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« Mr. Robot », le hacker et sa toile

 MrRobot

Rami Malek dans Mr Robot. Ecran large
Par Stéphane Sitayeb, Université d’Evry – Université Paris-Saclay et Samantha Lemeunier, École normale supérieure (ENS) – PSL

Diffusées sur USA Network de 2015 à 2019 et désormais disponibles sur Netflix, les quatre saisons de Mr. Robot, série réalisée par Sam Esmail, retracent la lutte cyber-anarchiste menée par fsociety (« f » comme « fuck society ») sous l’égide de « Mr. Robot » (interprété par Christian Slater) contre l’oligarchie capitaliste des banques et le conglomérat des grandes entreprises. Ainsi s’esquisse la quête d’Elliot, qui emprunte les sentiers sinueux du monde virtuel pour soigner les maux du monde réel.

Les critiques ne tarissent pas d’éloges à l’égard de Mr. Robot, série retentissante sur Twitter, où le personnage d’Elliot prend vie en 2016 avec Baptiste Robert, développeur toulousain qui, sous couvert du pseudonyme « Elliot Alderson », dénonce le traitement frauduleux, dans l’application NaMo, des données personnelles des utilisateurs, avant de s’inspecter les enseignes OnePlus et Wiko.

Depuis quelques années, le nombre croissant de cyberattaques encourage les entreprises à briguer les services de hackers bienveillants qui, bien que capables de prouesses criminelles en un claquement de doigts depuis leur salon (vols de carte de crédit, interception et contrôle des données mobiles, usurpations, etc.), choisissent de respecter l’ethos régissant la société – leur rôle étant de porter secours aux compagnies victimes de piratage, moyennant une compensation financière.

La figure du hacker : plus de réalisme, moins de stéréotypes

C’est bien le personnage du hacker moderne, incarné par Elliot, qui fascine. Les véritables hackers ont maintes fois loué la dimension réaliste des pirouettes informatiques réalisées par fsociety, bien que plus réservés sur certaines opérations de piratage par Bluetooth plutôt destinées au grand public (saison 1, épisode 6, à titre d’exemple). Un hacker anonyme confirme à Konbini que le protagoniste de Mr. Robot offre une vision plus juste (« assez réaliste ») du hacker, jusqu’ici reléguée davantage au stéréotype :

« Ils auraient pu aller plus loin dans le réalisme, mais ils auraient lâché des gens en route. Le but est de s’adresser aussi bien au geek débutant qu’au mec vraiment pointu. […] [Darlene] semble plus technique alors que lui [Elliot] décode les gens. […] Je considère que les vrais bons informaticiens sont un peu autistes. »

Nous confirmons que si l’une des pierres angulaires de la série réside effectivement dans le dévoilement des coulisses du hacker, un autre enjeu aussi essentiel consiste à révéler les coulisses de diverses mentalités postmodernes dont les luttes convergent lorsque l’intrigue principale et l’intrigue secondaire, a priori non liées, se télescopent : le PDG capitaliste occidental au bras long (Michael Cristofer alias Phillip Price), l’agente lesbienne du FBI qui préfère dialoguer avec son assistante vocale Alexa plutôt qu’avec ses proches (Grace Gummer alias DiPierro), l’impitoyable ministre chinois transgenre chronométrant chacune de ses conversations par souci de productivité (B.D. Wong alias Whiterose), le cadre suédois « parvenu », banni et érigé en bouc émissaire (Martin Wallström alias Tyrell Wellick), etc.

C’est plus particulièrement la routine nocturne du geek asocial, celle d’Elliot, qui fait l’objet d’un portrait original, au même titre que les lieux secrets et interdits qui la jalonnent et où s’officient des rites marginaux voire décadents : prostitution, trafic de stupéfiants, falsifications, infiltrations, évasions carcérales ou encore piratages informatiques constituent autant d’édens de substitution auxquels les exclus de la série ont recours. En proie à des troubles exacerbés par les facteurs psycho-environnementaux de la ville de New York (entre autres, la dépression et l’anxiété sociale), le cyberjusticier, protagoniste et narrateur Elliot Alderson (Rami Malek) compte parmi les personnages de série les plus originaux et les mieux dessinés.

