôle mondial de l'IA.

La vidéo choisie par OpenAI pour présenter Astra donne immédiatement la mesure du changement. L’intelligence artificielle n’est plus cantonnée à une fenêtre de conversation : elle navigue sur le Web, utilise des logiciels, remplit des formulaires, organise un calendrier, analyse des données et produit des documents en répondant à la voix d'un utilisateur.

Avec GPT-6 Astra, OpenAI veut ainsi transformer son assistant en travailleur numérique autonome, capable de recevoir une mission et d’enchaîner lui-même les opérations nécessaires pour l’accomplir.

Des performances exceptionnelles...

Les chiffres publiés par l’entreprise traduisent ce bond. Sur OSWorld 2.0, qui mesure l’utilisation d’un ordinateur, Astra atteint 72,6 % contre 65,7 % pour GPT-5.6 Sol (l'actuel modèle), tout en accomplissant les tâches beaucoup plus rapidement. En programmation, il obtient 57,9 % sur Terminal-Bench 4.0 contre 37,3 % pour son prédécesseur. OpenAI affirme même que le modèle a contribué à améliorer des résultats mathématiques concernant les écarts entre nombres premiers.

Mais le véritable changement se situe ailleurs avec Astra. Jusqu’ici, l’utilisateur devait généralement découper une mission, transmettre les informations et contrôler chaque étape. Astra, lui, est conçu pour comprendre un objectif plus large, conserver le contexte d’un travail long, prendre des initiatives puis livrer un résultat exploitable. La question devient moins de savoir ce que l’IA est capable de faire que de déterminer jusqu’où il est possible de la laisser agir seule.

... et potentiellement dangereuses

C’est précisément là la contradiction d’Astra. Le modèle respecte mieux les limites qui lui sont imposées, mais ses nouvelles capacités le rendent simultanément plus dangereux. En cybersécurité, il atteint 100 % sur ExploitBench et OpenAI affirme qu’il a découvert deux failles zero-day inconnues. Pour la première fois, l’entreprise classe un de ses modèles au niveau « critique » de son dispositif de préparation aux risques. Certaines fonctions offensives resteront donc fortement restreintes.

Autre inquiétude : Astra serait plus difficile à surveiller. Une partie de son raisonnement devient, en effet, moins directement lisible par l'utilisateur, alors même que sa capacité à agir augmente. OpenAI ajoute donc des restrictions d’accès, des filtres, une surveillance permanente et des mécanismes capables d’interrompre certaines tâches. Mais ces protections peuvent elles-mêmes produire des faux positifs et bloquer des usages légitimes. La puissance progresse plus vite, mais son contrôle devient aussi plus complexe.

L'horizon de l’intelligence artificielle générale qui égalera l'humain

Cette accélération technologique rapproche-t-elle OpenAI de l’intelligence artificielle générale (AGI), cette IA susceptible d’égaler l’être humain sur un large éventail de tâches ? L’entreprise le suggère de plus en plus ouvertement. Son chief scientist Jakub Pachocki présente Astra comme correspondant au jalon d’« Automated AI Research Intern » fixé pour septembre 2026.

Le PDG Sam Altman a indiqué qu’OpenAI pourrait considérer en interne avoir atteint l’AGI d’ici décembre. Greg Brockman juge, à titre personnel, qu’il n’est pas déraisonnable d’estimer que la technologie entre dans cette ère. Cependant, il n’existe pas de définition universellement admise de l’AGI et les capacités les plus avancées d’Astra ne sont pas encore librement évaluables.

Une course USA-Chine dans laquelle l'Europe est en retard

La compétition dépasse désormais largement OpenAI. Derrière Astra se dessine une course stratégique entre les États-Unis et la Chine. Des groupes chinois comme Z.ai, Moonshot ou Alibaba rapprochent leurs modèles des meilleures performances américaines tout en misant sur des systèmes moins chers et souvent ouverts. Washington, de son côté, lie de plus en plus explicitement le leadership en IA à la puissance économique et à la sécurité nationale.

Et l’Europe ? Elle apparaît surtout en retrait. « Si l’IA européenne se résume à Mistral, alors nous sommes fichus », a prévenu le ministre de l’Économie Roland Lescure le 2 septembre à San Francisco. Il appelle à construire tout un écosystème plutôt qu’à miser sur une seule entreprise, tout en reconnaissant que les modèles américains restent en avance et que leurs concurrents chinois sont désormais proches. Le risque pour l’Europe est évident : réglementer avec l’AI Act des technologies de pointe qu’elle ne maîtrise pas elle-même, tout en devenant dépendante des infrastructures américaines ou chinoises.

Inquiet, Bill Gates réclame une gouvernance mondiale

Astra rend ainsi plus concrète une question que Bill Gates vient lui aussi de poser avec gravité. L’IA pourrait devenir un formidable instrument de progrès, mais également supprimer durablement de nombreux emplois, démocratiser les capacités de nuisance et concentrer richesse et pouvoir.

Le fondateur de Microsoft juge notamment indispensable une coopération entre Washington et Pékin et imagine une gouvernance internationale inspirée des dispositifs appliqués au nucléaire, à l’aviation ou au climat.

Astra démontre en tout cas pourquoi le débat ne peut plus être seulement technique. À mesure que les machines acquièrent le pouvoir d’agir, la course à l’IA devient aussi une course pour décider qui les contrôle. Sans véritable cadre mondial, le risque est que les États commencent à fixer les règles seulement après que la technologie les aura dépassés.