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Mistral AI et TotalEnergies : quand l’intelligence artificielle accélère aussi la course au pétrole

 

forage

TotalEnergies va investir plus de 100 millions d’euros dans un partenariat de trois ans avec Mistral AI pour développer des modèles dédiés à l’exploration pétrolière et gazière. Une alliance emblématique de l'usage croissant de l’intelligence artificielle par les majors, au risque d’accentuer la contradiction entre prouesse technologique et impératifs climatiques.

L’intelligence artificielle est-elle alliée ou adversaire de la lutte contre le réchauffement climatique ? Accusée de consommer beaucoup d’énergie et d’eau pour faire fonctionner ses centres de données, l’IA peut aussi accélérer la recherche sur la modélisation du climat. L’accord signé entre TotalEnergies et le champion tricolore de l’IA Mistral AI illustre cette dualité.

Un siècle de données sur les forages

Annoncé le 15 septembre, ce partenariat de trois ans représente un investissement de plus de 100 millions d’euros. Son objectif est de développer une nouvelle génération de modèles d’intelligence artificielle destinés aux géosciences de TotalEnergies, afin d’améliorer l’exploration, la caractérisation et le développement des réservoirs de pétrole et de gaz. Le groupe veut notamment mobiliser l’IA « agentique » pour traiter d’immenses volumes d’informations, générer plusieurs scénarios de développement et optimiser, voire prolonger, la durée de vie de projets existants.

Pour y parvenir, les deux entreprises vont mettre en commun leurs forces au sein d’un programme scientifique associant les capacités de Mistral AI au patrimoine de données accumulé par TotalEnergies. La compagnie évoque près de 10 pétas de données et presque un siècle de connaissances en géosciences et en ingénierie des réservoirs ! Derrière la sophistication technologique, l’enjeu, très concret, est d’arriver à mieux lire le sous-sol, réduire l’incertitude et sélectionner plus rapidement les opportunités d’exploration susceptibles d’être développées.

Toutes les majors se sont mises à l'IA

TotalEnergies est loin d’être seule à miser sur l’IA pour gagner en efficacité dans les hydrocarbures. ExxonMobil l’utilise pour accélérer l’analyse des données sismiques, notamment au Guyana ; Chevron a développé ses propres outils d’IA générative pour explorer le sous-sol et identifier les zones les plus prometteuses pour de futurs forages ; et Shell, de son côté, travaille depuis plusieurs années avec C3 AI.

L’intelligence artificielle est ainsi devenue un nouvel outil de compétition pour les majors pétrolières, à la fois pour réduire les coûts, limiter les arrêts de production et extraire davantage de valeur de leurs gisements. Cette course à la performance n’est pas marginale : l’IA intervient désormais directement dans la sélection des prospects, la conception des puits et l’optimisation de production.

C’est là que la promesse technologique se heurte à l’équation climatique. Le Production Gap Report 2025 estime que les États prévoient, pour 2030, une production de pétrole supérieure de 31 % et une production de gaz supérieure de 92 % aux niveaux compatibles avec une trajectoire limitant le réchauffement à 1,5 °C. Tous combustibles fossiles confondus, l’écart atteint plus de 120 %.

L’IA peut donc aider les pétroliers à forer de manière plus ciblée, à exploiter plus efficacement les champs existants et à prolonger leur durée de vie, mais cette prouesse industrielle ne répond pas au problème central posé par les trajectoires climatiques. Celles-ci supposent, en effet, une baisse rapide et substantielle de la production d’énergies fossiles. Utilisée pour découvrir de nouveaux gisements ou augmenter la récupération de pétrole et de gaz, l’intelligence artificielle devient alors non plus un outil de transition, mais un moyen de rendre plus performante une activité dont l’expansion va précisément à l’encontre de ces préconisations.