Un langage et une bande-son cyberpunk

Cultivant une esthétique cyberpunk, Mr. Robot s’attache à brosser un portrait dystopique des métropoles, où l’indigence sociale est compensée par le culte des nouvelles technologies.

Sur le plan musical, des synthétiseurs analogiques chaleureux mais aux textures granuleuses (voire désaccordées et rembobinées) permettent au compositeur Mac Quayle de cultiver une atmosphère musicale nostalgique (voire rétro) et futuriste à la fois. La signature cyberpunk du thème principal, « What’s your ask ? », ajoute à cette influence des tons de musique d’infiltration ou d’espionnage par le truchement de crescendos rythmiques ou d’ostinatos dramatiques, et ce, tout en restant fidèle au motif de l’identité fragmentée.

Le masque : de l’identité individuelle à l’identité collective

Dans Mr. Robot, l’anonymat du protagoniste est préservé au moyen de nombreux accessoires (capuches, masque, etc.). Le masque caractéristique de la fsociety, s’il brouille l’identité individuelle de celui qui le porte, a toutefois valeur d’identité collective lorsque tous les personnages, y compris les figurants, le revêtent simultanément. Il est le symbole d’une idéologie commune, nommément, celle de la lutte pour la démocratie : la physionomie du masque de Mr. Robot est en effet inspirée de celle de Guy Fawkes, complotiste anglais ayant participé à la Conspiration des poudres (1605). Derrière ce masque, le hacker se fait ainsi « hacktiviste » sociopolitique.

En outre, dans Mr. Robot, les rassemblements de personnes masquées devant l’entreprise E Corp sont directement inspirés de faits sociohistoriques américains, nommément le mouvement « Occupy Wall Street » qui apparaît en 2011 avec le slogan « Nous sommes les 99 % » pour réclamer une démocratie directe à la place de la démocratie représentative – d’où la référence directe à cet événement : « Depuis quand peut-on être plus que 99 ? ».

Puisqu’ils planifiaient de se réapproprier la ville par l’occupation de l’espace urbain, les militants d’Occupy Wall Street se sont inspirés des mobilisations visant à réaffirmer un « droit à la ville » comme le théorise Henri Lefebvre dans Le Droit à la Ville (1968). Mr. Robot modernise ces revendications en transformant métaphoriquement ce « droit à la ville » en « droit aux données » : à l’épisode 3 de la saison 5, intitulé « 3rr3ur_d’3x3cuti0n.r00 », le flux de personnes (fuyant l’attaques de casseurs masqués) symbolise les flux de données dans le piratage informatique. Le masque uniformise ainsi les identités de ce peuple-hacker tandis que le hacker s’érige simultanément en allégorie du peuple (demos) et de la démocratie : « On a piraté notre démocratie ».

Abolir les rigidités : l’avènement du « fluide »

Il s’agirait donc pour le hacker d’abolir les systèmes de pouvoir et d’inaugurer une ère post-foucaldienne et anticapitaliste (le projet de la fsocietyest en effet de redistribuer les richesses). Néanmoins, le personnage de Whiterose, à la tête de la Dark Army, complique la définition du hacker : ses projets hypercapitalistes font de ce personnage l’antagoniste d’Elliot.

Cette opposition entre les deux personnages rappelle une différentiation manichéenne qui a longtemps perduré dans l’imaginaire collectif, nommément celle opposant « cracker » et « hacker » désignant, respectivement, un criminel égoïste esclave du capitalisme et un justicier altruiste au service de la démocratie.

