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Vers une nécessaire évolution des plateformes de services

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Par Théodore Monzies, co-fondateur de Eurecab, plateforme de réservations de VTC

Unanimement reconnues par les clients pour leur efficacité, souvent décriées par les livreurs ou les chauffeurs pour leur manque d’humanité, les plateformes numériques de services ne laissent pas indifférentes. Qu’il s’agisse des livreurs Déliveroo ou des chauffeurs Uber, des dizaines de milliers de personnes travaillent désormais pour ces entités en France. Dans le monde, ils sont des millions.

Il y a quelques jours, un séisme a ébranlé ce petit monde. L’Etat de Californie a adopté une loi obligeant les entreprises Uber et Lyft à traiter leurs chauffeurs non plus comme des indépendants, mais comme des employés . Il y a quelque chose de troublant dans cette décision. Non pas que l’on se soucie de la condition des chauffeurs, mais plutôt que l’on puisse se contenter de penser qu’il y aurait seulement deux voies possibles : d’un côté le salariat et la protection des chauffeurs, de l’autre le statu quo et leur exploitation à outrance. Car aucune de ces deux voies n’offre un futur satisfaisant.

La première – le salariat- n’est tout simplement pas adaptée à l’économie des services à la demande. Dans le transport de personnes par exemple, les variations de demande, de temps de trajet, sont tellement fortes et imprévisibles qu’organiser un planning de chauffeurs relève du cauchemar. Deux sociétés ont essayé ce modèle : Navendis et Voitures Jaunes. Aucune d’entre elles n’est encore en vie aujourd’hui.

La seconde option -le statu quo- n’est pas non plus envisageable. La décision de l’Etat de Californie est révélatrice d’un malaise plus profond qui touche les travailleurs œuvrant sur ces plateformes. Ce malaise tient au décalage entre le discours commercial vantant l’indépendance et la réalité. Comment en effet affirmer que les travailleurs des plateformes sont indépendants alors que par exemple ils subissent des baisses de rémunération décidées unilatéralement ? Tant que ce décalage ne sera pas réduit, le modèle actuel des plateformes sera attaqué et alimentera le fantasme d’une humanité gouvernée par les algorithmes.

Il est donc nécessaire qu’il y ait un rééquilibrage du rapport de forces entre les plateformes et leurs travailleurs. Ce rééquilibrage doit provenir des plateformes elles même et non du régulateur. En effet, ce serait courir le risque d’une réglementation soit constamment en retard d’un temps par rapport à des évolutions techniques beaucoup trop rapides, soit trop contraignante -par exemple salarier tous les chauffeurs.

Aux plateformes donc de se réinventer pour être à la hauteur des attentes de la société. La tâche est difficile mais pas impossible : il faut rendre aux travailleurs des plateformes leur indépendance, leur permettre d’opérer comme de vrais entrepreneurs mais sans pour autant dégrader la qualité et la compétitivité du service offert aux client. Pour cela, une seule solution : la plateforme doit se positionner non plus comme un intermédiaire opaque qui décide de tout, mais comme un facilitateur qui crée les conditions afin qu’offre et demande puissent se rencontrer.


Les plateformes collaboratives « challengent » notre sécurité



Par Grégoire Leclercq, cofondateur Observatoire de l'Ubérisation, ancien officier de gendarmerie,
et Laurent Selles, fondateur de Guardio, 1er acteur ubérisé de la sécurité privée


Santé, transport, tourisme, restauration, logistique, petite livraison, artisanat, beauté : de nombreux secteurs racontent comment ils se font bousculer par des startups agiles et innovantes sachant savamment manier nouvelles et modèles économiques. Tour d'horizon dans le monde de la sécurité.

Un secteur large

Sécurité régalienne ou sécurité privée, ce secteur couvre de multiples missions. Pour près de 60 milliards d'euros par an, il emploie 330 000 salariés rien que dans le privé. Les 250 acteurs majeurs de la sécurité (dont Securitas, Prosegur) de plus de 500 salariés captent les ⅔ du marché de la surveillance humaine en vendant à grande échelle, le métier d'agent de sécurité, parfois décrié mais contrôlé et régulé depuis 2012 (date de création du Conseil National des Activités Privées de Sécurité).

