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ChatGPT entre dans la cour des géants du Web... et doit se soumettre aux règles de l'Europe

 

IA

La Commission européenne vient de classer ChatGPT parmi les "très grands moteurs de recherche en ligne", au même titre que les services numériques capables d’exercer une influence systémique. Une décision qui marque un changement d’époque : l’intelligence artificielle devient à son tour une porte d’entrée majeure vers l’information.

ChatGPT n’est plus seulement un agent conversationnel : pour la Commission européenne, il est désormais aussi un moteur de recherche, et pas n’importe lequel. Bruxelles vient, en effet, de le faire entrer dans la catégorie des "très grands moteurs de recherche en ligne" prévue par le Digital Services Act, le DSA, qui impose les règles les plus strictes aux géants du numérique. La décision tient d’abord à son poids. OpenAI a déclaré quelque 159 millions d’utilisateurs mensuels dans l’Union européenne pour les fonctions de recherche de ChatGPT, très au-delà du seuil de 45 millions à partir duquel un service est considéré comme systémique.

Mais derrière les chiffres, c’est surtout un changement de nature qui se dessine. Pendant vingt ans, chercher une information sur Internet signifiait taper quelques mots dans Google, parcourir une liste de liens puis choisir une source. Avec ChatGPT, l’utilisateur pose une question et obtient directement une réponse, éventuellement construite à partir de recherches effectuées sur le Web.

C’est précisément cette fonction qui conduit Bruxelles à considérer le service comme un moteur de recherche. Et la nuance est capitale. Google hiérarchise des liens ; ChatGPT sélectionne, synthétise et reformule l’information avant de la restituer sous la forme d’une réponse unique. La question n’est donc plus seulement de savoir pourquoi un site apparaît en première position, mais pourquoi une intelligence artificielle donne cette réponse plutôt qu’une autre.

Quatre mois pour se conformer aux obligations renforcées du DSA

OpenAI disposera de quatre mois pour se conformer aux obligations renforcées du DSA. L’entreprise devra notamment évaluer les risques systémiques liés à son service et prendre des mesures contre la diffusion de contenus illégaux, les atteintes aux droits fondamentaux, les manipulations électorales ou les risques pour les mineurs. Des audits indépendants et des obligations supplémentaires de transparence sont également prévus.

Après avoir réglementé les réseaux sociaux qui choisissaient ce que nous regardions, l’Europe commence ainsi à réglementer les intelligences artificielles qui choisissent de plus en plus ce que nous lisons…

Philippe Rioux