Néanmoins, peut-on vraiment considérer Elliot comme un justicier bienveillant alors même qu’il enfreint la loi et viole l’intimité d’autrui ? Inversement, les scènes évoquant le passé de Whiterose rappellent que derrière le criminel froid se cache l’humain. « Ce qui fait d’eux un contre-pouvoir face à la surveillance, c’est le fait qu’ils utilisent à la fois la désobéissance civile, les canaux légaux et les outils technologiques », comme le déclare l’anthropologue Gabrielle Coleman à Libération lors d’une interview réalisée le 19 février 2016.

Le hacker ne répond ainsi à aucun système de classification manichéen, il transcende les rigidités et a une identité fluide. C’est d’ailleurs ce que confirme les métamorphoses de Whiterose : plus « gender fluid » que transsexuel, l’apparence de ce personnage reflète les idées de simulacre et de société du spectacle évoquées par nombre de critiques.

Mr. Robot comme algorithme

Ces simulacres permettent aux hackers de subvertir les normes sociales et de dissimuler, si ce n’est de coder leur identité. Le codage est d’ailleurs partie intégrante de la série Mr. Robot, qu’il soit identitaire, informatique ou encore linguistique. Si les lignes de codes informatiques constituent séparément des instructions, celles-ci doivent être mises bout à bout pour former un programme, être exécutées et prendre tout leur sens.

Peu étonnant, dès lors, que l’un des intertextes principaux de la série soit le poème « The Red Wheelbarrow » (« La Brouette rouge ») (1923) de William Carlos Williams : c’est à la fois le nom du journal d’Elliot (épisode 1, saison 2) et celui du restaurant de grillades vu à diverses reprises, mais le poème est, de plus, récité par Tyrell (épisode 12, saison 2). Les words qua words employés par le poète (à savoir, ces mots et syntagmes qui prennent un sens différent lorsqu’ils sont complétés par le vers suivant) sont tout à fait comparables à un système de codage informatique configuré au fur et à mesure que s’ajoutent de nouvelles lignes de code.

La progression de la série s’organise suivant ce même modèle : la saison 2 laisse le spectateur penser qu’Elliot est chez sa mère avant de modifier le sens de ces scènes par la révélation de l’emprisonnement du protagoniste. Ainsi, comme pour une série de lignes de codes, ce n’est qu’en visionnant l’intégralité des épisodes (si ce n’est en les décodant tant la série est rendue interactive par la voix off) que l’algorithme Mr. Robot s’exécute.

Les 200 millions d’abonnés de Netflix permettront-ils aux fans de la série de voir, dans un avenir incertain, une cinquième saison ? C’est certainement l’opportunité pour celles et ceux qui l’auraient déjà vue de se replonger dans la série sombre et pourtant lumineuse de Sam Esmail.The Conversation

Stéphane Sitayeb, Professeur agrégé et Docteur en littérature anglaise, Université d’Evry – Université Paris-Saclay et Samantha Lemeunier, Doctorante, École normale supérieure (ENS) – PSL

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Le hacking à l’usage des débutants

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Par Eric Heddeland, VP EMEA Europe du Sud & Marchés Émergents chez Barracuda Networks

Ils pourraient être installés dans une chambre obscure, enfoncés dans leurs sweats à capuche noir, en pianotant sur leur clavier à la recherche de vulnérabilités informatiques pour voler des données, faire dérailler un train ou encore diffuser un ransomware. Mais aujourd’hui, leur organisation internationale avec accès à des supports techniques dédiés, des toolkits clé en main vendus sur le net, les hackers ne sont pas forcément représentés par l’image d’Epinal classique des magazines informatique ou grand public. En effet, dans l’opinion publique, ces pirates du web nourrissent bien des fantasmes. Mais si en 2019, rien n’est inviolable tout se pirate et tout se transforme dans l’univers numérique, parfois de manière spectaculaire, du smartphone à Google Home en passant par un pacemaker, le hacking est surtout aujourd’hui une affaire d’usurpation d’identité. Elle repose de plus en plus sur une stratégie de mimétisme numérique à de fins douteuses : le social engineering.   Pourquoi ? Comment ? Petit guide :

