IA et data centers : le scénario qui met le réseau électrique français sous tension
Une analyse commandée par Montel estime qu’un scénario extrême pourrait faire apparaître jusqu’à 9,5 GW de déficit électrique pendant une canicule. Un chiffre spectaculaire qui décrit un stress test, pas une pénurie annoncée.
La ruée vers les data centers dopés à l’intelligence artificielle pourrait-elle fragiliser le système électrique français au cœur de l’été ? Une analyse commandée par Montel, spécialiste des marchés de l’énergie, pose la question en chiffres. Son scénario le plus sévère estime qu’en cas de canicule extrême, la France pourrait connaître un déficit d’approvisionnement allant jusqu’à 9,5 gigawatts si les 15 GW de capacité alors réservés pour des centres de données étaient effectivement consommés.
Stress test
Le chiffre est spectaculaire : 9,5 GW représentent grosso modo la puissance de huit à neuf réacteurs nucléaires. Mais il faut immédiatement préciser ce qu’il signifie : il ne s’agit pas d’une prévision de pénurie, encore moins de la situation actuelle. Alex de Vries Gao, chercheur à la Vrije Universiteit d’Amsterdam, a réalisé pour Montel un stress test à partir des épisodes de chaleur observés entre 2024 et 2026. La modélisation ajoute 15 GW de demande constante liée aux data centers et examine, heure par heure, ce qui se serait produit.
Résultat : dans cette hypothèse maximale, la France serait devenue importatrice nette pendant 1 338 heures, soit environ 70 % des heures de canicule étudiées. Pendant 61 heures, les capacités d’importation auraient atteint leur plafond et le déficit théorique aurait culminé à 9,5 GW. Le mécanisme est assez simple. Les fortes chaleurs augmentent la consommation, notamment pour la climatisation, tout en pouvant réduire simultanément plusieurs moyens de production : baisse de l’hydraulique en période de sécheresse, faible vent, mais aussi limitations de certains réacteurs nucléaires lorsque la température des cours d’eau compromet leur refroidissement. Et les data centers eux-mêmes consomment davantage d’électricité pour refroidir leurs serveurs.
80 projets de centres données
L’analyse intervient au moment où la France accélère fortement l’accueil de ces infrastructures, indispensables au cloud et surtout à l’essor de l’IA générative. RTE indique qu’en mai 2026 près de 18 GW de capacité avaient été réservés pour environ 80 projets, contre environ 5 GW fin 2024. Le gestionnaire du réseau rappelle cependant qu’une réservation de puissance n’est pas une consommation réelle : les centres raccordés depuis deux à trois ans n’utilisent pour l’instant qu’environ 20 % de la puissance demandée. Les opérateurs estiment qu’il faut dix à quinze ans pour atteindre leur régime de croisière.
C’est là toute la nuance du débat. Montel met en évidence un risque de pointe, lorsque plusieurs contraintes se cumulent au pire moment ; RTE raisonne, lui, sur la trajectoire globale du système électrique et estime que la France dispose d’une production bas-carbone suffisante pour absorber cette croissance. Selon ses projections, la consommation des data centers atteindrait en tout cas 23 à 28 TWh en 2035, soit environ 4 % de la consommation nationale.