Cependant, les stratégies de protection et de sécurité ne sauraient se limiter au seul déploiement d'agents. On parle ainsi de technologies variées, allant de la vidéosurveillance à la détection d'intrusion, de la domotique aux objets connectés (qui ouvrent aux particuliers un marché jusqu'alors essentiellement tourné vers les professionnels). L'auto-surveillance offre par exemple, la possibilité d'être alerté par sa caméra connectée, dès lors qu'elle détecte un mouvement : une notification est envoyée sur votre smartphone et une intervention permet de lever les doutes si nécessaire.

L'Ubérisation de la sécurité privée

Avec 170 000 agents de sécurité - soit trois fois plus que de chauffeurs de taxis - et un contexte de très forte demande suite aux attentats, le modèle de plateforme d'« agent de sécurité à la demande » émerge. Comment trouver un agent de sécurité ? A quel prix ? comment payer ? Quand est-il disponible ? Pour répondre à ces questions, Guardio a appliqué le « modèle Uber » à la sécurité privée et permet de réserver simplement les services d'agents de sécurité, partout en France. Les demandes en ligne des clients sont redirigées vers des prestataires sélectionnés et triés sur le volet. Le prestataire acceptant la demande en premier, est rémunéré via la plateforme après que Guardio ait prélevé le client. Le prestataire et le client sont invités à noter et commenter l'expérience à la suite du service. Résultat immédiat : Guardio s'appuye sur plusieurs milliers d'agents répartis sur tout le territoire, offrant leurs services aux professionnels comme aux particuliers ; un développement qui a valu à la startup, une nomination aux Trophées de la Sécurité.

Plus de données, plus de risques

L'autre enjeu posé par ce modèle - et notamment par les systèmes collaboratifs - concerne la donnée. Ces plateformes collectent une donnée immense, très fiable, géo-localisée, de façon permanente et très ouverte. Cela pose des questions de fond sur de nombreux cas d'usage :

Je tague sur Facebook mes amis : son moteur de reconnaissance faciale est devenu l'acteur mondial numéro 1 d'identification de visages (programme DeepFace et acquisition récente de FacioMetrics, startup spécialisée dans le domaine)
Je laisse les empreintes de mes déplacements du fait de la géolocalisation permanente de mon smartphone : un hacker peut, de manière quasi instantanée, retrouver ma position, et donc me nuire, ou cambrioler sereinement mon domicile car me sachant à l'autre bout du pays. Le cas d'usage est identique en matière de domotique (piratage des webcams, caméras de surveillance ou autres systèmes de pilotage de la maison)

Je signale sur Waze la position des forces de l'ordre : quel jeu d'enfant pour les braqueurs ou les dealers en Go-Fast que de les éviter désormais !

Ubérisation et intégration des données : deux leviers pour mieux protéger 

L'ubérisation de la sécurité transfère sur la toile, une expérience qui était jusqu'alors entièrement hors ligne et optimise notre sécurité. De même, avec la donnée consolidée et intégrée qui devient la fondation d'une intelligence augmentée. Me sachant à l'étranger, mon système d'alarme ajuste automatiquement sa sensibilité aux intrusions et sollicite directement une intervention.

“L'homme et sa sécurité doivent constituer la première préoccupation de toute aventure technologique” Albert Einstein

L'avenir incontournable de la plateforme collaborative dans la sécurité est donc d'évoluer en véritable plateforme technologique, connectant les acteurs humains, les alertant intelligemment et leur offrant les moyens d'intervenir de manière adéquate dans les situations à risque. Pour mieux protéger, l'agent de sécurité devient 100% connecté. Et demain ? L'agent de sécurité sera-t-il un robot, autonome et intelligent ?