Leçon 1 : un travail de repérage minutieux


Fini les spams de masse, le social engineering ou ingénierie sociale a de quoi trouver sa source d’inspiration dans la nature.  Car hacker un individu ou, une société, ressemble de près ou de loin à l’adoption de la stratégie du caméléon. Se fondre dans un environnement pour mieux se dissimuler. Ou bien ressembler à un individu pour mieux l’attaquer.
Dans ce cadre, la première étape s’appuie sur  un travail de repérage minutieux de l’organisation d’une société donnée. Les hackers cherchent à  comprendre quel individu est autour de la table, qui interagit avec qui et qui est hiérarchiquement positionné par rapport à un autre individu. Jamie Woodruff, un hacker éthique qui a percé les défenses des plus grandes entreprises californiennes tel Facebook, YouTube, Apple ou encore Google rapporte par exemple s’être fait embaucher comme livreur de pizza pour accéder aux serveurs d’une importante institution financière.


Leçon 2 : une analyse comportementale 


La seconde étape du social engineering repose sur l’analyse comportementale de ces mêmes cibles. Il faut découvrir comment les protagonistes communiquent entre eux, comment ils se partagent l’info pour identifier une faille comportementale et  installer un logiciel espion, non intrusif.
Puis vient l’action. Une  fois les données sensibles recueillies (login, mot de passe), le hacker peut installer un logiciel de prise de contrôle à distance. Développer une stratégie de mime et d’usurpation d’identité. Le schéma est classique : se faire passer pour le PDG d’une société qui demanderait au service comptable de réaliser un virement sur le compte d’un nouveau client.

Leçon 3 : mafia digitale ou cyberguerre ?


Dans le hacking, l’usurpation d’identité a deux mobiles principaux. Le premier est d’ordre mafieux : escroquer, dérober, soutirer une somme d’argent à des entreprises à grands capitaux. Moins connu du public, le second mobile est d’ordre politique. Il s’invite comme une arme étatique de désinformation et de déstabilisation des régimes en place _ notamment démocratiques _ dans le cadre d’élections présidentielles.
En France, le cas le plus flagrant fut celui du MacronLeaks, lors de la campagne de La République en marche. Deux ans après l’élection, des preuves appuient l’implication d’un groupe de suprémacistes américains d’extrême droite dans la divulgation du contenu de 5 boîtes mails de membres du parti, faux documents et fake news au passage. Dans la même veine, les piratages subis par le parti démocrate d’Hillary Clinton durant la campagne présidentielle seraient, selon un rapport confidentiel de la CIA, l'œuvre de hackers russes pour favoriser la victoire de Donald Trump.
Face au hacking, l’enjeu de la cybersécurité s’impose comme un travail de décorticage. Elle  consiste à justement passer au tamis l’ensemble des comportements de chaque utilisateur pour recréer des modèles comportementaux. Dès lors qu’il y a la moindre modification dans ce modèle comportemental, l’ordinateur émet une alerte et demande une validation physique complémentaire.  Voilà là tout l’enjeu du Machine Learning. Tel était l’objet de la leçon n’°4.

Hackers éthiques : les cyber-experts de demain ?


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Pierre Guesdon
Par Pierre Guesdon, Ingénieur Avant-Vente chez Exclusive Networks

Une étude menée par Cybersecurity Ventures estime que, d’ici 2021, les dommages liés aux cyberattaques pourraient atteindre 6 milliards de dollars. Pour se prémunir, les entreprises doivent faire de la cybersécurité une priorité. De nombreuses solutions existent : outils de protection, bonnes pratiques à mettre en place, etc. Parmi celles-ci, une, plus atypique, consiste à avoir recours à un hacker éthique. Un métier qui a le vent en poupe et qui pourrait bien, demain, révolutionner le marché de la cybersécurité.

