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Ursula von der Leyen dévoile la stratégie IA de l'Europe : priorité à l'utilisation responsable et à la valorisation des données européennes

 

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Dans son discours sur l'État de l'Union, ce mercredi devant le Parlement européen à Strasbourg, Ursula von der Leyen a affiché de fortes ambitions : faire de l’intelligence artificielle un levier de souveraineté, d’industrie et de croissance. La Commission européenne veut miser sur la puissance de calcul, les données européennes et cinq secteurs stratégiques, tout en maintenant une ligne rouge : l’IA doit assister l’humain, pas le remplacer.

Quelques jours après que les PDG des plus grandes entreprises d'intelligence artificielle - Dario Amodei (Anthropic/Claude), Sam Altman (OpenAI/ChatGPT) et Elon Musk (xAI/Grok) - ont appelé à ralentir le développement de l'intelligence artificielle, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a défini la stratégie européenne en matière d'IA, à l'occasion de son discours sur l'État de l'Union.

Une stratégie qui pourrait se résumer en une formule : l’Europe ne gagnera peut-être pas la course au modèle d’intelligence artificielle le plus puissant, mais elle entend gagner celle de son utilisation. "Nous n’avons pas besoin d’être les développeurs des technologies d’avant-garde pour en tirer le meilleur parti", a assumé mercredi Ursula von der Leyen devant le Parlement européen à Strasbourg, alors que l'Europe accuse du retard sur les États-Unis et la Chine et est accusée par certains d'empêcher l'innovation par trop de régulation.

Le trésor de l'Union européenne : ses données

La présidente de la Commission ne renonce pourtant pas à la bataille technologique. Elle estime au contraire que l’Europe doit « augmenter massivement » sa puissance de calcul, développer ses gigafabriques d’IA et mobiliser davantage de capitaux publics et privés au profit des start-up et des entreprises européennes. L’enjeu dépasse la seule compétitivité et touche désormais directement à l’indépendance du continent et, insiste-t-elle, à sa sécurité nationale.

Mais Bruxelles veut surtout déplacer le terrain de la compétition. Face aux géants américains et chinois qui consacrent des dizaines de milliards au développement des modèles les plus avancés, l’Europe possède un autre trésor, selon Ursula von der Leyen : ses industries et les données qu’elles produisent. C’est là que la Commission veut chercher la prochaine création de valeur. Non plus seulement dans les chatbots et les écrans, mais dans « l’économie réelle ».

Cinq secteurs désignés comme prioritaires

Cinq secteurs ont été désignés comme prioritaires : la santé, les transports, l’agroalimentaire, la fabrication avancée, ainsi que la défense et l’espace. Des domaines où l’Europe dispose encore d’entreprises de rang mondial et surtout de masses de données susceptibles d’entraîner des intelligences artificielles très spécialisées. De nouvelles initiatives doivent être annoncées dès novembre.

Pour rendre son propos concret, Ursula von der Leyen a choisi l’exemple du cancer du sein. L’intelligence artificielle peut déjà améliorer l’analyse des mammographies, permettre une détection plus précoce et, à terme, sauver davantage de vies. Mais la présidente de la Commission fixe immédiatement une frontière : l’IA doit assister le médecin, pas prendre sa place. « Je ne veux pas que ce soit un robot qui m’annonce que j’ai un cancer », résume-t-elle.

C’est toute la doctrine européenne qui tient dans cette distinction. Bruxelles ne veut plus donner l’image d’une Europe qui réglemente pendant que les autres innovent. Elle revendique désormais l’IA, mais une IA « plus responsable », moins coûteuse, moins énergivore et qui laisse à l’être humain sa capacité de décision. Une tentative de construire une « manière européenne » entre la course technologique américaine et le modèle chinois.

Inquiétude sur l'emploi

Reste une autre inquiétude : celle de l’emploi. Car la révolution de l’IA ne distribuera pas ses bénéfices de manière égale, selon Ursula von der Leyen. Certains salariés pourront abandonner les tâches répétitives pour se concentrer sur des activités à plus forte valeur ajoutée. D’autres risquent de voir leurs compétences dévalorisées. Ursula von der Leyen pointe notamment les jeunes, pour lesquels l’accès au premier emploi pourrait devenir encore plus difficile à mesure que les entreprises automatisent les tâches traditionnellement confiées aux débutants.

La réponse européenne ne sera donc pas seulement industrielle mais devra aussi passer par l’éducation, la formation et la protection des travailleurs. La Commission promet avant la fin de l’année un acte législatif sur les emplois de qualité.

Après avoir longtemps voulu être le gendarme mondial de l’intelligence artificielle, la première zone du monde réglementée avec l'AI Act, l’Europe cherche à changer de rôle. Réguler les risques reste nécessaire, mais cela ne suffira plus. Il faut désormais transformer l’IA en usines, en diagnostics médicaux, en réseaux intelligents, en systèmes de défense et, surtout, en croissance.