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Intelligence artificielle : aux États-Unis, les démocrates poussent à la régulation et les républicains commencent à douter

 

IA

Face à l’accélération de l’intelligence artificielle, les appels à une intervention politique se multiplient aux États-Unis. De Barack Obama à Bernie Sanders, les démocrates durcissent le ton, jusqu’à réclamer un moratoire. Et le débat gagne désormais une partie du camp républicain.

Aux États-Unis, l’intelligence artificielle change de statut politique. Longtemps traitée comme un moteur de puissance économique et stratégique qu’il fallait surtout éviter de brider, elle devient un sujet de sécurité nationale et un objet de confrontation idéologique entre les démocrates et Donald Trump qui ne veut surtout pas entendre parler de régulation, de peur de laisser le champ libre à la Chine.

À gauche, les appels à intervenir se multiplient en tout cas, parfois bien au-delà d’une régulation classique. Barack Obama a donné le ton. L’ancien président démocrate s’est félicité de voir les dirigeants des principaux laboratoires d’IA accepter le principe d’un ralentissement des modèles les plus avancés. Pour lui, ce n’est qu’un « premier pas ». Il juge indispensable que les choix concernant cette technologie sortent des seuls conseils d’administration. L’IA, insiste-t-il, peut déboucher sur des progrès dans la médecine, l’énergie ou l’éducation, mais aussi provoquer des ruptures économiques, aggraver les inégalités et créer des risques catastrophiques.

Négocier avec Pékin ?

Hillary Clinton pousse le raisonnement sur le terrain géopolitique. Alors que des chercheurs et dirigeants du secteur multiplient les avertissements, l’ancienne secrétaire d’État demande à l’administration Trump d’engager la Chine dans un effort commun. Elle plaide pour une commission sur l’IA et pour un cadre de régulation concerté avec Pékin. Son constat est que les entreprises ne peuvent pas ralentir seules si leurs concurrentes continuent d’accélérer.

Bernie Sanders va encore plus loin. Le sénateur indépendant, allié des démocrates et marqué très à gauche, demande à Donald Trump de négocier avec Xi Jinping un traité organisant une pause dans le développement de l’IA avancée et interdisant la superintelligence. Avec le représentant Greg Casar, il a porté le Ban Artificial Superintelligence Act. Sanders invoque le précédent des accords nucléaires entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev.

Au Congrès, toutes les voix démocrates ne défendent toutefois pas ce moratoire. Hakeem Jeffries et Chuck Schumer réclament surtout une intervention rapide du législateur. Sam Liccardo pousse à maintenir le Congrès au travail jusqu’à l’adoption de mesures de sécurité. Ro Khanna défend des dispositions plus contraignantes sur l’amélioration autonome des systèmes et la responsabilité en cas de dommages. Enfin, Alexandria Ocasio-Cortez, représentante de New York et figure de l'aile gauche du parti, s’est associée à Sanders sur un moratoire visant certains centres de données liés à l’IA.

Trump inflexible, mais des républicains commencent à douter

Face à eux, Donald Trump campe sur une ligne presque inverse. Son administration veut maintenir la domination américaine dans l’IA sans réglementation jugée trop lourde. Un décret signé en juin exclut la création d’un régime obligatoire de licence ou d’autorisation préalable pour développer ou publier des modèles. Le président estime aussi les pouvoirs existants suffisants pour sanctionner les abus.

Mais le front républicain n’est plus totalement homogène. Au Sénat, John Thune et Ted Cruz participent à des négociations avec des démocrates autour d’une obligation de prudence imposée aux développeurs les plus puissants, de tests avec le gouvernement et d’un mécanisme permettant de bloquer un modèle jugé dangereux. John Thune assure que des garde-fous sont possibles sans sacrifier la course technologique face à la Chine.

Finalement, aux États-Unis, la question n’est plus seulement de savoir s’il faut réglementer l’IA mais plutôt celle du niveau de risque que Washington est prêt à accepter pour conserver son avance. Entre accélération, contrôle et moratoire, le consensus ancien sur la primauté de l’innovation commence à se fissurer.