Hacker, un métier pas comme les autres

On les appelle les “White Hats”. Dans les séries américaines, ils sont souvent interprétés comme des hackers qui ont changé de camp. La réalité est un peu différente. Profils passionnés, compétences pointues, certifiés « éthiques » à l’international : ces hackers 2.0 sont encore rares mais ô combien passionnés par leur métier pas tout à fait comme les autres.
La profession est relativement récente et elle n’a rien de standard. Ici, pas de diplôme universitaire, pas de formation institutionnelle si ce n’est le CEH (pour Certified Ethical Hacker) : une semaine pour valider les connaissances de base du hacking, et certifier ses bonnes intentions pour rassurer les entreprises.
Leur rôle ? Attaquer un système informatique de façon bienveillante pour cartographier les vulnérabilités d’une entreprise et la pousser à se protéger davantage. À l’inverse de leurs homologues « classiques », ces profils mettent leurs compétences au service de la cybersécurité en effectuant des tests de pénétration en conditions réelles.

Un marché fertile

Avec Wannacry et Petya, la cybercriminalité a passé un nouveau cap. Les attaques, de plus en plus ciblées et sophistiquées, s’avèrent difficiles à enrayer, notamment pour les ransomwares : une fois les données cryptées, le virus est inarrêtable. Les hackers éthiques ont pour objectif d’anticiper ces attaques de façon légale en vérifiant les SI et en détectant de potentielles failles de sécurité. Une solution de protection mal configurée peut, par exemple, manquer d’alerter suite à une intrusion.
Les évènements et les séminaires autour du hacking éthique se multiplient. Aux Etats-Unis, la « Black Hat », salon dédié à la sécurité informatique, présente les nouvelles failles et attaques qui montent sur le marché noir. Ce concept s’exporte aussi au niveau européen : à Paris, la « Nuit du hack » rassemble ingénieurs et codeurs en tous genres durant une nuit, avec un objectif unique : hacker le système d’une grande entreprise. A la clé, le prix de l’année, et une certaine reconnaissance sur ce marché naissant.

Qui de mieux que les hackers pour contrer les hackers ? 

Les compétences des hackers éthiques ne sont pas nouvelles. Nombre d’entre elles sont déjà intégrées à des postes d’ingénieur sécurité recherchés par les grandes entreprises. Il y a donc fort à parier que l’on verra de plus en plus ces profils dans les prochaines années. Jusqu’à démocratiser la pratique d’ici 5 à 10 ans ? Difficile à dire. Car si l’on a besoin de ces compétences pour comprendre comment les cyberattaquants s’immiscent dans les systèmes informatiques, celles-ci demeurent rares… et onéreuses.

Mr Robot : pourquoi conseiller cette nouvelle série aux chefs d'entreprises



Par Stéphane Castagné, Responsable Commercial France chez  Barracuda Networks

A quelques jours de la diffusion de l'épisode final de la saison 2 aux Etats-Unis, France 2 diffuse ce lundi 19 septembre les tout premiers épisodes de la série américaine à succès Mr Robot. Si cette série séduit un large public, elle est aussi d'ores et déjà reconnue par les professionnels et les passionnées d'informatique pour sa justesse en terme de cyber sécurité – et devrait être conseillée aux chefs d'entreprises.

La fiction est souvent proche la réalité, mais dans le cas de Mister Robot c'est également l'inverse. La série vedette de USA Networks, Mr Robot, relate l'histoire d'un groupe d'individus – Fsociety – tentant de pirater une multinationale appelée Evil Corp. Et ce piratage pourrait avoir de lourdes conséquences pour l'entreprise, mais aussi pour l'économie mondiale dans son ensemble.

