Présidentielle 2027 : ce que proposent les candidats sur l’intelligence artificielle
Investissements massifs, data centers souverains, formation, services publics : l’intelligence artificielle s’impose dans la campagne présidentielle. Derrière un même mot d’ordre de souveraineté, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Jean-Luc Mélenchon dessinent pourtant des stratégies très différentes.
Impossible pour les candidats à l’élection présidentielle de ne pas parler d’intelligence artificielle. L’IA interroge, inquiète parfois, mais elle est surtout de plus en plus utilisée par les Français… et parfois même par les politiques pour leurs campagnes électorales. Mais aucun des principaux candidats à l’Élysée n’a une appétence particulière pour les sujets numériques et, à ce stade de la campagne, cela se ressent dans les propositions de certains d’entre eux.
Gabriel Attal est celui qui affiche le programme le plus spectaculaire en matière d’investissements. Son plan « France 2040 pour l’IA et l’innovation » prévoit 200 milliards d’euros, financés pour moitié par le public et pour moitié par le privé. L’ancien Premier ministre veut également former 10 millions de salariés en trois ans aux outils de l’IA et du numérique, tout en défendant au niveau européen une politique commune de l’intelligence artificielle inspirée de la PAC. L’objectif est clair : accélérer l’adoption de ces technologies dans les entreprises et renforcer la puissance économique française.
Question de souveraineté
Édouard Philippe mise davantage sur la souveraineté européenne. Le président d’Horizons propose de doubler les capacités de calcul françaises et européennes en cinq ans, de créer un « Buy European Tech Act » et d’utiliser la commande publique pour soutenir les entreprises technologiques du continent. Il souhaite également porter de 40 000 à 100 000 par an le nombre d’ingénieurs formés et instaurer un droit à la reconversion pour les métiers les plus menacés par l’automatisation.
Bruno Retailleau défend une ligne d’État stratège. Il veut créer un ministère de plein exercice consacré à l’IA, développer un agent administratif public baptisé « Marianne » et renforcer les capacités souveraines de centres de données. Son projet fixe un objectif d’environ 1 gigawatt en 2030, puis de 4 gigawatts dédiés à l’IA entre 2035 et 2038. L’ancien ministre de l’Intérieur entend aussi généraliser l’usage de l’IA dans l’administration, avec à la clé des économies attendues sur les achats publics, la fraude et certaines tâches répétitives.
À gauche, Jean-Luc Mélenchon et LFI défendent une approche plus étatiste. Leur programme met l’accent sur la maîtrise publique des infrastructures numériques, la souveraineté des données sensibles et l’encadrement de certains usages jugés attentatoires aux droits sociaux ou aux libertés.
Raphaël Glucksmann reste, à ce stade, plus flou. Son discours insiste sur la nécessité d’un effort européen massif dans la recherche, le calcul et l’industrie, mais les mesures concrètes et leur chiffrage restent encore limités.
Au-delà des différences de méthode, un angle mort demeure : l’emploi. Tous parlent de formation, de reconversion ou de gains de productivité. Beaucoup moins du partage de ces gains, de la fiscalité ou du financement de la protection sociale dans une économie davantage automatisée. C’est pourtant là que pourrait se jouer le clivage de la campagne sur l’IA en 2027.