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Présidentielle 2027 : l’intelligence artificielle devient déjà un nouveau média politique

IA

Une étude de la Fondation Jean-Jaurès et d’Onclusive décortique les réponses de ChatGPT et Perplexity sur la présidentielle de 2027. Elle révèle le poids considérable des médias et des agrégateurs dans leurs sources, une forte hiérarchie entre les candidats et, derrière une apparente neutralité, une réelle tolérance aux erreurs.

L’intelligence artificielle s’installe dans la campagne présidentielle de 2027. Dans une note publiée ce 28 septembre, la Fondation Jean-Jaurès et Onclusive ont observé la manière dont les agents conversationnnels d'intelligence artificielle ChatGPT et Perplexity répondent à cinquante questions consacrées au scrutin.

Réalisée le 2 septembre, cette enquête porte sur six thèmes, des enjeux généraux au pouvoir d’achat, en passant par le climat, la sécurité, l’emploi et les relations internationales. Plus de 500 000 caractères de réponses ont été analysés.

Les réseaux sociaux pas prioritaires

Premier constat : les deux modèles ne puisent pas prioritairement dans les réseaux sociaux, si prisés des politiques, mais dans les médias traditionnels et une nébuleuse de sites d’agrégation. Les articles de presse représentent 33 % des liens consultés, contre 31 % pour les comparateurs et agrégateurs. Les sites des candidats et partis ne pèsent, eux, que 10 %, et les réseaux sociaux... seulement 7 %. Ces derniers sont mobilisés uniquement par ChatGPT, principalement via YouTube et Reddit. La campagne vue par les IA diffère donc de celle des plateformes (notammetn X) où les candidats parlent directement à leurs électeurs.

L'IA alimente-t-elle l'IA ?

Chez ChatGPT, le quotidien Le Monde concentre 22 % des URL consultées. Perplexity s’appuie sur un panel de médias diversifié, mais fait d’elyseescope.com sa première source, avec 10 % de ses consultations. La Fondation relève que 56 comparateurs et agrégateurs différents alimentent les réponses.

Leur fraîcheur et leur structuration semblent favoriser leur reprise par les modèles, sans que leur identité éditoriale, leurs méthodes ou leurs auteurs soient clairement établis. Une question apparaît dès lors : une IA peut-elle finir par s’alimenter de contenus eux-mêmes produits, au moins partiellement, par d’autres IA ?

Hiérarchisation des candidats

Les modèles hiérarchisent ensuite fortement les personnalités politiques, selon l'étude. Jean-Luc Mélenchon apparaît dans 87 % des réponses, Marine Le Pen dans 86 % et Édouard Philippe dans 84 %. Gabriel Attal suit à 70 %, Raphaël Glucksmann à 68 % et Bruno Retailleau à 61 %.

Cette visibilité varie selon les thèmes : Marine Tondelier monte sur le climat, Gabriel Attal sur les relations internationales, Bruno Retailleau sur le travail et l’emploi. Cette hiérarchie s'explique aussi par le moment de l’expérience menée par la Fondation, quelques jours après le débat organisé par le Medef le 28 août.

Quelle fiabilité ?

La fiabilité reste évidemment le point le plus sensible. Les réponses adoptent une forme prudente, conditionnelle, apparemment pluraliste, mais elles donnent néanmoins une impression d’autorité que les erreurs viennent fragiliser. La Fondation relève notamment que les modèles ont présenté Jordan Bardella ou Gérald Darmanin comme des candidats en lice, sans intégrer certains changements intervenus dans la campagne. Elle souligne aussi l’ancienneté d’une partie des sources : parmi 102 liens du Monde mobilisés par ChatGPT, 28 % dataient de 2024 ou 2025, proportion portée à 38 % en intégrant le premier trimestre 2026.

Derrière l’apparence d’une synthèse neutre se dessine un nouveau média politique, personnalisé et difficile à observer collectivement. La Fondation parle d’une « boîte noire » : chaque utilisateur reçoit une réponse singulière, issue d’un assemblage de sources qu’il consulte rarement lui-même.

À mesure que les usages progressent, la question n’est plus seulement de savoir si l’IA entrera dans la campagne de 2027 car elle est déjà là à sept mois du scrutin. L’enjeu devient désormais de comprendre quelles sources elle privilégie, quelles erreurs elle reproduit et quelle représentation du débat public elle finit par imposer aux utilisateurs.

Philippe Rioux