Sans dévoiler toute l'intrigue de la série, la technique choisie par Fsociety  est simple : ils tentent d'obtenir l'accès à un système utilisé par un fournisseur externe de services informatiques gérés d'Evil Corp. Et la réalité semble s'inspirer de la fiction puisque de nombreux sites spécialisés détaillent les techniques utilisées dans les nombreux hacks de la série. Un groupe de hackers a par ailleurs publié des échantillons de code de ransomware, portant le nom de « fsociety ».

Même si les techniques de piratage semblent à l'écran beaucoup plus faciles qu'elles ne le sont en réalité, les experts de la sécurité informatique en entreprise devraient conseiller à leurs collègues de regarder Mr Robot – ou du moins quelques extraits sélectionnés. Nous le savons tous, en cyber-sécurité, l'éducation de chaque collaborateur de l'entreprise est primordiale puisque l'humain est régulièrement considéré comme le maillon faible et donc ciblé par les pirates comme en témoignent les nombreux cas de social engineering. Le fossé entre la destruction de toute une entreprise dans une série américaine et ce qui pourrait arriver dans la réalité n'est pas aussi grand qu'on aimerait le penser.

Evidemment, les péripéties informatiques ne constituent pas l'intégralité de l'intrigue – et certains pourraient ne pas apprécier l'introspection personnelle engagée par le personnage principal. Mais les parties concernant la sécurité informatique et les piratages sont tout à fait crédibles. Plus important encore, ces extraits illustrent les risques qu'encourent les entreprises en matière de sécurité d'une façon ludique et facilement compréhensible par la plupart des chefs d'entreprise et des collaborateurs.

Par ailleurs, amener les chefs d'entreprises et les directions financières à évaluer correctement les risques est aujourd'hui – dans un contexte budgétaire parfois difficile - le plus grand défi que doivent relever les professionnels de l'informatique.

Heureusement, la plupart des cadres et des entrepreneurs sont habitués à penser en termes de risques. Toute création d'entreprise comporte des risques. Les chefs d'entreprise passent généralement la plupart de leur temps à essayer de les évaluer, par rapport aux gains potentiels associés à une initiative. Mais, en termes de sécurité informatique, la plupart d'entre eux n'ont pas pleine connaissance des dangers et surtout de leurs potentielles conséquences. Ils comprennent que les logiciels malveillants peuvent infecter un système, mais ils ne mesurent pas l'étendu des dommages qu'un tel logiciel peut infliger à l'entreprise.

A titre d'exemple, le vol de propriété intellectuelle peut effacer des années entières d'investissements dans la recherche et le développement. Pourtant, le vol de plans de développement produit dans une entreprise lambda peut être un jeu d'enfants pour les pirates les plus sophistiqués. Les risques sont multiples : la petite entreprise pourrait se voir devancer par la concurrence tandis que l'entreprise cotée pourrait voir ses actions chuter. Un tel piratage peut éventuellement entrainer la faillite d'une entreprise ou des difficultés budgétaire poussant au licenciement. Voilà un scénario de risque que la plupart des chefs d'entreprise peuvent imaginer.

Le défi, pour les professionnels de la sécurité informatique d'aujourd'hui, consiste à remettre les risques associés à la sécurité informatique dans un contexte que les chefs d'entreprise peuvent comprendre, tout en continuant leurs initiatives de sensibilisation envers tous les collaborateurs de l'entreprise. Les professionnels de l'informatique doivent pouvoir identifier les principaux actifs de l'entreprise, puis expliquer en langage clair non seulement ce qu'il faut réellement pour les protéger, mais également les conséquences bien réelles que représente la perte de contrôle sur ces actifs pour l'entreprise.

C'est pourquoi Mr Robot devrait être conseillé à tous les collaborateurs d'une entreprise, et en particulier aux chefs d'entreprise. Au delà de l'histoire d'un simple groupe de hackers marginaux, c'est une nouvelle vision de la cyber-sécurité que propose cette série à succès. Si la paranoïa du personnage principal peut lui causer quelques torts, une légère paranoïa au sein des directions informatiques pourrait, elle, sauver l'entreprise.