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IA : Donald Trump confie aux géants de la tech le soin de se contrôler eux-mêmes

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À la Maison-Blanche, six poids lourds de l’intelligence artificielle ont signé un accord volontaire censé encadrer leurs modèles les plus puissants. Audits externes et supervision des conseils d’administration sont promis, mais sans obligation légale, sanction ni contrôle public.

À Washington, les géants de l’intelligence artificielle ont accepté quatre étages de contrôle. Mais ils garderont les clés de l’immeuble. Réunis mardi 29 septembre à la Maison-Blanche autour de Donald Trump, les dirigeants de Google, Anthropic, Meta, OpenAI, xAI et Nvidia ont signé un « accord sur la superintelligence » qui fait de l’autorégulation la réponse américaine aux risques croissants de l’IA. Le président des États-Unis l’a présenté comme « moralement contraignant », presque comme une Constitution. En droit, pourtant, ce texte reste un engagement volontaire.

Chaque entreprise déployant des modèles de pointe devra instaurer des contrôles internes sur leurs capacités et leur alignement, notamment face aux risques cyber, biologiques ou chimiques. Une équipe interne vérifiera ces garde-fous ; un auditeur extérieur évaluera le dispositif ; enfin, un comité indépendant du conseil d’administration recevra les rapports et veillera à la correction des failles.

Le problème commence là où le texte s’arrête. Aucun délai n’est fixé, aucun résultat d’audit ne doit être rendu public, aucune sanction n’est prévue et aucune autorité fédérale n’est chargée de vérifier les engagements. L’évaluateur dit indépendant sera, de surcroît, choisi par l’entreprise qu’il examinera.

Un audit privé peut améliorer la sécurité d’un modèle ; il ne devient pas pour autant une régulation. Celle-ci suppose une règle opposable, un contrôleur doté d’un droit d’accès et la possibilité de sanctionner. Ici, les signataires promettent de se réunir pour élaborer normes et bonnes pratiques. Les entreprises les plus puissantes du secteur participeront donc directement à la définition des règles.

Le paradoxe est d’autant plus visible que ces dirigeants alertent eux-mêmes sur les dangers de leurs technologies. Dario Amodei, le patron d’Anthropic, a reconnu à Washington que les risques étaient « très réels ». Mais le dispositif retenu par Donald Trump transforme ces avertissements en responsabilité privée : puisque les industriels connaissent le mieux leurs modèles, à eux de les surveiller. Leur expertise devient l’argument pour leur laisser la main.

Ce choix répond aussi à une priorité économique. Donald Trump présente l’IA comme un moteur de croissance et un terrain de rivalité mondiale où toute contrainte pourrait ralentir les entreprises américaines. Le Congrès, divisé, paraît peu enclin à légiférer rapidement. L’accord permet donc d’afficher une réponse sans ouvrir le chantier d’une police fédérale de l’IA. Il laisse seulement entendre que ces engagements pourront, un jour, être inscrits dans la loi.

Le contraste avec l’Union européenne est net. L’AI Act comporte lui aussi des codes volontaires, mais ils servent à appliquer un cadre juridique opposable. Depuis le 2 août 2026, l’Office européen de l’IA peut demander des documents, faire évaluer des modèles, imposer des mesures correctrices et prononcer des amendes. Aux États-Unis, personne ne dispose encore de pouvoirs comparables.

Reste donc une question de confiance. Les entreprises qui conçoivent les modèles, choisissent leurs auditeurs et décident ce qu’elles publient pourront-elles convaincre le public qu’elles contrôlent réellement des systèmes qu’elles ont intérêt à lancer toujours plus vite ? Les quatre étages existent désormais. Il manque encore la porte par laquelle un véritable régulateur pourrait entrer.